I. DEBARBOUILLER
ROUZEAU (Simon).
H naquit h Orléans, vers le milieu du XVIe siècle, de Pierre Rouzeau, chirurgien, et alla fort jeune étudier la médecine a Lyon. Il s’y appliqua avec tant d’ardeur, qu’il fut choisi pour être prieur des étudiants en chirurgie aux écoles de cette ville. De retour à Orléans, il continua d’exercer son art et s’y fit recevoir maître en 1587. En ce temps-lù, les médecins eux-mêmes étaient
poètes , et Rouzeau se lit connaître par quelques poésies dont l’amour et le vin étaient le thème favori. La reine de Navarre, qui n’était pas prude , en fit son chirurgien ordinaire.
Il fit paraître, en 1508, son Histoire de Doride , ouvrage fort licencieux, où la pudeur est blessée à chaque page. C’est une description presque anatomique de tous les charmes réels ou imaginaires que l’auteur désirait trouver dans sa maîtresse; il entre dans des détails minutieux et ne craint pas d’appeler les choses par leur nom. Rouzeau fit hardiment la dédicace de son poème à Madame de La Châtre , veuve du gouverneur d’Orléans , qui poussa un peu loin la complaisance en laissant imprimer son nom en tête de cette pièce.
Simon Rouzeau composa dans le même temps un poème d’environ huit cents vers, sous ce titre curieux : Y Hercule Guespin. C’est un éloge du vin d’Orléans. Le sujet était si ingrat qu’il ne faut pas s’étonner si la poésie de l’auteur se ressent un peu du crû.
Au lieu d’invoquer à son début, selon l’usage antique et solennel, les Muses gardiennes de la source Hippocrène , les nymphes des fontaines et les Tritons escaillés ,
Je veux chercher Bacchus au fond d’une taverne,
dit-il ; et quittant la lyre pour la fiute et le tambour, couronné de lierre et de pampre, le tyrse en main, il invite sa Muse vineuse à faire gaillardement danser les Thyades et les Bacchantes. Les saints qu’il invoque , c’est Noé , le père des vendanges, c’est Bacchus, dont il énumère les innombrables épithètes, Bacchus , le dieu le plus universel, qn’on retrouve partout sous divers noms, et qui a poussé plus loin ses conquêtes que Sésostris et Alexandre.
Après avoir bu le coup de l’étrier, le poète fait, comme Hercule, le tour du monde, la tasse a la main , et goûte des divers crûs :
Afin que mon hautbois ait plus de mélodie,
Je veux mouiller mon ançhe au pressoir de Candie.
En bon Orléanais, Rouzeau déteste les Anglais, et il les plaisante de ce que le pampre ne tapisse pas leurs froids coteaux. Mais en revanche, il célèbre les excellents vins de France, et par-dessus tous le vin d’Orléans :