‹ Les Hommes illustres de l'OrléanaisChapitre 88 sur 145 · A. BAILLET · texte numérisé non relu

A. BAILLET

AUNACHAIRE, ou SAINT AUNAIRE, évêque d’Auxerre. ,

Il naquit a Orléans dans le VIe siècle; son père et sa mère étaient alliés h la maison royale. Dès ses plus tendres années , il montra beaucoup de prudence et de piété; il ne trouvait de plaisir solide que dans la lecture des livres saints et dans la conversation des personnes vertueuses.

Après être entré dans le clergé de Saint-Martin de Tours, il alla k Autun auprès du vertueux prélat Siagrius, et fut choisi pour gouverner l’église d’Auxerre. Ses talents, ses vertus, son zèle infini lui acquirent une telle considération , qu’il fut invité k presque tous les conciles qui se tinrent dans les Gaules durant son épiscopat.

Les écoles épiscopales de la ville d’Auxerre subsistèrent avec éclat tant qu’il vécut. Après avoir gouverné son église pendant trente-cinq ans , il mourut en odeur de sainteté , et sa mémoire est honorée dans le diocèse au 25 septembre.

Il fit un réglement pour l’ordre des prières, dans l’église d’Auxerre, sous le titre à’Aunacharii constitutio. Les canons qu’il lit faire dans un synode de son diocèse, en 585, sont au nombre de quarantecinq. »

PAPPOLE, évêque de Chartres.

Pappole , vingtième évêque connu de Chartres , succéda k S. Caltry, l’an 567 , et gouverna cette église jusqu’en l’an 594. Dès qu’il eut été élevé sur ce siège , Promote , prêtre de Châleaudun , ayant trompé Sigebert,roi d’Austrasic, k qui Châteaudun appartenait, se fit ordonner évêque de cette ville, par Gilles, métropolitain de Reims, ce qui causa un schisme dans le diocèse de Chartres.

Mais, l’an 575, le roi Gontran ayant assemblé un concile k Paris, Pappole présenta une requête aux évêques contre Promote , qui con-

tient une remontrance très-sage et très-mesurée au sujet de l’entreprise de ce prêtre ambitieux. Le concile la reçut et l’approuva. Il en écrivit très-fortement à Gilles , évêque de Reims , et même au roi Sigebert, et priva Promote de l’évêché de Châteaudun. Néanmoins, on ne gagna rien pour lors, et Promote, soutenu par le prince, se maintint encore pendant près de trois ans. Enfin, après la mort du roi Sigebert, Pappole réunit Châteaudun à l’église de Chartres. La requête de Pappole se trouve dans le recueil des conciles, avec tout ce qui fut fait en conséquence.

Pappole assista au second concile de Mâcon , convoqué par le roi Gontran, le 25 octobre de l’an 585. 11 s’y trouva quarante-trois évêques qui firent vingt canons. Promote s’y trouva aussi, mais comme un évêque qui n’avait point de siège.

L’an 590, Pappole pria S. Laumer,abbé de Saint-Martin-de-Courgeon, de venir le voir; ce fut là que le saint lui prédit les malheurs qui devaient arriver à Chartres par suite de la lutte entre les rois de Bourgogne et d’Austrasie et Clotaire IL Tous ces détails se trouvent relatés dans la vie de saint Bethaire, écrite par un moine de Chartres. Une autre version attribue à saint Malard la démarche faite auprès de saint Lomer, ce qui est peu probable, puisqu’il est postérieur à ce dernier.

• Deux historiens ont parlé de ce fait avec des notes précieuses pour l’histoire de France, en ce qu’elles proviennent des manuscrits de l’abbaye de Saint-Martin-de-Courgeon, préservés des ravages faits par les Normands. Adon, archevêque de Vienne, a écrit sur l’entrevue de saint Lomer et du pieux évêque de Chartres.

Il y a lieu de s’étonner que l’église de Chartres ne célèbre pas la mémoire de Pappole, dont la sainteté est attestée par un monument si authentique.

TIIÉODULPIIE (1).

Ce personnage ecclésiastique, bien que né en Italie (d’autres disent en Espagne) , appartient à l’Orléanais par le côté le plus saillant de

(I) Cet article est extrait d’un mémoire beaucoup plus étendu que l’auteur a adressé, l’année dernière , au congrès d’Orléans , en réponse à une question du programme.

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sa vie : aussi le rangeons-nous parmi les gloires de notre province.

Engagé d’abord dans les liens du mariage , il eut une fille nommée Gisla. Charlemagne, juste appréciateur de son mérite, le fit venir en France vers l’année 780. Le noble étranger, devenu veuf, entra dans les ordres sacrés. L’évêché d’Orléans et l’illustre abbaye de Fleury (Saint-Benoît -sur-Loire) récompensèrent presqu’aussitôt sa nouvelle vocation. L’empereur l’honora de diverses missions en rapport avec les devoirs du ministère épiscopal : il le chargea spécialement de réfuter les erreurs naissantes de Félix, évêque d’Urgel, en Espagne, sur la divinité de Jésus-Christ. .

Théodulphe était ami des lettres et les cultivait assidûment, comme l’attestent plusieurs inscriptions en vers destinées h la porte et aux différentes cases de sa bibliothèque. Jaloux de contribuer aux progrès des études, il institua les écoles de la cathédrale Sainte-Croix, des abbayes de Saint- Aignan d’Orléans, de Fleury et de Saint-Liphard* à Meung. Il rétablit le monastère de Mici-Saint-Mesmin , ruiné par les guerres , et obtint de saint Benoit d’Aniane quatre pieux cénobites qui devinrent le noyau d’une nouvelle communauté. Les arts lui dûrent aussi, dans le même pays, l’intéressante construction de l’église de Germigny, auprès de Fleury, bâtie, dit-on, sur le plan raccourci de la fameuse cathédrale d’Aix-la-Chapelle.

L’évêque d’Orléans appartenait h la célèbre école du Palais , fondée par Charlemagne. De ce foyer sortit une phalange d’hommes remarquables qui, répandus dans les églises et dans les monastères, rendirent aux lettres une vie nouvelle. Théodulphe , nous le verrons tout h l’heure , prit part , comme théologien et comme poète , à cette louable émulation des intelligences.

En 8i i , il souscrivit, avec d’autres évêques, au testament de Charlemagne, son protecteur. Louis-le-Débonnaire lui continua d’abord la la même bienveillance et le choisit pour aller au-devant du pape Etienne IV qui se rendait à Reims (1). Cette députation lui valut les honneurs du pallium et le titre personnel d 'archevêque. Toutefois, sa faveur ne dura pas long-temps sous le nouveau règne. Il eut l’impru-

(l) Une pièce de vers [la première de Vappcndix) nous apprend aussi que Théodulpiic reçut à Orléans Louis-le-Débonnaire dans les premiers temps de son règne: ec pompeux dithyrambe procède à la manière de Pindare ou d’IIorace.

dence de s’engager dans les dissensions de l’empire et de prendre parti pour Bernard, roi d’Italie, révolté contre un malheureux roi que ses fils et ses neveux abreuvaient d’amertume. Bernard, vaincu, nomma ses complices , Théodulphe entre autres. Le prélat subit, en conséquence, la déposition de ses dignités ecclésiastiques et fut exilé

dans un monastère de la ville d’Angers, où il demeura quatre ans,

captif et solitaire , jusqu’il sa mort, arrivée en 821. Quelques jours plus tard , il eût profité de l’amnistie générale de Thiouville.

Malgré sa condamnation solennelle , le malheureux évêque protestait hautement de son innocence, comme on le voit dans plusieurs de ses poésies adressées a des confrères : par exemple, il écrivait à Aigulphe , archevêque de Bourges , ces vers pleins d’énergie :

Hoc ego clamavi , clamo , clamabo per œvum ,

Uœc donec anima membra liquor vegelat :

Qui modo non crédit , cogelur credcre tandem ,

Venlum eril ut tnagni judicis anlè thronum.

« Je l’ai crié, je le crie et je le, crierai toujours, tant que la vie a n’aura pas abandonné mon corps ni mon âme: quiconque ne me « croit pas maintenant sera bien forcé de me croire devant le trône « du grand juge. »

Il est bien difïicïle de ne pas sentir dans ces vives paroles le cri d'une conscience sincèrement indignée, d’autant mieux que les témoignages historiques laissent encore beaucoup de doutes sur la culpabilité du personnage. (Lecointe, Annales ecclesiastici francorum, t. 7 , p, 485.)

Les copistes, et après eux les imprimeurs, ont soigneusement conservé les productions de Théodulphe. La meilleure édition de scs œuvres est celle qu’a donnée le père Sirmond, en 1690 (imprimerie royale).

Les ouvrages en prose sont des capitulaires adressés au clergé Orléanais, des traités de théologie et quelques fragments de sermons.

I^es capitulaires contiennent des renseignements pleins d’intérêt sur la discipline ecclésiastique, l’administration des paroisses, les mœurs du clergé et l’état général de la société. L’instruction du peuple fut un des objets de sa sollicitude pontificale.

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