‹ Les Hommes illustres de l'OrléanaisChapitre 41 sur 145 · CH. -F. LAPIERRE · texte numérisé non relu

CH. -F. LAPIERRE

GARNIER (Sébastien).

Garnier naquit à Blois , au XVIe siècle , d’une famille de magistrats illustres et d’ancienne noblesse. Il fut conseiller, puis avocat, et, en 1584, procureur du roi au comté et bailliage de Blois. Il remplit ses fonctions avec énergie, dans des temps difficiles.

Il soutint la cause de Henri IV contre la Ligue par son poème épique de la Henriade. Le roi en accepta la dédicace; mais il ne paraît pas que l’auteur ait eu beaucoup k se louer de la générosité du Béarnais, bien qu’il l’ait sollicitée plus d’une fois.

La Henriade de Garnier embrasse les événements qui se passèrent

depuis le commencement du siège de Paris jusqu’à l’entière destruction de la Ligue. Elle est divisée en seize livres publiés à Blois chez la veuve Gomet, rue du Puits-du- Cartier. Les huit premiers livres furent imprimés en 1593, les huit derniers en 1594; de ceux-ci on n’en retrouve que deux; on pense que les six autres sont perdus.

Le poème de Garnier tomba bientôt dans l’oubli , et il y serait resté, si Fréron et les ennemis de Voltaire n’en avaient publié une nouvelle édition, en 1750, pour l’opposer à la Henriade de ce poète.

Au milieu d’incorrections nombreuses, d’expressions vieillies* d’inversions forcées , on rencontre dans l’œuvre de Garnier quelques morceaux écrits avec une certaine verve poétique et inspirés par un profond amour pour sa patrie : les sentiments y sont souvent nobles, vrais, et exprimés avec énergie; mais elle n’est pas comparable à celle de Voltaire.

Garnier publia, en 1593, sa Loyssée, poème sur la croisade de saint Louis en Egypte. On n’en a que les trois premiers chants ; l’auteur déclare qu’il a été obligé d’imprimer ce commencement pour satisfaire la princesse Catherine de Bourbon, sœur de Henri IV, qui le lui avait demandé. L’auteur promet la suite , mais on ne l’a pas.

Quoiqu’il prétende lui-même, dans un sonnet, que cet ouvrage l’emporte sur Y Odyssée d’Homère , il est inférieur à sa Henriade, et ne peut pas même être mis en parallèle avec le Saint Louis du Père Lemoine. Dans une élégie adressée à Henri IV, Garnier se compare à Virgile et promet d’effacer par ses ouvrages tous les écrivains de l'antiquité. D’autres pièces prouvent dans ce poète un amour-propre beaucoup plus grand que son talent. En tête de sa Henriade, on voit un sonnet d’un nommé Allaire, qui y fait l’éloge des illustres Blésois de son temps ; il préfère Garnier aux autres. L’œuvre de ce poète n’en est pas moins retombée dans l’oubli ; les savants seuls en connaissent l’existence. Blois possède un exemplaire intact de la première édition.

Ce livre a été remis en lumière par M. Dupré, bibliothécaireadjoint de cette ville.

DU LORENS (Jacques).

Etant jeune avocat, après être docteur,

Et voyant qu’au barreau je n’étais qu’auditeur,

Que d’autres moins savants plaidaient pour les parties ,

Moi de jeter le froc , par dépit, aux orties,

Détester le bonnet , n’aller plus au palais,

Où l’on m’eût souveut pris sans cause et de relais.

C’est ainsi que Du Lorens raconte lui-même qu’il abandonna le droit pour la poésie satirique. Mais il n’est pas vrai que de dépit il ail jeté le froc aux orties, puisqu’en quittant Paris il vint a Chartres et exerça la profession d’avocat au présidial de cette ville.

Jacques Du Lorens, sieur d’Oiré, était né en 1585, à Châteauneufen-Thymerais. La terre d’Oiré lui fut apportée en dot par sa femme , Geneviève Langlois, avec des biens considérables. Du Lorens ne s’en plaignit pas :

J’ai du bien, grftce à Dieu , ce qu’il m’en faut pour vivre.

Ln 1015, Du Lorens quitta Chartres avec sa famille et fut revêtu de la charge de baillif, vicomte de Châteauneuf, et devint plus tard lieutenant-général du bailliage, avec la charge de président de nouvelle érection.

Certains mémoires du temps mentionnent condamnation de grosses amendes et de grands dépens, au proüt de Me Lorens, avocat du roi, pour excès, injures et libelles diffamatoires. Si l’on en croyait ces assertions quelque peu défavorables, ce serait moins dans un ouvrage assez estimé sur les annotations des coutumes de Châteauneuf, Chartres et Dreux , que dans son goût pour la poésie satirique, qu’il faudrait prendre les traits qui conviennent le mieux à la physionomie de M. le grand bailli de Châteauneuf.

Boileau s’est emparé avec la supériorité du génie de presque tous les sujets ébauchés avec verve par Du Lorens dans ses vingt-six satires : le Mariage, la Noblesse, les Embarras de Paris , les Dangers de la vie satirique, &c. Il faut lire avec soin notre poète pour voir s’épanouir dans son œuvre sa curieuse et bizarre figure; en suivant le lourd galop de ses vers, on croit toujours que l’auteur va avoir de l'esprit, et l’on arrive essouflé a la fin du volume. Comme il ne

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cesse de parler de lui, son style est tout l’homme ; il aimait le vin et la querelle, était sujet au gros rire et aux coups de boutoir; grivois sans vergogne, toujours prêt h injurier ses voisins, ses confrères et a battre sa femme; il est vrai que ce dernier droit était acquis en ce temps-lh h la bonne bourgeoisie, mais ce droit entraînait des devoirs. Du Lorens a l’indiscrétion de s’en plaindre au public et de conter à tout le monde que sa femme avait des tracasseries de jour et des inquiétudes de nuit qui l’empêchaient de vivre en paix. Aussi sa théorie du mariage dégénère en une physiologie d’un fort mauvais goût; il n’y a même plus de laquais pour en rire. Mme Du Lorens avait enrichi notre avocat, de la un peu d’aigeur et d’exigence, peut-être :

Tout ainsi qu’un prêcheur, s’il entend le métier,

Sur trois mots de saint Lue fait un sermon entier,

Elle, sur un ruban, sur un linge, une écuelle,

Un mouchoir égaré, bâtit une querelle

Qui commence au matin et n’achève qu’au soir....

Et pas toujours encore ; mais ce n’était pas une raison pour se consoler de la mort de la bonne dame par une épitaphe qu’on lui prête et qu’il a dû faire, l’ingrat !

Ci-gît ma femme, ah! qu’elle est bien,

Pour son rejjos et pour le mien.

Du Lorens avait la rage d’écrire des vers, c’est ce qu’il appelle le mal du bout des doigts : il s’adressait de préférence aux faux dévots, aux marmiteux , aux pédants dont il décrit ainsi la tournure ;

On voit â leur marcher quatre choses ensemble,

Le trot et l’entrepas et le galop et l’amble.

Aimant le clairet et le blanc, c’était de son siècle; il se gardait de faire :

Comme fait aujourd’hui ce gentilhomme à lièvre,

Qui croit en avalant son cidre que ce soit De ce que Ganymède h son maître versoit.

Quoi qu’il en dise sur les préjugés de la naissance, Dulorens parait peu content de la sienne, et sa muse, qui prêche l’égalité des hommes, se contenterait fort bien de quelque titre nobiliaire :

Si le bon père Adam n’eût pas mordu la pomme,

Tout le monde aussi bien eût été gentilhomme.

Il aimait peu la noblesse de cour et encore moins celle de cam-. pagne; pourtant c’est au roi qu’il adresse quelques vers câlins, humble flatterie dictée par la peur :

Dessous le règne heureux de Votre Majesté Nous faisons imprimer en toute liberté.

Il ajoute plus loin :

Que c’est bien fait à vous d’aimer le cardinal,

Qu’on peut de la vertu nommer l’original !

Quand le trait piquant faisait défaut, Du Lorens ramassait quelque grosse bouffonnerie; il brave, même en rimant, l’honnêteté, à ce point qu’une dame de nos jours pourrait croire en certains vers qu’il parle latin. Nous avons sous les yeux un curieux volume de ses œuvres; l’ongle magistral d’un érudit de son temps a marqué d’un profond sillon les endroits scabreux, les feuillets en sont labourés. Ce poète-avocat aimait, comme tous les critiques, les livres rares, les tapisseries et les meubles de prix ; son cabinet de peinture fut seul évalué à dix mille écus :

Mon petit cabinet des beautés me découvre

Que je ne verrais pas dans les chambres du Louvre.

C’est ce que Madame Du Lorens ne voulut jamais comprendre ; elle trouvait, la digne femme, que l’art coûtait gros, et voilà pourquoi, chez M. l’avocat de Chartres, il y eut des querelles de ménage.

Emut PILLOV

DE ROTROU (Jean).

Il naquit à .Dreux en 1609; sa famille était originaire de Normandie; un de ses ancêtres avait été lieutenant-général au bailliage de Dreux en 1561.

Rotrou commença ses humanités dans sa ville natale et les finit avec succès à Paris. 11 étudia les classiques grecs, et la lecture de Sophocle lui révéla sa vocation poétique.

Néanmoins, il débuta, en 1628, par deux pièces très-faibles, dans lesquelles l’inspiration des anciens modèles ne se montre guère. L’une d’elles , la Bague de Voubli , n’est qu’une mauvaise imitation d’un imbroglio de Lope de Véga. Il avait alors dix-neuf ans , et son âge demandait grâce pour ses fautes.

Le mariage de Louis XIII avec la fille de Philippe III avait mis la littérature espagnole en grande faveur ; Rotrou se laissa entraîner au goût du temps, et chercha à piquer la curiosité par l’imprévu des événements plutôt qu’à émouvoir le cœur par la peinture des Dassions. Corneille devait suivre quelque temps la même voie, mais sans s’égarer aussi loin que Rotrou.

Après la représentation des Occasions perdues , pièce imitée de l’espagnol, Richelieu lui témoigna son approbation et lui donna une pension de 600 livres. Le poète remercia par une ode qui fut fort goûtée du protecteur. Richelieu l’associa aux écrivains qui travaillaient sous sa direction à des pièces de théâtre dont ce grand ministre leur fournissait le canevas. Ces écrivains étaient : P. Corneille, Boisrobert, Colletet et l’Etoile.

Cette collaboration rapprocha Rotrou de Corneille et forma entre eux les premiers liens d’une intime amitié, à laquelle Rotrou se montra noblement fidèle , lorsque , seul des auteurs dramatiques , il prit la défense du Cid, attaqué par Richelieu.

Cette union ne fut pas non plus sans influence sur le talent et le succès de ces deux grands hommes. Corneille admirait dans Rotrou une rectitude de jugement, une finesse d’esprit, une haute raison qui en faisaient un guide sûr pour un poète; il suivait ses conseils, profitait de ses observations judicieuses, et, quoiqu’il fût plus âgé de trois ans, comme la réputation de Rotrou était déjà établie par deux succès avant l’apparition du Cidy Corneille l’appelait son père .

De son côté, Rotrou, à l’exemple de son ami, résolut d’étudier plus à fond qu’il ne l’avait fait jusque-là les chefs-d’œuvre des Grecs. C’était se rapprocher du vrai, c’était apprendre à chercher dans la nature même le développement des passions et la véritable grandeur des sentiments. I^s fruits de ce double commerce avec Corneille et avec les anciens se montrent dans les pièces qu’on regarde comme les meilleures de notre poète, dans Cosroès et dans

yrenceslas. À l’époque où elles parurent (1047 et 1649), le public avait applaudi déjà le Cid, Horace, Cinna, Héradius et Rodogune . Cette heureuse émulation produisit, k la suite du Polyeucte de Corneille, le Saint-Genest de Rotrou (1046), « œuvre presque unique par l’originalité de la conception, un mélange de naïf et de profond, de comique et de sublime. » Voltaire compare quelques endroits du Polyeucte et du Saint-Genest , et il ne craint pas de donner quelquefois l’avantage k Rotrou.

Celui-ci, néanmoins, rendait modestement hommage k la supériorité de Corneille, et dans cette même pièce, il place une tirade toute épisodique dans laquelle il dit, par la bouche de l’acteur Genest :

Ces poèmes sans prix, où son illustre main,

D’un pinceau sans pareil ont peint l’esprit romain,

Rendront de leurs beautés votre oreille idolâtre,

Et sont aujourd’hui lame et l’amour du théâtre.

Ce hors-d’œuvre était peut-être contre les règles de l’art; mais combien y a-t-il d’écrivains qui soient capables d’une pareille faute ?

De 1028, époque de son début dans la carrière dramatique, jus- . qu’en 1650, époque de sa mort, Rotrou composa près de quarante pièces de théâtre : sept tragédies, dix-sept tragi-comédies et treize comédies ; toutes sont en cinq actes et en vers, mais toutes ne sont pas des chefs-d’œuvre.

Cette fécondité malheureuse s’explique dans Rotrou par une grande richesse d’imagination , mais aussi par un amour excessif du jeu qui le poussait souvent k mettre son talent au service de sa passion . Elle était si forte, que, pour en prévenir les funestes conséquences, il répandait dans un bûcher, au milieu des fagots, l’argent que lui rapportaient ses ouvrages : la difficulté de le retrouver mettait le joueur k l’abri du risque de tout perdre k la fois.

Parmi les comédies de Rotrou, trois sont imitées de Plaute : les Ménechmes, les Captifs , les Deux Sosies (1). Cette dernière eut un grand succès; elle a passé pour un des chefs-d’œuvre de l’auteur, jusqu’à ce que Y Amphitryon de Molière l’eut fait tomber dans l’oubli.

(I) Un poète italM.it, Ludovico Dolce, a aussi imité L’ Amphitryon de Plaute, dans une comédie intitulée: Il tncrilo ; Dryden a traité ce sujet, en profitant de Y Amphitryon de Molière. Une pièce a été jouée sous le mémo titre à Vienne.

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Au reste, Molière, qui, par droit de génie, reprenait son bien partout où il le trouvait, en a imité plusieurs scènes et emprunté quelques traits, mais il n'a pas toujours surpassé son devancier.

La première scène de la Sœur généreuse , de Rotrou, a fourni encore à Molière la première des Fourberies de Scapin , cette même pièce où il a inséré deux scènes du Pédant joué, de Cyrano de Bergerac.

Parmi les tragi-comédies, on distingue Iphigénie en Aulide , empruntée, ainsi que Y Antigone, au théâtre d’Euripide. Cette pièce, bien qu’elle n’approche pas du modèle, présente « des scènes que a Racine seul pouvait faire oublier (1). »

Au nombre des tragédies, nous avons signalé surtout Cosroès et Venceslas. Cosroès pèche par le plan et par ce pressant intérêt qui est l’âme des ouvrages dramatiques; mais on y trouve une exposition claire, vive et passionnée, des sentiments nobles et touchants, des vers d’une grande beauté et des traits sublimes, tels que Corneille savait les trouver.

Le sujet de Venceslas est emprunté à un drame espagnol de Francesco de Roxas. Sans doute, la pièce française n’est pas parfaite, mais le fond en est vraiment tragique et les caractères bien soutenus. On admire ce vieux roi, d’abord indulgent pour son fils jusqu’à la faiblesse, mais, â la fin, juste jusqu’à l’héroïsme ; on admire ce ministre qui pardonne les outrages qu’il a reçus du jeune prince et veut sauver la vie a son plus grand ennemi. Surtout le caractère de Ladislas est traité de main de maître; on l’accuse, mais on le plaint. La violence de sa passion, son désespoir, quand il connaît son crime , sa résignation et sa fermeté, lorsqu’il est condamné à mort, sont des circonstances qui mettent de son côté le spectateur. « Ce « caractère, dit La Harpe, est l’original de celui de Vendôme, et, « quoique celui-ci soit supérieur, c’est beaucoup pour la gloire de « Rotrou que Voltaire ait trouvé chez lui ce qu’il a surpassé. »

Le style de Venceslas manque quelquefois de correction et d’élégance; on y trouve de la recherche et de la déclamation, mais, il a presque toujours de la vérité, de la chaleur et une simplicité noble et

(I) Marmoxtel.

touchante. Cette tragédie fut retouchée par Marmontel et par Colardeau, en 1759. Ce Venceslas retouché est la première nouveauté qui fut jouée à la Comédie-Française, après qu’on eut supprimé les bancs, des spectateurs sur le théâtre.

Rotrou ne fitpas partie de l’Académie française, parce qu’il fallait,, pour cela, résider à Paris, et qu’il demeurait toujours à Dreux.

Telle fut la vie, telles sont* les principales œuvres de Rotrou ; mais on ne le connaîtrait pas tout entier, si l’on ne savait la touchante histoire de sa mort : elle a prouvé que, chez lui, le cœur de l’homme était plus grand encore que le génie du poète. En 1810, l’Académie française donna la Mort de Rotrou pour sujet de son concours littéraire : le prix fut décerné à Millevoye; nous citerons dans notre récit quelques-uns des vers du jeune lauréat.

Rotrou occupait la place de lieutenant civil et criminel du bailliage de Dreux, en 1650, et il avait su mériter l’estime et la confiance de ses concitoyens. Une maladie épidémique se répand tout-à-coup dans la ville; une sorte de fièvre pourprée, rebelle à tous les secours de Part, fait des ravages effrayants et menace de détruire la population entière. Le poète se trouvait alors à Paris pour la mise en scène d’une de ses pièces. Il apprend ce funeste désastre au milieu de ses triomphes tragiques :

Rotrou frémit ; il sait qu’un hameau protecteur Retient loin des dangers les enfants qu’il adore ;

Mais ses concitoyens sont sa famille encore.

Ni les transports flatteurs de ce peuple exalté,

Ni les gémissements de son frère attristé,

Ni les touchants regrets, ni l’amitié sincère Du grand homme chéri qui le nommait son père.

Rien ne l’arrête ; il part, seul, à travers la nuit,

Et cherche les périls comme un autre les fuit.

Il arrive à Dreux et n’y trouve que la mort et un affreux silence r

Ce peuple entier cédant an malheur qui l’accable.

De vivre et de mourir à la fois incapable,

N’ose pour son salut tenter un noble effort;

L’effroi produit l’effroi, la mort produit la mort !

Rotrou seul conserve du courage et tâche d’en inspirer à ses concitoyens; il est partout, il se multiplie :

Il agit, il ordonne, il menace, il supplie...

Le poids de la fatigue en vain l’accable, en vain La üèvre de la mort fermente dans son sein.

Rien ne peut l’arrêter ; son frère, qui avait voulu l’empêcher de quitter Paris, veut l’y rappeler :

Immuable, il répond, au frère qui l’implore :

« Pour la vingtième fois j’entends, depuis l’aurore,

« Sonner l’airain fatal... je l’entends sans effroi:

« Ce soir, si Dieu l’ordonne, il sonnera pour moi. »

En effet, trois jours après, le 28 janvier 1650, la tombe de Rotrou s’ouvrait après celle de tant d’autres victimes ; mais l’intrépide magistrat avait mérité une couronne plus belle encore et plus durable que tous ses lauriers poétiques.

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