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LE P. RABARDEAU (Michel), jésuite.
Bien qu'engagé dans une compagnie qui fait profession d'uniformité de sentiments et d'un dévoûment absolu au Saint-Siège, Michel Rabardeau consacra sa plume à la défense de l'église gallicane et combattit les tendances ultramontaines du JYQ.^ siècle. C'est sans doute il cause de cette veUéité d'indépendance que sa biographie, longuement exposée dans le recueil manuscrit de D. Gérou, a dû d'être biflée en grande partie par une plume un peu trop prompte à se scandaliser. L'abbé de Feller n'a pas eu le même scrupule que la biographie Miehaud et lui a consacré quelques lignes dans le but de le réfuter. Ne prétendant point nous &ire ju^e dans des matières si obscures , nous nous contenterons de rapporter les jugements des écrivains qui se sont prononcés pour ou contre.
Midiel Rabardeaii naquit à Oriéans en 1572, Tannée de la Saint- Barthélemi. Il entra k l'âge de vingt-trois ans dans la compagnie de Jésos, alors tonte-puissante. H remplit dans cet institut les différais emplois par lesquels on a coutume de former les sujets, et professa successivement la philosophie et la théologie morale. Son mérite le conduisit au rectorat du collège de Bourges, d'où il fut transféré à celui d'Amiens.
En 1640, Charles Hersant, prêtre-chancelier de l'élise de Met2, fit paraître un ouvrage intitulé : OptaU GaUi de c(mndo schimnatej dans lequel il s'efforçait dé persuader aux évèques de France que le schisme était prêt d'éclore et de déchirer l'Eglise. Il se fondait sur les diverses ordonnances rendues en faveur des privilèges de l'église gallicane et sur l'intention qu'on supposait au cardinal Richelieu de vouloir se faire patriarche de France. Cet ouvrage fut condamné par le parlement à être brûlé par la main du bourreau , comme libelle diffamatoire, et censuré par l'archevêque de Paris, François de Gondi.
Quoique l'ouvrage fàt condamné par les deux puissances ecclésiastique et séculière, on jugea cependant k propos, pour prévenir l'im* pression qu'il pourrait faire dans le public, de le faire réfuter (»ar les plus habiles théologiens , et en moins d'un an on vit paraître trois ou quatre thèses contre VOptatvtë Gallus.
La réfutation la plus ample et la plus remarquable, dit M. Dupin dans sa Bibliothèque ecclésiastique, fut celle du P. Michel Rabardeau, publiée sous ce titre : Optatus Gallm benignâ manu lecttAs^ (Paris, 1641, in-4<»), aoee apprcbaiion. U avançait que [la création d'un patriarche en France n'avait rien de schismatique, et que le consentement de Rome n'était pas plus nécessaire pour cela qu'il ne l'avait été pour établir les patriarches de Jérusalem et de Constantinople. n ajoutait que le pape Nicolas I^ donna ce même titre de patriarche k un archevêque de Bourges, &c. , &c.
La réfutatioà du P. Rabardeau jeta la cour de Rome dans de grandes appréhehsions; elle ne douta pas qu'il ne fût de concert avec le cardinal Richelieu, et le livre fut mis k l'index par cette formule : Censoriâ mrgulâ a sacra cangregatione Ramœ est notatus. L'assemblée du clergé de France reçut ce décret le 19 septembre 164K, et le fit enregistrer dans son procès-verbal.
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« Babardeau, dit le P. Lelong, a traité la question avec plus d'éten- « due que les autres, il répond assez ed détail, mais ai ces occasions « il est rare qu'un théologien réussisse. Cette réponse, qui fut ap- « prouvée dans toutes les formes par les théologiens de la société, « fit beaucoup de bruit, parce qu'elle contient des choses plus « hardies. »
Rabardeau avait une grande réputation comme canoniste et comme casniste. On cite de lui un mémoire, ai forme de consultation, sur la validité du mariage de Gaston d'Orléans avec Marguerite de Lorraine , et douze traités manuscrits sur différentes matières théolo* giqoes.
• MORIN (Jean), oratorien.
Après avoir été, comme Jurieu et baac Papln , un des plus fou* gueux champions de la réforme, Jean Morin devint un des plus savants docteurs du catholicisme. Il était né k Blois, en 1591, de parents zélés calvinistes ^ fit ses humanités k La Rochelle et fut ansuite envoyé k l'Université de Leyde, où il étudia Ic^ grec et la philo- Wfine , la théologie et l'hébreu. Les excès auxquels il avait vu, en Hollande, les gomaristes et les arméniras^ se porter dans leurs disputes lui avaient inspiré des doutes sur le f<md de la doctrine des réformés ; le cardinal Duperron acheva de le convaincre et reçut son abjuration. Mais le désir de concilier dans une vie plus indépendante sa passion pour l'étude avec les devoirs de sa nouvelle religion le conduimt, en 1618, dans la congrégation de l'Oratoire^ qui venait d'être fondée. En 1635, le P. de BéruUe le choisit pour être un des douze prêtres de l'Oratoire qui devaient former la chapelle de Henrî^te de France, reme d'Angleterre, espérant qu'il lui serait d'un gnmd secours, par son savoir en théologie , s'il fallait entrer en c<mtroverse avec les anglicans. Contraint de revenir en France, il se fixa dans la mamon de Saint-Honoré, k Paris, où il résida le restç de sa vie. Il s'y occupa de la, conversion des juifs et de ses anciens coreligionnaires , dont plusieurs lui durent leur retour k l'Eglise. Un grand nombre d'évéqnes, et même les assemblées du clergé, le consultaient sur les matières de discipline , dont il avait fait une étude
24 LES HOMMES ILLUSTRES DE L'oELÉANâIS.
particotière. Il a publié on grand nombre d'ouvrages où il déploie Véruditiott biblique la plus vaste. Le premier résultat de ses travaux fut un traité sur les anciennes circonscriptions ecclésiastiques (Paris , 1^6), fruit précoce d'un esprit encore novice dans des matières qui exigent tant de maturité. Le P. Morin commit encore une inconséquence dans son Histoire de la sauveraineti temporelle de l'EgUee ro^ marne. La cour de Rome fut choquée de la vignette qui est en tête, où Ton voit Charlemagne présentant une carte d'Italie au pape Léon m, en lui disant : Italos parère jvbebo , et Léon lui r^ondant : Tu mihi quodcumque hoc regni. Le cardinal Barberini lui en fit &ire des reproches et exigea qu'il promit de désavouer cette profession de foi gallicane dans une seconde édition, qui, du reste, n'a jamais paru. Le P. Horin avait (ait de la critique sacrée son étud^avorite. On le regarde, à juste titre, comme le restaurateur de l'ancienne langqe des Samaritains, qu'il avait apprise sans le secours d'aucun maître , et son admirable travail sur le texte samaritain du Pentateuque est devenu le fondement le plus solide de sa réputation. Il y prouve que les deux exemplaires du Pentalei^que samaritain, celui que le P. de Harlay avait apporté de Constantinople, et cdui qu'il avait reçu de Pietro délia Yalle sont les mêmes que ceux cités par Cusèbe et saint Jérôme, et il en met l'interprétation fort au-dessus du texte hébreu, qu'il persiste à représenter comme ayant éprouvé des altérations importantes.
Urbain YIII s'occupait alors du grand projet de réunir les deux églises grecque et latine : il fit proposer au P. Morin de se rendre à Rome, pour se joindre aux théologiens chargés de cette délicate mis^ siou. Le cardinal Barberini lui ^onna un logement dans son palais, et, dans les conférences qui eurent lieu à ce sujet, le P. Morin justifia l'idée que le pape avait de son savoir et de sa sagacité. Après neuf mois de séjour dans la capitale du monde chrétien, le cardinal Richelieu le fit rappeler en France. Les uns disent qu'il voulait le faire argun^enter en faveur <]e son projet de se faire patriarche de l'église gallicane; d'autres ont cru, avec plus de vraisemblance ^ qu'il étsût mécontent de la manière peu avantageuse dont l'oratorien parlait de sa personne k la cour de Rome. Cette conjecture est fortifiée par le froid accueil qu'il en reçut à son retour.
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Le p. Morin avait une prédiledtion marquée pour la théologie posi-tive. n est ficheux que ses di^utes rabbiniques l'aient empêché de s'y livrer entièrement; nous aurions un cours complet sur la matière des saeiefiieBts, traitée d'une manière plus solide et moins rebutante qa'dle ne Test dans la plupart des scholastiques. Ce qu'il nous a donné sur la pénitence et les ordinations ne laisse rien k désirer k cet égard. Il y maltraite les théologiens de Port-Royal, mais , au fond , il est plus d'aocord avec eux q«'avec leurs adversaires, car les censeurs royaux lui firent supprimer un chapitre entier, où il se montrait peu (kvorable à la confession auriculairi. Lorsque les libraires de Paris voulurent réimprimer cet ouvrage, le chanceler Séguier refusa de rraouvelerle privilège, «de sorte qu'on fut obligé de le faire publier en Hollande, sous la rubrique d'Anvers. Le P. Morin ne se contenta pas de heurter de front les opinions scolastiques, il jeta son bonnet de docteur par-dessus les moulins et rompit en visière avec le P. Bourgoing, supérieur delà congrégation de l'Oratoire,* dans un mémoire où il lui reproche avec amertume de disposer arbitrairemeai du sort des individus, sans égard pour l'avis de ses assistants. Ce mémoire eut un succès de scandale dans l'assemblée générale tenue k Orléans. Aussi les exemplaires en furent bien vite détruits, et c'est' aujourd'hui une rareté bibliographique. Ce savant oratorien entretenait une correspondance suivie avec presque tous les éradits de son tanps. On a publié, k Londres, plusieurs de ses lettres latines sur différents points d'antiquités ecclésiastiques, précédées de la vie ou plutôt d'une satire contre l'auteur. Le P. Constantin, de l'Oratoire , a publié son pan^yrique en tête d'une nouvelle édition de ses Eocerein taUoMs b^licœ (1669).
Le P. Morin mourut, le 28 février 1659, d'une attaque d'apoplexie. C'était un honune franc, sincère et de bonne société, mais trop vif dans la dispute pour la défaise de ses opinions.
BOURDOISE (Adrien), Pr&re de la communaïUé de Saint'-Nicolas^U'Chardonnet.
« Dieu qioi veille continueUement au bien de son Eglise, voulant « retirer de ce monde le grand saint Charles Borromée, fit naître
26 LES «OmiES ILLUSTHES DE L'oRLÉANAIS.
« quelques mois auparavant un honflne rempli du même esprit pour «r faire en France une partie de ce que ce saint cardinal avait si heu- « reusement exécuté en Italie (1). i» Adriai Bourdoise fut un de ces prêtres vertueux et zélés dont la Providence se servit, au commencement du XYn« sièdei pour ressusciter en France l'esprit du sacerdoce presque détruit par les désordres des guerres civil^.
D naquit le l^i' juillet 1584, dans la paroisse de Brou, au diocèse de Chartres. Son père était notaire et piocureur fiscal* Son parrain, qui était un labourew, le destinait à la prêtrise et lui disait souvent : a Adrian^ mon ûlS| apprends bi^ , car rien n'est si biau qu'un prê* « tre qui sait lire et écrire. ^
Orphelin de bonne heure, le jeune Bourdoj^ fut obligé d'entrer en condition, et, comme saint Yincaitde Paul, plus tard son ami, il se rit réduit k garder les troupeaux. D fut ensuite tour-Mour enfant de chœur, clerc de notaire et laquais d'un président. D entra enfin au servioe deM. Hasié, curé de Saint-Pierre-Ensenteiée, k Orléans, où il commença d'apprendre le latin. On lui fit prendre la tonsure, et il débuta dans les ordres mineurs comme portiw du col* lége de Chartres. Le clergé était nombreux dans Chartres, mais il n'en était pas plus réglé. Bourdoise, par sa conduite édifiante, fit honte k plus d'un dignitaire du chapitre. Il refusa plumeurs bénéfices et résolut de se vouer k l'instruction des enfants et du pauvre peuple. Attaché comme simple prêtre k la paroisse de Saint-Nicolas-du- Chardonnet, il y fit le catéchisme et se lia étroitement avec Vincent de Paul et Olielr, fondateur du séminaire de Saint-Sulpice. U visita ensuite pluûeurs diocèses, dans le but de rétablir la discipline ecdé* siastique et la bonne tenue des églises, et, k force de missions et de conférences publiques, ce pauvre prêtre réussit k merveille dans ce pénible apostolat. En 1618, il avait institué k Paris la communauté des Prêtres de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, qui a subsisté jusqu'k la révolution. Cette petite congrégation n'avait que trois établissements : le séminaire et la communauté de Saint-Nicolas, k Paris, et le séminaire de Laon. Bourdoise avait projeté de faire un nouveau voyage en Normandie, lorsqu'il fut frappé d'une attaque d'apoplexie,
(I) Vie de 4f. Bourdoise, par Deseourveaux (Paris, 1714).
et mourut en odeur de sainteté, le 19 juillet 1655, &gé de soixanteonze ans.
Peu de temps après sa mort, il parut un ouvrage de lui intitulé : L'Iélfe d'un bon ecclisiûstique , où Fon trouve de grandes simplicités éL surtout une censure énergique et tn même temps très-n^ïve du clergé. On peut juger de son style par quelques citations tirées des Semences chrétiennes et ecclésiastiques de messire Adrien Bourdoise :
a Je ne scay si un ecclésiastique qui est fortement attaché k ses c parents pourra se résoudre k les quitter pour aller en paradis.
« C'est une grande lâcheté k un eccléâastique de s'excuser de ff porter la soutane, sur l'incomiAodité que cause la longueur de ff cet habit; l^femmes ont plus de courage que cela , car non-seuff lement elles ne se dispensent jamais de la longueur de leur habit, c mais même elles ne s'en plaignent aucunement.
« Le curé qui ordonne sa sépulture hors de sa paroisse montre ff n'avoir point eu le cœur en sa paroisse , car le corps doit suivre et « accompagner le cœur. *
« ne £3Midrait pas tant disputer qui a le corps d'un tel saint ou a qui en a la plus notable partie, mais bien plutôt qui en a da- « avantage l'esprit et les vertus.
<( On n'a jamais vu tant de dévotion et si peu de vray christia- « nisme.
a Ceux-lk connaissent mal Bourdoise qui disent qu'il ne faut c qu'une soutane, une cour(mne et un Benedicaimus Domino pour ff être canonisé de lui : ne vous y trompez pas, s'il vous plaist, c Bourdoise a détourné beaucoup, et beaucoup de gens de la tonff sure, et il n'y en a guères porté. x>
Du reste, Bourdoise, dans sa préface, prévoit le parti que les incré» dnles pourraient tirer de la naïveté énergique avec laquelle il for* mule ses plaint et indique les réformes. « D n'est pas besoin de savoir, dit-il, en parlant de ses écrits, qui en est l'auteur, il n'importe, pourvu que Jésus-Christ soit prêché; mais comme l'abeille Ëdt du mid de tout, l'araignée Ëdt aussi du venin de tout, il laut lire et écouter mes pensées cléricales, et les prendre toujours en un sens qui puisse servir k l'honneur de Dieu et k l'avantage de l'Eglise. D
E« DE Vfi»ÈllB&
26 LES HOMBIES OLUSTRES DE L'ORLÉâNAIS.
DE CAMPIGNY (Charles-Bwoit) , religieux cékstin et en$uite
binédicllln.
Ce religieux a écrit plosieurs particalarités de sa vie dans un ouvrage qu'il publia^ui-méme'sous le nom de Dents de Montaigu. U nous apprend qu'il naquit k Orléans d'Adam de Campigny et de Jacquette Galmet. Après avoir fait ses humanités dans cette ville, il alla k Bombes, pour y étudier la théologie , et revit dans sa patrie embrasser l'état ecclésiastique. Son père employa tout son crédit pour lui faire avoir un canonicat de l'église cathédrale , qu'il obtint en 1588. Benoit ne tarda pas à abandonner ce bénéfice, et, après avoir fait un voyage à Paris, dans l'intention de prendrdj'habit de saint François, il revint k Orléans, et entra définitivement dans l'ordre des Célestins, — 11 n'avait alors que dix-neuf ans.
La piété, les talents du nouveau profès le firent remarquer. Député au chapitre général k l'âge de vingt-six ans, on le fit supérieur de la maison des Célestins de Lyon, et il fut ensuite envoyé k Rome, en qualité Ae provincial^ pour s'opposer aux prétentions des Célestins d'Italie ^ qui voulaient soumettre les Célestins de France k leur juridiction. Sa démarche eut un plein succès et augmenta la considération dont il jouissait. U fut élu successivement prieur des Célestins de Paris et supérieur provincial. Le P. de Campigny voulut alors r#)rmer des abus et ramener à l'exacte observation de la règle de Saint-Benoit ceux de ses religieux qui s'en étaient écartés. Mais la première tentative de réforme révolta les moines ; les intrigues et les tracasseries prévalurent sur les sages dispositions de Campigny, qui fut déposé en 1613. Il protesta de nullité et en appela au pape, ce qui ne servit qu'k le faire conduire k Soissons , oii il fut étroitement renfeimé; il fut ensuite déposé juridiquement, en 1618, parle général des Célestins d'Italie, envoyé par le pape pour connaître de cette affaire et remédier k tous les désordres monastiques qu'elle avait occasionnés.
Le P. Campigny fut conduit k la Chartreuse de Bourgfontaine. Après huit mois de réclusion , il sollicita et obtint un bref pour entrer dans la congr^tion de Saint-Haur, prononça ses vœux et mourut , en 1654, au monastère des Blancs-Manteaux, k Paris.
n a laissé plusieurs ouvrages, entre autres : le Guidon de la vie ^^irihielle, qu'il eut la modestie de ne point {gtire paraître sous son nom, et où il se propose Tinstruction des novices; — VAnalophUe hénédictin auxpiedi du roi, pour la réforme de V ordre de Saint-BeaoU (1615), qui fut censuré à l'instigation des docteurs attachés au cardinal de Richelieu. Ika publié aussi plusieurs apologies, où il explique la nécessité d'une réforme dlins les ordres, et dédie ses écrits au i^tpe Paul V, qu'il appelle le monarque universel de V Eglise.
LE P. CHÉRUBIN, capucin.
Le' véritable nom de ce savant capucin est Michel Lasséré. Son père était mercier k Orléans, et il naquit, dans cette ville, en 1613. 4 quinze ans, il prit l'habit de Saint-François dans la réforme des capucins, qui lui donnèrent le nom de Chérubin. Il sut concilier les pratiques austères de son ordre avec la culture des sciences exactes. n se livra tout entier aux mathématiques et surtout k l'optique. — Adioit mécanicien et bon géomètre, il avait tout ce qu'il fallait pour perfectionner cette «dernière science, pour laquelle il fabriqua de bons instruments. Il inventa aussi différentes machines et composa sur ce sujet des ouvrages qu'on peut consulter avec fruit.
La cour de Louis XIY applaudit aux découvertes du savant capucin; il s'était surtout attaché à perfectionner le télescope^node ^ imaginé par son confrère, le P. Rheita; il fut admis à l'honneur de le présenter à Louis Xrv, et ce furent le duc de Montausier et Bossuet qui lui servirent d'introducteurs. <c Le roi accorda gratuitement au « P. Chérubin le privilège d'enseigner la manière de construire « toosles instruments qu'il avait Ëdts; les lettres furent scellées par « Letellier, chancelier de France. »
n s'était aussi appliqué à perfectionner l'acoustique , et on voit, par une de ses lettres à Toinard , que , dans une expérience faite en présence de l'un des généraux de l'ordre, «c il fit entendre très-dis* « tinctement, k quatre-vingts pas de distance, et discerner dans « ime multitude , les voix de particuliers qui parlaient ensemble , « quoique dans le milieu oniae les pût aucunement entendre , car
« ils ne parlaient qu'à voix basse , et néanmoins on n'en perdttt pas fr une syllabe. » Le sijpérîeur de Tordre lui fit défendre de diTu%uer un pareil secret connue pouvant devenir dangereux pour la sodétét Le P. Chérubin se oonfonna scrupuleusement à la défanse qui lui fut faite; il avoua cependant k Toinard que, dans une seule occa* sion , où il s'agissait de l'intérêt de l'ordre , il avait fait usage de Son mécanisme, qui , quoique vohunineux, pouvait se cacher sous un manteau.
En 1652 , l'ordre était divisé en deux partis : les yvetons et les cUmdions , ainsi nommés des PP. Qaude de Bourges et Yves de Nevers. Chérubin, avec ses acoustiques, découvrit les secrets des claudions, lorsqu'ils parlaient ensemble, et son parti s'en servit avantageusement. D a fait sur l'optique plusieurs ouvrages fort*estimés : l^in d'entre eux, consacré au iélescope^nocle, est précédé d'un avis au lecteur. Chérubin raconte a qu'il eut l'honneur de pr^nter ses instrumens au roi ; Sa Majesté se servit de la machine télesgraphique pour dessiner, k la distance d'une lieue, le château de Rocancourt; puis, s'adressant k l'auteur : <c VoUàtmebeïleinvention, mon père, mais « la machine est un peu basse pour mai. — Sa Majesté me fit ensuite a V honneur de m'en commander une autre proj^tionnée à sa hau- « teur, et eUe ajouta que la petite serait pour le dauphin, i»
Ces succès attirèrent k Chérubin beaucoup d'envieux; on lui disputa jusqu'k la gloire de ses inventions. Obsédé par les attaques personnelles et les libelles injurieux, auxquels il ne répondit qu'avec la plus grande modération, il se retira dans un couvent de Tours et y mourut, en 1697, k T&ge de quatre-vingt-quatre ans.