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TOME II

30(5 LES H0MHE6 ILLUSTllES DE L'ORLÉANAIS.

ennemi ne le respecta ni plus ni moins que ceux qui l'affirontaient, et le poursuivit derrière les reti^anchements. Messe d'^nn obus k h jambe, k la bataille d'Qondschoote^ il se fit transporter k Arras, pour y être soigné. A peine rétabli , il alla k Lille réchauffer le zèle des patriotes, et fit envoyer au tribunal révolutionnaire le malheureux général Lamarlière. iDénoncé par plusieurs de ses coUèguès comme avilisssmt, par sa conduite crapuleuse, le caractère de représaitant, il fut invité à rentrer a la Convention : mais il cmtinua de s'excuser sur l'état de sa santé, qui ne lui permutait pas de supporter la voiture. Telle était l'opinion qu'on avait de lui que Raffrou, insistant, le 13 pluviôse {l^^ février 1794), sur son rappel, ajouta : «r S'il lui a arrive de mourir en chemin , sa mort couvrira bien des torts. » Les comités de salut public et de sûreté générale furent chargés de toutes les dispositions pour son prompt retour.

Chasles, contraint de revenir, annonça qu'il viradrait de ji^tifier devant la Convention; mais, ai^>aravant, il eut la précaution de se rendre aux Jacobins, et demanda son affiliation au club , comme la plm douce récompcMe de son zèle pour la chose pMiqw. Un journal ayant osé l'attaquer, Chasles le fit supprimer comme infecté du pdson le plus aristocratique. Enfin, le 15 ventôse (15 mars), H fit sa rentrée k la Convention, appuyé sur deux béquilles et soutenu par les trais* siers. Il s'excusa, sur les souffrances que lui causait sa blessure, de n'avjoir pas présenté plus tôt son rapport « dont l'aUente, dit-jl, efic fraie k ua point que je ne puis exprimer ceux qui racolent la « frontière et le départemrat du Nord, i^ Ayant obtenu la parole pour le lendemain, il parut k la tribune assis et couvert; mais son rapport n'eut pas le succès qu'il s'en était promis. Confondu dans les rangs des démagogues obs<mr8, Chasles y fut oubTié jusqu'après la chute de Robespierre. Le 26 thermidor (13 août), il vint k la société des Jacobins se plaindre des persécutions que les patriotes éprouvaient dans toutes les grandes communes, a Il^t, dit«il, des endroits oA d l'on ne craint pas d'outrager la^ mémoire de l'inmiortel Marat. «( Dans d'autres, l'aristocratie, non contente des chagrins amers doïii « eUe abreuve les patriotes, distribue de l'argent pour parvenir k son « but. D Mais les Jacobins avaient cessé de dominer la Convmition , et ses plaintes furent écartées par l'ordre du jour. Dans la discussion

qui suivit le premier rapport sur les crimes de Carrier, Chasles de-^ manda qn*aucun représentant ne pût être accusé sans qu'on lui fit leonnaltre ses dénimciateurs, afin qu'il lui fAt pomble d'user de récriminatiim.

n avait essayé de continuer Marat^ en fanant paraître un nouveau journal sous le titre de VAmi du Peuple; mais craignant la suite des dénonciations auxqudles cette feuille donnait lieu/ il dé* clara que, depuis le seizième numéro , U n'avait plus aucune part à sa rédacti(m. Le l^^^ germinal an m (21 mars 179$) , il demanda que la déclarati(m des droits de l'homme fût affichée dans la salle de la Convention; a et, dit-il, pour que votre disposition ne puisse « être éludée en aucune manière, il faut la confier au peuple. » Cette propositiim ayant été combattue par Tallien , Chasles l'interrompit plusieurs fois et le menaça du poing. Comptant sans doute sur le succès d^ trames ourdies par quelques députés montagnards, Chasles parut avoir repris son ancienne audace. U compara les discours de Fréron, sur les lois organiques , h celui que Saint-Just avait pr<moncé le 9 thermidor. U attaqua la loi de grande police de Sieyès^ comme propre à ramener le régime de la terreur ; et, après avoir refusé de prendre part à la discusson, y proposa divers amendements, décla*» rant que, s'ils n'étaient pas adoptés, il ne resterait plus qu'à se don* ner la mort.

Enfin, le 12 germinal (l^^' avril), Chasles, àéaoùcé par André Dumont comme l'un des auteurs des troubles qui venaient d'éclater dans Paris, fut arrêté sur la proposition de Bourdon de l'Oise , et ccmduit au château de Ham.. Amnistié par la loi du 4 brumaire an IV (26 octobre 1795), U fut , en considération de son ancienne blessure, admis à l'hôtel des Invalides. Lors de la création des droits-réunis, il obtint un débit de tabac à Paris, sous le nom de sa femme. Pendant les cent-jours, n'ayant point accepté de jdace ni ûgné l'acte additionnel , il ne fut point sftteint par la loi qui bannissait les régicides. B mourut le 22 juin 1826. Chasles a laissé manuscrits des Mémoires sur la révoltUton.

Son fils, M. PhUarète Chasles, est aujourd'hui rédacteur du Jaumal des Débats, et l'une des plumes les mieux exercées de la critique contemporaine.

J. DVMOOUII.

508 LES HOMMES ILLtSTRES DE L'oRLÉ.VNAIS.

DâRMAUD (Jacques), le général.

La biographie des généraux de la république et de l'empiré est tOHt entière dans leurs états de service. Lieutenant-général, grand-officier de la Légion-d'Honneur et commandeur de l'ordre de Saint-Louis , le baron Damaud naquit lu Brine-Boulay, département du Loiret, le 8 avril 1758. D prit du Service en 1777 et traversa rapidement les premiers grades militaires; il venait d'obtenir celui de sous-lieutenamt lorsque la révolution éclata; il devint capitaine en 1795.

L'Allemagne venait de commencer contre la France et sa révolution cette longue croisade où tant de gloire nous était réservée , avec des chances si diverses. Damaud, employé d'abord à l'armée du Rhin, passa , en l'an H, k celle du Nord, et fut adjoint, le 9 germinal , aux adjudants-généraux : il se trouva, en cette qualité, h l'attaque d^ villages de Saint-Vaast et de Saint-Aubert. Dans cette affaire où Pennemi, par la supériorité que lui donnaient sa cavalerie et son artillerie, avait presque entièrement culbuté l'une de nos colonnes, Damaud contribua puissamment, par une intrépidité pleine de sang-froid, à rallier cette colonne, et obtint un plein succès.

n fit la campagne de l'an UI avec l'armée de Sambre-et-Meuse ^ et prit une part très-active k la défense de la place de Longwi. A la tête du 30« de ligne , au blocus de Mayence , en l'an IV, il fut chargé de défendre la position entre la Meuse et le Rhin , et s'en acquitta très-heureusement , quoique blessé d'un éclat d'obus à la mâchoire inférieure. Demeuré inactif, pendant quatre ans , k la tête de ce corps, il le façonna si bien à la discipline et aux manœuvres qu'il en fit l'exemple de l'armée, comme on put le voir k l'affaire de Lintz et k la retraite <lu fort de Newied, où les soldats commandés par Damaud y résistant seuls k la terreur panique du sauve-qui-peut, préservèrent l'armée d'une véritable défaite. Il reçut , k cette occasion , les félicitations du gouvemement et du général Jourdan.

Appelé en l'an Y k figurer sur un nouveau théâtre, il se trouva , en Italie, aux batailles de Givita-Castellana et de Talari , défit les Napolitains sur deux points différents , culbuta une division et un batail-

Ion, et leur prit vingt pièces de canon avec trente caissons. Deux joars après, avec sept compagnies seulement , il détermina en notre faveur la brillante journée d'Otricoli. En Tan VI, il fit encore la campagne de Rome, et^ en Tan YII, celles de Naples et d'Italie. La belle manœuvre qu'il exécuta k l'affaire de la Trebbia lui valut, le 12 messidor, le grade de général de brigade. Ayant enfoncé l'ennemi qui lui était opposé, et l'ayant dépassé de plus de quatre cents toises, il s'é^ tait trouvé isolé, faute de secours, et dans la nécessité pressante de se replier sur le corps d'armée; ce qu'il fit avec tant de bonheur, que, malgré une blessure grave reçue k la jambe, il ramena les sept pièces dé canon dont il s'était emparé dans cette charge brillante. A la bataille de Novi, le 28 thermidor suivant, pareil trait d'audace lui valut pareil succès. A l'affaire de Bosco, le 2 brumaire an VIII, et, le 12" du même mois, à celle de Rivalto, il détermina la victoire en faveur de l'armée française par la hardiesse de ses manœuvres. Une ruse de guerre lui procura un nouveau succès , deux jours après , k Novi : obligé de céder à des forces trop supérieures, il attira l'ennemi dans . les montagnes , puis , l'ayant mis en désordre par des charges imprévues, il lui prit trois bouches k feu, trois caissons, avec beaucoup de prisonniers. Le 13 frimaire, le général Damaud, attaqué par les Autrichiens et les Russes , s'étant vu obligé d'abandonner la ligne de Monte^Iomua , suspendit sa retraite k Nervi , afin de sauver, s'il était possible , une colonne française qui se trouvait , vers Becco et Sori , en grand danger d'être coupée. Ayant fait garder, par trois cents soldats, un défilé très-avantageux , il alla pour reconnaître lui-même les autres défilés avec deux ou trois soldats; mais telle était la terreur dans notre armée, qu'k peine s'était-il éloigné, le défilé principal fut abandonné parles nôtres. Alors Damaud, voyant l'ennemi maître du passage, s'élance k sa rencontre le sabre k la main, et ce trait inouï d'audace ayant déterminé un mouvement rétrograde sur la première ligne autrichienne, qui se crut près d'être attaquée, donna le temps k la colonne qui se trouvait k Sori d'échapper k une destruction complète. Le 15 germinal, Damaud, forcé d'abandonner Becco, se vit harcelé par toute l'armée ennemie. Cette retraite, qui n'est plus k ses yeux qu'une fuite honteuse, son intrépidité la transforme aussitôt en attaque et eu victoire : il saisit le fusil d'un soldat et hii feu sur les

510 LES H0B11I£S ILLUSTRES D£ L'ORLÉâNAIS.

alliés. Le combat s'engage ; entraînés par un tel exani^e) nos sridits font des prodiges, et Beeco est bientôt repris. Une victoire (dos bdle encore s'offirit k lui le 1& et le 17 germinal. Ses troupes étaiadt privées de vivres depuis deux jours ; l'ennemi , très^supérieur en non^ bre, occupait des positions que l'on jugeait inexpugnables; Dainand se fraie un passage 4>ar une attacjue inq>étueuse, et sauve ainsi les pièces et les munitions, qu'il aurait pu abandonner, d'q>rès les instructions du général en chef.

Le 8 germinal, l'une de nt)S journées jusque-là les plus gtoriewes en Italie, le brave Damaud se vit arrêté dans sa carrière beUiquense : ayant pris d^assaut plusieurs redoutes, il reçut à la jambe une blessure tellement grave qu'elle exigea l'amputation. Transporté à Gè^ nés, où Masséna avait concentré toutes ses forces, il fut nommé, après sa guérison, au mois de septembre de la mâaae année , commandant de la place et des forts de Gênes. Vers la fin de 1801, sa santé se trouva tellement afiaiblie, qu'il fut obligé de demander un congé et revînt en France. Nommé membre de la Légiourd'Hon- Qeur au mois de décembre 1805 , il reçut , à la même époque , le commandement du département de l'Orne, qu'il occupa pendant deux mois ; de là il passa au département de la Hsmche. En 1807, il fut mis à la tête de la division militaire , et reçut le titre de banm le 8 octobre 1808; il eut ensuite le commandement du département du Calvados, où il signala son intégrité. Il commandait, en 1811, la 14<> division militaire, quand l'empereur le n<Hnma gouverneur de l'bôtel des Invalides. Sa sollicitude toute paternelle pour les braves qui, comme lui, avaient été mutilés au champ d'hcmneur, lui acquit de nouveaux droits à la reconnaissance nationale. Nommé, en 1814, lieutenant''^énéral par Louis XYIII, il refusa le titre de comte qui loi fut offert, content de garder sans mélange ses titres de noblesse acquis sur les champs de bataille. A la même époque, il préserva do pillage le dépôt du génie nûlitaire, les archives de k guerre et la galerie des fortifics^tions en relief. U conserva le commandanent de l'hôtel des Invalides jusqu'eu 1825, époque à laquelle il fut remplacé. Le cordon de commandeur de Saint-Louis fut la seule récompense qu'on lui donna pour ses quarante>trois ans de service et les cicatrices dont il était couvert. Il est mort dans une modeste retraite , k

Tàge de soUante^deux ans , et ses obsèques ont eu lien sans aucune de ces démoDStrations d'hommages et de regrets dont le faste banal n^est trop souvent qu'un mensonge posthume.

GUIMN (Charles-Étienne-César), le général.

La famille du général Gudin, originaire du Nivernais, a produit^ en moins d'un demi-siècle , trois des noms les plus glorieux de notre histoire militaire. Le général Etienne Gudin, oncle de celui dont nous allons esquisser la biographie, ayant quitté la carrière des armes après cinquante années dé service effectif, a habité jusqu'à sa mort , arrivée en 1820, une propriété peu éloignée de Montargis et que possède maintenant M. le vicomle général Gudin.

Charles-Etienne-César Gudin naquit dans cette ville le 13 février 1768. Sa Camille, qui le destinait à la carrière des armes, l'envoya à l'école de Brienne, où il fut condisciple de Bonaparte. Après avoir fait de fortes études^ il fut admis, en 1782, dans la compagnie des gendarmes de la garde, d'oà il passa comme sous-lieutenant dans le régiment d'Artois. Nommé lieutenant le l«f février 1791 , il fut envoyé à Sainl-Domingue avec le second bataillon de son régiment, pour y combattre les nègres révoltés. Chef de bataillon en 1795, il devint aide-de-camp de son oncle, et sa valeur lui mérita bientôt 1q grade d'adjudant-général chef de brigade^ au moment où il passa a l'armée du Rhin. Il se fit particulièrement remarquer aux affaires de la vallée de Kintzich^ de Freudenlhal et de Wolfach, lorsqu'il faisait encore partie de l'armée de Rhin-et-Moselle^ commandée par Moreau .

Après la paix de Campo-Formip^, Gudin passa à l'armée des côtes d'Angleterre; mais l'expédition projetée contre cette puissance , expédition k laquelle il était appelé, n'ayant pas été réalisée, il revint à l'année du Rhin, en 1798, avee le grade de général de brigade qui lui fut conféré. — li avait à peine trente ans!

Élève des meilleurs généraux de cette époque et leur émule , it se montra toujours à la hauteur des expéditions importantes confiées à sa valeur et à son expérience, dans le Valais, la vallée d'Aar et

512 LES HOMMES ILLUSTRES DE l'ORLÉAMâIS,

daDS l'Oberiand. Chargé par Masséoa, en 1799, du ccmunandemeDl d'une brigade sous les ordres du général Lecourbe, il attaque la position deGrimsel, remonte TAar, culbute les ennemis, malgré une me résistance, passe le Saint-Gothard , où il fit des efforts inouis pour rejoindre la division du général Lecourbe et engage avec lui, sur les hauteurs de TOber-Alp , un combat terrible où les Autrichiens sont mis dans une déroute complète. Chargé de nouveau de la défense du Saint-Gothard, il repasse le Grimsel, attaque les Russes, commandés par Souwarof , et leur fait prisonniers un* général et quatre mille hommes.

Après la réunion des deux armées du Danube et du Rhin sous Moreau , Gudin prit part k différentes affaires, et, en mai 1800, il fut chargé d'exécuter, à la tête d'une division, le passage du Lech, en avant d'Augsbourg. Peu après, le général en chef ayant résolu de se porter sur le Danube et de séparer l'ennemi de ses magasins de Donawerth , ce passage du fleuve fut exécuté avec autant de succès que d'audace par la division Gudin, aidée'de la division Montrichard. En récompense de cette brillante action, Gudin reçut du Directoire, le 6 juillet 1800, son titre de g^éral de division, lequel devint dé« finitif à partir de ce moment.

Pendant la courte paix qui fut signée à cette époque par rAutriche, Gudin fut envoyé à Toulouse pour y prendre le commandement de la 10^ division militaire. Il ne resta pas long-temps à ce poste, qui pouvait lui permettre de goûter un repos acheté par tant d'efforts et de succès. U reprenait son épée vers la fin de 1804, et commandait, en 1805, contre les Autrichiens, la troisième division du corps d'armée de Davoust. Nommé en 1806 gouverneur de Fontainebleau , il ne tarda pas à être envoyé en Prusse. Au sanglant combat d'Auerstadt, sa seule division résista, pendant quatorze heures, aux efforts de soixante mille hommes conmiandés par le roi de Prusse et le duc de Brunswick en personne. Cette action et cette campagne lui valurent la décoration de la Légion-d'Honneur et une dotation de 70,000 fi*, de rente. Il se distingua successivement à Pultusk, à Eylau, k Friedberg, a Tilsitt, et, après la paix signée dans cette dernière ville, prenait part aux batailles de Thann, d'Eckmuhl et à celle deWagram, où il reçut quatre coups de feu.

HUITIÈME 8ÉRK1. — PERSONNAGES POLITIOUES. 315

Godin avait été créé) en 1807, grand-officier de la Légion-d'Honnenr; en 1808 , il fut (ait comte de l'Empire, et, le 14 avril 1809, il fot élevé k la dignité de grand-aigle de la Légicm-d'Honneur. Il avait été désigné Tannée précédente, par le département du Loiret^ comme candidat au sénat.

Un nouveau traité de pak donna k Gudin, en 1810, quelque repos dans les cantonnements de Westphalie; mais l'expédition de Russie se préparait, et, en 1812, il fut appelé k prendre part k cette désastreuse campagne. Il se rendit des premiers sous les drapeaux, k la tète de sa division. Il prit part, de la manière la plus glorieuse, k la bataille et k la prise de Smolenàk. Il allait, en récompense de ses éminents services, recevoir le bâton de maréchal de France, lorsque, k la sanglante affaire de Valontina-Gara , un des plus beaux faits d'armes de la grande armée , il fut atteint d'un boulet qui lui emporta une jambe et lui blessa l'autre. Il eût survécu peut-être, s'il ne se* fût obstinément refusé k subir une double amputation reconnue nécessaire.

Gudin fut enterré dans la citadelle de Moscou. Les honneurs les plus distingués lui furent décernés avec toute la pompe militaire.

L'empereur ayant visité le blessé k son lit de mort, lui promit de servir de protecteur k sa famille et k ses enfants. Il n'oublia point sa promesse, et après 1^ mort de Gudin, Napoléon écrivit k sa veuve la lettre suivante, datée de Moscou, le 15 octobre 1812 :

« Madame la comtesse Gudin , je prends part k vos regrets ; la c perte est grande pour vous, elle l'est aussi pour moi.

« Le ministre secrétaire d'Etat vous expédie le brevet d'une pen- « sion de douze mille francs qde je vous ai accordée sur le trésor de «r France, et l'intendant du domaine extraordinaii^ vous fera parvenir c le décret par lequel j'accorde une dotation de quatre mille francs « k chacun de vos enfants cadets, avec le titre de baron. Elevez-les « dans des sentiments qui les rident dignes de leur père. »

« Napoléon. »

L'éloge de Gudin est tout entier dans cette lettre, qui est le plus beau monument élevé ksa mémoire.

514 LKS nOHHES ILLUSTRES DE L'OftLixilAIS.

MARCEAU (te général).

« Soldat à seize ans , général à vin^P-deux ams, m&rt.à vUngt-^sepi «r ans; toute la vie de Marceau tient dans cette légende, qu'o& dirait tf traduite de l'inscription d'un marbre grec découvert aux Thermom pyles, sous un laurier rose. L'héroiane a toujours un irrésistible « prestige; mais quand il apparaît sous la forme d'un beau jeune a homme, tenant en main l'épée immaculée du sacrifice, tombant « sur le champ de bataille avec la sainteté du martjfre et la grâce de <x la jeunesse , alors c^ n'est plus seulemaat l'^thonsiasme , c'est « l'adoration des^ hommes qui veille sur sa mémoire. Marceau apte partient à la légion thébaine de ces victimes de choix et de fleur, a immolées à l'immortalité dans l'adolescence de leur gloire. Sa caret rière est celle du soldat athénien de Marathon; comme lui, il a « couru à la mort une palme k la main. L'éclat d'un poème cbevac( leresque se mêle, dans sa vie , à l'auguste shnplicité d'une épopée « antique; elle échai^ à l'histoire , la poésie s'en emparera an « jour(l). »

Il naquit en 1769, dans cette année léconde qui vit naître Napoléon et tant d'illustres personnages; il mourut k vingt-sept ans, en 1796, au mom^t où l'étoile de Bonaparte commençait k rayonner dans le ciel orageux de la révolution ^

Son père lui donna, à son baptême, les noms de François^Séverin Desgraviers, que l'histoire a oubliés, en n'écrivmit, en lettres d'or, sur son livre immortel, que le nom de Marceau, poétisé par la croire. M. Desgraviers était procureur au bailliage de Chartres et destinait son fils à la carrière du barreau; mais, peu soucieux des études httéraires , le jeune Marceau apprit à lire dans l'histoire des grands capitaines, puis, mettant son livre dans sa giberne, il s'engagea , k dixsept ans, dans le régimept de Savoie-Garignan. Sentant alors le be^in de s'instruire pour obtenir de l'avancement, il étudia, sans maître, l'histoire et les \nathematiques , et parvint assez rajttdanent au grade de sous-ofiicier.

(I) Éloge de Marcçau , par M. P. de Saint-Victor.

HUITIÈME SÉR1£. — PEBS019NAGES POUTIQUES. 515

i se trouvait en congé k Paris, lorsque le peuple battit le rappel de 1789, et , se mêlant aux sections , il prit une part active k la prise de la Bastille, puis il marcha à la tôte d'un détachement pour s'opposa k l'approdie des troupes qui s'avançaient y&ts la capitale. D se rendit k Chartres au moment où les patriotes s'armaient pour voler aux frontières; il Ait d'abord instructeur de la garde ni^tionale, et le babûllon des volontaires d'Eure^t-Loir le choisit pour son commandant. D it sa première campagne en 1792, sous les otdres de Lafayette. Ce général ayant été obligé de quitter son poste , pour se dérober k la proscription prononcée contre lui, son armée se disposait k le suivre, quand Ifarceau sortant des rangs, la fureur dans les yeux, et la pointe du sabre sur la poitrine d'un ofBder qui entraînait les soldats, s'écrie : « Francis, il est un devoir plus sacré que « l'amour pour son général : celui de ne pas laisser cette frontière « découverte ! » Cet élan généreux imposa k toute l'aroiée : elle s'arrêta a la voix du jeune officier.

Il se trouvait, avec son bataillon, dans la ville de Verdun, lorsqu'elle fut assiégée par les Prussiens, et protesta contre la reddition de la place avec le brave commandant Beaurepaire, qui, n'ayant pu être obâ , se tua de dései^ir. Blarceau fut chargé , comme étant le plus jeune des officiers, de porter au roi de Prusse la capitulation. Son coeur était brisé de douleur. U fitt amaaé, les yeux bandés, devant le prince , et lui remit les clés de la ville ; k son retour, le bandeau qui eouvrait^^ies yeux fut trouvé tranpé de ses larmes. U avait tout perdu k ce siège : chevaux, argent, équipage. « Que voulez-vous qu'on « vous donne, lui dit un représentant du peuple? — Je ne veux qu'un « sabre nouveau , répond-il , pour venger ma défaite. » Il prit' en effet sa revanche k la fin de la campagne; mais, ne trouvant pas ses volontaires assez disciplinés, il demanda k être incorporé dans la légion germanique, et y obtint un brevet de capitaine de cuirassiers.

Au mois d'avril 1795 , le corps dont il faisait partie fut envoyé contre les royalistes de la Vendée. L'armée était accompagnée d'un représentant du peuple, Bourbotte, qui, défiant et soupçonneux, accusa tout l'état-major de trahison et le fit emprisonner. On reconnut bientêt l'absurdité d'une telle dénonciation , et les officiers furent rendus k la liberté la veille de la bataille de Saumur. Marceau se vengea no-

316 LES HOMMES IIXCSTRES DE L'ORLÉAfTAIS.

Uement de son calomniateur : Bourbotte ayant en son cheTal tiié dhm coup de canon , le jeune capitaine sauta à bas de sa monture et la lui présenta en disant : «J'aime mieux être pris ou tué que de Toir « un représentant du peuple tomber entre les mains de ces brigands, d Un décret de la Convention le désigna pour Tavatieement ^ et il fut nommé général de brigade ; il avait alors vingt-deux ans. Son patriotisme pur et désintéressé, sa douceur et son humanité contrastaient singulièrement avec là cupidité et la cruauté des autres chefs du parti révolutionnaire. Pendant cette lutte terrible, Marceau éleva la guerre civile à la hauteur de la chevalerie qu'il combattait. Cette guerre de Vendée fut le champ-clos du dévoûment et de la foi militaire : Hoche, Charette, La Rochejaquelein, Marceau, partie carrée de héros, conflit âdouissant d'épées d'égale trempe, élite contre élite! la postérité les a ensevelis côte à côte , dans le même linceul , dans le drapeau sans tache et sans couleur du devoir.

Plusieurs défaites de l'armée républicaine ayant été attribuées à l'impéritie des généraux , et la Convention ne sachant sur qui porter son choix , un arrêté du comité de salut public donna b Marceau ie titre de général en dief , en lui laissant la Êtcuhé de se servir provisoirement de Kléber. Ce fut dans le cours de cette guerre qu'il s'unit de la plus étroite amitié avec ce vaillant soldat, dont le caractère élevé et loyal sympathisait avec le sien. <k En acceptant le titre de général « en chef, disait-il k Kléber, je prends les dégoûts et la respoosabi- « lité pour moi , et je te laisserai , k toi, le commandement véritable « et 1^ moyens de sauver l'armée. — Sois tranquille, mon ami, dit « Kléber, nous nous battrons et nous nous ferons guillotiner ^- « semble. »

Dès ce moment , tout fut conduit avec unité et fermeté ; les Vendéens sont poursuivis jusqu'aux portes du Mans. Le 42 décembre 1782 fut livrée cette bataille géante de la guerre des géants , où périrent dix mille républicains et vingt mille Vendéens. Avant le combat , les représentants en mission auprès de l'armée avaient remis k Marceau la destitution de Westerman, un de ses généraux. Marceau garda la destitution dans sa poche et le laissa k l'avant-garde, «c C'est dans <t le Mans même, lui disait Westerman, qu'iHaut profiter de la for- *< lune. — Tu joues gros jeu , répond Marceau en lui serrant la main;

« n'importe, marche, et je te suivrai, d Aus^tôtle tocsin sonne, ie canon lui répond, la désolation se répand dans la ville; on se bat toute la nuit, et au point du jour la victoire se déclare en faveur des bletis. Jamais déroute n'avait été aussi sanglante; Marceau gânit de l'épouvantable abus de la victoire « et ne put mettre un terme au pillage et au massacre qu'en faisant battre la générale. Après le gain de la bataille, il publia hautement la belle conduite de Westerman , et lui fit conserver son grade.

Ce fut aussi dans cette circonstance qu'il s'honora par un trait de vertu digne deSdpion. Une Vendéenne jeune et beUe, le casque as tête et la lance en main, et poursuivie par les soldats, se jeta aux pieds de Marceau : « Sauvez-moi! » s'écria-t-elle. Le général la relève, la rassure, la recueille dans sa voiture et la fait conduire dans un lieu sûr. Mais une loi punissait de mort quiconque faisait grâce a un royaliste pris les armes à la main. Marceau, dénoncé, allait payer sa générosité de sa tète, quand Bourbotte, qui lui doit la vie, accourt de Paris k l'armée et anéantit la procédure; mais ni la protection du représentant, ni les larmes de Marceau ne purent sauver la jeune Vendéenne : elle fut décapitée. Après la défaite du Mans, le général en chef poursuivit les chouans et les atteignit sur les bords de la Loire, près de Savenay ; il anéantit leur armée, dont les malheureux débris furent envoyés k Nantes pour y être noyés ou fusillés. Dès ce jour, la grande guerre de Vendée fut véritablement finie. Kléber et Blarceau firent leur entrée en triomphe k Nantes, et forent gratifiés, par le dub jacobin , d'une couronne civique.'

Mais la place de Marceau n'était pas en Vendée. Pendant cette sanglante campagne, il avait le mal du pays de la frontiire, où tonnait le canon de la grande guerre, fl quitta sans regrets cette terre arrosée du sang français et consacra son épée à la défense du territoire, menacé par la coalition européenne. A l'ouverture de la campagne de 1794, il commande une division de l'armée des Ardennes; puis on l'envoie à l'armée de Sambre-et-Meuse, où U continua à se distinguer par ses talents, sa bravoure et son humanité. Dans le rapport qu'il fit k la Convention de la bataille de Fleuras, Pichegra dkait : Le général Marceau s^est baUu comme un lion; Ua eu deux chevaux tuée sous lui; et le Moniteur constate que ce passage de la dépêche

fut couvert d'appIaudissemenlB. Aux batailles de TOurthe et de la Roer, Marceau commandait Tavant-garde; il entra, à la tête de sa division , dans la ville de Goblentz, qui était la place d'armes de la coalition.

Chargé) en 4705, de protéger la retraite de l'armée et de fiûre brAler le pont de bateaux dès qu'elle aurait repassé le Rhin, il vît, avec la plus profonde douleur, la division Bemadotte compromise par trop de précipitation de la part de l'officier du génie qiti présidait ii la destruction du pont. Marceau, au désespoir d'une fs^ute dont il se croit responsable, veut se tuer ; Klébar, son ami, accourt, le désarme et assure que tout n'est pas perdu. En ^t, tous deux montait à cheval, se portent au-delà du pont déjà réparé, attaquait vigoureosemait l'ennemi qui pressait Bemadotte , et l'arrêtait sur les hauteurs de Montabor.

n c<Hnmanda deux ans dans le Hunsdnick et dans le Palàtinat, laissant les souvenirs les plus honorables dans ce pays tant de fois dévasté par les années françaises.

Pendant la campagne de 1796, il fut chargé de bloquer Mayence et de couvrir la frontière de France^ tandis que Jourdan s'avançait en Francome ; mais Jourdan ayant été repoussé par l'archiduc Charles, il prit le commandement d'une des divisions chargées de soutenir la retraite, et vint à bout de contenir Fennemi sur tous les points oà il se trouva.

Le 90 septembre, il fut attaqué par le général Hotze, dans la forêt d'Hoehstanbach , et, tandis qu'il soutenait l'attaque pour dcmner à l'armée française le temps de traverser les défilés d'Âltenkirchen, il fut frappé du coup mortd. Mais laissons parler Jourdan , qui , dans la séance du 4 fructidor an Y (25 ao&t 1797) au consal des Cinq- Cents ^ raconta en termes touchants la mort de son vaillant ocnnpa^ gnon d'armes : « Marceau, dit^il, s'avançait avec un officier et quelques <c ordimnances pour roconnaitre les dispositions de l'ennemi» Un chas- « seur tyrolien , caché derrière «un arbre, le reconnaît aux marques <c distinctives de son grade, l'ajuste et lui tire un coup de carabine <c au travers du corps. Marceau se retire lentement , ordonne à ses <c officiers de cacher à la troupe qu'il commande le coup fatal qui a vient de le flrapper, me fait prévenir et donne quelques ordres; «c enfin il sert enonre sa patrie, quoique la pâleur de la mort soit d^

« sur son front. II est tran^rté par des grenadiers à Altenkirsdien ; <c j'accours au-devant de lui , accompagné de mon état-major ; nous a répandons des larmes. Marceau seul conserve sa tranquillité; il fc nous dit : Général, mes amis, pourquoi versez-vous des larmes? « je suis heureux de mourir pour mon pays. Général, je vous rec(Hn- « mande, au nom de Tamitié qui nous unit , les ofiiciers qui ont servi « près de moi et ma famille. »

Aussitôt qu'il fut blessé, Marceau refusa d'être tranq[>orté au^eUi du Rhin, voulant, disait-il, mourir sur le champ de bataille. L'avantgarde ennemie arriva, et les généraux autrichiens, pleins d'estime pour leur noble adversaire , lui prodiguèrent les soins les plus em-* pressés. L'archiduc Charles lui envoya son chirurgien ; mais tous les secours de l'art furent inutiles : trois jours après, Biarceau rendait le dernier soupir au di^teau d'Altenkirschen.

Les Français et les Autrichiens se disputèrent l'honneur de raadre au jeune héros les derniers devoirs , et l'archiduc , en r^idant son corps, 7 mit pour condition qu'on l'informerait du jour des funérailles, afin que ses troupes pussent lui rendfë les honneurs militaires, n fut enterré dans le camp de Coblentz, au bruit de l'artillerie des deux armées. Ses frères d'armes lui élevèrent un monument dçssiné par Kléber, son meilleur ami. En apprenant la mort de Marceau, ce brave général s'était écrié : a Si j'avais été là, je l'aurais fait brûler à la « manière antique, car je ne puis m'habituer à l'idée d'un grand « homme dévoré par les vers. Oui, reprit-il,. en lâchant un de ces* a jurons sonores qui partent comme des coups de feu de la bouche « des hommes de guerre, le corps de Marceau aurait été brûlé. » Le général Hardi réalisa, deux ans plus tard , le vœu poétique de Kléber : le cercueil de Biarceau, exhumé de sa s^ulture, iht brûlé sur un bûdier devant l'armée rangée en bataille , et ses cendres forent réu*nies à celles de Chérin et de Hoche. On lui a aussi érigé une pyramide h la place où il reçut le coup mortel. Ce monument fut constamment respecté par les armées ennemies jusqu'à ce que les pays situés sur la rive gauche du Rhin fussent réunis à la Prusse. Il a depuis diangé de forme; mais le gouvernement prussien a cru devoir faire annoncer par les journaux que rien n'avait été changé dans sa ' destination.

L'ao YI, une pension fut accordée à la mère de Marceau, sur la proposition de Jourdan; son éloge funèbre fut prononcé par le cîtoyai Lavallée à la société philotechnique, qui tenait ses séances au Lowrre. Dans la séance du ^ germinal an YI , Julien Souhait fit hommage au conseil des Cinq-Cents d'une estao^pe représentant le portrait de Marceau. Ce portrait fut envoyé à tous les établissements 4'instrac^ * tion publique et dans lei^ écoles militaires, sur la proposition de Mortier d^ Parc, qui prononça devant le Corps législatif un nouvd éloge du jeune général (1).

Dans la séance du 21 fructidor, ce même député proposa un nouvel envoi du portrait de Marceau aux administrations centrales; mais le Conseil des Cinq-Cents adopta un ordre du jour motivé sur ce que le portrait de Marceau n'ajouterait rien à sa gloire, car ses traits sont gravés dans tous les OBurs vraiment français.

La ville de Chartres s'est toujours montrée aère du plus héroïque de ses enfants : sous le consulat, le isorps municipal fit élever une pyramide sur une place qui prit le nom de Marceau , et on rappda, sur quatre tables de marbre blanc, les trophées de ce héros. En 1815, k l'approche d'une division de l'armée prussienne , on enleva de la pyramide deux plaques qui auraient pu rappeler aux Prussiens qudques faits d'armes peu flatteurs pour eux. La place et la rue qui portaient le nom de Marceau en reçurent un autre; ces changements donnèrent lieu k une pétition de la sœur de Marceau, demandant le rétablissement de la colonne érigée en l'honneur de son frère. Cette pétition, soutenue par le général Foy, amena une discussion , assez vive k la chambre des députés, le 19 mars 1821 ; en vain l'iUustre orateur peignit avec une éloquence toudiante le héros tombant jeune d'âge et vieux de gloire, pleuré par ses soldats et par ses ennemis, Marceau avait , aux yeux de la Restauration , le tort d'avoir vaincu les Vendéens, et la pétition fut renvoyée au ministre de l'intérieur, c'estk-dire écartée. Une rue de Paris portait aussi le nom de Marceau : on l'a effacé depuis ; mais , k supposer qu'on ne le rétaUisse pas un jour, on ne parviendra jamais k l'effacer des fastes de la gloire. Le.âl septembre 1851 , la ville de Chartres a vu enfin se dresser, sur une de

(1) Voir le Moniteur des 30 et 91 Uiermidor an VL

ses places publiques, la statue, en bronze, de Marceau, coulée d'après le modèle de M. Auguste Préau.

Dans la poétique odyssée de Childe-Harold , lord Byron s'arrêta un moment sur les bords du Rhin, devant le monument de Marceau, et, de la même plume qui venait de consoler le captif de Sainte-Hélène, il traçait ces deux strophes en l'honneur du jeune guerrier :

By Coblenin, on a rise ofgentle ground, There U a small and simple pyramid, Crawning the summii of Ihe verdant maund ; Beneaih iU base are heroé*s ashes hid, Our enemy's, — but let nol theat forbid Honour to Marceau l o*er whose early tomb Tears, big tears, gush*d fhm ihe rough soldier's lid, Lamenting and y et envying such a doom FaUing for France, whose righU he battkd to résume.

On voit près de Goblentz voie humble pyramide Qui s'élève au sommet d'un tertre de gazon ; Aux cendres d'un héros eUe sert de prison ; Marceau repose en paix sous cette terre humide: Marceau, notre ennemi, mais que nous honorons! Amis comme ennemis, tous ont pleuré sa perte ; Tous devant son cercueil ont incliné leurs fronts, Et les deux camps rivaux, mêlant leurs escadrons. Ont tiré le canon sur sa tombe entr'ouvertc.

Brief, brave, and glorious was his young career,

Hiê moumers were two hosls, his friends and fœs ;

And fitly may the stranger lingering hère

Pfay for his gàlUmt spirit's bright repose;

For he was freedom's champion, one of those,

The few in nuniber, who had not o'erstept

The charter, to chastise which she bestows

On such a^ wield her weapons; he had kept

The whiteness of his soûl, and thus men o*er him wepi.

EUe fut courte, hélas! mais belle, sa carrière : Son noble souvenir brille comme un flambeau.

L'étranger qui s'arrête au pied de son tombeau Ne s'éloigne jamais sans dire une prière.

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