‹ Les Hommes illustres de l'OrléanaisChapitre 18 sur 145 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

Titien réalisa pour lui le sublime du genre, et il s’arrêta long-temps à l’Escurial pour étudier sa manière , sous les auspices du vieux Pomorange et de Federico Zuccliaro , qui encouragèrent ses brillantes dispositions.

A son retour en France, il fut fort bien accueilli k la cour, et Henri IV , qui voulait l’associer avec Dubreuil , le peintre en réputation, pour l’exécution de travaux importants, dit un jour qu’il voulait les marier ensemble ; mais cette position ne pouvait convenir au caractère indépendant de Bunel , qui n’eut été que le subordonné de Dubreuil; il refusa poliment les offres du roi, et travailla seul jusqu’à la mort de Dubreuil, dont il obtint la place. Ce fut alors qu’il peignit la voûte de la petite galerie du Louvre que détruisit un incendie en 1660.

Bunel était protestant, et ses opinions religieuses nuisirent beaucoup k sa fortune, à une époque d’intolérance et de fanatisme.

Il fit plusieurs tableaux k Paris, entre autres , pour l’église des Grands- Augustin», une Descente du Saint-Esprit , que le Poussin estimait beaucoup , pour les Feuillants de la rue Saint-Honoré, celui de Y Assomption de la Vierge , et pour l’église Saint-Séverin , les Apôtres , les Prophètes et les Sibylles ; il peignit encore , k Fontainebleau, quatorze tableaux de fresques. On a de lui, k Blois, le tableau du chœur des Capucins.

On remarque dans ses œuvres une grande pureté de dessin. Il accusait nettement les contours. Cette qualité provenait surtout de ce que , comme Michel-Ange , il avait débuté par l’étude de la chirurgie.

Bunel mourut k l’àge de cinquante-six ans, l’an 1614, sans laisser de postérité.

REVEB.

' . MOSNIER (Jean).

Un peintre-verrier, nommé Mosnier, vint de Nantes s’établir k

Blois, au XVIe siècle; il était l’aïeul de Jean Mosnier, qui naquit

en cette ville, en 1600. Son père, qui peignait aussi sur verre, fut son premier maître, et il travailla dans son atelier jusqu’à

l’âge de dix-sept ans. Marie de Médicis était alors en exil au château de Blois; ayant su qu’il y avait dans le couvent des Cordeliers un tableau d’André Solarion, appelé la Vierge à l'oreillei' vert, la reine-mère l’obtint moyennant quelques libéralités, et donna aux Pères une copie du tableau faite par le jeune Mosnier.

Bien que cette toile ne fût point un chef-d’œuvre, Marie de Médicis en fut si satisfaite, qu’elle lit une pension au jeune artiste, ce qui lui permit d’aller continuer ses études en Italie. Elle le recommanda à l’archevêque de Pise, son compatriote , qui retournait à Florence. Mosnier l’accompagna pendant quelque temps, et pendant son séjour dans cette ville, il suivit les leçons du Brongin et du Passignojn. Il fit présent à sa bienfaitrice d’une Vierge, d’après Raphaël, que la reine donna plus tard aux Minimes de Blois. Il alla ensuite à Rome, où il étudia cinq ans en compagnie du Poussin ; il revint en France en 1625 et fut présenté à la reine-mère; mais il eut le malheur de déplaire a l’abbé de Saint-Ambroise, son confesseur, qui empêcha qu’on lui confiât des travaux. Contraint de quitter Paris à la suite de cette disgrâce, il fut appelé près de Léonor d’Étampes, évêque de Chartres et depuis archevêque de Reims, qui le fit travailler dans son palais épiscopal. Mosnier y peignit dans la bibliothèque les Quatre Conciles œcuméniques, YHistoire de Thèagène et de Chariclée dans un vestibule, et les différents tableaux de la Vie de la Vierge dans la chapelle du château..

De cette époque date pour cet artiste toute une série d’embarras et de chagrins domestiques; sur les instances de ses parents, et contre ses désirs, il contracta un mariage qui le rendit malheureux. Il se réfugia dans un travail opiniâtre et produisit beaucoup. Il s’était fixé à Blois, sa patrie, mais il voyagea dans différentes villes et travailla surtout à Nogent-le-Rotrou, à Menais et à Chiverny, où il peignit, dans les lambris d’une salle,

1 y Histoire de don Quichotte. •

Dans une chambre de Bourgeuil, il peignit l'histoire d’Apollon et ' de Daphné d'une manière galante , dit Dernier, dans son Histoire de Blois. Mosnier travaillait beaucoup , soit qu'il cherchât ù s’étourdir, soit qu’il fût dominé par un profond amour pour son

art : il excellait surtout par la correction du dessin et la pureté des lignes; ses figures étaient harmonieusement disposées , et les couleurs admirablement nuancées. Félibien en fait un grand éloge.

On a de lui, a Blois, une Descente de Croix de saint Solenne, et la Nativité, faite pour l’église de Saint-Honoré; mais son chefd’œuvre est le Christ descendu de la Croix , donné aux Capucins, et qui fut exposé long-temps dans leur église ; l’expression de la tête est sublime, et les personnages sont disposés avec un talent admirable. . . .

Un des principaux titres de Mosnier à l’admiration de la postérité est d’avoir sauvé de l’obscurité un tableau admirable de Raphaël , la Sainte-Famille , rélégué dans un galetas du château de Blois..

Les chagrins et le travail avaient altéré sa santé; sur la fin de sa vie, il était devenu sombre et mélancolique, recherchant la solitude, fuyant ses amis, et répétant souvent cette phrase : « Je ne suis pas assez riche pour acheter de la réputation. » 11 mourut d’un accès de goutte, en 1656. Marié deux fois, il n’eut d’enfants que de sa deuxième femme. L’un d’eux, Pierre Mosnier, devint peintre et professeur adjoint à l’Académie de peinture.

CORNEILLE ( Michel).

Né à Orléans, en 1601, il était un des élèves les plus remarquables de Simon Vouet , et, comme beaucoup d’artistes de son temps , fut à la, fois peintre et graveur; il resta peu de temps dans sa ville natale, et alla étudier la peinture dans les ateliers des grands maîtres.

Il partagea ses travaux entre Orléans et Paris. Notre ville possédait, avant la Révolution , plusieurs de ses toiles , entre autres : Y Enfant Jésus dans les bras de saint Joseph , exposé aux Grands-Carmes, et un autre tableau religieux pour la chapelle des fonts baptismaux de l’église Sainte-Catherine, détruite en 1791.

Il a fait aussi, pour Notre-Dame, Saint Paul à Cyslre, déchirant ses habits pâtre qu'on veut lui sacrifier comme à un Dieu : on lui at-

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