‹ Les hôpitaux de DreuxChapitre 10 sur 47 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

L^Hôpital des Quatre Maisons de Santé

Pendant les différentes épidémies de peste, la Maison-Dieu des Prés n'avait pas été suffisante pour recevoir les nombreux malades.

Pour les isoler, la ville avait acheté dans la plaine du Bléras fS) quelques champs sur lesquels elle avait fait construire, çà et là,

(1) Saint-Roch ou le Moussel, hameau dépendant de la commune de Sorel- Moussel. Le Moussel, telle a été de tout temps la dénomination légale de ce village; lorsqu’au XV* siècle il s'y forma une confrérie de Saint-Roch, ce dernier nom finit par désigner la paroisse, et il a été conservé jusqu’à notre époque; l’on dit toujours l'église de Saint-Roch, bien que la liturgie lui ait gardé son ancien titre de Notre-Dame du Moussel. Cette église fut pendant longtemps le but de nombreux pèlerinages.

(2) L’abbé Chomel, dans son ouvrage déjà cité, relate que dans cette même année la fièvre pourprée ou pourpreuse sévit avec violence a Reims, et il indique un « remède immanquable » avec lequel, écrit-il. « on sauva plus de 300 personnes dans cette ville ».

(3) Le premier titre où il est fait mention de la plaine du Bléias est un acte de 1308, d’après lequel le chapitre de Chartres percevait des menus cens sur plusieurs quartiers de vigne assis à Belehard (Blairas); au nombre des tenanciers on remarque Perette la Mairesse, la femme Tuecheval, Raoul Le Couronnez. Par acte du 28 février 1603, la ville de Dreux acheta de dame Olympe Dufour, veuve de Michel Hurault de l’Hùpital, seigneur de Bu, le moulin du Bléras, «.moyennant 550 livres de rente foncière par chacun an » ; elle le posséda jusqu’à la Révolution, où il fut vendu comme bien national.

LES HdPlTAUX DR DREI’X

de petits bâtiments qu’on appela Maisons de Santé. A quelle époque? Nous n'avons trouvé aucun document pouvant nous renseigner à cet égard ; mais, d'après un bail de 1615, nous avons pu constater que ces champs faisaient déjà à ce moment partie du patrimoine de la ville.

La surveillance de ces maisons, séparées les unes des autres, était peut-être difficile, et des inconvénients se présentaient probablement aussi pour les soins à donner aux malades.

Toujours est-il que la ville sc décida à créer un hôpital.

Par acte passé devant Va vasseur, tabellion à Dreux, le 25 juillet 1630, lisons-nous dans les archives de l’Hotel-de-Ville, elle acheta un quartier de terre au Champ d' Allouettes, proche les maisons de Santé, sur lequel elle fit bâtir quatre maisons de

Santé, « lesquelles ont été faites pour servir à retirer les malades de la contagion, qui y étoient sollicités par un chirurgien et par des personnes mises à cet effet ».

Nous avons retrouvé cet acte dans les minutes de l’étude de M® Dupont, notaire à Dreux ; nous en extrayons ce qui suit :

« Jehan Cochet... demeurant à Dreux a volontairement cédé, quitté et délaissé... à Messieurs les maire et eschuvins de la Avilie de Dreux, en la personne et stipulation de Nicolas Brochand, procureur syndic des habitants de la ville, suivant l’ordonnance donnée au conseil de cette ville, un arpent de terre plantée en vigne, assis au Champ d'Allouettes, terroir de Dreux, tenant d’un côté les maisons de la Santé appartenant à la ville, d'autre côté Saillard à cause de sa femme, etc., pour servir à l'augmentation dudit lieu de la Santé. . . »

Le travail de la construction fut adjugé à Jacques Avisse, charpentier, pour deux cent seize livres, sans y comprendre la maçonnerie et autres matériaux.

L’hôpital des Quatre Maisons de Santé formait un vaste carré avec un grand pavillon à chaque angle, le tout relié par des murs ; il y avait au milieu un jardin avec deux larges allées, servant de promenoir commun aux malades ; au centre s'élevait un petit pavillon ; deux petits bâtiments existaient de chaque

côté de la porte d’entrée, donnant sur le chemin du Bléras (1).

L’architecte de cette maison avait dù probablement s’inspirer du plan de l'hôpital Saint-Louis, qui, pour une semblable destination, avait été créé à Paris une vingtaine d’années auparavant.

Jusqu’alors, dans cette ville, — en retard sur Dreux, où jamais les pestiférés n’avaient été soignés à l’Hôtel-Dieu, — les gens atteints de maladies contagieuses entraient à l’Hôtel-Dieu. qui recevait indistinctement tous les malades. Pendant une épidémie de peste en 1606, il en résulta de si fâcheuses conséquences qu’un hôpital particulier fut jugé nécessaire pour traiter séparément ces sortes de maladies. On choisit un endroit bien éloigné à cette époque des quartiers populeux, et la première pierre fut posée le 10 juillet 1607 ; quatre ans et demi suffirent pour la construction de cet établissement. Henri IV voulut qu’il fût mis sous l’invocation de saint Louis, mort de la peste en Afrique pendant la sixième croisade.

Si pour les propoitions et l organisation aucune comparaison n’est possible entre les deux hôpitaux, on retrouve cependant dans leur ensemble une certaine analogie, dénotant une même pensée et un même but.

L hôpital de^ Quatre Maisons de Santé ne dépendait pas de riiôtel-Dieu ; il faisait partie du patrimoine de la ville, qui seule était chargée de son administration.

Le corps de ville nommait et rémunérait le chirurgien appelé à y soigner les malades et l'apothicaire qui devait leur fournir des médicaments Tout le personnel était nourri aux dépens de la ville, ainsi que les pauvres qui « n’avaient ni moyens ni commodités pour se substanter et fournir aux frais nécessaires à leur guérison ». *■

Le chirurgien, qui pendant toute l’épidémie ne devait jamais quitter l’hôpital, était logé à part et séparé des malades

Nous lisons dans les registres de l’Hôtel-de-Ville que. dans diverses épidémies de peste, plusieurs maisons de la ville furent murailléeset leurs habitants mis dans les Maisons de Santé ».

(1) E:i e.'taminant le plan de 1725 déjà cité, on peut se faire une idée de ce qu’était cet hôpital.

Un recueil manuscrit des Coutumes de la ville de Dreux nous a conserv’^é les curieux renseignements qui suivent sur la manière dont on gouvernait cette ville en temps d épidémie :

« Quand on est affligé de maladies contagieuses à Dreux et dans les faubourgs, le procureur syndic fait assigner devant le maire tous les chirurgiens de la ville et faubourgs, à ce qu’ils aient, pour le bien et le soulagement des pauvres, à donner un chirurgien d’entre eux ou à en faire venir un des champs, homme expert, habile et résolu, pour panser les malades, ce qu’ils sont tenus de faire. Ordinairement, le dernier d’entre eux, reçu par le maire au nombre des maîtres chirurgiens de la ville, l’est à la charge et condition de panser les malades de la contagion, si besoin en est.

« S’il se présente quelque compagnon chirurgien pour panser les dits malades, l’on fait assembler en l’Hôtel de Ville, devant le maire, les quarante et le procureur syndic, tous les médecins, apothicaires et chirurgiens, pour l’interroger ; que, s'ils le trouvent capable, il est reçu à panser les dits malades de la contagion, à la charge d’être maître chirurgien dans la ville. Le mal contagieux ayant cessé, il lui en est délivré acte par le greffier du conseil de la ville.

« Cela fait, ladite ville lui fait faire un habit de camelot et le manteau avec le bas de chausses, lui donne chapeau, souliers et jarretières ; on le loge à part et séparé des malades, et on le fournit de lit, draps, couvertures et linge pour se gouverner; et pour ses gages un certain prix est arrêté par mois.

« L’on prie un médecin de la ville de voir et visiter de loin ceux qui sont malades ou soupçonnés de peste, lequel en fait rapport au maire ; que, si ledit médecin juge un malade frappé de contagion, on prie ledit malade de sortir de sa maison pour aller à celle de Santé. S'il ne veut sortir, on cadenasse sa porte. Auquel médecin on donne gages honnêtes ou récompense, comme aussi on le pourvoit d’un apothicaire qui fournit au chirurgien de la Santé des médicaments pour les malades.

« L’on fait marché avec un boucher pour fournir à tant la livre de la chair aux malades ; avec un boulanger pour fournir du pain ;

LKS HOPHAUX Pii DREUX

l’on achète du vin suivant la quantité des malades, et l’on fait marché avec un chandelier pour fournir chandelles, bois, huiles, vinaigre, le tout aux dépens de la ville, et ce pour les pauvres seulement qui n’ont ni moyens ni commodités pour se substanter et fournir aux frais nécessaires à leur guérison ; et est à noter que la ville ne nourrit point les malades de peste qui ne veulent pas sortir de leurs maisons, mais ceux seulement qui sont à la Maison de Santé.

« Et, au regard des gens d’Église pour administrer le Saint- Sacrement aux malades, les consoler et les réconcilier avec Dieu, MM. les curés y pourvoient.

« Quant aux personnes qui gouvernent les malades dans les Maisons de Santé, elles sont aussi nourries aux dépens de la ville. »

Pour éviter la contagion, les morts n'étaient pas descendus en ville pour être inhumés dans le cimetière qui entourait l’église Saint-Pierre (I). Un endroit avait donc été destiné à ce but tout auprès des .Maisons de Santé \ nous n’avons retrouvé dans les archives aucun document nous permettant de déterminer cet emplacement.

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