TOM F. I
Le cardinal de Lorraine, archevêque de Reiras, conçut tant d’estime, à rassemblée de Poissy, pour Hervet, qu’il résolut de se l’attacher, et, du consentement de l’évêque d’Orléans, il l’emmena h Reims, et de là au concile de Trente, de 1362 à 1563. C’est là que, dans deux lettres, il soutint, contre le jésuite Salmeron , que la résidence des évêques est de droit divin. J
Pour fixer dans son diocèse un si docte théologien, le cardinalarchevêque, de retour en France, le nomma, en 1564, chanoine de Reims. *
Après une longue vie, continuellement appliquée à l’étude et à toutes sortes de bonnes œuvres, Gentien Hervet mourut dans cette ville, le mercredi 12 septembre 1584, âgé de quatre-vingt-cinq ans.
On mit cette épitaphe sur son tombeau :
Hic lapis Uervcli cuslodit corpus inane,
In cœlis animas sit sine fine quies.
Octoginla annos vixil cum quinque, refcllens Hœrescon scriptis dogmaia falsa suis.
Le corps d’Hervct repose en ce tombeau pieux,
Que son âme à jamais habite dans les deux !
- Sa plume a combattu quatre-vingt-cinq années,
De l’hérétique impur les erreurs obstinées. .
Gentien Hervet eut avec les docteurs de la Faculté de Reims une dispute fort vive et qui dura long-temps. Cette Faculté avait censuré plusieurs de ses écrits, dans lesquels il a avancé des propositions fort singulières et qui ont besoin d’explication. S’il fut attaqué avec peu de ménagement, il ne .montra pas aussi de son côté beaucoup de modération dans sa défense. Il finit par se soumettre à tous les changements que l’on jugerait à propos de faire.
Boutrays, dans son poème intitulé Aurélia, en parlant des beaux esprits qu’a produits la ville d’Orléans, fait mention d’Hervet en ces termes .\
„ Urbs solita ingeniis magnis clarcscere, qualis ,
Argolico lalioque potens Hervelius ore;
Veracis cullor sophiœ; hœrcsis acre flagellum :
Graiorum inleipus fldus, quo vindice incndis ,
Purus Alexander Clemcns, plures que loquunlur.
Orléans f\it toujours fécond en grands esprits ;
Témoin l'illustre Hervet : de Home et de la Grèce
Le langage divin revit en ses écrits.
Fléau de l’hérésie, ami de la sagesse,
, Au texte de Clément il rend la pureté,
Et traduit doctement la docte antiquité.
Les ouvrages d’Hervet sont en très-grand nombre. Parmi ses œuvres latines on remarque :
1° T) •es Orationes de radendâ barbâ, de alendâ barbâ, de vel radendâ vel alendâ barbâ (Aureliæ, 1536). Dans la lre, il prouve que l’on est obligé de couper sa barbe; dans la 2e, qu’on doit la laisser croître ; dans la 5e, qu’on est libre de la raser ou de l’entretenir. Les deux premières furent débitées, à Orléans, par deux de ses écoliers, dans les exercices publics du collège dont il était régent.
2° Des déclamations sur la Patience, Y Oisiveté, la Reconnaissance, &c.
3° Son discours sur les Mariages clandestins, et ses Lettres sur la
résidence des Evêques (concile de Trente, 1565).
4° Des épigrammes, 1541, &c.
Ses ouvrages français sont presque tous dirigés contre les calvinistes. On y trouve : 1° des sermons; 2° des épîtres; 3° Y Apologie, ou Défense contre une réponse des ministres d’Orléans (1562). Après avoir dit que les ministres exigeaient 12 à 14 sous pour le baptême, et 2 à 3 écus par tête pour la cène, outre ce que chacun devait leur donner par mois, il remarque que les prêtres ne prenaient qu’un demi-trezain pour droit de paroissage, et qu’on ne donnait que sixblancs pour la messe; 4° Y! Anti-lingues, ou Réponse aux écrits et blasphèmes de Hugues Sureau, soi-disant ministre à Orléans (1566).
Il a traduit, du grec en latin, quelques ouvrages profanes : un traité de Plutarque, Y Antigone, de Sophocle, et un grand nombre d’ouvrages sacrés de saint Basile (1541), de saint Chrysostôme, de saint Grégoire de Nysse, de Théodoret (1555); les Canons des saints Apôtres (1561), et toutes les œuvres de saint Clément d’Alexandrie (Florence, 1551). Ajoutons huit livres des Basiliques ou constitutions impériales (1557), et Scxlus empiricus (1569).
Parmi les ouvrages traduits du latin en français, on remarque :
1° Les Actes du saint Concile de Trente, de 4565. Cette traduction est très-recherchée ;
2° La Cité de Dieu , de saint Augustin (4670) ;
3° Le traité de saint Jérôme, delà Vraie Eglise (1567).
Huet dit, en parlant des traductions d’Hervet, qu’il s’exprime avec facilité, et qu’il sait conserver aux auteurs leur style et leurs pensées ; toutefois, Heinsius et Sylburge l’accusent de négligence et de peu d’application dans sa traduction de saint Clément.
Baillet dit qu’Hervet n’a pas réussi dans ses traductions françaises; Tessier pense de même, mais il ajoute que les latines sont meilleures.
DE MORVILLIERS (Jean), évêque d'Orléans, garde des sceaux de France.
Son père, Etienne de Morvilliers, était procureur du roi. Jean naquit h Blois en 1507. Il fut d’abord lieutenant-général de Bourges, puis membre du grand conseil et maître des requêtes. Il fut employé ensuite en plusieurs ambassades importantes, où il se distingua par son habileté et sa sagesse.
Lorsqu’il fut entré dans les ordres, le roi le nomma k l’évêché d’Orléans, le fit conseiller d’Etat et finit par lui confier entièrement l’administration des affaires du royaume. Pendant trente-cinq ans, il prit part à tous les grands événements. « C’était un homme grave , « judicieux , prudent , adroit , actif, avec une probité et une douceur « peu ordinaires dans un homme d’Etat. » A la mort du chancelier Olivier, il refusa modestement cette dignité qui lui était offerte par François II , s’excusant sur ce qu’il se sentait trop faible pour porter un si lourd fardeau. Charles IX exigea qu’il acceptât cette fonction importante, lorsqu’elle fut de nouveau vacante par la retraite de Michel de l’Hospital. De Morvilliers ne garda les sceaux que deux ans, et les remit entre les mains de René de Birague.
Il alla ensuite au concile de Trente et y demeura quelque temps. Il ne se distinguait pas seulement par sa piété et les services qu’il rendit k son pays; son amour pour les sciences et la protection qu’il accorda aux savants lui attirèrent l’estime générale. Il ne tarda pas a se démettre de son évêché d’Orléans en faveur de son neveu , Mathurin de la Saussaye, déjà grand-vicaire, et mourut en 1777, a
Tours, dans une paisible vieillesse. II fut enterré dans l'église des Cordeliers de Blois , comme il l’avait ordonné par son testament.
Scévole de Sainte-Marthe et de Thou ont fait son éloge , et Charles de la Saussaye, neveu de l’évêque Mathurin , a écrit sa biographie. Joachim du Bellay composa h sa louange les vers suivants :
Consiliis sccura luis , vel pace vel armis ,
Gallia , quanta libi sil TcohTSLa, probat Hinc mores, hinc villa tibi (sic dicimus urbem ) ,
Nomiriis efficiunt omina vera lui.
On a publié plusieurs lettres remarquables de Jean de Morvilliers. On a encore de lui : le Traité de ce qui a été fait durant les troubles pour la conservation de l’ Etat du roi ; — Procès-Verbal de la conférence tenue à Marck, en 1555, entre les députés de Charles V et ceux de Henri III.
Il composa aussi plusieurs harangues pour les rois, entre autre celle qui fut prononcée par Henri III aux Etats de Blois, en 1576. Enfin Thistoriende Blois, Beruier, a publié l’avis qu’il donna au roi Henri III, en 1577, lorsque ce prince voulut révoquer l’édit de pacification et faire la guerre aux hérétiques.
Lors de son installation a l’évêché d’Orléans , une contestation singulière s’éleva entre lui et ses chanoines qui voulaient l’obliger à rogner sa barbe, en vertu d’un de leurs statuts: Henri II fut obligé d’intervenir pour dispenser l’évêque de se conformer h cet usage. Il fut l’un des juges du chancelier Poyet, accusé d’abus de pouvoir et de concussion. M. Weiss porte sur lui le jugement suivant : « C’était «c un honnête homme, mais timide et incapable d’une détermination « vigoureuse. Il avait acquis une grande expérience dans les affaires;
«r dans les conseils, il inclinait toujours pour la paix, le premier be- « soin des peuples, et il ne croyait pas qu’il fût possible de l’acheter a par trop de sacrifices. »
E. DE VÉDÈNES.
VAILLANT DE GlJÉLIS (Germain) , évêque d'Orléans.
Ce savant prélat naquit à Orléans en 1516. Il se destina de bonne heure à l’état ecclésiastique , et après avoir fait d’excellentes
études, il fut reçu docteur en droit et en théologie. François Ier désira le voir, et Vaillant obtint l’estime et la faveur de ce prince.
Etant entré dans l’état ecclésiastique , il fut d’abord abbé de Notre-
Dame-de-Paimpont et prieur de Bourg-en-Sologne , puis chanoine et prévôt de l’église de Saint-Aignan d’Orléans, ensuite chanoine de Notre-Dame de Paris (1580), doyen de l’église d’Orléans , et enfin évêque de ce diocèse en 1580. Il joignit à ces dignités celle de conseiller au Parlement (1557). Élevé à l’épiscopat, il résigna tous ses bénéfices, se retira dans son château de Meung, y fit l’ordination et réforma les statuts synodaux de Jean d’Orléans, un de ses prédéces-
seurs. Au moment où il se préparait a faire son entrée solennelle * il mourut, d'une attaque de goutte, le 15 septembre 1587, et fut enterré dans l’église collégiale de Meung, au milieu du chœur, avec une épitaphe qu’il avait lui-même composée.
Tous les écrivains ont loué la piété et les vertus pastorales , l’ardeur pour l’étude et l’érudition profonde de Guélis. Scévole de Sainte-Marthe , son ami , lui soumettait ses poésies sacrées , en le priant de corriger ce qui aurait pu lui échapper de contraire au dogme et h la doctrine de l’église. Etienne Pasquier l’a également célébré dans ses vers. Théodore de Bèze ajoute qu’il était d’une belle taille et d’une physionomie intéressante.
La plupart des savants ouvrages de Vaillant ont péti, de son vivant
même, par le malheur des guerres et les désordres du temps où il vivait. Le plus connu de tous est son Commentaire sur Virgile (1) , dans lequel il a rapproché du texte latin, pour l’éclaircir, les passages des auteurs grecs et latins qui s’y rapportent ou que Virgile a imités; 2° un poème de deux cent quarante-sept vers, adressé à Henri 111 , sur son avènement h la couronne , et dans lequel il semble prophétiser l’horrible parricide qui fut commis deux ou trois ans après sur la personne de ce monarque (2) ; 5° enfin , diverses pièces, entre autre, un poème d’environ trente vers en l’honneur de la sainte Vierge , à laquelle il était fort dévot. Ce poème se trouve dans les Annales de Vèqlise d'Orléans.
(1) Commentarius et paralipomcna in Virgiliutn (1575).
(2) Ad Henricum regem prosphnnemalicum carmen.