TOME II
de son siècle, pour la science profane et sacrée, c'était Rabanus Magnentius, plus connu sous le nom allemand de Raban, auquel son nrnitQ^ Af cuin, pour obéir k Tusage du temps, ajouta la dénomination latine de Maurus.
Âldric, s<4)érieur à l'esprit de rivalité, lui envoya son disciple Lupus, pour qu'il donnât k cette intelligence remarquable tout le développement tpi'elle comportait, et la pensée d'Aldric fut heureuse; car Lupus fit k Fulde des progrès si rapides et donna des preuves d'une capacité si étonnante, qu'il fut bientôt cité parmi les savants et que les hommes^Ies plus distingués se mirent en relation avec lui.
Sa répiftation pénétra jusqu'à la cour, et, de retour en France, il fut présenté a Louis-le-Débonnaire et à l'impératrice Judith qui l'accueillirent avec une distinction flatteuse. La bienvëllanee royale ne s'arrêta pas à des complim^ts, et bientôt Judith appela Lupus près d'elle. Dès krs, la faveur l'entoura de tant d'égards, qu'il prévit les honneurs qu'on lui réservait. La mort même de Louis-le-Débonnaire ne changea rien à l'estime qu'on lui accordait k la cour , et Odon , abbé de Ferrières, successeur d'Aldric, ayant été déposé pour avoir oublié d'observer dans sa conduite la réserve qui convient à un religieux. Lupus fut élu à sa place, le 22 novembre 844. Sa nomination fut confirmée par le n^. Déjà diacre lorsqu'il alla compléter ses études à Fulde, il avait été élev^-^au sacerdoce avant de recevoir la dignité d'abbé.
Les seigneurs, même ecclésiastiques, étaient obligés alors, comme on le sait, de suivre les rpis à la giKrre, à la tête de leurs vassaux et de leurs serfs, en dépit des règlements faits sous Qiaiiemagne et des réclamations des papes qui cédèrent quelqwfois eux-mêmes à la manie de leur siècle et guerroyèrent aussi : il est si difficile de ne pas subir l'influence de l'esprit de son époque. L'abbaye de Ferrières, favorisée des rois, avait été dotée de tous les pri^léges domaniaux attachés alors aux fiefs. Lupus était donc tout k la fois seigneur et abbé : aussi suivit^^il son roi dans son expédition contre Guillaume , Hls de Bernard, comte de Barcelone, qui soutenait Pépin, fils du roi d'Aquitaine, révolté contre Charles. Il se trouva en compagnie de Hugues, abbé de Saint-Quentin ; de Riboton, abbé de Gentule, l'un petit-fils, l'autre fils de Charlemagne ; d'Ebroïn, évêque de Poitiers,
et de Ragaiaire, évéque d'Âmiais. Les troupes royales forent surfirises par les partisans de Pépin dans l'Ângoumois et taiHées en pièces ; les deux abbés, princes et militaires, fiirent tués en coi](ibattant; Lupus et les deux évéques, Ebroïn et Ragenaire, furent faits prisonniers le 7 juin 844.
Une noçoa ne tarda pas sans doute à rendre Tabbé de Ferrières à la liberté , car nous le voyons bientôt après chargé de missions importantes par Charles, dit le Chauve.
En effet, au mois d^ décembre suivant, il assista, k la sollicitation du roi, au concile de Yemeuilrsur'Oise, où il fiit chaîné de la rédaction des douze canoius ou règles de discipline qui s'y firent. Les membres du concile exhortent Charles à ctmserver la paix avec ses frères, à permettre aux évoques de se décharger sur quelque vassal de la counmne du soin de conduire leurs troupes à la guerre et de confirmer rétection d'Agius, évéque d'Orléans, faite par Yenilon , archeféqœ de Sais, sur la demande ,dn clergé et du peuple.
Les canons rédigés par Lupus nous prouvent, ce que nous savions déjà, que la discipline ecclésiastique était bien loin de rencontrer alors dans le clergé la docilité d'aujourd'hui. •
Vers le même temps, il assista: encore au concile de Soissons, où se trouvait le roi, et où vingt*six évéques confirmèrent l'élection d'ffiDcmar, archevêque de Reims, et annulèrent les ordinations faites par Ebon depuis sa déposition.
En 847, Charles-le-Chauve députa Lupus vers Léon lY pour le féliciter de son él^ation k la papauté, puis il le chargea, avec Prudence, évéque de Troyes, d'inspecter lous les monastères de France et d'y étaUir la réforme.
Si l'abbé de Ferrières sqqrait son prince avec zèle, il ne se montrait pas mcnns attentif k défendre les intérêts de son monastère ; nous en * avoM 4a preuve dans ]$ fait suivant:
Charlemagne avait donné k Alcuin, son favm, avec le titre d'aU>é de Ferrières, la seigneurie de la Celle-Saint-Josse, près Caen; mais Lothaire, fils de U>uis-le-Débonnaire, sans respect pour la volonté de son grand-pètfi^ confirmée par celle de son père, dépouilla l'abbaye de Perrière»^ et donna la Celle-Saint-Josse k un seigneur nommé Rodingue. Le domaine était considérable , et la suppresuon de ses
LES nOMUES ILLUSTUES DE l'ORLÉANAIS.
revMUift rédaissdt les moines à on état voisin de l'indigence. Lnpus porta SCS plaintes au pied du trône et plaida si bien sa cause qu'il obtiat une restitution. Charles, devenu maître de la Neustrie par un nouveau partage, usurpa la Celle-Saint-Josse k son tour et la donna au conAe Odulfe. L'abbé de Ferrières, réduit une seconde fois à l'impossibilité de subvenir aux besoins de ses moines, écrivit à Charlesle-Cbauve des lettres très-pressantes :
a n y aSquatre ans, lui dit-il dans une de ses lettres, que vous m'avez chargé du soin de diriger et de nourrir soixante-douze moines qui ne cessent de prier pour vous. Les libéralités de l^ouis, votre père, et de Judith, votre mère, avaient pourvu aux besoins de ces moines, sans leur procurer l'abondance ; mais aujourd'hui, dépouillés de leurs biens par l'usurpation, ils manquent d'habits, de légumes et de poisson, ne peuvent plus exercer l'hospitalité, comme les canons le prescrivent, et bientôt ils seront réduits k mourir de faim et de froid. Ils prétendent, prince, que le bonheur vous fuira jusqu'k ce que vous vous soyez réconcilié avec saint Pierre, patron de notre iaible monastère, d ^
Les plaintes de Lupus firent effet, et la Celle-Saint-Josse fut re»lituée.
Ce passage des lettre de l'abbé dit assez que, ccmtrairement k ce qui existait en 1789, les moines de Ferrières, au IX« siècle, étairat pauvres et nombreux.
Le succès obtenu près de Cbarle»-le-Chauve enhardit Lupus, et il écrivit k Ethelulfe, t(à d'Ouessex, en Ajagleterre, pour lui demander le pkunb nécessaire k la Couverture de l'église de son abbaye. Ethelulfe ne fut point sourd k la prière qui lui était adressée, et le plomb donné, par lui se voyait encore, du moins/^n partie,* en 1426, époque où les descendants de ses sujets, poursuivis par les.babitants de Montargis, sous la conduite du comté de La Marche , duc de Booibon, ruinèrent la basilique de Saint-Pierre et la chapelle de Bethléem.
Nous avons vu Lupus étudiant, favori des rois, guerrier, abbé: examinons-le maintenant comme ami des lettres, ^rivain et théologien. !..
Il se mit en relation avec tous les littérateurs de son éjpiDque et surtout avec la cour de Rome, qui, k sa prière, lai envoya plusieurs ou-
vrages encore inconnns en France , et parmi lesquels nous distîngnmis : V Histoire des Guerres de CaiUina et de Jugurtha^ par Salluste, les Douze Livres des InstitiUions de Quintilien, le Commentaire de Dofutf sur Térence, le Livre de l'Orateur, de Cicéron, et ses Ikrrines. U en fit faire plusieurs exemplaires par ses copistes. Sa plume féconde écrhit crat trente-quatre lettres qui forment un volume, intitulé : Liber Epistolarum. Lupus, dans un style clair, élégant et nerveux, y détaille la plupart des événements de cette époque, ou discute divers points de dogme et de discipline ecclésiastique. Papke-Masson les a publiées en 1 vol. in-8<», en 1588; Dufresne les inséra dans son Scriptores Francorum, et Baluze les a annotées.
Une de ces lettres est écrite au nom des évéques ies provinces de Sens, Tours, Rouen et Reims, réunis en concile k Paris, et adressée à Lomenoi, qui, de simple duc, voulait devenir roi de Bretagne. Uabbé de Ferrières lui reproche ses usurpations, ses impiétés et le concours qu'il prétait à Lambert, comte de Nantes, révolté contre le roi Charles.
Trois autres renferment des avis d<mnés à Charles-le-Chauve. Parfaitement instruit de son caractère faible et léger. Lupus dit au monarque : <c Arrivé à l'âge viril, vous devez.quitter les pensées puériles et les amusements frivoles^ prenez conseil, mais ne vous IM^sez pas gouverner; soyez ferme dans vos résolutions et ne craignez pas vos créatures; soyez discret et choisissez bien vos conseillers. Pour vous oiîrir des modèles, je vous envoie h Vie des erXpemurs, étudiez les meilleurs, et surtout Trajak,et Tbéodose ; sacliez imiter leurs vertus et éviter leurs défauts. »
Une autre, adressée k Farche^éque de Lyon, Âmolon, au nom Ae Yenilon*, arctevéque de Sêni, et du comte Géiiar^, justifie le roi Qiarles d'avoir nommé aux évéchés vacants d'Auf un et de Chfllonsur7Saône, à l'exemple de Pépin, qui avait été autorisé par le pape Xadiarie à s'atAbuei^-le choyc tles évéques pour remédier aux maux de l'église.
Plnaîeurs sont écrites i des évéques de Gaule ou dltalie.
n en fit remettre une W pape Benott ID, par deux de ses moines qu'il envoya à Rome, pour étudier les usages de la capitale du monde chrétien et. lui' rapporter une règle certaine contre les variétés des usages des différentes contrées.
Dans quelques-unes, il parle des désordres occasionnés par les révoltes fréquentes des seigneurs sous les règnes de Louis-lo4)éboniiaire et de ses enfants.
Enfin il tomposa contre l'hérétique Gotescalc un traité théologique, intitulé : Ihs Trais Queêtians. D y parle du libre arbitre, de la prédestination et de la rédemption. Sa doctrine , conforme presque partout k celle des saints Pères, et surtout de saint Augustin, se rapproche pourtant dans quelques endroits assez de celle des libres penseurs de cette époque, pour avoir éveillé Tattention des évéques qui furent rassurés par les explications satisfaisantes de l'auteur.
On lui doit aussi une Vie de saitU Wigbert. Tous ses ouvrages ont été réunis eai up vol. id-S®, et auichis de notes par Baluze, en 4664. La meilleure éditiim est celle de Leipsick, si Ton en croit YHisUnre liUiraire de France.
Lupus, que nous appelons Loup en français, et qui fut surnommé Servatus ou 5an?a/,. mourut en 862.
Bu. mm T.
ADRÉVALD, moine de Fkury.
Allrévald fut un des phis grands cumements de l'ordre monastique au IX® siècle. Il naquit^ vers Tan 820, aux environs de l'abbaye de Fleury. Ses parents étaient très-distingués dans le monde , au dire de^Fabbé TrUhème,'qui l'appelle tir undecmÊque iUmtrii. Sigebert, parlant à son tour tt'Adrévald, lui d«Hie le surnom aristocratique i'Àdatbert.
Jl fut mis, dès sa premi^ jeunesse , dans le monastère de Fleury. Les écoles de cette maison étaient alors florissantes, et Adrévald y fit de tels progrès dans leè sciences sacrées A profanes qu'U fiit choisi, dans la suite, pour les enseigner.
Dom Luc d'Acheri nous a fait copoaitre le f remISr des otivrages que l'on attribue à ce savant moine. C'est 4in traité contre Terreur de Jean Scot, qui, dans un écrit entrepris par ordre du roi Charles^' le-Ghauve , prétendait que tout se passait eh figures dans le sacrement de TEudiaristie. Nous n'avons plus l'ouvrage de Scot; il fut brûlé, par ordre du concile de Verceil, en i050. Adrévald, dans sa réfutation , prouve , par un grand nombre de passages tfrés des Pères
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de rÉglise , qu'on reçoit réellement et en vérité le corps et le sang
de Jésus-Christ dans rEueharistie. Cet ouvrage se trouvait, sans
exorde et sans eonclusion, dans les manuscrits de l'abbaye de Saint-
BeD<dt-snr-Loire, d'où D. Luc! d'Âchéri l'a tiré. Il l'a fait imprimer
avec quelques autres écrits de même nature dans le 12* volume de
son SpicUége.
Le» autres écrits d'Adrévald sont : l^ La Vie de saifU Àtgulfe,
moine de Fleury, qui fut martyrisé vers 67S, maladroitemen
dtfgorée par Surius, et rétablie textuellement parD« Mabillon,
dans les Acta ionctorum ardinis BenedicH; 2<» le Recueil des
miracles de saint BenùU, opérés non-seulement à Fleury, mais
dan toute la France. On y trouve beaucoup de faits qpi peuvent
sendr k édaircir l'histoire monastique et l'Histoire générale. Ainsi,
l'auteur affirme qu'à cette époque on suivait dans les jug/âments
la loi sahque et la loi romaine : la salique en deçà de la Loire,
la romaine au-delà de cette rivière. On nommait docteurs des lois
ceux qui prononçaient ces jugements. D. Malnllon et les bollandistes
ont inséré dans leurs précieux recueils cet intéressant document
hktorique. Le P. Lelong remarque qu'on en a extrait beaucoup de
faits relatîfe à l'histoire de France, sons les règnes de Pépin et de
ses successeurs jusqu'à Louifr-le-Bègue. On cite enfin d'Adrévald,
des comm^taires sur l'Écriture sainte et un Traité sur les Bénidic'^
tiens donnée aux patriarches, qui se trovrvaient manuscrits dans la
bibliothèque de Sir Victor, à Pariek* Les Béoédictins eux-mêmes trou-^
vent que le style d'Adrévald e^ lourd et diffus. Us l'accusent de
manquer de goAt et de disœrnement et de vouloir foire parade de
son érudition. **
ASBOS.abbidellewtf.
D naquit sur le territoire d'Orléans,, de parents non pps^ nobles , mais d'extraction libre^ Son père, qui se nommait Lsetus, et sa mère Ermengade, Tc^Grirent, îles l'enfance , à l'abbàye de Fleury;, suivant la règle de Saint^enoit. Vulfad, depuis 4véque de Chartres, en était alors abbé. En donnant l'habit monastique à l'enfant , il
8 LES HOMMES ILLUSTRES DE L'ORLÉâHAIS.
pressentit ce qu'il serait un jour. On le mit donc aux écoles, où il fil de grands progrès dans les lettres et la piété. Se jugeant suffisamment instruit dans la grammaire , Tarithmétique et la dialectique , et voulant y joindre la connaissance des autres arts libéraux, il alla aux écoles fameuses de Paris et de Reims, où il apprit la philosophie et l'astronomie. Il revint ensuite à Orléans , où il étudia la musique en cachette^ à cause de quelques «nvieux. Le clerc qui la lui enseignait , profitant de ce contre-temps , lui vendit chèrement ses leçons. Il possédait déjà cinq des arts libéraux. Pour être au bout du triviim et du guodrttnum, cette encyclopédie du moyen-|ige, il ne lui restait plus k apprendre que la rhétorique et la géométrie. Ce fut l'affaire de quelques années. Ces études finies, il se mit, comme pour se délasser , à écrire sur des sujets de philosophie et d'astronomie.
Tant de science ^Hge , et Âbbon dut bientôt quitter les délices de la solitude et le - charme des occupations littéraires pour aller rallumer, mAn^^eterre,' le flambeau des études libérales. A pdne se trouvait-il , dans ce pays cl^olé par la guerre civile et l'invasion étrangère, quelques prêtres qui ent^dissent le latin, encore venaientils, pour la plui^urt, de l'abbaye de Fleury. Abbon y retrouva saint Oswald, un de ses anciens condisciples, devenu archevêque d'Yorck. Il n'était encore que diacre , mais saint Oswald, pour marquer l'estime qu'il faisait de son ^yoir et de ses vertv» , l'ordonna prêtre. D fut en outre confblé d'h^neurs^.de présents par saint Dunstan , archevêque de Cantorbéry , et ppr le roi Ethelred.
Au bout de deux ans, l'année mSme^de l'avènement de Hugues Capet au trône ( 987 )., Abbon revihtk Fleury. L'abbé Oylbold étant mort, il fut mis à la^ête de ce monastère , alors si flo^ssant. Les* écoles de Fleury avaient, 9fi XI® siècle, upe réputation eu:!y>péenne et étaient fréquentées par un^grand ncnnbre de personnages illus^|f;g par leur naissance, leur savoir ou leur piétés Plus d'un éVJ^e^ renonçant aux dignités de l'Église, ou brisé< avant l'âge, par les luttes alors si vives de l'épiscopat, y vint chetrclAiir une paisible retraite, tandis que des moines énergiques , persuadés que l'Église avait plus besoin de foi que d'humilité , et d'œuvres que de prières, sortaient du cloitre pour venir en aide aux prélats défaillants et croisaient
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vâillamineûl la crosse abbatiale avec la lourde épée des empereurs et des rois.
Panni les jeanes élèves qui se formaient, dans ce sanctuaire de l'étude, à la sdence et à la vertu, on remarquait le prince Gnerech , fils d'Alain Barbetorte, comte de Nantes; Bernard, depuis évéque de Cahors, et le prince Gauslin, fils naturd de Hugues Gapet, q«i devint plus tard archevêque de Bourges. Panni les maîtres, on citait les historiens Helgaud et Âimoin, Âmaury, Vital, Gerbert et tant d'autres qui entretenaient le feu sacré de la science , dans un siècle de ténèbres et de barbarie, et qui transmirent plus tard, à l'Université d'Orléans , la tradition non interrompu étades.
Jusqu'ici les arts libéraux avaient bit d'Âbbon; mais, devenu abbé, il confia à l'emploi de scolastiqne du monastère, et i l'étude de la théolo|^. Il tira de l'Éctfture- Pères une grande quantité de sentences cl cueil , pour avoir toujours en main de qi prétentions d'Amould, évéque d'Orléans. C d'ailleurs, non content de la juridiction spirituelle sur le monastère de Fleury, exigeait encore que l'abbé «b reconnu son vassal. Âbbbn soutenait que son abbaye, pour le tempofel, ne.dépendait que du roi. Au concile tenu à Saint-Denis, en 995, comme on parlait d^ôter aux moines les dîmes qu'ils possédaient pour les rendre aux évoques, l'abbé Ile Fleury tira de son arsenal théologique «ses arguments les phis Wlides..L.e peuple, de son côté, prit parti pour les moines; il y eut une sorte* d'émeute dans laquelle plusieurs évéques furent insifItéS'Ou même blessés. On s'en prit à Âbbon qui fut obligé de se justifier dan% une apologie adressée aux princes Hugues Capet et Robert.
Il ^s^ k plusieurs autres conciles, dont il lui revint plus d'honneur, et fut plus tard chargé de plusieurs missions délicates. Le pieux Robert H'avait envoyé comme ambassadeur k Rome, afin d'obtenir du Saint-Siège la ratification de son mariage avec Berthe, sa parente. Grégoire Y reçut l'abbé de Fleury avec de grandes marques d'honneur et de bienveillance ; il le chargea même de remettre le
iO LJBS HOMMES ILLUSTRES DE L'ORLÉANAIS.
paUiim à révéque d'Orléam. Nouveau Nalkan , Abboo se fit auprès du roi rinterprète des ahathèmes de l'Eglise, et il fit tant qu'il perraada au faible monarque de répudier la rdue. Le pape en sut gré k Abbon , et il se forma entre eux un commerce de letlres.
L'abhé de Fleury ne fut pas toujours si heureux dans ses négociations. Son amour pour le bon ordre lui fit œtreprendre plus d'un voyage en Gascogne, pour réprimer les désordres des monastères dépeodanl de l'abbaye de Fieury. Il rencontra une violente opposition , et une fois, au milieu du tumulte causé par ses essais de réforme, il reçut dans le côté un coup de lance dont il mourut le jour ménie, en i004. Il<fut enterré dans l^lise de La Réole et himoré comme martyr.
Outre Aimoin, son historien, ses {MÎncipaux disciples furent Gaustin, fils natuœl de Hugues Capet, qui lui succéda dans la dignité d'abbé de Fleury;. Bernard, depuis évêque de Cahors; Hervé', Constantin, Odolric, Gérard et Thierry. Il étjit lié avec tous les hommes distingués de son époque : Fulbert, jqoi fut évéque de Chartres; saint Odilon, abbé de Cluny; Letald, moine de Sakit^Mesmin, et le savant Gecbert. Ses contemporains font d' Abbon le plus grand éloge: le concile dé Limoges le qualifie « un philosophe très-célèbre qui s'était «( acquis une brillante réputation par le soin qu'il avait pris d'ins- « truire toute la France daa3 les sciences divines et humaines ». Fulbert, dont l'opinîion est* d'une grande val^r, le regardait luimême comme un grand philosophe, qui réunissait k toutes les belles connaissances les plus précieux dons de la sagesse, et Adânar de Chabanois rappelle Vabbé de la haute philosophie, mmmd phUo^ sophim àbbas. D le représente comme un défenseur de«la foi catholique , un zélé partisan de la piété chrétienne « en qui la sagesse pa- «( raissait résider d'une mani^ si visible que les savants de son siède «r s'en tenaient k ses décisions ; il devint , continue-t-il , f oracle de la û France, de l'Allemagne et de l'Angleterre , la lumière et l'organe « des conciles, l'ornement de l'Église entière. Quoique F/ançais de ce nation , il possédait si bien la langue latine qu'il passait pour le « Qcéron de son temps. Il savait non-seulement tous les arts tibé» <c raux, mais s'était encore rendu l'Écriture sainte si familière « qu'il la disait entrer dans tous ses discours. »
Abbon a laissé un grand nombre d'ouvrages, dont la plupart sont
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p^us OU sont restés manuscrits. On a publié un recueil de ses lettres. Les quatre premières sont adressées au pi^ Grégoire V, qu'il appelle Ve^ra MajesUu. Dans les autres, écrites k Hervé, au roi Robert, à saint Odilon, àGausbert, aux moines de Mici, Abbon défend avec chaleur les privilèges des monastères, et demande la répression des désordres qui peuvent nuire aux ordres religieux : en plusieurs endnHts, U s'intitule $ennUur des $$rviUur$ de Dieu. Plusieurs de ses lettres sont dispersées.
Le zèle et la fermeté d'Abbon à prendre les intérêts de l'ordremonastique indisposèrent contre lui Arnold, évéque d'Orléans, et plusieurs autres prélats , qui firent retomber sur lui les scandales dont le concile de SaintrDenis avait été le théâtre. Ce fut à cette occasion qu' Abbon écrivit son Apologétique. H le dédia aux deux rois Hugues Capet et Robert, scm fils, qui l'aimaient et le protégeaient, et après avoir eq>osé la pureté de sa foi, il déclara se soumettre au jugement cano* nique des évéques. •
D serait trop long d^âiumérer ici les ouvrages d' Abbon. Noos nous contenterons de citer de lui : 1<^ un volumineux recueil de car nan$, divisé en cinquante-deux chs^îtres, où il se propose d'âablir les devoirs des rois et de l'ordre monastique, dont ils sont les défenseurs; — 2® un abrégé de ia vie des Papes ; — S^'wne vie de saint Edmond, roi d'Anglemre, honoré comme martyr. L'auteur y donne une idée des révolutions que les Saxans et les Anglais* causèrent dans la Grande-Bretagne, et une. vie de sa^fU Edouard, atUreroi d^Angle^ terre, et martyr; — 4« plusieurs oui^ges sur l'astronomie, les mar thématiques, la philosophie, la grammaii^ (ce dernier en réponse aux difficultés grammaticales proposées par Ramsey : AI)I>on y attribue à jMÛnt fiilaire, de Poitiers, le célèbre Te Deum laudamus); — &» des homélies suivies évangiles, et des sermons.
n a laissé aussi quelques poésies assez médiocres : la plus ingénieuse est un double acrostiche de trente-cinq grands vers, dont les premièits et les dernières lettres forment , de côté et d'stutre, levers suivant:
Otto valens C(Bêar,noitro tu cède eofhumo.
Cette liste abrégée d'ouvrages sortis de la plume du savant al^bé, prouve l'étendue et la variété de son érudition. Il était grammairien,
philosophe, historien, mathémalicien et théologien très-habile. Son style n'est pas toujoqrs très-pur, mais, malgré qaelqoes termes liarbares^ son latin est meilleur que celui de la plupart des écrivains de son époque. Ses pensées sont justes, ses preuves bien choisies , ses raisonnements bien soutenus. Enfin , c'est k juste titre qu'on peut placer Abbon parmi les honmies le plus savants du X« siède.
Quelques biographes ont confondu k tort l'abbé de Fleury avec un autre Abbon^ auteur d'un poème latin sur le Siège de Paris par les Normands.