A. -S. AL
LÉGIER (Nicolas-Vincent et Thomas-Philippe).
Né h Blois le 6 décembre 1 754 , Nicolas - Vincent Légier perdit , dès sa première ^enfance, l’usage de la parole, qu’il ne recouvra qu’à l’âge de onze ans. Après de fortes études , il entra dans la magistrature, en 1780, et fut successivement procureur et avocat au parlement de Paris.
Il embrassa les principes de la révolution , et fut nommé président de l’assemblée des électeurs , réunis sur la paroisse Saint-Eustache. L’idée de la fédération générale du peuple français , célébrée dans le Champ-de-Mars , le 14 juillet 1790, fut conçue par Vincent Légier. Lors de la création des tribunaux de famille et des juges de paix, en août de la même année , il fut appelé à remplir ces modestes et utiles fonctions; mais comme il ne poussait pas jusqu’au républicanisme ses opinions libérales, il en fut dépouillé après le 10 août 1792.
*' Le 9 thermidor lui permit de rentrer dans les affaires: il fut chargé, par le Directoire, d’organiser la province du Hainaut, qui devait être réunie à la France. La défaite de Dumouriez à Norwinden ( 18 mars 1795) ne lui laissa pas le temps de remplir sa mission.
Revenu en France , il fut nommé accusateur public à l’armée du Rhin , et trouva , dans l’exercice même de son ministère , mainte occasion d’exercer son humanité.
Plus tard, le Directoire le chargea d’installer les autorités judiciaires et administratives dans le Luxembourg , et ensuite dans les Pays-Bas. C’est à cette époque qu’il adressa au conseil des Cinq- Cents une offre^ patriotique que le Moniteur du 1er nivôse an VI mentionne à peu près en ces termes :
« Le citoyen Légier, commissaire du Directoire exécutif près l’ad- « ministration centrale du département des Forêts, offre aux dix mi-
HUITIÈME SÉRIE. — PERSONNAGES POLITIQUES. 50 i
« litaires qui, d’après le rapport des généraux, seront descendus les « premiers en Angleterre, et auront, par leur courage, contribué h « la descente de l’armée, 1° un asile commode dans le département « des Forêts; 2° la jouissance , auprès de leur habitation , de quatre « arpents de terre labourable pendant leur vie, et la propriété s’ils « sont mariés ou s’ils se marient ; 3° une sommé de 200 livres , k « leur arrivée dans le département des Forêts , pour se procurer les « objets dont ils pourraient avoit* besoin. Si ces braves militaires pré- « féraient une rente viagère de 25 livres, payable k leur domicile et « remboursable k la volonté du citoyen Légier par un capital de « 200 livres, il leur laisse cette option. »
Élu, la même année, membre du conseil de Cinq-Cents, il ne se lit pas de cette distinction un titre k l’oisiveté ou un marchepied pour son ambition. Député consciencieux, orateur lucide, il élabora dans son cabinet et soutint a la tribune plusieurs projets de loi qui furent sérieusement discutés et adoptés en totalité ou en partie.
Le 5 messidor, pour combler le déficit de 62 millions qui existait dans les recettes fixes de l’an VI , il présentait un projet consistant k rendre à l’État la perception des droits des greffes , dont le produit, pensait-il, serait de 20 millions , et le 19 fructidor, il faisait un rapport au nom de la commission spéciale chargée d’examiner celte proposition.
L’année suivante, il en présenta un autre tendant h faire rentrer en peu de temps, dans le trésor public, une somme de 40 millions, provenant des contributions.
C’est k lui qu’on doit la création des directeurs , receveurs géné-
raux , receveurs particuliers et percepteurs.
Les questions d’impôts et les questions judiciaires étaient celles qui occupaient surtout son attention , mais sans l’absorber tout entière. Ainsi, le 1er vendémiaire an VII, sur sa proposition, un message était adressé au Directoire exécutif pour appeler son attention sur l’état alarmant des digues destinées k défendre le territoire de la
ci-devant Flandre hollandaise, qui faisait alors partie du département
de l’Escaut.
Membre du Tribunat, M. Légier, après le 18 brumaire, s’en vit écarté en même temps que ses collègues J. Chénier, Chauvelin et
Benjamin Constant , et dès lors il consacra ses loisirs â l’industrie et à l’économie rurale. 11 mourut en 1827, à l’âge de soixante-treize ans.
Magistrat éclairé et consciencieux , homme d’État rempli d’honnêteté et de modération, citoyen dévoué à son pays, Vincent Légier fut toujours attaché étroitement h ses devoirs ; son libéralisme éclairé se tenait également éloigné de tous les excès : il avait cette humanité
qui ne “se traduit pas seulement en paroles , et cet amour effectif du bien public qui est le véritable patriotisme. Un trait achèvera de le faire connaître: 9
« En 1815, lorsque les troupes étrangères pénétrèrent sur le sol de la France, il était retiré â Liège. Cette ville, assiégée par les Prussiens, se trouvait alors réduite à un état si déplorable que les malades , entassés dans les hôpitaux , manquaient des choses les plus nécessaires, et que la disette menaçait d’affamer bientôt les habitants. Dans cette extrémité, le général commandant la place réunit les principaux citoyens et leur annonça qu’il allait être forcé de lever une contribution extraordinaire sur les habitants les plus riches; mais ceux-ci , qui étaient depuis long-temps accablés d’impôts , n’ayant pas répondu â cet appel, M. Légier offrit géuéreusement^es garanties pour les avances de fonds qui seraient faites, et s’engagea a les rembourser six mois après la levée du siège. Cette offre ayant été acceptée , il signa des obligations pour une somme de 20,000 francs qu’il paya, et dont il ne fut remboursé qu’en 4816. >»
La vie de son frère ne fut pas moins honorable.
Thomas-Piiilippe LÉGIER, né à Blois le 21 décembre 1756, fit son droit à l’Université d’Orléans, où il exerçait la profession d’avocat à l’époque de la révolution. Distingué par son esprit et ses connaissances , il fut successivement juge de paix , président de l’administration du district , haut-juré , commissaire national , président du tribunal criminel, puis du tribunal civil du Loiret. Dans l’exercice de ses fonctions il acquit des droits à l’estime générale. par son talent, sa modération et son intégrité. Comme son frère, il accepta de la révolution ce qu’elle avait de généreux et en combattit toujours les déplorables excès. Aussi l’assemblée électorale du Loiret le nomma-t-elle, en l’an VII, au conseil des Cinq-Cents, doht il faisait en-
core partie au 18 brumaire. Il passa ensuite au Corps législatif, dont il fut setyétaire à la fin de l’an X. Il monta quelquefois à la tribune: ainsi, il parla sur la proposition faite par un député , qu’aucune portion de la garde du Corps législatif ne pût être mise à la disposition d’aucune autorité- sans une loi expresse.
En 1811, l’empereur l’appela comme conseiller* à la cour d’Orléans, et M. Légier conserva cette charge honorable jusqu’au moment où son grand âge ne lui permit plus d’en remplir strictement tous les devoirs. —
Il cultiva les lettres jusqu’à ses dernières.: années, et composa un grand nombre de fables, dont quelques-une^ttè retrouvent dans les journaux Orléanais, et un poème sur le Loiret, que sa modestie l’empêcha de publier. Il faisait partie de la Société royale des Sciences, Ïlelles-Lettreset Arts d’Orléans. Il mourut (Unis sa maison du faubourg Saint-Marceau, le 8 août 1858, à l’âge de quatre-vingt-un ans.
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CILASLES (Pierke-Jacques-Miciiel).
Tour-h-tour prêtre catholique , royaliste ardent et démagogue éhonté, ce personnage politique s’est acquis une trist^ célébrité pendant les mauvais jours de la révolution. *;
Il naquit en 1754, à Chartres , où son père était menuisier. Il vint fort jeune à Paris, où il fit de brillantes études, à la suite desquelles il embrassa l’état ecclésiastique. Il remplit quelque temps les fonctions de précepteur des enfants du comte (VEstaing, et, à la mort du respectable abbé Leboucq (i), lui succéda dans ta chaire de rhétorique au collège de sa ville natale. Une sortie assez vive contre la philo-
(1) Leboucq (Guy), prêtre et professeur au collège de Chartres, né dans cette ville en 1752, s’exerça à rédiger des plaidoyers littéraires sur des sujets de fantaisie, à l’exemple des pères Lç, Jayet Porée. 11 publia, en 1767, quatre discours sur la préférence à donner à ces quatre biens : les talents , les richesses, la santé, un ami. Fréron en a rendu compte dons son Année littéraire. Leboucq était l’ennemi de
Voltaire. Il publia plusieurs panégyriques et oraisons funèbres d’un style élégant, mais qui jsentent trop le rhéteur. Il mourut à Chartres en 1790.
{Note communiquée par M. A.-S. Morin.)
sophie du XVIIIe siècle le fit remarquer par l’archevêque de Tours , M«r de Conzié, qui le choisit pour son secrétaire et lui confia un canonicat au chapitre de sa cathédrale. Lorsqu’éclata la révolution , il fonda avec son frère, depuis curé de Chartres, le Correspondant, journal rédigé dans des principes monarchiques , et coopéra même, dit-on, à la rédaction de Y A mi du roi , par l’abbé Royou. Msr de Tours, le trouvant peu mesuré dans ses articles, l’avertit plusieurs fois de modérer son zèle. Lorsque ce prélat fui forcé d’abandonner son siège, Chasles revint à Chartres , se hâta de prêter le serment constitutionnel qu’on ne lui demandait pas, et, en récompense de son civisme, ftit nommé principal du collège de Nogent-le-Rotrou. Bientôt après il se mit sur les rangs pour remplacer l’évêque de Chartres, M«r de Lubersac ; mais humilié d’avoir échoué dans ses démarches auprès des électeurs, il jeta le froc aux orties et devint l’ennemi le plus implacable du clergé.
Au mois de septembre 1792 , il fut élu député par le département d’Eure-et-Loir à la Convention nationale, en même temps que Brissot de Warville, Giroust, Lesage et Pétion, et, ayant cru devoir remercier les électeurs, il le fit par un discours si déplacé dans la bouche d’un prêtre, qu’il fut blâmé même des patriotes. Chasles • choisit sa place sur les bancs les plus élevés de la Montagne et ne tarda par à se faire remarquer parmi les démagogues les plus exaltés. Nous n’avons pas cependant la prétention d’en faire un orateur ou un homme politique, et de chercher une suite dans ses motions ou dans ses votes dictés, presque tous par des haines personnelles ou par l’esprit de parti. Nous nous contenterons, comme l’ont fait tous ses biographes, de suivre sa trace tortueuse dans les tables du grand Moniteur.
Des troubles ayant éclaté à Chartres par suite de la cherté des subsistances, Chasles dénonça les ci-devant nobles comme ayant donné l’ordre à leurs fermiers de ne battre leurs grains qu’k la dernière extrémité. Le 5 décembre 1792, il essaya de jeter des soupçons sur les relations de Guadet avec la famille royale, et demanda qu’il fût invité h quitter la présidence, lorsque la discussion s’ouvrirait sur les papiers trouvés aux Tuileries dans l’armoire de fer. Le 10, il appuya Marat, qui voulait ôter au roi la faculté de choisir ses cou-
seils , et, quelques jours après, il se fit l’apologiste Jk mesures prises par la municipalité de Paris, à l’égard des défenseurs du roi, et qui tendaient k les empêcher de communiquer avec le royal accusé. Le 28, il se joignit à Thuriot pour faire repousser l’intervention du roi d’Espagne en faveur de Louis XVI, et demanda que la Convention ne traitât qu’avec les peuples.
Lors de l’appel nominal sur la peine k infliger h l’infortuné monarque , Chasles s’exprima en ces termes : « Je ne crains pas de « dire, en face de la patrie , en présence de l’image de Brutus, de- « vant ma propre conscience, que le moment où l’assemblée a « écarté la proposition de l’appel aux assemblées primaires m’a paru « un jour de triomphe pour la liberté et l’égalité, pour le salut de la « république. Quant k la crainte de ce que vous appelez mal k propos « les puissances étrangères, je l’écarte par cette seule pensée : c’est « en présence de leurs armées que vous avez décrété l’abolition de la « royauté. Je vote pour la peine de mort et pour l’exécution dans le « plus bref délai. » Dès ce moment, il remplit k la Convention le rôle odieux d’accusateur public , et les généraux d’Harambure et Berruyer furent, sur sa proposition, cités k la barre de l’assemblée. Chasles n’aimait pas les chefs de l’armée, qui le lui rendaient bien. Il avait traité d’aristocrate le ci-devant baron de Menou, employé dans l’état-major de l’armée de Vendée; mais Goupilleau, de retour d’une mission k cette armée, réfuta ses calomnies et déclara k la tribune que les ci-devant prêtres faisaient bien autant de mal que les ci-devant nobles. Il s’en prit ensuite aux marchands de blé, aux émigrés, aux capitalistes qui avaient des fonds k la banque de Londres, et au président Isnard, qu’il accusa de partialité. Rappelé k l’ordre et invité k se taire, il se plaignit d’être opprimé. Marat seul trouva grâce devant lui, soit par sympathie, soit par crainte.
La Convention, toujours méfiante, comme les gouvernements révolutionnaires ou despotiques, faisait surveiller les opérations de ses généraux par des représentants dù peuple , et l’on s’étonne vraiment que Marceau , Hoche et Bonaparte , contrariés k chaque instant dans leurs plans de campagne, aient pu remporter tant et de si belles victoires. Chasles , qui n’était rien moiifs qu’homme de guerre , fut cependant envoyé comme commissaire k l’armée du Nord. Le canon