‹ Les hôpitaux de DreuxChapitre 9 sur 47 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La Fièvre Pourprée à Dreux

Une autre maladie contagieuse, dont les effets ne furent pas moins terrifiants, vint bientôt succéder à la peste ; la fièvre pourprée (3), quenos ancêtres appelaient aussi fièvre pourpreuse.

(1) Nous voyons reparaître souvent ce nom dans nos archives. En 17(50. maître Guillaume Le Veillard, docteur en médecine, mariait ses deux filles aux deux frères Hureau de Senarmont ; son fils, Louis-Guillaume Le Veillard, devint maire de Passj en 1790, puis administrateur du département de la Seine; il fut condamné à mort le 15 juin 1794, pour s’ètre opposé à la journée du 10 août 1792.

(2) Donnant rapporte qu’il y avait autrefois, dans un pré appelé le Closd’Amourette et situé entre la rue Saint-Denis et la rue des Gaults, une petite chapelle nommée Saint-Fiacre du Pré qui avait été bâtie pour les pestiférés.

(.3) Le pourpre ou la fièvre pourprée (maladie indéterminée, dit Bescherelle,

LKS HOPI TAUX DE DREUX

Elle commença au mois de décembre 1649 et dura pendant toute l’année 1650. Elle enleva 594 personnes : 41 en décembre 1649, 55 en janvier 1650, 39 -en février, 62 en mars, 56 en avril, 60 en mai, 60 en juin, 46 en juillet, 40 en août, 43 en septembre, 45 en octobre, 20 en novembre et 21 en décembre.

Ce fut au cours de cette épidémie, le 28 juin, que notre grand poète Jean Rotrou, accouru de Paris à Dreux pour imposer des mesures sanitaires, trouva une mort héroïque.

Notre concitoyen a-t-il réellement, la veille de sa mort, écrit à son frère la lettre admirable que tous ses biographes ont reproduite et qui a même été burinée sur le socle de sa statue? Plusieurs historiens ont émis des doutes sur l’exactitude et même l’authenticité de ce document. Et c’est avec raison. En effet, le nombre des décès pendant le mois de juin fut de 60, savoir : 5 dans la première semaine, 19 dans la deuxième, 9 dans la troisième, 18 dans la quatrième et 9 dans la cinquième. Rotrou n’a donc pu écrire que 22 personnes fussent mortes dans une seule journée. Un biographe du poète a objecté que Dreux avait alors deux paroisses et que le relevé ci-dessus ne devait concerner que l’une d’elles (Saint-Pierre) ; nous ferons remarquer que l’église Saint- Jean ne fut érigée en paroisse qu’en 1669, qu’il n’y avait par conséquent en 1650 qu’une seule paroisse et un seul registre des baptêmes, mariages et sépultures.

Dom Liron (1), qui le premier, dans une notice consacrée à Jean

et ainsi nommée au XVII* siècle), fièvre maligne ou adynamique, lorsqu’elle est arrivée à la période la plus alarmante ; elle est ainsi qualifiée, parce que le corps est alors parsemé de petites taches sous-cutanées, de couleur pourpre et analogues aux piqûres des puces. — Le pourpre, que le docteur Jaccoud rapproche du scorbut, est désigné par la pathologie moderne sous le nom de Purpura hœmorrhagica. « La mort, dit ce docteur dans son Traité patrologique interne (1871), survient dans le tiers des cas (61 fois sur les 199 faits analysé par Gintrac), et cela du septième au trentième jour. » — Le docteur Hardy, de son côté, écrit dans le Nouveau Dictionnaire de Médecine et Chirurgie pratiques (1881) : « On a cité des cas de purpura hémorrhagique se développant d’une manière presque épidémique dans les camps, dans les casernes, dans les hôpitaux et sur des vaisseaux, par suite de l’encombrement ou de l’usage d’aliments peu nutritifs ou trop anciens ; mais, dans ces circonstances, il s’agirait bien plutôt du scorbut que du purpura. »

(1) Le R. P. dom Jean Liron, religieux bénédictin de l’abbaye de la congrégation de Saint-Maur, né à Chartres en 1665 et mort au Mans en 1748, a

l’hôpital des quatre maisons de santé

a L hùpitîil avec scs jardins.

h : Le Champ-.Mesnil, cote dcsccnJaiU à la rivière et planté de vignes. r : Le Champ-d'.Mlonettes, borne d iin côte par le chemin de RIcras et do rantre côte par le chemin de Sainte-tî -'mme

Les ilotntALX de üheux, 175

LtS HOPITAUX DK DREUX

Rotrou et faite d’après un mémoire rédigé par Pierre Rotrou, a publié la lettre du magistrat-poète, en a-t-il eu lui-même sous les yeux l’original ? Il est permis d’en douter quand on lit les réserves que le savant bénédictin apporta dans une lettre qu'il écrivait le II avril 1726 à un de ses amis : « Ce mémoire m’a été communiqué et je m'en suis servi. 11 no me paraît pas néanmoins assez exact. Il y a des faits que je ne voudrais pas garantir... »

Que la lettre de Rotrou soit vraie ou fausse, la mort de notre illustre concitoyen n’en est pas moins héro'i’que et digne d’admiration (H.

La fièvre pourprée reparut quatre fois encore dans notre ville Pendant les mois d’août, septembre, octobre et novembre 1061 , elle enleva 200 personnes.

En 1668, elle se montra plus bénigne. Les archives nous ap prennent que « l’on fit des processions générales les 14 mai et 19 juin pour détourner la contagion. »

L’épidémie de 1094 fut aussi terrible que celle de 1650. Commencée au mois de juin, elle persista jusqu’au mois de mai de l’année suivante. Elle enleva 576 personnes, dont 417 sur la paroisse de Saint-Pierre et 159 sur celle de Saint-Jean.

« La corruption devint si grande que l’on fut obligé d’enterrer les corps auparavant le service et de bruller des bois odoriférants" dans l’église Saint-Pierre et dans les rues. »

Le clergé ne fut pas épargné : dans la liste des décès, nous

relevons en effet les noms de Jacques Horreau, prêtre, chanoine

de l’église royale et collégiale de Saint-Etienne, âgé de 40 ans : Jacques Collet, prêtre, chapelain de la même église, âgé de 35 ans ; Charles Mabille, prêtre, chanoine de la même église, âgé

laissé un ouvrage intitulé nihliolhèque générale des auteurs de France. Un exemplaire du livre premier, contenant /a Bibliothèque Charlraine ou le Traité des auteurs et des hommes illustres de l’ancien Diocèse de Chartres, Paris, 1719. se trouve à la bibliothèque municipale de Dreux.

(\) Dans le discours qu’il prononça lors de l’inauguration de la statue de Rotrou, le 30 juin 1807, M. Mesirard, maire de Dreux, se fit un plaisir d’apprendre à ses concitnjens que la lettre originale du poète venait d’être gracieusement offerte à la ville par M, Michel Chasles, membre de l’Institut. Or, on sut bientôt après que cette lettre était l’œuvre d'un habile faussaire, Vrain Lucas, qui avait indignement trompé la bonne foi de l'illustre savant.

de VA ans ; Nicolas Brisseau, chapelain de la même église, âgé de ans ; et Hector Le Royer, prêtre, curé de l’église Saint-Pierre.

« Le samedi 3'’ juillet, on fit une procession généralle à Saint- Roch (1) à cause des maladies et fièvres pourpreuses ».

Enfin Dorât nous apprend que « la disette et la chéreté des choses nécessaires à la vie, occasionnées par le terrible hiver de 1709, furent suivies à la fin de l’hiver de 1710 (2) de fièvres pourprées et malignes qui firent mourir quantité de gens ».

C’est la dernière mention qui soit faite de la fièvre pourprée dans nos annales.

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