‹ Les Hommes illustres de l'OrléanaisChapitre 61 sur 145 · I. DEBARBOUILLER · texte numérisé non relu

I. DEBARBOUILLER

GEDOYN (Nicolas).

Louis XIII envoya àAlep, en 1625, pour y veiller aux intérêts du commerce français dans le levant, Louis Gedoyn, sieur de Belleau,

(1) Nicrron, tonie 4, page 277.

gentilhomme ordinaire de la chambre du roi. Le cardinal de Richelieu fut si content du succès de cette négociation qu’il députa à Venise ce même Louis Gedoyn, père de l’académicien de ce nom.

Nicolas Gedoyn naquit à Orléans le 17 juin 4667. Lorsqu’il vint au monde, on le crut mort ; déjà même on l’avait enseveli. Madame de Cornuel , qui demeurait dans la même rue, voulut voir l’enfant, et ses soins le rendirent à la vie. Tant que vécut cette femme si connue par son esprit, il ne l’appelait point autrement que sa bonne maman. Toutefois, Gedoyn fut toujours faible cfe complexion. Il fut Jésuite pendant dix ans et professa la rhétorique h Blois ; mais les pères, qui ne dédaignaient pas les avantages corporels , le laissèrent volontiers sortir de leur compagnie.

Rentré dans le monde avec les agréments de l’homme d’esprit, Gedoyn y plut , et y plut peut-être trop. Il fut présenté à la fameuse Ninon de l’Enclos, sa parente, qui , dit-on , en devint éperdûment amoureuse.. On dit même qu’elle en vint avec lui aux dernières faiblesses; mais cette anecdote est peu vraisemblable. D’après le médisant biographe , la belle Ninon n’aurait voulu succomber, une dernière fois, que le lendemain du jour où elle aurait eu quatrevingts ans accomplis.

Gedoyn n’avait pour tout patrimoine qu’une modeste rente de 400 livres ; mais il avait des amis , et il obtint , grâce h eux , un eanonicat à la Sainte-Chapelle et deux abbayes , dont celle de Notre- Dame de Beaugency. Il se livra dès lors à l’étude des auteurs grecs et latins et se fit bientôt remarquer comme critique et traducteur.

En 1741, l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres l’admit dans son sein. Il y lut plusieurs dissertations qui furent insérées dans les mémoires de la société.

D’après les conseils de M. de Sacy , il entreprit une traduction de Quintilxen. Cet ouvrage, auquel il consacra dix années, lui ouvrit les portes de l’Académie française en 1718. Le Journal des Savants donna alors un extrait étendu de cette traduction dont il parle trèsavantageusement ; elle méritait d’autant mieux d’être accueillie que l’on était réduit â celle de l’abbé de Pure, l’un de ces auteurs condamnés par Boileau à une triste immortalité. La préface de Gedoyn est très-estimée : il y développe judicieusement les causes de la

corruption de l’éloquence chez les Romains. Quant à la traduction elle-même, elle n’est ni scrupuleuse, ni littérale; c’est une belle infidèle , comme on disait de celle de d’Ablancourt : elle omet des mots, des phrases et jusqu’à des pages entières.

L’abbé Gedoyn publia ensuite une traduction de Pausanias t dédiée à MM. de l’Académie des Inscriptions. Les journaux du temps en ont parlé avec beaucoup d’estime; mais Larcher, dans les notes de sa traduction d’Hérodote , a relevé des méprises graves et nombreuses dans lesquelles l’auteur était tombé. M.< Clavier lui fait le même reproche dans la préface de sa traduction nouvelle de Pausanias. Ce qui explique, sans les excuser, les erreurs de Gedoyn, c’est qu’il travaillait le plus souvent à la campagne, chez des amis ou des parents, chez M. de Bachaumont, par exemple, où il ne trouvait pas les ressources des grandes bibliothèques et le contrôle des érudits.

C’est ainsi que le mauvais état du texte de Strabon le détourna du projet qu'il avait fait de traduire sa géographie. Il s’en vengea sur la Bibliothèque de Pholius, dont il donna une médiocre traduction.

. Malgré sa complexion délicate, Gedoyn avait atteint un âge assez avancé sans ressentir aucune des infirmités de la vieillesse , lorsqu’il fut subitement attaqué d’une pleurésie au château de Fonterpuis. Il y mourut après trois jours de souffrances, le 40 août i744, et fut enterré dans l’église de son abbaye de Notre-Dame de Beaugency.

Ce savant était aussi estimable par les qualités du cœur que par celles de l’esprit. Il avait l’humeur complaisante * douce et tranquille, excepté dans la discussion, où il faisait voir toute la vivacité d’un caractère impétueux Son style est clair, facile et animé; mais il abonde en locutions familières, et c’est mal à propos que les dictionnaires, qui se copient sans examen , en vantent l’élégance comme la qualité distinctive. Ses Réflexions sur le Goût déposent quelquefois contre celui de leur auteur. Voiture et Lafontaine, Saint-Evremont et Labruyère y sont placés sur la même ligne. Admirateur passionné des orateurs et des poètes de l’antiquité , il est rarement juste envers les modernes, pour ce qui est du ressort des belles-lettres.

On a publié, en 1745, un an après sa mort, les OEuvres diverses de M. Vabbè Gedoyn : c’est un recueil de petites dissertations sur des matières de morale et de littérature , écrites élégamment , mais sans

finesse. On a aussi de cet écrivain plusieurs dissertations manuscrites, très-curieuses, sur le Paradis perdu , de Milton. ,

Les philosophes et les encyclopédistes ont presque revendiqué l’abbé de Beaugency comme un de leurs adeptes, et il semble qu’ils soient bien aises de lui prêter leurs opinions. Voltaire avait , dès son enfance, connu particulièrement Gedoyn , qui était le voisin et l’ami de son père. Il prétend « qu’il aurait voulu qu’on eût pardonné à la « religion des bons auteurs de l’antiquité, en faveur de leur mytho- « logie. » D’Alembert , dans son Histoire de l'Académie Française ^ transcrit avec complaisance de longs passages des œuvres diverses de Gedoyn ; il les commente et il en conclut « qu’il n’avait ni les préjugés de sa robe , ni ceux de l’érudition. »

Voilà ce que c’est que d’avoir eu des philosophes pour amis , et pour parents Bachaumont et Ninon de l’Enclos !

TOYNARD (Nicolas).

Il était fils aîné de Nicolas Toynard , président au siège présidial d’Orléans, et allié, par sa mère, à la famille de Beauharnais.

Né le 5 mars 1629, il s’appliqua, dès sa jeunesse, à l’étude des langues et de l’histoire , et en particulier à la connaissance des médailles. Il devint bientôt un oracle en matière de numismatique , et on ne le désignait point autrement que par le titre de savant Toynard. Le P. Lelong le cite comme un des orientalistes et des antiquaires les plus distingués de son siècle.

Quelque étendues que fussent ses connaissances , il n’a cependant publié qu’un très-petit nombre d’ouvrages. Comme beaucoup de savants modestes, il se laissait dévaliser, et le P. Hardoin, entre autres, s’attribua plus d’une fois le mérite des découvertes de Toynard, qui ne se plaignit pas de ces larcins. Le cardinal de Noris tira de lui quelques lumières pour son ouvrage des Epoques Syro-Macédo niennes. Il eut du moins le mérite de la reconnaissance.

Toynard publia pour son compte :

1° Plusieurs mémoires sur la numismatique, entre autres une dis-

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