‹ Les Hommes illustres de l'Orléanais (volume 3)Chapitre 3 sur 51 · CB · texte numérisé non relu

CB

TORTAIRE (Raoul), moine de Fleury.

Ce savant béiiédictin naquit k Gien, comme il nous l'apprend luimême dans une de ses lettres adressée k son frère. Mabillon raconte qu'il cultiva d'abord les lettres et obtint même quelques succès, nais que dégoûté du monde, il embrassa la profession monastique k Fleury ou Saint-Benolt-sur-Loire. Les études y étaient alors trèsflorissantes depuis Abbon , et cette abbaye n'avait cessé de produire de laborieux compilateurs et même de célèbres écrivains. Raoul Tortaire ne tarda pas k se lier avec Chrétien , Hugues de Sainte-Marie et Cldrius , qui lui fournirent tous les moyens de cultiver les lettres. D ^'ai&ocia k leurs patientes recherches, partagea leurs travaux et ne tarda pas k se mettre au niveau de leur vaste érudition. La poésie avait pour lui un attrait singulitf , et il la cultiva avec assez de succès pQlir que ses productions dans en genre fussent remarquées. Mais son principal titre aux honnem's de k biographie est sa Continuatiàn de l'histoire de^^iracles de saint BenoU opérés en France, et principale-^ merdàFleary. ' .

Dès le IX® siècle , le moine Adrevald avait S^nu^encé k les recueillir. Adelise, Aimon et André, autres moines de Fleury, continuèrent cette relation, qui, plus tard, fut conduite par Hugues d$ Sainte-Marie jusqu'en 1119. Le récit de Tortaire commence au règne de Henri I«r, en 1031, et s'arrête k l'année 1114; il coripr^d quarante-neuf miracles dont il avait été en partie témoin oculaife. On regarde, en général, ces sortes de recueils comme peu intéressants; mais c^lui de Raoul a son mérite et son utilité.' Le style en

SIXIÈME SÉRIE. — ORDRES REUGIEUX. i3

est assez élégant, quoique simple et d'une naïveté qui concorde avec le sujet, et Ton peut tirer de ce travail des renseignements curieux pour la topographie. Ce livre a été publié par les bollandistes. Raoul Tortaire se passionna pour son œuvre, car il la reproduisit en vers latins, et fit aussi paraître en vers h Vie de saifU Benoit et l'histoire de M translation en France, dédiée à Foulques, un de ses ^is.

Un manuscrit du Vatican, qui avait appartenu à la reine Christine de Suède, contient aussi, du même auteur, un long poème en vers sur la Vie et le martyre de saint Maur, et un grai ' él^aques sur les choses admirables, De rébus m a fait entrer, en mille distiques, ce qu'il avait vu di de plus curieux , de plus extraordinaire sur la pa belles actions, les crimes, les imbécilles et les homi temps. C'était son coup d'essai, comme il le dit.l sorte d'introduction, où il dédie son œuvre à Gari^

Aecipe deteriptam, Guameri Burdo , salulem , Dirigit à Tortâ quam liM^ nomen habenf.

Le manuscrit du Vatican contient encore plusieurs lettres manuscrites en vers, de Raoul. Dans celle adressée k Remard, il célèbre d'une manière fort polie l'amitié d'Amelius d'Auvergne et d'Amicus de Gascogne. Le premier expose sa vie dans un dud par dévoûment pour son ami, et réciproquement, Amicus, par un trait d^éroîsme que l'auteur admire naïvement, renonce à la main d'une jeune personne qu'il aimait et dont Amelius était violemnfént épris. Ils passent ensuite tous deux en Italie, meurent ensable et sont enterrés ensemble avec une épitaphe commune qui nt)us parait être de l'invention de Raoul , mais qui ne dépare pas le êkàte élégant des cent vers dans lesquels le poète „a fait entrer son sujet.

Une de «ces lettres contient la relation d'un voyage fait en France : Fauteur y fait particulièrement la description de Rlois, de Caen et de Bayeux. Ce sont des réçts détachés dédiés k Udon, Philus, Sincopus et autres noms aussi inconnus. Une histoire en vers de la première croisade, dédiée k Galon , évéque de Paris, donne la mesure des travaux de Raoul. Il avait pris k tâche de faire rimer ensemble les mots les plus rebelles, et un grand nombre de ses vers se terminent par

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des ctuffires. On regrette le goût singulier qu'il avait ponr la rime^ quand on pense aui difficulté quil dut avoir à surmonter et qui tenaient à la nature même des sujets qu'U avait choisis. Raoul n'en est pas moins un écrivain fort laborieux et assez remarquable. QuelqaesHms de ces écrits ont été explorés avec fruit, et ses v^rs, malgré la coiitrainte qu'il leur imposait, sont encore meilleurs que ceux de la plupart des poètes ou plutôt des versificateurs du XII® siècle.

Oh.-P. L«

BERTÈRE ou BERTIER, clerc de l'Église d'Orliam.

U9 des historiens d'Orléans, Sympborien Guyon, cite, parmi les personnages marquants de la ville et du diocèse , un derc nommé Bertère, qui était, auXII® siècle, conseiller du roi d'Angleterre. Roger de Hoveden, historien anglais, ne lui donne pas cette qualité, mais il nous apprend queb.ce prêtre d'Orléans composa, l'an ilTiS, une prose rimée, pour exciter les Français à prendre la croix, à l'exemple des rois de France et d'Angleterre, Philippe-Auguste et Richard Ccsur-de^lÂon. Il y avait alors un véritable enthousiasme, et le génie poétique ne pouvant se déployer dans la langue vulgaire encore barbare, empruntait à la langue latine son rhythme pompeux et ses périphrases épiques. D^à plusieurs poèmes élégiaques avaient célébré les exploits de la première Croisade :

Vox crucis intanuit, lerrcu fretumque replevit, ■ Vax cruciâ innumeros traxit ad arma viras : Occubuére duces, periit coUectia plebis Êîulta super numerum sicul arena mdris.

Le cri ù&^Dieu le veut remua ciel et terre ; L*Europe s'est année à ce signal de guerre ; Tous ont péri : les cbefls et ces peuples diyers, Martyrs aussi nombreux, que le sable des mers. •

Ailleurs, c'est un poète anonyme qui déplore, dans une touchante élégie, le mauvais succès de la croisade de iiOuis-le-Jeune :

Francia, crux Arabum, viclrix alienigenarum.

En ubi fama priar, namen el imperium ?

Ferrea turris eras, gens insuperabilis hasli, Eccejaces valuâi, prmda, rapina cani.

Restai ut ipsa fide respires, speque resurgas.

France ! du croissant la terreur et Teffiroi ! Où donc est ton renom ? où ta gloire inunortelle ? Te voilà donc livrée en proie à Tinfidèle !

Citadelle de fer, France, relève-toi, Ancrée à reepérance et ferme dans ta foi.

Certes, il y avait Ik de quoi enflammer le zèle des preux du temps, et, si nous Toulions pousser plus loin cette étude, il nous serait facile de prouver que, pas plus que les guerriers, les poètes n'ont manqué aux croisades. Bertère d'Orléans fut un .des instigateurs de ces glorieuses expéditions. Il s'agissait de reprendre au conquérant Saladin Jérusalem, le saint sépulcre et la vraie croix du Sauveur. Aussi voyez quel sentiment religieux, à défout d'inspiration poétique, règne dans cette complainte alors chantée de village en village par les rapsodes du christianisme :

Lignum Crttcis,

Signum ducis,

Sequitur exercitus,

Quod tum cessU,

Sedprœeisil

In vi SancU SjHrilûs.

Ce refrain est répété à la fin de compte six, de douze vers ehaeune, pranière :

Juxta ihrenos Jeremiœ Vere Sion luç^l viœ, Quod êolemni non Ht die Quiiepulckrum vUitet, Vel casum ressuscilet Bhjus propheiiœ.

Centra quod prophela $eribil Quod de Skm lex exibit, Niétnquid ibi lex peribit, Nec habebit vindicem»

Ubi chrislui calitein Poisionii bibit ?

lÀgwsm CrucU, etc.

sainte Croix!

p divin bois, Qne poursuit notre armée,

Tu ne fui^pat,

Croix! tuvasy Parl'Esprit-Sa&t guidjéc.

chaque strophe. La pièce en dont nous ne citerons que la

Tout en larmes, Sion répète Les tristes lamentations , Car il n'est, en ce jour de fête.

Aucun pèlerin qui s'apprête A réaliser du prophète Les divines prédictions.

Or, malgré cette prophétie.

Malgré la foi que le Messie A jadis promise à Sion, Pas un vengeur qui nous rallie Dans ces lieux où s'est accomplie Notre sainte rédemption.

sainte Croix, etc.

YoUk tout ce que l'on sait de Bertère ou de Bertier, car on n'est même pas bien sûr de son Qom. Les uns le font archidiacre de Cambrai, les autres familier de Guillaume de Champagne, archevêque de

16 LES HOMHfiS ILLUSTRES DE L'ORLÉANAIS.

Reims, d'autres enfin conseiller do roi d'Angleterre Henri II. Qu'importe après tout, et puisque quelque chose a survécu de cet humble clerc d'Orléans, mieux vaut encore que ce soit une de ses œuvres, si modeste qu'elle soit, qu'un de ces noms obscurs que les biographes scrupuleux se transmettent de siècle en siècle, sans pouvoir leur donner la gloire, qui, pareille au soleil, ne tire sa lumière que d'elle-même.

MATTHIEU DE VENDOME, abbé de saint Denis, régent du royaume

de France,

Afrique, pour y combattre une seconde lieu de Vendôme pour un de ses exét régent du royaume, avec Simon de lit alors abbé de Saint-Denis. Si l'ilt pour l'élever k cette dignité , son ette faveur, et les annales de l'abbaye 'avec éloge. Il prit un grand soin du lonastère et fit achever cette élégante lant de souvenirs. Que d'orages déchahiés depuis sur cette nécropole de nos rois ! La révolution a profané les tombeaux de Saint-Denis et la foudre a naguère découronné l'édifice de sa .0èche élancée.

Matthieu de Vendôme fut plusieurs fois sollicité de quitter la crosse abbatiale pour de plus hautes dignités. Il fut élu évéque d'Evreux , puis archevéque^de Tours , mais son humilité ne put jamais consentir à abandonner le cloître pour se charger du ppsant fardeau de l'épiscopat. C'est cet illustre abbé qui fit renfermer dans un magnifiqueveliquaire d'or, enrichi de pierreries, le chef de Saint-Denis, ra*pôtrede% Gaules et le premier évéque de Paris. Ce reliqusijre est une des plus belles pièces du trésor de Tabbaye de Saint-Denis.

Matthieu , ayant appris la mort de saint Louis, écrivit à Philippe , son successeur, en son nom et en celui de Simon de Nesle , son collègue, pour le supplier instamment de revenir au plus tôt en France prendre possession de son royaume. Cette lettre contient un éloge

admirable de saipt Louis. Il y dit que <c les. Français , entre tons les « peuples , sont attachés à leur roi par les liens d'un amour dont on « ne peut rompre Tunion. » H est k regretter qu'un grand nombre d'autres tettres, écrites par Matthieu de Vendôme, pendant sa régence, n'aient pas été conservées , ou du moins publiées.

Philippe-Ie-Har^ lui continua la régence, après la mort du roi son père, et le fit son ministre lorsqu'il fut retourné en France. Mais l'abbé de Saint-Denis ne s'en montra que plus indépendant, et il maintint les privilèges de son abbaye avec une intrépidité p^fois opiniâtre. Cela parut surtout à la cérémonie des obsèques du roi saint Louis. Ph3ippe-le-Hardi , accompagné de toute sa cour et du clergé de Paris , se rendit à pied de Notre-Dame k l'église abbatiale de Saint-Denis , portant sur ses épaules le cercueil qui renfermait les ossements de son glorieux père. La tradition ajoute que les sept pyramides, élevées depuis sur le chemin de Paris k Saint-Denis, marquQDt les endroits où ce prince fut obligé de s'arrêter pour se reposer. La pompe funèbre s'avança jusqu'k Saint-Denis avec l'appareil le plus fraq[>pant et le plus édifiant de la douleur et de la piété. En arrivant k l'abbaye, on croyait trouver l'abbé et ses religieux disposés k recevoir en cérémonie les précieuses reliques ; mais quel ne fut pas l'étonnement du cortège royal lorsqu'il trouva fermées les portes du monastère ! Matthieu de Vendôme ne voulait pas que l'archevêque de Sens et l'évêque de Paris, qui accompagnaient le convoi, entrassmt dans son église revêtus des habits pontificaux, de peur de porter attdnte aux immunités de l'abbaye, qui ne dépendait que du Sainte Siège et ne reconnaissait point la juridiction de l'ordinaire. L'inflexible abbé refusa toujours de faire ouvrir les portes, n fallut que les deux, prélats reculassent jusqu'aux limites de la seigneurie abbatiale pour y quitter les marques de leur dignité , et, pendant ce temps , Philippe et toute la cour eurent la patience d'attendre k la porte jusqu'au parfait accomplissement de ces impérieuses formalités. <c Ce sont Ik ff des choses, dit le P. Daniel , qui se soufDrent en de certaines con- « jonctures, et dont on est surpris; Vély ajoute scanddisé, en d'au- « très temps. »

Cette infleuble opiniâtreté de Fabbé de Saint-Denis n'empêcha pas qu'il n'eût toujours la faveur et la confiance du roi Philippe-le-Hardi,

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