TOME
LES HOMMES JiLLUSTUES DE LOULÉANA1S.
ennemi ne le respecta ni plus ni moins que ceux qui l'affrontaient , et le poursuivit derrière les retranchements. Blessé d'un obus à la jambe, à la bataille d’Hondschoote , il se lit transporter k Arras, pour y être soigné. A peine rétabli , il alla à Lille réchauffer le zèle des patriotes, et fit envoyer au tribunal révolutionnaire le malheureux général Lamarlière. Dénoncé par plusieurs de ses collègues comme avilissant, par sa conduite crapuleuse , le caractère de représentant , il fut invité à rentrer à la Convention : mais il continua de s’excuser sur l’état de sa santé, qui ne lui permettait pas de supporter la voiture. Telle était l’opinion qu’on avait de lui que Raffrou , insistant , le 15 pluviôse (1er février 1794), sur son rappel, ajouta : « S’il lui « arrive de mourir en chemin, sa mort couvrira bien des torts. » Les comités de salut public et de sûreté générale furent chargés de toutes les dispositions pour son prompt retour.
Chasles, contraint de revenir, annonça qu’il viendrait se justifier devant la Convention; mais, auparavant, il eut la précaution de se rendre aux Jacobins, et demanda son affiliation au club, comme la plus douce récompense de son zèle pour la chose publique. Un journal ayant osé l’attaquer, Chasles le fit supprimer comme infecté du poison le plus aristocratique. Enfin, le 15 ventôse (15 mars), il fit sa rentrée à la Convention, appuyé sur deux béquilles et soutenu par les huissiers. Il s’excusa, sur les souffrances que lui causait sa blessure, de n’avjoir pas présenté plus tôt son rapport « dont l’attente, dit-il, ef- « fraie à un point que je ne puis exprimer ceux qui ravalent la « frontière et le département du Nord. » Ayant obtenu la parole pour le lendemain, il parut h la tribune assis et couvert; mais son rapport n’eut pas le succès qu’il s’en était promis. Confondu dans les rangs des démagogues obscurs, Chasles y fut oublié jusqu’après la chute de Robespierre. Le 26 thermidor (15 août), il vint à la société des Jacobins se plaindre des persécutions que les patriotes éprouvaient dans toutes les grandes communes. « Il est , dit-il , des endroits où « l’on ne craint pas d’outrager la mémoire de l’immortel Marat. « Dans d’autres, l’aristocratie, non contente des chagrins amers dont « elle abreuve les patriotes, distribue de l’argent pour parvenir k son
« but. » Mais les Jacobins avaient cessé de dominer la Convention ,
et ses plaintes furent écartées par Tordre du jour. Dans la discussion
qui suivit le premier rapport sur les crimes de Carrier, Chasles de* manda qu’aucun représentant ne put être accusé sans qu’on lui fît connaître ses dénonciateurs, afin qu’il lui fût possible d’user de récrimination.
Il avait essayé de continuer Marat, en faisant paraître un nouveau journal sous le titre de Y Ami du Peuple ; mais craignant la suite des dénonciations auxquelles cette feuille donnait lieu, il déclara que, depuis le seizième numéro, il n’avait plus aucune part à sa rédaction. Le 1er germinal an III (21 mars 1795) , il demanda que la déclaration des droits de l’homme fût affichée dans la salle de la Convention; « et, dit-il, pour que votre disposition ne puisse « être éludée en aucune manière, il faut la confier au peuple. » Cette proposition ayant été combattue par Tallicn, Chasles l’interrompit plusieurs fois et le menaça du poing. Comptant sans doute sur le succès des trames ourdies par quelques députés montagnards, Chasles parut avoir repris son ancienne audace. 11 compara les discours de Fréron, sur les lois organiques , h celui que Saint-Just avait prononcé le 9 thermidor. Il attaqua la loi de grande police de Sieyès, comme propre 'a ramener le régime de la terreur ; et, après avoir refusé de prendre part à la discussion , y proposa divers amendements , déclarant que, s’ils n’étaient pas adoptés, il ne resterait plus qu’à se donner la mort.
Enfin, le 12 germinal (1er avril), Chasles, dénoncé par André Dumont comme l’un des auteurs des troubles qui venaient d’éclater dans Paris, fut arrêté sur la proposition de Bourdon de l’Oise , et conduit au château de Ham. Amnistié par la loi du A brumaire an IV (26 octobre 4795), il fut, en considération de son ancienne blessure , admis à - l’hôtel des Invalides. Lors de la création des droits-réunis, il obtint un débit de tabac à Paris, sous le nom de sa femme. Pendant les cent-jours, n’ayant point accepté de place ni signé l’acte additionnel , il ne fut point atteint par la loi qui bannissait les régicides. Il mourut le 22 juin 1826. Chasles a laissé manuscrits des Mémoires sur la révolution.
Son fils, M. Philarète Chasles, est aujourd’hui rédacteur du Journal des Débats , et l’une des plumes les mieux exercées de la critique contemporaine.