‹ Les Hommes illustres de l'Orléanais (volume 3)Chapitre 4 sur 51 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

18 LES HOMMES ILLUSTRES DE L'ORIÊAIliJS.

qui continua de l'employer dans les affaires importantes. Il ne erut pas pouvoir mieux s'adresser qu'k lui pour s'^airer au sujet des soupçons affreux qu'un favori perfide avait jetés dans son esprit, touchant la jeune reine Marie de Brabant ; qu'il avait épousée en secondes noces. Ce scélérat , qui s'appelait Pierre de La Brosse, était natif de Touraine; de chirurgien qu'il avaij été de Philippe, avant qu'il fût monté sur le trône, il devint son favori et son chambellan lorsqu'il fut roi. Pour se conserver toujours dans la faveur, il entreprit de brouiller le roi avec la nouvelle reine; il fit entendre à ce prince que Louis, son fils aine , qu'il avait eu de sa première femme et qui était mort subitement, avait été empoisonné par ordre de Marie de Brabant, pour procurer à sa postérité l'avènement au trône. Il jeta encore dans l'esprit du roi de violents soupçons sur la sagesse et la fidélité de son épouse.

Philippe voulut , à quelque prix que ce fût , être instnlit de la vérité de ces imputations. Il résolutd'envoyer consulter une béguine de Nivelle, femme enthousiaste, qui passait pour avoir des révélations, et qui était dans une grande considération, parce qu'elle se donnait pour une sainte et qu'elle était de qualité. Le cas était délicat , et la nouvelle reine , princesse d'une grande beauté et d'une sagesse plus grande encore, courait risque, sans le savoir, d'être brûlée vive. Le roi envoya l'abbé de Saint-Denis, homme qu'il regardait comme doué d'une prud^ce consommée, pour aller consulter cette espèce de pythonisse; mais il eut l'imprudence de lui associer Pierre de Benais , évéque de Bayeux et beau-frère de La Brosse , qui était bien aise d'être chargé de cette singulière commission. Le prélat prévint Matthieu de Vendôme et arriva le premier à Nivelle; il engagea la prétendue prophétesse k lui découvrir, en confession^ ce que Dieu lui avait révélé sur le sujet de sa mission. L'abbé de Saint-Denis vint ensuite pour consulter l'orade et n'en put tirer d'autre réponse, sinon qu'on avait tout dit à l'évêqiie de Bayeux. L'abbé Matthieu n'eut pas de peine à pénétrer ce que cela voulait dire; il fit faire de sérieuses réflexions au roi qui dissimula el ne tarda pas à se convaincre de la trahison et de la perfidie de Pierre de La Brosse et de l'évêque , son beau-frère. Le premier fut paida k Montfoucon, et le second trouva son salut dans la fiiite.

Le roi Philippe-le-Bel continua à Matthieu de Vendôme la faveur

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dont 800 père et son aieul rayaient homuré , et Ini donna toiites les mrqnes posnbles de son estime et de so& afTection. Il n'y a qu'une vertu solide et bien reconnue qui puisse jouir, sans aucun nuage et sans intervalle, d'une réputation si constante.

La réputation de l'abbé de Saint-Denis franchit les monts et arriva jusqu'à Rome. Les papes Clément lY, Nicolas 10 et Martin n recon* nurent , en plusieurs occasions, son mérite et louèrent hautement sa piété éminente. Il fut en eflet un des plus savants de son siècle, et l'on a peine à comprendre qu'un homme aussi chaîné d'occupations ait pu cultiver, avec autant de soin , les lettres divines et humaines. Ce n'est cependant pas une raison pour lui attribuer, comme l'ont fait quelques historiens, un poème latin en vers élégiaques, intitulé la Tahiade. Ce pome a bien pour auteur un Matthieu de Vendôme , bénédictin , qui florissait k la fin du Xn« siècle , mak qu'il &ut bien se garder de confondre avec l'abbé de Saint-Denis.

Celni-d, dit la chronique de s<hi monastère, mourut avec de grands s^tîments de piété, et fut inhumé dans son église abbatiale. Son éfHtaphe a été écrite dans un goût singulier; nous en citons un fragment pour montrer jusqu'où peuvent aller les périphrases du style lapidaire.

Si êeœoeintmu* quoéragemu que

Dupletur.

Ae annu$ senus domitU iimul

ànnumeretur,

Sepiembrisque die$ vtceiima quinià

mutwr.

Firmiter indè scies quando sua mors Recitetur.

Tout cela pour, dire qu'il mourut le 25 septembre 1286.

Le p. AGATHANGE, mismrmaire et martyr.

Né k Vendôme en 4580 , d'une &mille honnête qui portait le nom de Noury , il fit ses études dans sa ville natale et grandit à la fois en science et en vertu. A vingt-six ans , il fit profession, sous le nom de P. Agaihange, dans la maison des capucins établie k Vendôme,

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yers 4605, et il ne tarda pas k être revêtu de la dignité sacerdotale. Bientôt une étude profonde de laphilosojdiie et de la théologie, l'austérité de sa vie , livrée k la pénitence et aux mortifications, son zèle ardent pour le salut des âmes, le désignèrent pour le travail des missions, auquel se livraient ces religieux. Le P. Agathange était fait pour cette œuvre apostolique : une âme énei^que dans un corps vigoureux, un esprit vif et éclairé, un cœur droit et sincère , des manières aisées et insinuantes, une profonde humilité, une charité ardente , enfin une patience héroïque en assuraient le succès. Il essaya ses forces dans le Poitou et dans la ville même de Vendôme, où il convertit un assez grand nombre de calvinistes à la foi catholique.

Cependant il brûlait du désir de porter la lumière chez les infidèles ; il s'adonna k l'étude des langues étrangères et partit pour. Ja mission de Constantinople avec le P. Cassien, de Nantes. Arrivés en Turquie, vers 1626, ils parcoururent plusieurs provinces de l'empire, et, après avoir converti un assez grand nombre de renégats , ils consacrèrent leurs soins aux esclaves chrétiens qui gémissaient sur les galères ou dans les bagnes. Malgré les afironts et les traitements cruels que leur (aisaient éprouver les gardiens des malheureux captifs, les deux missionnaires ne cessaient de soulager leurs frères , de les consoler, de les encourager et de les afiermir dans la religion.

Mais ces travaux et ces souffrances ne sufiisaient pas à ces hoDunes intrépides : ils voulaient verser leur sang pour la foi.

A cette époque on reçut de tristes nouvelles de l'Abyssmie : les peuples de ces contrées barbares, dont la religion était un mélange de judaïsme , de christianisme et de pratiques superstitieuses, avaient cependant , jusque-là , reconnu la primauté de l'église romaine. Toutà-coup l'on apprit qu'ils avaient chassé de rem[Hre les missionnaires jésuites et qu'ils avaient adopté le rit des grecs schismatiques. Il fallait les ramener au sein de l'église catholique. Sur la demande du pape Urbain Vm, quatre religieux capucins furent désignés pour cette nouvelle mission : deux d'entre eux étaient le P. Agathange, de Yendôme, et son compagnon inséparable, le P. Cassien, de Nantes. Ils se trouvaient encore en Turquie; ils pouvaient devancer les autres et arriver plus promptement en Abyssinie que ceux qu'on aurait envoyés de France. Ils partirent, s'arrêtèrent quelque temps à Alep,en

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Syrie, où le P. Agathange, après avoir converti plusieurs schismatiques,' voulait annoncer Jésus-Christ, jusque dans les mosquées des Turcs, si les remontrances de ses compagnons et du consul de France n'eussent modéré son zèlc^; de Ik ils se rendirent au Caire , pass^^nt près d'une dunée dans les monastères de l'Egypte, instruisant et convertissant les moines de ce pays , qui étaient tous schismatiques, et , enfin « déguisés en marchands arméniens, ils entrèrent dans l'Âbyssînie, objet de leur apostolat.

Malgré cette précaution, ils furent pris et conduits k t'abuna Marc, qui les reconnut aussitôt pour des prêtres romains, ennemis de l'église d'Alexandrie, qui venaient la combattre et la détruire. Ces paroles furent un airêt de mort. Le peuple, égaré et furieux, se précipita sur les misftionnaii^ qui furent mis en pièces. Ces détails furent transmis, à l'abbé Legrand , biographe du P. Agathange, par un luthérien allemand qui avait été témoin oculaire de ce double martyre. Ainsi périrent ces deux héros chrétiens, ces deux compagnons fidèles, qui, après avoir mêlé leurs sueurs dans leur laborieuse carrière , eurent la consolation de mêler leur sang versé pour Jésus-Christ ; ils cueiU firent ensemble la palme du martyre, à laquelle ils aspiraient comme à la plus douce récompense de leurs travaux apostoliques.

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