‹ Les Hommes illustres de l'OrléanaisChapitre 42 sur 145 · G. B R AI. \ NE · texte numérisé non relu

G. B R AI. \ NE

CHEVILLARD (François).

Né à Orléans d’une famille obscure, François Chevillard était fils d’un pauvre tisserand. 11 fut d’abord placé comme enfant de chœur à l’église cathédrale de cette ville , où son intelligence ne tarda pas à lui attirer les bonnes grâces du Chapitre. Bientôt après il s’engagea dans les ordres, et le 19 juin 1659, il obtint l’une des deux prébendes desservies k l’autel de Saint-Mamers. Ce fut en reconnaissance de ce bienfait qu’il composa ses Portraits parlants , petits médaillons poétiques où se trouvent gracieusement encadrés les figures radieuses et l’esprit enjoué des bons chanoines.

Être né poète et se nommer François Chevillard, c’est vraiment jouer de malheur. Aussi ses amis ont-ils essayé de modifier son nom par d’ingénieux anagrammes. Dans ce nom malencontreux ils ont fini par trouver ; Vart François achevé; Chéri du franc soleil ; éloges déjà llatteurs , mais qui sont dépassés encore par cet autre : celui-là fait Ronsard.

Bien que le chanoine Orléanais ait été gâté par l’imitation des défauts de son modèle; on rencontre çk et la dans ses œuvres quelques strophes d’une bonne facture, que Malherbe lui-même n’aurait pas désavouées : celle-ci , par exemple , tirée d’une ode en l’honneur du Saint-Sacrement de l’autel :

Tombeau do la philosophie,

Escueil des superbes esprits ,

Abysme où se trouvent surpris Ceux que la raison fortifie ;

Flambeau qui n’a de la clarté Que pour luire à l'humilité ;

Miroir où la divine essence,

Se montrant à ses conüdents,

Leur fait trouver par sa présence Un refuge au milieu des divers accidents.

Par malheur ces élans sont rares, et l’affectation , le mauvais goût

ne tardent pas h se montrer. Nous n’en citerons qu’un exemple, emprunté à la pièce de vers sur l'habitation du savant M. Dufos , chanoine de Saint- Aignan. Après avoir décrit minutieusement la cuisine et l’office, puis le jardih et la bibliothèque, l’auteur nous conduit à la salle d’honneur :

Là, le dos d’une cheminée,

Bien plus forte que les géants ,

Porte la ville d’Orléans Sans en être encore échinée.

On pourrait craindre avec raison Quelque surprise en trahison

Du feu qui l’assiège au derrière,

N’était qu’on a fait prudemment Y mestre aussi la rivière Pour éteindre l’embrasement.

Nous citons d’ailleurs ces vers dans un intérêt artistique : la vue d’Orléans, que possède aujourd’hui notre Musée, ne pourrait-elle pas provenir de l’héritage de M. Dufos?

Mais l’œuvre principale de Chevillard, du moins la plus longue , est la Mort de Tkéandre, ou sanglante tragédie dédiée aux âmes fidèles. Cette pièce n’est déjà plus un mystère, mais elle est loin, bien loin encore d’être une tragédie.

Montaigne dit quelque part : « Le temps attache des rides à l’es- « prit comme au visage. » La muse de Chevillard, en vieillissant , devint aussi bilieuse et songearde. On en peut juger par les plaintes d’un mélancolique, son œuvre dernière, soupirs que l’on croirait échappés de la poitrine de Gilbert :

Je me plais aux lieux mortuaires ;

Les gibets et les cimetières Me sont d’agréables séjours;

Car ces lieux jonchés de cadavres Sont autant de ports et de liâvres Où l’on prend terre pour toujours.

On a enfin de cet écrivain plusieurs dissertations religieuses sur les mystères; puis son livre du Grand-Tout , espèce d’encyclopédie où sont réunies toutes les sciences sacrées et profanes, ce qui n’empêcha pas que le Grand-Tout n’ait été appelé plus tard le Grand-Rien ; enfin une épitaphe à la mémoire du révérend Père Lefèvre , épitaphe fort honorable pour les qualités du défunt, si elle n’accuse pas la prolixité de l’auteur , car elle n’a pas moins de deux cents vers.

François Chevillard mourut en 4678, k Bourg-la-Reine , dans un voyage d’Orléans k Paris'.

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