‹ Les Hommes illustres de l'OrléanaisChapitre 77 sur 145 · IL. J · texte numérisé non relu

IL. J

500 LES nOMMES ILLUSTRES DE L’ORLEANAIS.

Bouvard.. Là où le poète ne voyait que dé riants tableaux, de sublimes spectacles , le médecin lui montrait des ruines ou des non-valeurs. Calculant tout §u point de vue de la réalité la plus décevante, à l’aide des raisonnements que lui suggérait le matérialisme le plus enraciné,

Bouvard refroidissait tout enthousiasme et cherchait constamment

* ^ * , « » • • • • | il rabaisser au niveau de sa railleuse incrédulité la délicate organisation de son ami;

Lorsqu’ils parcouraient ensemble les plaines riches et fécondes de la Beauce , si Blanchet admirait naïvement la belle nature , les mois-

sons dorées et les épis qui se balancent au souille de Dieu, Bouvard s’écriait froidement : Terres ? magnifiques ! cela vaut au moins mille écus Varient ! Si devant eux passait l’attelage rustique %’un laboureur, Blanchet, dans son extase bucolique, récitait les beaux vers de Virgile : O fortunatos nimium... mais Bouvard faisait observer, en raillant, quun des chevaux boitait ou que le laboureur était borgne. Cependant , malgré cette perpétuelle contradiction , ils restèrent amis jusqu’à la fin. Blanchet mourut, à Saint-ôermain-en-Laye,*en 1784. Bouvart fut péniblement affecté de cette perte ; son caractère s’en aigrit encore davantage; ses malades et ses ennemis ne furent pas les derniers à s’en apercevoir.

Nous ne croyons pouvoir mieux terminer cette biographie qu’en citant ce passage de l’éloge de Bouvard, prononcé à l’Académie des Sciences :

« Personne n’a porté plus loin la probité dans la pratique de son « art; il ne voulait que guérir. Aucune considération ne l’eut fait « écarter de la ligne que ses lumières lui avaient tracée : inflexibilité a précieuse aux malades, quelquefois incommode, et dont ils ne « sentaient pas toujours le prix. Le médecin, devrait, comme lui, « écarter toute politique : sa devise devrait être celle d’une de nos « anciennes maisons : Fais ce que dois , advienne que pourra. »

Cu. F.HL.

PETIT (Antoine.)

Vers 1717 , un jeune homme, tailleur de son état, arrivait à Oréans avec sa femme, et s’y établissait dans une modeste boutique.

Le pauvre ménage n’avait pour tout bien que l’espérance cl le courage , cette dot de la jeunesse. Le mari était yé bien loin de la ville hospitalière h laquelle il venait demander du travail et du pain. Son père, notaire h Mariembourg, dans le Uainaut français, était mort en laissant sa femme et deux petits enfants dans un état voisin de la misère. La veuve avait épousé le clerc de l’étude, qui s’était débarrassé des enfants en les mettant h l’hôpital. Cependant Taine ayant appris h bien écrire, son beau-père, pour économiser les frais d’un clerc, le prit dans son étude, et, h sa mort, le jeune homme lui succéda dans son ollice. Le second, abandonné à lui-même, apprit le, métier de tailleur et fit sçm tour de France pour sq perfectionner dans son état; la Providence mit Je bonheur sur sa route: en passant dans je ne sais quelle ville, Pétit épousa une honnête fille qui fut pour lui une boupe et vaillante femme. Eiablis h Orléans, ils y vécurent d’une vie étroite, im hcuTeux de leur affection mutuelle.

Le ciel ne tarda pas h leur envoyer une de ces bénédictions qu’il réserve h l’indigence : il leur naquit un fils qui devait être leur joie dans le présent et leur honneur dans l’avenir. L’enfant reçut le nom d’Antoine; il passa ses premières années au milieu des exemples de probité et d’amour du travail , et il sut en profiter.

L’orphelin de Mariembourg avait trop soulfert pour n’étre pas un père affectueux et prévoyant. Il comprenait tout le prix de la science, et le parti qu’on pouvait tirer de l’intelligence vive et précoce du jeune Antoine. Malgré sa pauvreté, l’enfant fut placé au collège d’Orléans et y fit ses humanités avec un brillant succès; puis, il en sortit et se livra avec assiduité et avecsuccès à l’étude de la chirurgie. Mais c’était h Paris seulement qu’il pouvait se perfectionner dans cet art : le pauvre tailleur s’imposa de nouveaux sacrifices, et Antoine Petit put aller demander à la capitale ces trésors de science qu’elle offre avec tant de prodigalité aux esprits avides de connaître. Bientôt la chirurgie et la médecine n’eurent plus de secrets pour lui, bientôt il fut capable d’enseigner lui-même ce qu’il avait appris avec tant d’ardeur, et la renommée vint h lui , en attendant la fortune.

Alors Petit ambitionna un titre qui, en le rattachant à un corps savant, devait donner à scs leçons plus d’autorité. Mais pour être reçu docteur au Collège de chirurgie ou à la Faculté de médecine, les frais

ne s’élevaient pas h moins de deux mille écus. Heureusement le Collège et laFàculté permettaient aux candidats sans fortune, mais doués de grands talents, de ne payer le montant de leur réception que lorsqu’ils en auraient les moyens. Petit profita de cet avantage et fut reçu docteur-régent de la Faculté de médecine en 1746, à l’àge de 28 ans. . f

11 était a la fois praticien et professeur; comme médecin et comme chirurgien, il passa bientôt pour un des hompaes Tes plus habiles de son temps. Son cabinet de consultation ne désemplissait pas; sa réputation était répandue par toute l'Europe, et plusieurs souverains l’appelèrent pour le consulter sur leurs maladies.

Il fut admis, en 1760, a l’Académie des Sciences; nommé, %n 1768, à la chaire d’anatomie au Jardin du Roi, l’amphithéâtre où il enseignait ne pouvait contenir la foule accourue pour entendre ses doctes et brillantes leçons, qui formèrent plusieurs médecins distingués.

En 1776, les fatigues d’un long enseignement et d’une profession laborieuse lui tirent sentir le besoin du repos: il quitta sa chaire, où il fut remplacé par Portai , quoiqu'il eût désiré la laisser à son disciple Vicq-d’Azyr. Il se retira alors dans une jolie maison qu’il possédait à Fonteuay-aux-Roses.

Mais Petit avait compté sans sa renommée. Chaque jour un nombre

considérable de malades allaient à Fontenay pour implorer le secours de sa vieille expérience. Louis XVI le fit venir à Meudon pour donner des soins au dauphin, son fils aîné; et il aurait peut-être prolongé les jours de Mirabeau , s’il n’avait été appelé auprès de lui lorsque déjà il n’y avait plus de ressources.

Dans cette longue carrière, si remplie par l’étude et par la gloire,* Petit avait semé quelques écrits qui, sans être d’une grande importance , contribuèrent cependant à augmenter sa réputation. Une édition des OEuvres de Pal fin (1753); un mémoire sur un cas d'anévrisme; un rapport sur l'inoculation (1768); un rçcueil de pièces concernant les naissances tardives (1766), et qui sont l’œuvre la plus importante de Petit , présentaient des vues utiles dans un style peu correct, mais pétillant de finesse et d’esprit.

Le dernier de ces ouvrages donna lieu à une dispute dans laquelle il eut d’abord contre Bouvard, un de ses antagonistes, médecin et

Orléanais comme lui r le mérite de la modération , sinon de la vérité; ensuite , critiqué avec politesse par Portai , il eut le tort d’employer contre son jeune adversaire et contre Bouvard l’arme de la personnalité et de l’injure. Mais cette tache disparait au milieu des belles actions dont sa vie est remplie.

Comblé de gloire et de fortune. Petit n’oublia pas l’humble boutique où s’étaient passées ses premières années. Bouvard, dans leurs querelles médicales, lui-reprochait de ne pas savoir coudre ses idées. Cette allusion h la profession de son père ne toucha pas Petit; il était fier de devoir la vie à un homme qui , à défaut de richesse, lui avait procuré la science et enseigné la probité. Après la mort de son père, Petit avait retiré sa mère auprès de lui : il entoura ses derniers jours des soins les plus tendres, et lorsqu’elle mourut, dans un âge très-avancé, sa jolie habitation de Fontenay, où il l’avait perdue, lui devint insupportable. C’est albrs qu’il la quitta pour venir se fixer à Olivet, où il mourut, le 21 octobre 179 i, h l’âge de soixante-seize ans.

Petit ne pratiquait pas moins les devoirs de la charité que ceux de la piété filiale. Les pauvres étaient ses ainis, ses clients les plus choyés. Il avait pour maxime qu’un médecin doit se faire payer largement par les riches, mais qu’il doit aux pauvres des soins gratuits et empressés : il avait pour eux plus de ménagements que pour les tètes couronnées. Fn jour il fut mandé, par courrier extraordinaire, auprès de la reine d’Espagne qui était en danger de mort. Petit monte en chaise de poste, arrive h Madrid et se présente h FEscurial. Mais l’étiquette ne permettait pas aux reines, même malades, de recevoir d’hommes dans leur appartement, en l’absence du roi. Or, le roi ‘était à la chasse et ne revint que deux heures après. Petit, impatienté, remonte en chaise de poste, et revient en France sans avoir vu la royale malade, qui mourut quelques temps après, victime peut-être du cérémonial (i).

Petit fut la Providence des habitants malaisés de Fontenay, et il fit don à cette commune, en la quittant , d’une maison destinée au logement de l’oflicier de santé.

Petit n’avait pas d’enfants: on a dit qu’il ne s’était pas marié à cause de la mauvaise opinion qu’il avait des femmes ; quoi qu’il en

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soit , il consacra une partie de son immense fortune h des établissements utiles. Il fonda dans la Faculté de médecine de Paris deux chaires, l’une d’anatomie et l’autre de chirurgie, et désigna lui-même Leclerc pour la première et Gorvisart pour la seconde.

Mais c’est surtout h sa ville natale, h la patrie adoptive de son père, qu’il voulut laisser un souvenir de reconnaissance.

Dans la rue de l’Evêché, au-dessus d’une porte de belle apparence une plaque noire porte ces mots : Consultations gratuites de médecine et de jurisprudence. Lh, deux chirurgiens et quatre médecins, deux avocats et un procureur, ayant désappointements fixes, devaient , ii certains jours, remplir leur ministère auprès des pauvres de la ville et de la campagne qui en auraient besoin. Petit consacra h cette fondation pieuse près de cent vingt mille livres. Par une clause spéciale, il ordonna, en mémoire de son père, que le concierge de l’édifice consacré aux consultations gratuites serait toujours un pauvre tailleur de la ville d’Orléans. Cette dernière prescription est encore aujourd’hui exactement suivie ; mais les consultations de jurisprudence n’ont été données que pendant peu de temps; quant à celles de médecine , les fonds affectés à celte fondation ayant disparu pendant la tourmente révolutionnaire, elles auraient cessé également, si quelques médecins d’Orléans, dignes héritiers de leur généreux confrère , ne continuaient à prodiguer leurs soins gratuits aux indigents de la ville et de la campagne.

Le 22 octobre 1794 (1er brumaire an III), sur la pétition des citoyens Guigneux et Latour, appuyée parla municipalité, l’administration du district décida que pour honorer la science et les vertus d’Antoine Petit, ses restes seraient transportés en grande pompe de la commune d’Olivet, où il était décédé la veille, dans celle d’Orléans, où il avait pris naissance. En effet, son corps, enfermé dans un cercueil de plomb , fut déposé dans la cour de l’établissement fondé par lui , la tête appuyée au mur nord , les pieds vis-h-vis de la porte d’entrée. En 1 840 , la place où il repose a été entourée d’une balustrade en 1er, par les soins de la commission de bienfaisance. Au-dessus de ce monument, on lit une inscription commémorative qui recommande le souvenir d’Antoine Petit à la reconnaissance et h la vénération de ^es concitoyens. On voit dans une des salles de rétablissement le

QtATKlfeBIE SÈME. — ' INDSET1UE, SCIENCES. 5 05

buste en marbre de cet illustre médecin. Sa physionomie est pleine.de finesse, d'intelligence et de bonté. '

DU HAMEL DU MONCEAU (Henri^Louis).

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Du Hamel du Monceau, inspecteur-général de la marine, membre de l'Académie royale de§ Sciences, associé des académies et sociétés savantes de Londres, Saint-Pétersbourg, Stockholm, etc., naquit k Paris en 1700.

Sa famille était ancienne et considérée; il descendait de Loth Dm Hamel, gentilhomme hollandais,’ qui vyit en France, en 1400, k la suite de Philippe UI, dffle Bon, ducale Bourgogne. Depuis cette époque, la famille de Du Hamel est toujours restée dans l’Orléanais.

Du Hamel lit d'abord son droit k Orléans, mais bientôt il jnanifesla un désir extrême de connaître les* productions de la nature et la cause des phénomènes dont ses yeux étaient frappés. Sa carrière était toute tracée ; il se voua dès lors k l'étude de la physique et de l'histoire naturelle. Il suivit les*cours des Geoffroy, desLémeri, des Bernard de Jussieu, et se lia d'une intime amitié avec ces savants. Il consacrait au moins douze heures par jour k ses études et conserva celte précieuse habitude dans l’âge le plus avancé. A vingt-huit ans il n'avait encore rien publié.

4 cette jépoque , une maladie funeste se manifesta sur le safran

cultivé dans le Gàtinais;4’Académie<des Sciences chargea Du Hamel

<£en rechercher les causes, il Reconnut que le mal venait d'une plante parasite qui s'attachait aux oignons du safran; il découvrit ainsi la maladie en indiqua les remèdes et en rendit compte k l'Académie, qui , peu de temps après , s’associa tout-k-fait un si habile coopérateur.

Nommé inspecteur-général de la marine , il a rédigé les Eléments de V architecture navale ;* l'Art de la cqpderie ; un Traité de la conservation de la santé des équipages de vaisseaux; un Traité des pêches maritimes et fluviatiles , Du Hamel forma k Brest une école de constructeurs qui rendit les plus grands services k la marine.

Il contribua aussi k la publication du plus beau monument qu'aient

élevé les sciences au XVIIIe siècle, Y Histoire des arts et métiers ; il en composa plus de vingt volumes ornés de planches. Parmi les arts , il en est un surtout que Du Hamel affectionnait : c’est l’agriculture. Il avait étudié avec soin la, physique végétale, et, à la suite de nombreuses expériences, publia sur ce sujet un grand et intéressant ouvrage : le Traité de V exploitation des bois , de leur transport et de leur conservation. Deux autres volumes remarquables ont été écrits par lui sur la culture des arbres fruitiers.

La culture des terres arables n’avait pas moins attiré son attention. C'était à Denainvilliers, propriété située a trois kilomètres de Pilhiviers, qu’il répétait toutes ses expériencQS. Il avait voulu faire un modèle d’exploitation de cette terre et de celles de Vigny et du Monceau, situées dans le même cauton.

Du Hamel cherchait toujours le positif et l’utile ; il exposait avec candeur tout ce qu’il avait vu , instruisait le lecteur et se laissait juger. C’est lui qui a reconnu le premier l’analogie du tonnerre avec l'électricité et signalé leur identité dans un rapport qu’il fit sur les effets de la foudre, tombée sur l’église de Pilhiviers. M. de Réaumur, auquel il communiqua son mémoire, ayant considéré cette assertion comme attachée h un système, Du Hamel l’effaça de son rapport et se priva ainsi de l’honneur d’une découverte qui , peu d’années après, fut le plus beau titre de gloire du célèbre physicien des Etats-Unis.

Parmi les hommes distingués de son temps Du Hamel roccupait un des premiers rangs. Connu, estimé, aimé de tous, il partageait leurs plus utiles travaux. Avec Geoffroy, il faisait des expériences pour reconnaître le mode d’accroissement des os ; avec Grosse , il étudiait l’inflence de la nature des terres sur la formation des substances minérales, et notamment de la soude et de la potasse dans les plantes; avec Buffon, il traitait de l’appréciation de la force des bois; avec Malesherbes son plus intime ami , il se livrait h l’essai de toutes les améliorations rurales : ils passaient une partie de leur temps ensemble, à Malesherbes ou a Denainvilliers. Dans cette retraite, Du Hamel s’occupait avec assiduité de météorologie. Il a laissé des observations comparatives très-détaillées , recueillies pendant quarante années pour le climat de Pithiviers.

Du Hamel avait trouvé dans son frère , Du Hamel de Denainvilliers,

un bien digne coopérateur; celui-ci restait sans cesse h Denainvilliers, exécutant avec zèle et ponctualité tous les plans que l’autre avait formés. Pour dernier ouvrage, Du Hamel fit paraître son Traité élémentaire d’agriculture, et ferma ainsi glorieusement cette série de productions scientifiques, dont l’ensemble peut paraître prodigieux : cinquante volumes, la plupart dans le format in-f° ou in-4°; soixante dissertations insérées dans les Mémoires de V Académie royale des Sciences, voilà (Jps titres*que peu d’auteurs peuvent offrir à l’admiration publique. JjL 4b'- "S* • , .

Le caractère de Du Hamel était bienveillant, mais un peu sévère; il repoussait le charlatanisme; n’ayant jamais rien ambitionné, il, avait fait abnégation entière de lui-même. Content de sa fortune, il donnait gratuitement ses manuscrits à son libraire; il voulait avant tout être utile et mériter l’estime des gens de bien.

Du Hamel de Denainvilliers , moins connu , mais également fait pour l’être, par ses qualités et l’étendue de ses lumières, s’occupait journellement des expériences nécessaires aux travaux de son frère l’académicien. 11 a natiiralisé, dans son parc de Denainvilliers, ainsi que dans ses terres de Vigny et du Monceau , une foule d’arbres et . arbustes étrangers qui font encore aujourd’hui l’admiration des savants. La chimie, l’astronomie, l’histoire naturelle, l’agriculture, enfin toutes les parties de la physique, furent les objets constants de ses observations. Malgré ses nombreux travaux, il trouvait encore le temps de s’occuper du bonheur des habitants de la campagne ; il était leur juge, leur protecteur, leur ami. Aussi le poète Colardeau, dans une charmante épitre qu’il lui adresse, le peint comme le modèle du Sage :

Je monte la colline.... un abri m’est offert C'est le ch&teau d’un sage aux malheureux ouvert ;

Du Hamel, c’est le tien : je suis tes avenues 4 Ebranlées par le poids de leurs têtes chenues ,

Tes ormes, sous le choc de deux vents opposés,

• Embarrassent mes pas de leurs rameaux brisés.

Celte épitre à Du Hamel est le chef-d’œuvre de notre Colardeau. Voyez comme il a su poétiser la science dans ces vers , où , sans employer un mot technique , il a rendu les phénomènes de la nature accessibles aux esprits les moins sérieux :

Si jadis tes aïeux parèrent ta maison ' ' Des bizarres beautés d’un gothique écusson ;

Dans tes jardins, partout je vois que ton génie L’orna plus sagement des travaux d’Uranie.

Ici , sur un pivot, vers le Nord entraîné ,

L’aimant cherche à mes yeux son point déterminé.

Là , de l’antique Hennés le minéral fluide S'élève au gré de l’air plus sec ou jfius humide.

Ici , par la liqueur un tube coloré De la «température indique le degré.

. « * Là, du haut de tes toits , incliné veffc la terro,

Un long fil électrique écarte le tonnerre; m Ici, la cucurbite, à l’aide du fourneau,

De légères vapeurs mouille son chapiteau.

Le règne végétal , analysé par elle , *

OlTre à l'œil curieux tous les sucs qu’il recèle , - ,

Et plus loin je vois l’ombre , errante sur un mur,

Faire marcher le temps d’un pas égal et sûr. »

En 1851, lorsque le Congrès scientifique se réunit k Orléans,

MM. Du Hamel de Fougeroux, arrière-petits-neveux des deux hommes illustres que nous venons de citer dans notre biographie, offrirent au musée de la ville d’Orléans le buste de Du Hamel du Monceau.

C’est aussi k l’obligeance de M. de Fougeroux, membre du Conseil général du Loiret, que nous devons la communication de cette notice , que sa modestie seule l’a empêché de signer.

CHANGEUX (Pierre-Jacques).

Ce savant philosophe naquit k Orléans, le 26 janvier 1740, de P. Change ux , président de l’administration du sel, et de Charlotte Boucher de Molandon. Après de brillantes études au collège des Jésuites de La Flèche, il alla h Paris. On penchant irrésistible le portait vers la philosophie spéculative et vers les sciences ; quatre années d’un travail assidu, dans une sévère retraite, fécondèrent cette vive et précoce intelligence. Invité k traiter pour Y Encyclopédie l’article Réalité, ses méditations sur ce sujet se formulèrent en un’* principe fondamental : « Dans la constitution présente de l’homme, u les extrêmes se touchent sans sc confondre, et la réalité ne sc

« trouve que dans le milieu entre ces deux extrêmes. » Le développement de ce principe et son application successive h toutes les branches des connaissances humaines donna naissance au Traité des extrêmes (1767), deux volumes in-12.

La profondeur des recherches, là nouveauté des aperçus, valurent au jeune auteur les éloges de d’Àlembert, de Condorcet, de Condillac. Buffon lui écrivait : « J’ai lu , Monsieur, votre bel ouvrage avec une « vive satisfaction, et j’en verrai l’auteur avec encore plus de « plaisir. » En 1776, l’ Encyclopédie consacrait quatre pages in-f® h Papa lyse du savant ouvrage de M. Changeux. (V. Extrême.)

H publia, en 1773, la Bibliothèque grammaticale, ou Nouveaux Mémoires sur la parole et l'écriture ;ton y trouve aussi des aperçus profonds , des idées neuves , mais parfois un peu d’obscurité.

Les sciences exactes et naturelles ne plaisaient pas moins h Changeux que les travaux métaphysiques. On lui doit d’intéressants mémoires sur les phénomènes barométriques , sur ceux de la chaleur , sur Y étiolement des plantes, &c., &c., et d’ingénieux instruments de physique, parmi lesquels on remarque le baromètrographe , destiné à noter, par des traces sensibles , les variations barométriques et les moments précis où eljps se manifestent ; Louis XVI en agréa l’hommage et le plaça dans son cabinet de travail.

Changeux avait fait des poésies, et notamment des fables; si l’on , en juge par de nombreux témoignages contemporains et par quelques fragments échappés à la perte regrettable de ses manuscrits, ses fables, qu’assaisonnait toujours un grain de philosophie, «c étaient « charmantes, remplies de grâce £t de naïveté, et elles rappelaient « le souvenir de Lafontaine (1). »

La vie de Changeux fut toujours simple et studieuse, son caractère était modeste et désintéressé. Il refusa constamment, de se présenter aux suffrages de l’Académie des Sciences : « Mieux vaut savoir que paraître, » disait-il souvent. — Effrayé des excès de la révolution , il se retira dans un domaine de famille qu’il possédait près d’Orléans; il y consacra ses dernières années à l’étude et à l’amitié , et s’y éteignit paisiblement au milieu des siens, le 3 octobre 1800, h l’âge de soixante ans.

(1) Lettre du comte de Milly il M. Cliaitgeux , le 14 juillet 1 784 .

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LES HOMMES ILLUSTRES DE L’ORLÉAÏf AIS.

DESCHAMPS ( Joseph-François-Loüis ) .

Une des particularités les plus curieuses de la vie de Deschamps est qu’il se destinait d’abord k la prêtrise , et que ce fut d’après les conseils d’un ecclésiastique qu’il quitta les ordres pour choisir la carrière médicale. Arrivé’ k Paris à l’âge de dix-neuf ans, il suivit d’abord les visites de Moreau, et fut admis, en 1764, k l’école pratique, où il remporta les premiers prix fondés par Houstet. Un an après, il obtint au concours la place de gagnant-maîtrise , ou chirurgien principal de la Charité. Au bout de six années de pratique, il fut reçu membre du collège de Chirurgie , et quoique son service lui prît beaucoup de temps, il n’en traduisait pas moins, pour se délasser, les mémoires et les lettres qu’il recevait de l’étranger pour les communiquer k ses collègues.

Aussi modeste que laborieux , il vivait très-retiré , et ne songeait pas plus k sa réputation qu’a sa fortune. 11 accordait gratuitement ses soins aux pauvres, et ennoblissait la science par la charité. Il ne tarda pask jouir d’une grande renommée, et fut nommé successivement chirurgien consultant de Napoléon et chirurgien en chef dé l’hôpital de la Charité , où , pendant vingt-trois ans , il avait rempli la seconde place avec honneur et distinction.

En 1796, Deschamps publia son Traité de la taille. Il s’était acquis une grande réputation pour la manière dont il pratiquait cette opération , et il était impossible de se trouver mieux placé pour un ouvrage de ce genre , puisqu’on pouvait considérer l’hôpital de la Charité comme une école de perfectionnement pour cette opération. Cet ouvrage est cejjui a été écrit de plus instructif et de plus complet sur la lithotomie. A la fin du quatrième volume, il a ajouté un recueil d’observations sur la ligature des grosses artères des extrémités, et spécialement sur celle de l’artère poplitée, que Deschamps pratiqua le second en France , d’après la méthode de Hunier.

Il démontra qu’on peut lier certaines artères au-dessus d’un anévrisme, et les laisser s’oblitérer sans danger et sans craindre la récidive. Il avait publié ses observations k ce sujet en 1793, dans le Journal de médecine du Fourcroy. Deschamps fut successivement nommé membre de l’Académie des Sciences et de Tins-

tut, où il remplaça Sabatier. Il obtint enfin la croix d’honneur, istinction trop tardive qui le consola peu de ne point avoir obtenu 3 cordon noir, qu’il avait si vivement sollicité avant la révolution, tescbamps était affaibli par l’âge ; on lui adjoignit Boyer. On ne pouait faire un choix plus heureux: Boyer eut pour Deschamps ces oins délicats , ces ménagements qui contribuèrent sans doute û adoucir les chagrins domestiques dont les derniers moments du savant ►raticien furent abreuvés.

Il était né h Chartres en 1740; il mourut très-pauvre, à l’âge de iuatre-vingt-cinq ans. Son fils, docteur de la Faculté de médecine de 3aris~, s’est fait une grande réputation par la publication et la traiuction d’ouvrages très-intéressants.

Cia. -F. L.

LENOIR (Etienne).

Si la science a rendu, depuis un siècle, d’immenses services h l’inlustrie , par l’application de ses procédés ingénieux et de ses forces ntelligentes, en revanche, l’industrie lui vient chaque jour en aide, oit qu’elle perfectionne avec un art admirable les instruments de hirurgie , soit qu’elle réalise une précision idéale dans les appareils le physique ou de mathématiques.

Etienne Lenoir est un de ces grands ouvriers que l’Europe savante ioqore aujourd’hui à l’égal des plus profonds théoriciens. Il naquit en 744, dans la petite ville de Mer (département de Loir-et-Cher). In n’a guère de détails sur sa jeunesse et ses études; il est même raisemblable qu’il n’arriva qu’assez tard à la renommée dans un art ù l’inspiration n’est pour rien , et dont tout le mérite consiste dans ne longue expérience , mûrie par de continuelles études. Chez Leoir la main devint aussi habile que la tête était savante», et il parvint un tel degré de précision qu’il fut chargé d’exécuter le cercle de réexion, inventé par Borda, en 1772, pour la détermination des mgitudes en mer. / «

La perfection qui distinguait cet ouvrage lui mérita un brevet de ouïs XV4 et le titre d’ingénieur du roi. La construction du cercle stronomique répétiteur fixa sur lui l’attention du gouvernement; on

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le chargea d’établir les instruments qui furent donnés h M. de Lapeyrouse, pour son voyage autour du monde; c’est a lui aussi que s’adressèrent les savants qui prirent part h la célèbre expédition d’Egypte.

Les instruments qui ont servi h Delambre pour mesurer un arc du méridien terrestre ont été confectionnés par M. Lenoir, d’après un ordre exprès du gouvernement. Yoici comment une biographie étrangère parle de cette opération et de ses résultats : « On « sait que la longueur de cet arc a servi de base a la détermination « du mètre, et que c’est à M. Lenoir que l’on doit l’exécution, a non-seulement du mètre-étalon en platine qui est déposé aux « archives, dans l’armoire à trois clefs, mais encore de tous les « mètres-étalons qui furent commandés par le gouvernement , lors « de l’établissement du nouveau système des poids et mesures. »

La Bibliothèque Britannique a consacré un article h la description du comparateur , que M. Lenoir exécuta pour M. Pictet, et qui a servi à déterminer avec précision le rapport exact entre les mesures anglaises et les nôtres.

Le premier fanal h miroir parabolique, placé sur la tour de Cordouan, près de Bordeaux, a été construit dans l’atelier de cet habile artiste. Depuis cette époque , il s’est appliqué à perfectionner les fanaux, et ses recherches a cet égard ont eu le plus heureux résultat. Il a découvert que plus on diminue le diamètre de la mèche placée au foyer d’une parabole , et plus la lumière devient intense.

Des commissaires de l’Institut ont constaté cette importante découverte, résultat infiniment précieux, puisqu’il augmente les produits en diminuant les dépenses.

On ne sera pas étonné , après de pareils travaux , que M. Lenoir se soit fait remarquer à toutes les expositions des produits de l’industrie française où il a concouru. Il obtint successivement quatre médailles d’or , et le gouvernement de la Restauration , sur le rapport d’une commission spéciale, lui décerna la décoration de la Légion-d’ Honneur

M. Lenoir est mort récemment à Paris, dans un âge fort avancé.

CHARPENTIER (François-Philippe ).

Les machines de cet artiste ont un caractère d’originalité et décèlent un génie inventeur. C’est ainsi que les travaux de Charpentier sont jugés dans un rapport inséré au MoniteuY du 29 août 1811.

En effet, pendant sa laborieuse carrière, qui se prolongea jusqu’à l’àge de 85 ans, Charpentier imagina une foule de procédés nouveaux , de machines ingénieuses, dont les arts et les manufactures se sont depuis emparés.

Il était né à Blois, le 3 octobre 1754; son père, pauvre relieur, ne pouvant continuer les sacrifices qu’il fit d’abord pour l’éducation de son fils , celui-ci , obligé de quitter des études commencées avec succès, fut placé à Paris chez un graveur en taille-douce. L’élève fut bientôt plus habile que le maître. Mais il était porté par un penchant irrésistible vers l’étude de la mécanique : il découvrit un procédé pour la gravure au lavis et en couleur, qui lui valut un logement au Louvre et le titre de mécanicien du roi. Il imagina d’employer le miroir ardent pour fondre les métaux sans le secours du feu ; puis il inventa un nouveau système de pompes à incendie, une machine à forer les métaux , et une autre propre à graver les dessins pour les fabricants de dentelles.

Il perfectionna les fanaux des phares. Sous le Directoire, il exécuta un instrument pour percer six canons de fusil en même temps et une machine à scier six planches à la fois. Cette invention lui fut payée 24,000 fr. et lui valut le titre de directeur de Y atelier de perfectionnement.

On cite encore de lui la main artificielle qu’il fit pour La Reynière , une presse à contre-épreuve des lettres, pour Jefferson , un instrument pour s’arracher les dents, etc. Il serait impossible de dresser le catalogue complet de toutes les inventions utiles et ingénieuses qui sortirent de la tête féconde de Charpentier ; et cependant cet artiste mourut pauvre, chez sa fille ainée, qui avait recueilli sa vieillesse.

C’est que Charpentier, simple et désintéressé , ne savait pas exploiter ses découvertes. Ainsi , il refusa la direction des travaux pour

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