TOME
couleurs. Comme dans les pastorales de ce temps-l'a, ses bergers se nomment, non pas Corydon ou Mèlibéc , mais Janot ou Pierrot.
Acteur dans les pièces de son ami Jodelle , Belleau composa aussi une comédie intitulée la Reconnue. L’héroïne est une religieuse qui, après avoir porté le voile pendant sept ans , est sortie du couvent pour embrasser le calvinisme. Lors de la prise de Poitiers par le maréchal de Saint- André, en 1562, la religieuse est échue en partage à un capitaine qui la conduit à Paris. Obligé de repartir, il la confie à un sien cousin , vieux, avocat et marié , qui en devient amoureux , fait passer le capitaine pour mort et veut marier la jeune fille à son clerc. Au milieu du festin de noces, le capitaine arrive et trouble la fête ; mais en même temps un gentilhomme du Poitou vient pour un procès et reconnaît sa fille ; il l’accorde à un jeune avocat qui en était épris , donne sa nièce au capitaine, un office au clerc, au vieil avocat les dépens du procès, à Madame Y avocate cent écus pour ses épingles, et tout le monde est content.
On trouve encore parmi les œuvres de Belleau un poème macaronique sur la guerre contre les Huguenots : Dictamen metrificum de bello huguenotico. Ces singulières compositions en français latinisé étaient en grande vogue à cette époque.
Belleau a doctement commenté la seconde partie des Amours de Bonsard , et ces commentaires ont été imprimés plusieurs fois avec ceux de Muret. •
Mais on remarque surtout son recueil intitulé : Les Amours et nouveaux eschanges des pierres précieuses , vertus et propriétés d'icelles. Ce livre, publié en 1576, un an avant la mort du poète, lui fit beaucoup d’honneur. Ronsard composa pour lui cette épitaphe :
Ne taillez , mains industrieuses ,
Des pierres pour couvrir Belleau ;
Lui-même a basti son tombeau Dedans ses Pierres précieuses.
Scévole de Sainte-Marthe , un autre poète de ce temps , fit à sa louange un sonnet , où il dit :
Voyez Belleau , l'honneur des bandes Aonides,
Qui ses thrésors déploie en cent mille façons,
Vous bienheurant ici de tous ces riches dons Que l’Orient découvre à ses rives humides
L’auteur lui-même, dans son épître dédicatoire à Henri HI, se félicite de « cette sienne et nouvelle invention d'écrire des pierres, tantôt les déguisant sous une feinte métamorphose, tantôt les faisant parler, et quelquefois les animant de passions amoureuses et autres affections secrètes, sans toutefois oublier leur force ni leur propriété particulière. »
Remi Belleau a évité quelques-uns des défauts de ses amis de la pléiade : l’enflure et le faste des grands mots.
Belleau , dit un critique moderne , est la plus gracieuse figure de ce groupe poétique; rien ne le rattache au pédantisme qui enveloppe le voisinage; il n’a pas visé si haut et s’est contenté d’exprimer avec grâce et de peindre avec délicatesse ce qu’il a senti.
On l’appelait le gentil Belleau. Sa gentillesse s’est un peu ridée avec le temps ; sa mignardise a légèrement grimacé ; mais panni les fleurs de sa guirlande , il en est une qui a conservé sa fraîcheur : c’est son Avril , dont le rhythme sautillant a surtout fait la fortune.