‹ Les Hommes illustres de l'OrléanaisChapitre 126 sur 145 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

MANUEL (Pierre-Louis).

Le père de Manuel était potier à Montargis. 11 fit donner à son fils une meilleure éducation que ne pouvaient le faire présumer sa profession et son peu de fortune..

Pierre -Louis Manuel, après avoir fait d’assez bonnes études, entra dans la congrégation enseignante de la doctrine chrétienne, qu’il abandonna ensuite pour se rendre à Paris, où le banquier Courton l’appela auprès de son lils, en qualité de précepteur, et lui assura une pension; il vivait de ce modeste revenu et du produit de quelques pamphlets distribués sous le manteau. Un de ces écrits le fit renfermer pendant trois mois à la Bastille , et cet acte arbitraire ne fit que fortifier dans l’esprit du jeune écrivain les principes qu’il tenait de sa naissance et de son éducation. Aussi, dès les premiers mouvements révolutionnaires, figilra-t-il parmi les ennemis les plus ardents de l’ancien régime. Ses discours véhéments à la société des Amis de la constitution appelèrent sur lui l’attention des patriotes et les suffrages des électeurs parisiens, qui le nommèrent procureur de la commune. Entraîné par l’exaltation du moment, sous l’influence des passions populaires et de la tendance démagogique des esprits, décrivait en 1792, à Louis XVI, une lettre qui commençait par ces mots : Sire , je n’aime pas les rois . Ce fut lui aussi qui , de concert avec Pétion et les administrateurs de police , provoqua l’insurrection du 20 juin 1792. Suspendu d’abord de ses fonctions par l’administration départementale, il les reprit le 15 juillet, en vertu d’un décret de l’assemblée législative.

Le 10 août arriva, et Manuel, intimement lié avec Danton, y prit la plus grande part. 11 demanda la translation de la famille royale au Temple, et sa proposition ayant été adoptée, il fut chargé de veiller lui-même à son exécution. Déjà, dans la société des Jacobins, il avait réclamé l’emprisonnement de la reine au Val-de-Grâce, jusqu’à la cessation des hostilités. Cependant sa haine pour celte princesse et pour le roi sembla décroître par suite des relations journalières que ses fonctions lui procuraient avec les augustes prisonniers; et, comme le dit un de ses biographes , il mêla d’humanité ses antipathies systé-

niatiques. Le premier acte de ce retour à des voies plus douces fut le discours qu’il prononça pour s’élever contre les rigueurs inutiles, et s’opposer fortement à ce que Louis XVI et son épouse fussent enfermés dans la Tour du Temple. Cette sollicitude pour le monarque déchu n’attiédit pas toutefois, comme on l’a prétendu , le zèle démocratique de Manuel ; ce fut toujours un républicain ardent et convaincu , mais il sut se préserver de ces excès qui flétrissent un nom et le font passer sanglant h la postérité. Quoi qu’on ait dit, la conduite de Manuel pendant les massacres de septembre fut purement négative. On l’a accusé d’avoir su ce qui deVait avoir lieu , d’avoir, par une horrible dérision , deux jours avant le signal des massacres, annoncé aux prêtres renfermés aux Carmes une liberté qu’ils devaient perdre avec la vie. L’esprit de parti s’est acharné sur sa mémoire et a cherché h altérer, dans un but évidemment partial, le sens des démarches qu’il fit pour empêcher l’exécution de cet affreux projet. Après de généreuses * et vaines instances auprès de Danton, convaincu qu’il fallait laisser agir la colère du peuple, après avoir requis la sortie des prisonniers pour dettes, ne le voit-on pas arracher au danger Mme de Tourzel, gouvernante des enfants de France, Beaumarchais, son ennemi mortel , Mrae de Staël et quelques-uns de ses amis ? La passion politique, qui ne respecte rien, a cherché un intérêt là où il ne devait y avoir que de l’humanité, et a expliqué par l’appàt d’une somme de 150,000 fr. les généreux efforts qu’il fit pour soustraire aux assassins la princesse de Lamballe. Mais alors il faudrait aussi supposer qu’il était payé, lorsqu’à la tribune des Jacobins il déclarait courageusement « que les massacres de septembre avaient été « la Saint-Barthélemi du peuple, qui s’était montré aussi méchant « qu’un roi, et que tout Paris était coupable pour avoir souffert tous « ces assassinats. » Est-ce là le langage d’un scélérat endurci ?

Ces démonstrations généreuses contre les crimes populaires ne l’empêchaient pas de manifester les sentiments d’un fougueux républicain, aussi fut-il compris dans la fameuse députation de Paris à la Convention nationale. Il comprenait la république avec l’appareil et le luxe qui doivent frapper les yeux de la multitude et inspirer au vulgaire le respect pour tout ce qui lui parait avoir un caractère de grandeur et de solennité. Dès la première séance, Manuel prit la

parole pour proposer de loger le président de rassemblée dans le palais des Tuileries et de l'environner de tout l’éclat convenable à sa dignité. Cette proposition excita une grande rumeur parmi les ennemis de la Gironde. Elle fut vivement combattue par Chabot ; Tallien répondit que c’était au cinquième que les représentants devaient loger, et la motion de Manuel fut unanimement repoussée.

Le 5 décembre suivant, le nom de Mirabeau s’étant trouvé compromis par le dépouillement des pièces de Y armoire de fer. Manuel, admirateur constant de ce grand homme , et qui avait été l’éditeur de ses Lettres à Sophie, entreprit de le défendre: « Citoyens, s’écria-t-il, « Mirabeau a dit de lui-même h cette tribune qu’il n’y avait pas loin « du Capitole à la roche Tarpeïenne ; mais, quand il l’a dit, il ne «c parlait que des vivants; il ne pensait pas qu’un jour on proposerait « de faire descendre le bourreau dans les tombes pour y flétrir les « cendres des morts. » Il termina son discours en demandant qu’un comité d’examen fût institué. Cette proposition fut adoptée ; et, en attendant le rapport, la Convention décréta que les bustes et effigies de Mirabeau seraient voilés.

Lorsqu’il s’agit de la mise en jugement de Louis XVI, Manuel se fit d’abord remarquer par la violence de son opinion : « Il fut roi, « dit-il , il est donc coupable ; car ce sont les rois qui ont détrôné « les peuples. Sans ces Mandrins couronnés , il y a long-temps que « la justice et la raison couronneraient la terre... Que de temps il a « fallu pour casser la fiole de Reims! Législateurs, hâtez-vous de « prononcer une sentence qui consommera l’agonie des rois! En- « tendez-vous les peuples qui la sonnent? Un roi mort n’est pas un « homme de moins. » Quelques jours après, il rendait ainsi compte au conseil général de la commune d’une visite qu’il avait faite au Temple : « Louis de la Tour ignorait qu’il n’était plus roi. Il parait « que le décret ne lui avait pas été signifié; j’ai cru devoir lui apte prendre la fondation de la république. Vous n’êtes plus roi, lui ai-je « dit, voilà une belle occasion de devenir bon citoyen. Il ne m’a pas « paru affecté. J’ai dit à son valet-de-chambre de lui ôter ses déco- « rations, et, s’il a mis un habit royal à son lever, il se couchera « avec la robe de chambre d’un citoyen. » Le II décembre, il interrompt vivement les débats qui s’étaient élevés à l’occasion de

l’acte énonciatif des griefs imputés à Louis XVI, et s’écrie : « Ces « discussions sont oiseuses. La journée s’avance : vous savez qu’il « importe que Louis retourne au Temple avant la fin du jour; je « demande donc que vous donniez des ordres pour qu’il soit amené « sur-le-champ. »

Mais peu h peu, le farouche républicain devient accessible h la pitié ; ses visites au Temple modifient ses idées et finissent par ralentir son exaltation démagogique et par l’intéresser au sort de la famille royale. C’est alors qu’il semble condamner les excès de la révolution : après avoir signalé à l’exécration des honnêtes gens les tueries de septembre, après avoir accablé du poids de son indignation Thuriot qui injuriait sa modération, après avoir fait une motion favorable aux émigrés, Manuel, dans le procès de Louis XVI, semble vouloir revenir sur les erreurs où l’avait pu entraîner sa fougue révolutionnaire. Il vote pour l’appel au peuple, et au moment où le duc d’Orléans venait de se prononcer pour la mort: « Je reconnais ici des législateurs, s’écrie-t-il, je n’y ai jamais vu des juges, car des juges sont froids comme la loi; des juges ne murmurent pas, ne s’injurient pas, ne se calomnient pas. Jamais la conviction n’a ressemblé à un tribunal ; si elle l’eut été, certes, elle n’aurait pas vu le plus proche parent de Louis n’avoir pas, sinon la conscience, du moins la pudeur de se récuser. » Après ces courageuses paroles, Manuel se déclara pour la détention et le bannissement à la paix. Dès que la condamnation h mort fut prononcée, il donna sa démission et adressa à l’assemblée une lettre ainsi conçue: « Il est impossible h la Convention, telle qu’elle est composée, de sauver la France, et l’homme de bien n’a plus qu’à s’envelopper de son manteau. »

C’était plus qu’il ne fallait pour vouer sa tête à la proscription ; Tous les régicides l’accablèrent d’injures ; Chaudieu proposa de le déclarer infâme ; les tribunes, remplies de patriotes armés, le menacèrent, le couvrirent de huées; personne n’osa le défendre, et les plus sanglantes injures allèrent le poursuivre jusqu’à Montargis, sa ville natale, où il vint se réfugier. Là il faillit périr dans un guet-à-pens: une émeute qui éclata dans cette ville lança contre sa demeure une centaine d’énergumènes, moitié fous, moitié assassins, qui le poursuivirent à coups de pierres et de bâtons. Parvenu à leur échapper,

il fut jeté dans une prison où des suspects qu’il avait fait incarcérer voulurent le tuer. Sa perte était jurée. On l’appela comme témoin dans le procès de la reine, et le sentiment de ses propres périls ne l’empêcha pas de rendre hommage à la force d’âme de cette princesse et de plaindre hautement ses malheurs. Il fut traduit ensuite devant le tribunal révolutionnaire ; on lui reprocha d’avoir tenté de sauver le roi; il répondit avec autant de calme que de fermeté : « Oui, « j’aurais mieux aimé que Louis fût exilé en Amérique qu’envoyé à « l’échafaud. L’intérêt de la république me dicta seul cette prélé- « rence, et mon opinion n’a pas changé. » Il rappela ensuite sa carrière révolutionnaire, et s’écria en terminant : « Non, le procureur de « la Commune du 10 août n’est pas un traître! je demande qu’on « grave sur ma tombe que c’est moi qui fis cette journée. » C’était invoquer en vain le souvenir des services qu’il avait rendus à la cause de la révolution; on ne voulut voir que sa tiédeur apparente dans le jugement du roi ; il fut condamné à mort et exécuté le 15 novembre 1795, à l’âge de quarante-deux ans. Sa condamnation le jeta dans un profond accablement, et l’énergie qu’il avait montrée pendant son procès disparut lorsqu’il se vit sacrifié au fanatisme révolutionnaire.

Manuel était un des meilleurs orateurs de la Convention ; sa parole incisive jetait de la clarté dans toutes les questions dont il s’emparait; il visait surtout au sarcasme, et le ridicule était une arme dont il savait se servir avec habileté pour combattre ses adversaires ; sa diction était emphatique, et l’on y remarquait toujours le pédantisme du précepteur. Comme chez la plupart de ses collègues, il prenait dans l’antiquité ses exemples et ses héros, et citait à tout propos les Grecs et les Romains. Ses discours sont remplis de citations dans ce genre, et il ne faut pas oublier que ce fut lui qui fit placer le buste de Brulus aux Jacobins, en face du fauteuil du président.

Les défauts et les qualités de l’orateur se retrouvent dans les productions de l’écrivain. Son Coup d’œil philosophique sur le règne de saint Louis est une violente diatribe qu’il dut regretter lorsque ses conversations avec la famille royale adoucirent ses opinions républicaines. L’Année française est un espèce de calendrier philosophique où l’auteur place le nom d’un Français illustre pour faire parallèle avec les

saints du calendrier grégorien. On lui attribue aussi les Essais historiques, critiques , littéraires et philosophiques , et une Lettre sur la liberté de la presse et la police de Paris dévoilée. Lors de la prise de la Bastille, il s’était emparé des lettres manuscrites de Mirabeau à Sophie. 11 les publia et fut poursuivi, en 1792, parla famille de Mirabeau, qui le fit décréter d’ajournement personnel; l’ouvrage fut saisi. Mais Manuel était alors tout-puissant, et son influence empêcha que celte affaire n’eût des conséquences plus sérieuses.

Ch. -F. L.

PËT10N DE VILLENEUVE.

Dans la précieuse esquisse où le peintre David a retracé le serment du Jeu-de-Paume , le lecteur se rappelle peut-être avoir vu , parmi les groupes du premier plan , un personnage de haute taille , aux épaules carrées , aux formes puissantes , le seul , je crois , qui tourne le dos au spectateur ; son geste a de l’emphase sans énergie , sa pose est incertaine , sa froide ligure , vue de profil , grimace l’enthousiasme : c’est Pétion de Villeneuve débutant sur cette scène sanglante qu’on appelle la révolution française.

Fils d’un procureur au présidial de Chartres, il naquit en 1753, apprit chez son père cette science des affaires qui manque si souvent à l’homme public, et se trouva, jeune encore , avocat disert, et suffisant à peine à la confiance d’une nombreuse clientelle. Son extérieur plaisait, ses haines et ses railleries philosophiques l’avaient placé au premier rang des esprits forts de sa province; il avait pris dans les idées du jour celles qui suffisaient à lui donner quelque relief, et, en blâmant l’ordre social, il était sûr alors de plaire au plus grand nombre. Quoique son talent fût tout au plus relatif, et en somme très-contestable, il avait pris à Chartres l’habitude de triompher dans toutes les discussions, à l’aide d’une accentuation cassante et de ce verbiage de palais qui est l’art de faire monter la voix, par une échelle de tons faux , au plus haut point de sonorité.

Marié, en 1782, h une charmante personne qu’on appelait Mn° Lefèvre, et père d’un fils au bout d’un an de mariage, rien ne semblait manquer à son bonheur. M,ÎU* Lefèvre , dont la beauté avait été citée

plu& que l’esprit et le jugement, trouvait seulement que, pour les talents de monsieur son gendre, Chartres était un bien petit théâtre; on le pensait aussi dans le pays , et lorsque le bon Louis XVI demanda à la France des citoyens dignes de l’aider et de le comprendre, le tiers-état ehartrain s’empressa de lui envoyer M. Pétion de Villeneuve et ses cahiers.

Aux premiers accents de Mirabeau, l’avocat de Chartres, perdu dans la vaste salle des États, sentit que cette voix puissante, qui éclatait comme l’orage, était celle du génie, et que, devant lui, derrière lui , il n’y avait place pour personne ; qu’amis , ennemis , tout s’effaçait dans l’ombre du colosse. Pourtant il ne désespéra pas, et, avec cette persistance qui accompagne presque toujours la médiocrité, il résolut de suivre pas h pas Mirabeau, d’outrer toutes ses idées, d’exagérer tous ses principes, de dépasser toutes ses motions. L’orateur tonnait-il contre une superstition, l’avocat déblatérait aussitôt contre les prêtres ; Mirabeau blâmait-il la formule des actes publics , Pétion se levait pour qu’on rayât ces mots : par la grâce de Dieu ; l’un signalait-il le fameux souper de Versailles et l’imprudence des gardesdu-corps , l’autre mettait en question la franchise du roi , et trouvait des paroles insultantes pour désigner la reine. C’est avec ce système constamment suivi, c’est avec des phrases creuses hautement jetées dans les clubs, avec un maintien raide et puritain, et à l’aide de fréquentes promenades faites en famille, sous les yeux du bon peuple parisien , qu’il s’attira le surnom de vertueux. Puisqu’on avait dit â Athènes Aristide le juste, le vertueux Phocion , pourquoi n’aurait-on pas dit h Paris Y incorruptible Robespierre, le vertueux Pétion? C’est ainsi qu’on raisonnait alors. Nous retrouverons plus tard notre député ehartrain demandant une loi d’urgence contre les émigrés et le jugement immédiat des suspects , triste motion reprise en 1795 ; c’est toujours le même personnage poussant tout à l’extrême pour éveiller l’attention publique. Il dut être bien fier, cet homme d’égoïsme et d’orgueil , quand l’Assemblée l’envoya, en compagnie de Barnave et de Latour-Maubourg, au-devant des augustes captifs de Varennes! quand il signifia à l’adjudant-général Dumas l’ordre de commander cette multitude armée qui entourait les voitures royales et insultait les trois gardes-du-corps victimes de l’honneur et du devoir! L’his-

toire impartiale a flétri sa conduite ; il ne sut pas être digne. En face du roi qui lui disait : « Vous êtes républicain, M. Pétion? » il s’humiliait et répondait k voix basse : « Sire, je l’étais k la tribune; ici je « sens que mon opinion change. » En face de la foule, il affectait (au dire de Mme Campan) de manger avec malpropreté, jetant les os de volaille par la portière, haussant le verre, sans mot dire, quand Mme Élisabeth lui versait k boire; on le voyait asseoir sur ses genoux le dauphin, et passer les doigts dans sa longue chevelure : triste spectacle, basses flatteries populaires! la peur ne les excuse pas, et Pétion était assez connu pour n’avoir k redouter aucun danger. La reine comprit du moins les larmes éloquentes de Barnave, elle apprécia ces pieux égards, ce culte du malheur, apanage des grandes âmes; il éclipsa complètement, aux yeux de la noble femme , le faux tribun auquel elle ne sut pas cacher son mépris. Ce qu’il y eut de plus malheureux dans le rôle de Pétion, ce fut la nécessité de le continuer après l’avoir choisi.

Son dévouement demandait récompense, elle ne se fit pas attendre; il fut maire de Paris le 48 novembre 1791. Le vide se faisait chaque jour autour du trône; le désordre et l’incertitude commençaient k paralyser tous les efforts généreux. Cette bizarre époque a été assez bien peinte en deux mots tirés d’une correspondance problématique : « Remuez , disaient les émigrés , et nous entrerons ; entrez , répon- « dait-on , et nous remuerons. »

La cherté des sucres avait servi de prétexte aux émeutes des 25 et 24 janvier; Delaborde, Dandré et les principaux négociants de Paris avaient été réduits k quitter la France. Pétion eut une nouvelle entrevue avec le roi, qui lui demanda compte de ces journées : « Dit- « on toujours qu’on veut m’enlever? » ajoutait le roi; et Pétion laissait échapper ces paroles évasives : « Sire , vos ennemis et les nôtres « verraient avec plaisir que Votre Majesté se laissât alarmer par des « troubles dont ils seraient les moteurs. » Cependant aucune mesure n’était prise par la Commune pour en prévenir le retour, et le mardi 14 février on pillait, au faubourg Saint-Marceau, les magasins de M. Moinery ; k sa porte, des groupes de femmes vendaient publiquement le sucre k vingt sous la livre ; et ce ne fut qu’au bruit de la

282 LES HOMMES ILLUSTRES DE L’OllLÉANAIS,

générale et du tocsin qu’on vit enfin Pétion arriver avec la garde nationale et mettre fin au pillage.

Une lutte plus grave s’engageait à l’Assemblée : comment allait-on poser la question de la guerre? Robespierre était d’avis qu’elle fût défensive seulement; Pétion, Brissot, Condorcet et toute la phalange de la Gironde voulaient qu’elle fût aggressive. On s’injuriait de part et d’autre , et Robespierre flétrissait du nom d’intrigants ceux dont il avait déjà juro la perte. Robespierristes, maratistes; brissotins, girondins, voilà deux drapeaux, deux camps. Il fallait à tout prix conserver sa popularité, aussi voyons- nous le maire de Paris organiser à grands frais l’immorale et ridicule fête offerte aux soldats suisses de Château-Vieux. Paris se remplissait de gens sans aveu ; on évalua à vingt mille le nombre des séditieux étrangers qui entraient par toutes les barrières. Le maire, dans une adresse aux habitants, ne trouve rien de mieux que d’attribuer cette affluence de malveillants aux intrigues de la cour, fondant sur l’anarchie le retour du despotisme ; il parle du renouvellement de la journée des poignards , et l’Assemblée choisit ce prétexte pour licencier la garde du roi. Le 17 et le 18, les faubourgs s’agitent ; de graves désordres demandent prompte répression ; la municipalité méprise les avis et passe à l’ordre du jour. « Il ne s’agit, dit Pétion, que d’une pétition à présenter à l’Assemblée « pour la prompte adoption des décrets auxquels le roi refuse son con- « cours et le rappel des ministres Roland , Servan et Clavières. » Enfin le 20 juin commence au bruit funèbre du tocsin, les faubourgs sont en marche, et c’est alors qu’un arrêté ridicule de la Commune invite les bataillons à se réunir. C’est Vergniaud qui ouvre l’avis de laisser entrer les prétendus pétitionnaires à l’Assemblée ; ce sont deux municipaux, Boucher (René) et Sergent, qui donnent l’ordre d’ouvrir les portes du château. On connaît les honteux détails de celte journée, et l’on vit, au 20 juin 1792, Legendre couvrir de son bonnet rouge la tête de son roi, comme au 22 février 1558 celle du dauphin avait été abritée sous le chaperon d’Étienne Marcel.

Il était huit heures du soir, et les cris d’d bas le vélo retentissaient encore dans le château quand on vit enfin paraître Pétion ; il harangua la foule, et elle disparut. On a voulu voir dans celte fatale journée un

crime manqué ; on a prétendu que le meurtre de la famille royale avait été médité. Non, la Commune et la Gironde voulaient constater seulement la faiblesse du trône et son isolement. Le lendemain matin, le maire de Paris osa se rendre au château, accompagné de Sergent, le même municipal qui, la veille, en avait fait ouvrir les portes. C'est là que , devant soixante témoins réunis près de la personne du roi, eut lieu cette scène qui n’a qu’une version, sur laquelle tous les auteurs du temps sont d’accord, scène de reproches amers, où les audacieuses assertions du tribun se croisèrent avec les démentis du roi. Dès lors Pétion devint l’implacable ennemi de Louis XVI, et mit tout en jeu pour préparer sa perte prochaine. La cour ne pouvait fonder sa défense que sur Lafayette, debout à la barre de l’Assemblée, et demandant des comptes aux jacobins. Le roi n’osa se lier à ses offres; les représentants s’étonnèrent de le voir quitter son poste; il partit, et avec lui la dernière espérance de la monarchie. On préféra l’appui douteux du directoire de Paris, qui, le 6 juillet, eut le courage de suspendre de leurs fonctions Pétion , maire de Paris , et Manuel , procureur de la commune , mesure bientôt frappée d’impuissance. Le 15 juillet , veille de la fête de la Fédération , ils sont réintégrés par l’ Assemblée ; leur retour à l’hôtel-de-ville est une marche triomphale; les Parisiens les entourent, les portent dans leurs bras. Vive Pétion ! vive le père du peuple! ces cris les accompagnent et la veille et le lendemain , alors qu’à peine , et de loin en loin , un courageux Vive le roi! retentissait sur le passage du prince.

Oui, Pétion fut le héros du H juillet 1792; il avait remercié l’Assemblée, parlé, dans une improvisation banale, de reconnaissance et de sensibilité ; il était ivre d’orgueil et de bonheur : l’heure fatale approchait. Ce fut aux cris de Vive Pétion ! que fut posée la première pierre de la colonne de la Liberté, sur la place de la Bastille; ce fut aux cris de Vive Pétion ! que vinrent se mêler les premiers accents de la Marseillaise , quand les vainqueurs de la Bastille prononcèrent dans leur harangue ces mots devenus fameux : Les rois conspirent la perte des nations , conspirons la perte des rois !

Oui, l’heure fatale approchait pour le maire de Paris, et les sinistres avertissements ne lui manquèrent pas. On se rappelle celte disposition bucolique alors fort à la mode à Paris, ce ruban

qui partageait le jardin des Tuileries en terre de Coblentz et en terre nationale, et courait d'arbre en arbre, le long de la Terrasse des Feuillants, avec cette devise :

On brise les fers d’un tyran ,

On respecte un simple ruban.

Un homme dont l’exaltation fiévreuse avait été une des premières causes des malheurs de son temps , eut la fantaisie d’approcher de ce ruban, et de jeter à la foule ces imprudentes paroles : « J’étais démo- « craie , cette barrière m’a rendu aristocrate. » Cet homme , c’était d’Espréménil ; il est reconnu, entraîné au Palais-Royal, frappé à coups de sabre; la foule allait le mettre en pièces; quelques bons citoyens l’arrachent h ces furieux; on le conduit à la Trésorerie, on le couche sur un mauvais matelas et l’on va chercher Pétion. A sa vue, d’Espréménil soulève ses membres meurtris et sanglants, et lui adresse ces amères paroles : « Et moi aussi , monsieur Pétion , j’ai été l’idole « du peuple, et moi aussi j’ai reçu ses couronnes; aujourd’hui, voilà « comment il me traite ! » Pétion baissa la tête , mais la pitié , s’il en ressentit, n’arrêta pas ses projets de vengeance.

Dès le 5 août, on le trouve à la tribune de l’Assemblée, dénonçant la conduite de Louis et demandant sa déchéance. Le 8 au soir, le roi le fait appeler; c’était, selon Barbaroux, moins pour l’interroger sur l’état de Paris que pour le retenir en otage; aussi les Girondins eurent hâte de le faire redemander par les huissiers, suivis des grenadiers de l’Assemblée législative.

Cette simple conférence avait pourtant suffi pour arracher à Pétion et remettre à Mandar , commandant-général de la garde nationale , l’ordre de repousser la force par la force. C’est cet ordre qu’il fallait anéantir et retirer à tout prix des mains du brave Mandar ; aussi , le 10 au matin, Manuel l’appelle à l’hôtel-de-ville ; il n’en sort que pour être massacré par des assassins réunis au bas du perron de l’hôtel; son corps est jeté à la Seine. C’est ainsi qu’on rachetait, à la commune, les faiblesses du maire de Paris.

L’attaque du château était résolue ; les sections avaient nommé le conseil général provisoire; Huguenin le présidait, la municipalité était suspendue ; mais Potion , Manuel et Danton avaient été maintenus

dans leurs fonctions ; on les entoura d’une garde, moins pour garantir leurs personnes que pour mettre à l’abri leur responsabilité. La brutale énergie de Westermann avait triomphé de la lâcheté fanfaronne du citoyen Santerre; on attaquait, et, sans trop compter sur les masses qui se ruaient sur le château, on dépêcha Rœderer pour désorganiser la défense et paralyser les courageuses résolutions de la reine.

Le 12 août, l’Assemblée rend un décret pour loger le roi captif à l’hôtel du ministre de la justice. Qui fait rapporter ce décret? Pétion ; qui ose demander le Temple pour prison de la famille royale? Pétion; qui fait préférer la tour au palais prieurial des chevaliers? Pétion. Toujours Pétion et sa haine !

Aux massacres de septembre il ne sait opposer que sa froide et stérile déclamation. Il se rend à la Force, où il trouve une douzaine de

bourreaux seulement (il en convient lui-même dans son compte-

rendu) ; ils veulent bien le suivre par une porte pour rentrer par une autre , et continuer, à la nuit , leur exécrable ouvrage. Après trois jours de boucherie continuelle à Bicêtre , il s’y rend enfin lorsqu’on égorgeait quelques malheureux oubliés dans les derniers cabanons. Croirait-on qu’il a l’indigne faiblesse de haranguer des assassins ivres qui ne l’écoutent même pas? Au 14 septembre, pareille conduite, pareille imprévoyance ; l’Assemblée est obligée de lui demander compte de vols de bijoux commis en plein jour et dans la rue, sous la direction de municipaux revêtus de leur écharpe.

Enfin, voici la Convention ! Certes, si un homme, en France, devait se récuser et courber la tête devant l’infortuné Louis XVI, c’était Pétion, son ennemi personnel. Il accepta pourtant cet odieux mandat , et on le vit même presser la condamnation de son roi ; mais , par un de ces retours subits dont Dieu seul voit la cause au fond des cœurs, Pétion a le courage, oui, le vrai courage, de signer l’appel au peuple. C’est la réhabilitation de sa vie entière, car bientôt le sombre Amar devait venir, cette signature â la main, demander la tête de l’ex-maire de Paris. Depuis ce temps, ses jours sont comptés, son existence n’tst plus qu’une lutte continuelle contre la tyrannie de Robespierre. On le trouve, le 10 avril 1793, dénonçant â la tribune la section des Halles; au 19, flétrissant la conduite du jacobin

Poultier; on le voit enfin soulever les orages qui, le 2 juin, l'entraînent dans la chute de la Gironde. Mis en arrestation , il parvient à se sauver h Caen , puis à Quimper et enfin à Bordeaux , où il ne peut trouver un asile; il erre long-temps sans amis, sans ressources, sans pain; sa mort même est un mystère, et c’est au fond d’un bois qu’on retrouve ses restes h demi-dévorés par les loups.

Ce fut comme royaliste que Pétion fut décrété d’arrestation ; on en fit un complice de Carra. Ce fut aussi comme royaliste qu’on arrêta sa veuve et son malheureux fils, bel enfant de dix ans. Ils vivaient cachés auprès de Fécamp ; on les mena h Paris pour les écrouer, comme royalistes , h Sainte-Pélagie. Du fond de sa prison cette pauvre femme écrit à sa mère , qui habitait Chartres , de venir faire a Paris quelques démarches auprès d’anciens amis. La vieille dame quitte sa province, vient inutilement fatiguer de ses sollicitations les petits tyrans de cette affreuse époque. Enfin , un dénonciateur infâme, le maître de l’hôtel même où elle était descendue , vient déclarer qu’il l’a entendue dire que la France avait besoin d’un roi; deux déserteurs liégeois , témoins a gages , attestent le fait. On l’arrête, on la condamne, on la traîne à l’échafaud, comme royaliste! Il y a je ne sais quoi d’ironiquement cruel dans ces sentences qui frappent la famille du plus mortel ennemi du roi Louis XVI : c’est comme une expiation sanglante, comme une effrayante leçon de la Providence.

Erjebt PILLOS.

RIQUETTI, vicomte DE MIRABEAU (André-Boniface).

II reçut le jour, comme son frère, au château du Bignon ; il naquit le 50 novembre 1754. Doué d’une brillante intelligence et de passions ardentes, comme toute cette singulière famille des Riquetti, il eut une jeunesse orageuse, semée de quelques scandales qui furent presque inaperçus au milieu des désordres de son aîné ; aussi, disait-il plus tard : « Dans toute autre famille, je passerais pour un mauvais « sujet et pour un homme d’esprit; dans la mienne, on me tient « pour un sot et pour un homme rangé. »

Chevalier de l’ordre de Malte, il fut emprisonné clans cette île, pendant près de trois ans, à la suite d’une esclandre analogue à celle

qui avait coûté la vie au chevalier de Labarre; en 1778, il revint en France et partit presqu’aussitôt pour aller combattre en faveur de l’indépendance américaine; il se distingua par sa bravoure sur terre et sur mer, fut chargé par Washington de dépêches importantes pour la France , se rembarqua aussitôt après avoir accompli sa mission et retourna aux insurgens, comme on disait alors; il y resta jusqu’à la paix et revint définitivement dans sa patrie le 8 juillet 1782.

Lors de la convocation des Etats-Généraux, tandis que son frère était repoussé par la noblesse et recevait dans le tiers, sous le nom de RtqueUi , marchand de toiles , l’ovation d’une double élection , le vicomte de Mirabeau fut député par la hoblesse de la sénéchaussée de Limoges.

A l’assemblée, il fut un des types les plus complets de l’aristocratie du XVIIIe siècle ; ami de la liberté, mais ennemi du désordre ; philosophe, parce que c’était la mode, mais attaché aux croyances de ses pères, réclamant des réformes indispensables, mais sans se lancer dans les périls de l’inconnu; sa ligne politique fut loyalement et clairement tracée par ces mots qu’il prononçait à la séance du 17 septembre 1789 : « Il est bon de rebâtir une maison qui croule; mais « les fondements anciens sont quelquefois les plus solides, et d’ha- « biles architectes savent les conserver. »

Ne recherchant pas, comme son illustre frère, les triomphes de la tribune , il parlait le plus souvent de sa place , ne faisant pas de discours, mais présentant seulement de courtes observations presque toujours justes et semées de traits heureux qui n’auraient pas déparé les plus pompeuses harangues de son aîné.

Ainsi, lors de la question de l’organisation judiciaire, après avoir fait observer que la justice gratuite est une utopie dont on a trop souvent leurré le peuple, il ajoute : « Vous verriez avorter les fruits de vos tra- « vaux si vous ne preniez les plus sages mesures pour contenir ou anéanti tir tous les subalternes, suppôts de la justice, huissiers, sergents, a procureurs, avocats. C’est la voracité de ces sortes de sangsues qui « a fait enfanter au ciseau d’un sculpteur ces deux statues pittores- « ques, dont l'une représente un homme nu, parce qu’il a perdu son « procès , et l’autre un homme en chemise, parce qu’il a gagné le

« sien Surtout, pas d’avocats de village , ils font payer fort cher

« aux pauvres paysans de forts mauvais conseils. »

Lors de la déclaration des droits de l’homrue, à propos du droit à l'insurrection, il s’écrie : « Ce n’est pas dans des temps aussi diffi- « ciles qu’il convient de publier de pareilles vérités. Toute la France et est en armes , la fermentation agite toutes les parties de l’empire ; « soyons calmes et nous serons libres; soyons modérés et nous se- « rons inexpugnables ; n’imitons pas ces enfants qui jouent avec des « armes qui ne doivent être maniées que par des hommes faits. » Puis, se plaçant à un point de vue plus élevé , il propose qu’en tête de la constitution, au lieu de subtilités métaphysiques que très-peu de personnes comprennent et qui ne sont admirées que de celles qui ne comprennent pas , on inscrive tout simplement.... le Décalogue , où sont résumés tous les devoirs de l’homme.

A propos de la liberté des cultes : « Prenez garde, dit-il, la relief gion turque deviendra celle des jeunes gens, la religion juive celle « des usuriers, la religion de Brahma peut-être celle des femmes... » Puis, faisant sur lui-même un retour qui a quelque chose de touchant : « Je n’avais pas imaginé que je pourrais devenir un jour « l’apôtre de la religion que je professe , je ne me croyais pas réservé « à des discussions théologiques, je me contentais d’adorer et de c< croire. »

Non moins prompt ù la riposte que son frère, lorsqu’il lutte pour les biens du clergé que celui-ci attaquait, au milieu des applaudissements de la gauche et des tribunes, et que sa voix, sonore cependant, est étouffée par les murmures, il descend jusque dans les plus profondes cavités de sa poitrine, pour y chercher des éclats inaccoutumés, et il s’écrie : cc II me paraît que la logique des poumons est ce aussi nécessaire, dans cette assemblée, que la logique du raisonft nement. »

Cet appel à la puissance de son organe était d’autant plus plaisant que cet organe était remarquable par son volume; aussi lorsque, dans la fameuse question du parlement de Rennes, Robespierre vint joindre ses aboiements à la voix formidable de Mirabeau l’aîné, un membre de la droite ayant interrompu l’avocat d’Arras par ces mots peu parlementaires : ff Cela n’est pas vrai ! » Toute la gauche reconnut la voix qui avait lancé le démenti et s’écria, avec l’unanimité de la passion : A l’ordre , le vicomte de Mirabeau ! (Séance du 15 décembre 1789.)

Du reste , ce notait pas la première fois qu’il prenait le parti de la magistrature, seul corps de l’Etat qui eût alors le courage de lutter pour la raison contre l’entraînement. Déjà, lorsque le parlement de Metz avait osé dire tout haut ce que chacun pensait tout bas , c’est-à-dire que le roi n’était pas libre, il avait lancé au milieu des. vociférations de la gauche (17 novembre 1789) cette mordante ironie : « Le parlent ment de Metz ne croit pas que le roi et l’assemblée soient libres ; « personne plus que moi n’est convaincu que le roi est libre ; il Va « dit ; je ne doute pas de ce qu’il atteste ; mais quand il ne le se- « raitpas , il tiendrait le même langage . (Interruption.)

« Je crois aussi que l’assemblée est libre, et ce que j'éprouve en a ce moment me le garantit; mais, au bout du royaume, est-il suret prenant qu’on ne le pense pas ? Il est possible que les quinze mille (( hommes qui sont allés inviter le roi à venir à Paris aient paru le « forcer à s’y rendre.... »

Ici, un membre propose (pie la parole soit interdite au préopinant pendant trois mois , mais Robespierre , c’est-à-dire l'hypocrisie incarnée, demande que son discours soit imprimé, pour prouver qu’il est libre (traduisez : pour que le lendemain la canaille ameutée crie par les rues : Mirabeau le jeune , à la lanterne !

Le vicomte, il est vrai, était habitué à son impopularité et ne trem* blait pas plus devant les hurlements de la foule que devant les interruptions de ses collègues; aussi, lors de l’assassinat de Favras, lorsque les amis de celui-ci le reniaient, ou du moins affectaient l’indifférence , Mirabeau le jeune, alors colonel du régiment de Touraine , s’empressa d’offrir au fils de cet infortuné un emploi dans le corps qu’il commandait.

Lorsque l’on voulut enlever au roi la nomination des juges, il combattit le système de l’élection appliquée à la magistrature et répondit avec autant d’esprit que de raison aux subtilités de Barrère : « On a vous dit que le roi sera à côté des tribunaux, le roi sera à côté « des départements , le roi sera à côté de l’armée , le roi sera à côté « de la constitution ; s'il est à côté, il est dehors. »

A cette époque, par une tactique qui devait réussir au milieu d’une armée où les grades étaient tous donnés à la naissance, les partis s’efforçaient de jeter la désorganisation parmi les soldats. Le régiment

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