PEINTRES
A proprement parler, la peinture n’existe pas au moyen-âge avant l’époque de la renaissance italienne. Les manuscrits donnent bien quelques indications sur cet art aux Xe et XIe siècles , mais les essais sont encore grossiers; on ne sait point imiter le relief des objets par l’opposition des ombres et de la lumière ; les figures sont courtes, les membres disproportionnés , les têtes grosses , les profils droits. Le moine Théophile , dans son curieux ouvrage , Diversarum artium Schedula, parle des procédés employés par les peintres de l’Orléanais et de quelques autres provinces pour les couleurs. Le mélange qui servait alors à former l’or espagnol est des plus bizarres : il y entrait du sang humain , des cendres de poulets couvés par des crapauds, du cuivre rouge, du vinaigre. On comprend qu’avec des procédés si puérils les progrès de la peinture aient été presque nuis.
Peu à peu on cessa , dans un grand nombre d’églises , d’orner les murailles de fresques, et on les remplaça par de riches tentures. La peinture, protégée par les membres éminents du clergé, semblait aux rigoristes une chose trop mondaine , un luxe coupable.
Le synode d’Arras, tenu en 1025, disait que les peintures des temples étaient le livre des illettrés. Sous l’influence des encouragements donnés par les évêques, des artistes distingués enrichirent les cathédrales de peintures et de vitraux. C’est h cette période que se rattachent les fresques de l’église de Saint-Gilles à Montoire (Loiret-Cher ).
La grande peinture, protégée par les rois, depuis Charles VII, passa des églises dans les châteaux et les palais. Jusqu’au milieu du XIVe siècle , on connaît très-peu de noms de peintres , et ceux que l’on retrouve dans des statuts de corporations sont souvent des noms de simples ouvriers peu dignes de la renommée. Nous devrons nous borner à une simple énumération des artistes Orléanais qui ont eu le privilège d’attacher leurs noms à leurs oeuvres , en réservant pour des articles spéciaux les peintres qui méritent quelque attention.
Dès 1356, Girart, d’Orléans, exécuta de grands travaux de fines couleurs à l'huile, au château de Vaudreuil, pour le duc de Norman- . die, depuis Jean-le-Bon.
Dans un inventaire des vêtements , calices , reliques, etc., appartenant h l’église du Saint-Sépulcre , fondée à Paris en la grande rue Saint-Denis, fait en 1379, et cité par E. Monteil, on lit, au folio 35 :
. Item, en la dessus dite chapelle , une fondation faite par feu maître Girart , d'Orléans, peintre du roi, chargée de quatre messes la sepmaine.
Les artistes portaient alors le nom de la province où ils avaient pris naissance. François d’Orléans fit partie d’une académie de peinture dite de Saint-Luc, instituée par Charles V et réorganisée sous Charles VI. Il décora, en 1565, les murailles du palais de la reine, à l’hôtel Saint-Pol. Deux ans plus tard, Jean de Blois était appelé à l’Hôtel-de-Ville de Paris pour y faire des tableaux.
Il faut arriver au XVII0 siècle pour trouver quelques noms connus.
L’école de Simon Vouët a fourni beaucoup d’artistes Orléanais qui acquirent une certaine célébrité dans un temps où des expositions publiques, une certaine liberté pour les artistes, de grands travaux commandés par Louis XIV et les seigneurs de sa cour, multiplièrent le nombre des peintres et éveillèrent entre eux une rivalité de gloire.
Jacques Gervaise, d’Orléans, 1620-1670, auteur de quelques tableaux aux Tuileries, membre de l’Académie royale de peinture , et Poncet, de la même ville et de la même école , professeur h la même académie , et maître de Noël Coypel, sont de cette époque. Ils appartiennent , quoique sur le dernier plan , â cette brillante phalange des peintres de l’école française, dont les travaux ne contribuèrent pas moins que les victoires du roi, les réglements de Colbert, et les chefs-d’œuvre de Molière, à illustrer le siècle de Louis XIV.
Le mouvement imprimé alors à toute la France se lit sentir, comme on le voit, dans l'Orléanais. Les peintres du XVIIe siècle, dans cette province, bien qu’ils n’occupent pas la première place dans les fastes de la peinture, y tiennent cependant un rang honorable. .
Quillerier (Noël) et Pierre Léveillé, d’Orléans, furent des
PREMIÈRE SÉRIE. — IîEAUX-ARTS. 49
artistes habiles. Le premier a fait des peintures remarquables dans le cabinet des Tuileries : . Léveillé parcourut l’Italie et en remporta des dessins fort estimes et des gravures d’après les frises antiques de Rome.
Claude Vignon, de Châtillon-sur-Loing , figure parmi les artistes du XVIIe siècle qui marquèrent le progrès de la peinture dans l’Orléanais, et à chacun desquels il serait difficile de consacrer une biographie spéciale. On voyait de lui, dans cette petite ville du Gâtinais, un fort beau tableau représentant la Transfiguration de Notre- Seigneur. 11 a fait d’autres tableaux fort estimés, entre autres quelques-uns a la maison des Jésuites d’Orléans. On a de lui, aux Chartreux, une toile remarquable représentant le Christ au jardin des Oliviers. Ce tableau, qui est à l’église Sainte-Croix aujourd’hui, n’est pas signé ; on l’attribue aussi à Jouvenet. ’
Au XVIII0 siècle, trois artistes Orléanais eurent une certaine vogue locale, chacun dans son genre. Tibergeau, de Blois, a peint quelques portraits à la détrempe assez estimés. Musson , né à Orléans , d’un père horloger, a laissé quelques miniatures légèrement touchées, mais il est généralement plus connu comme mystificateur. Enfin, Crépin, de l’école française, paysagiste, dont on a au Musée un assez joli paysage, a fait beaucoup de dessus de portes, genre Watteau : il termine la série des peintres d’un ordre inférieur, que nous n’avons guère cités que pour mémoire, réservant toute notre attention sur les artistes vraiment remarquables de l’Orléanais.
Ch»*F* L*
BUNEL (Jacob).
Il y a cela de remarquable dans l’histoire des artistes du Blésois, que presque toujours ils eurent pour premiers maîtres leurs pères, qui, eux-mêmes, jouissaient déjà d’une certaine réputation. Ce fut dans sa famille que Bunel reçut les premières leçons d’un art dans lequel il ne tarda pas à faire de rapides progrès.
Les biographes donnent peu de détails sur sa jeunesse. Il quitta de bonne heure sa ville natale, et voyagea quelque temps en Espagne # et en Italie , pour étudier les chefs-d’œuvre des grands maîtres. Le