‹ Les hôpitaux de DreuxChapitre 11 sur 47 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

L’Hôpital de Saint-Denis-lès-Dreux

Outre les quatre hôpitaux destinés à soigner les pauvres malades de la ville, il y eut jadis à Dreux une autre maison désignée dans les titres sous le nom d Hôpital, mais où se donnait seulement l’hospitalité aux pèlerins et aux pauvres voyageurs. Nous voulons parler du monastère que les frères hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem avaient établi, au xiP siècle, à l’extrémité du faubourg Saint-Denis, entre la route de Nogent-le-Roi et le chemin de Rieuville.

Par une charte de 11/9, Robert P'', comte de Dreux et de

(1) Ce ne fut qu’en 1669, lorsque l’église Saint-Jearl fut érigée en paroisseï qu’un cimetière fut également établi autour de cette église.

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Braine, et Agnès, son épouse, donnèrent aux frères de cet hôpital (fralrihus de Iloapifali) une chapelle qui avait été construite auprès du monastère (I).

Voici la traduction française de cette charte :

« Je, Robert, par la grâce de Dieu, comte de Dreux et de Braine, et Agnès, comtesse de Braine, ma vénérable épouse, pour le salut de nos âmes et de celles de nos ancêtres, du consentement et par la volonté de l’église capitulaire de Saint-Etienne de Dreux à laquelle appartiennent le droit et la dignité des églises de cette ville, du consentement et sur l’avis de nos hommes d’affaires, nous concédons aux frères de l’Hôpital une chapelle située en dehors des murs de la ville, près d’une croix élevée sur le chemin conduisant à Nogent, sous cette condition qu’ils ne recevront aucune personne de la dite ville, soit comme frère, soit comme hôte, à moins que celle-ci, ayant pris leur costume, ait renoncé tout à fait au monde, et cela avec 1 autorisation du comte. Il est encore formellement stipulé qu’ils ne recevront aucune personne de la paroisse, ni pour le baptême ni pour le mariage, ni aucune femme pour la confession, ni pour la sépulture, et que les droits de l’église Saint-Étienne et des églises qu’ en dépendent en toutes choses seront conservés dans toute leur intégrité. Nous concédons en outre aux mêmes frères une foire de trois jours, avec ce privilège qu’il ne sera permis d’arrêter qui que ce soit pendant les dits trois jours, si ce n’est pour un délit commis, soit en se rendant à cette foire, soit en s'y trouvant, soit en s’en retournant. S’ils sont forcés d'arrêter un voleur au cours de cette foire, nous voulons que le droit de justice appartienne à nous et à nos successeurs. Mais nous concédons aux dits frères tous les autres droits y attachés. De plus, nous décidons et nous

(1) M. l'abbtî Métais, dans son ouvrage Les Templiers en Eure-et-Loir, a publié le texte latin de cette charte et il l’a accompagné de la note suivante : « E. Lefèvre, dans ses Documents historiques sur Dreux, p. 286, attribue cette charte aux frères de l’Hôtel-Dieu de Dreux. C’était traduire le mot hospitnlis dans le sens moderne d'hospice, hôpital, qui alors portait exclusivement le nom d’Hütel-Dieu. Domus Dei. La question est tranchée par l’Inventaire des litres de Villedieu en Drugerin, mss. 1881 de la Bibliothèque Mazarine, qui donne le sommaire de cette charte, et par le Livre Vert (Arch. nat. s. 5543). »

voulons que la dite foire de trois jours ait lieu le jour de la fête de Saint-Denis, de sorte que le jour qui précède cette fête et celui qui la suit feront partie de la dite foire. »

« Sont témoins de cette donation : Egidius, prêtre; Théobald, prêtre; Robert, prêtre; Maître Renaud; Germond de Dreux; Garnier de Theuville. Proclamé publiquement à Dreux l'année de l’Incarnation 1179. Donné par la main de Renard, clerc. »

M. l’abbé Métais nous fait connaître, d’après le Livre Vert qu'il a trouvé aux Archives Nationales, l'état et le revenu de l'hôpital de Saint-Denis en 1373 :

« La maison de Dreux, membre de Champaigne (1 ) de l Ospital ancien ; et y a chapelle et en est commandeur frère Jehan du 'Iremblay. XIII arpens de vigne, dont VII en désert pour les guerres, qui pevent valoir par an VIII livres XV® tournois. — La foire de Dreux, le jour de Saint-Denis, valant chascun an LX“. — III arpens de gros pré non fauché passé XII ans et baillies pour paturaiges à bestes I demi-franc. — 111 arpens de petit bois qui ne vault chascun que le cens du Seigneur, néant — une petit disme de vin, I demi-franc — cens à plusieurs termes, LXXV"‘, — somme du revenu tant en argent comme en aultres choses, XVI livres X'^'. »

« Charges VHP* V livres X sols (Ibc* I. 10').

« Et pour ce ne se peult payer la dite réparation et ne seroient remises les maisons en estât pour mille livres, que partie de celles de Champaigne furent arses par les Anglais et celles de Dreux furent abattues pour doubte que les ennemis n’y feissent embûches pour ce quelle est jouxte la dicte ville. »

Le même auteur mentionne plusieurs actes concernant cette maison, lesquels se trouvent à la Bibliothèque Mazarine :

L’un du 2{) mars 1323, par lequel Adeline de Courbeil, dame de Marsillé sur-Eiire. déclare qu’elle octroyé et confirme que les

(1) La maison de Champagne (aujourd’hui petite commune du canton d Anet) fut une des plus anciennes fondations de l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem ; elle existait en effet en 1174 ; elle avait un manoir, droits de justice, de colombier, de voierie, etc. Les bâtiments ont été convertis en ferme : on v retrouve encore des fossés desséchés et des murailles en partie conservées

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maîtres et frères de l’Hôpital de Dreux tiennent une pièce de vigne, contenant environ un arpent et huit deniers de cens, de Pierre du Marché, sire de Lépinai et de Rinville, écüjer, qui elle ni ses hoirs ni le dit écuyer puissent contraindre les dits maîtres et frères de l’Hôpital de mettre la dite pièce de vigne hors de leurs mains. — Un autre de la même année, par lequel Robert du Marché, chevalier, sire d'Imbermais, et Robert, comte de Dreux, amortissent les dites vignes. — Un autre du mois d’août 1326, par lequel ce dernier amortit neuf quartiers de vigne, situés es fiefs de Rinville, aboutissant au clos dudit Hôpital, à charge de 2 sols parisis. — Un autre du 6 avril 1331, par lequel Jean, comte de Dreux, sire de Montpensier, de Saint-Valeri et du Château-du- Loir, décharge l’Hôpital de Dreux de tous les droits qu’il prétendait sur les vignes, la foire, etc. — Un autre du 19 octobre 1382, portant main-levée du temporel du membre de Saint-Denis pour raison du service à faire en la chapelle, pour les fondateurs et pour l’entrètennement de la chapelle, etc., etc.

M. Lefèvre cite un bail passé par le Commandeur de la Ville- Dieu, le 2 janvier 1456, du lieu, terre, cave et jardin avec deux islots, communément appelés le Val (aujourd’hui le Val des

Caves) faubourg de Dreux ledit lieu chargé, envers Vhùpilal

Saint-Denis de huit sols parisis de cens et rente dus à la Saint- Rémy pour une allée au chemin qui est à aller du grand chemin de Fermaincourt dedans ledit Val. »

L’hôpital Saint-Denis fut détruit pendant les guerres du XV® siècle, mais la chapelle subsista, ainsi que le droit de foire; ils furent réunis à la Commanderie de la Ville-Dieu en Drugesin, paroisse cte Laons (I).

Le droit de justice pendant la dite foire, que Robert I®'' s'était réservé pour lui et ses successeurs par la charte de 1179, avait dû être rétrocédé au maître de l’Hôpital ; M. l’abbé Métais nous

(1) La Commanderie de la Ville-Dieu en Drugesin fut le chef-lieu principal des Templiers dans la région de Dreux. Lors de la suppression de cet ordre, en 13J2, leurs biens furent réunis à ceux des frères hospitaliers de Saint- Jean de Jérusalem ; ceux-ci formèrent dans le diocèse de Chartres deux Commanderies principales ; Sours et Arville en Chartrain, et la Ville-Dieu en Drugesin. desquelles dépendirent toutes les autres maisons.

apprend en effet qu’on le contesta en 1590 au chevalier de Vignacourt, desservant la chapelle de la Croix Saint-Denis, et qu'il ne lui fut rendu que par sentence du bailli de Dreux, le Sdécembre 1592, confirmé par arrêt du Parlement leO octobre 1599.

Plus tard, nous ne savons en quelle année, le droit de la foire Saint-Denis dut être donné à la Maladrerie de Saint-Gilles, car, en 1696, lors de la suppression de cette maison, nous le vo^mns devenir la propriété de l'Hôtel-Dieu, en même temps que celui de la foire Saint-Gilles.

Quant à la chapelle, le commandeur de la Ville-Dieu la fit d’abord desservir par un prêtre de Dreux moyennant 20 livres par an.

En 1747, Anne-Hilarion Duplessis-Chàtillon de Nonant, commandeur de la Ville-Dieu, fit rapport que quatre des six chapelles appartenant à la Commanderie menaçaient ruine, qu’il était préférable de les supprimer et de ne conserver que les deux autres, savoir : l’une dans la ville de Dreux (1) et l’autre au chef-lieu de la Commanderie.

Par une bulle rendue le 19 février 1758 par le grand maître de l’ordre de Malte, « les sus dites quatre chapelles furent démolies, leurs autelsdétruits, leurs ornements distribués aux deux autres, et les messes, au nombre de 250, réunies, savoir; 180 à la Ville- Dieu de Laongs qui en avait déjà 100 et 70 à Saint-Denis de Dreux qui en avait déjà 40 ».

D’après un document du XVIIP siècle, « un vicaire de l’église Saint-Jean était alors chargé, mo3’^ennant 82 livres 10 sols par an, d’acquitter les fondations de la chapelle Saint-Denis et y faisait l’office solennement la veille de Saint-Denis, aux vepres. et le lendemain. Le jour de Saint-Marc, la paroisse y allait en procession et on y chantait la messe. Enfin, le dimanche des Rameaux, le chapitre de Saint-Étienne et les deux paroisses se rendaient en procession à la Croix placée en avant delà chapelle Saint-Denis,

(l) M. Lefèvre commet donc une erreur en disant que. « l’église Saint-Uenis, ayant été détruite en partie pendant les guerres du X\’I' siècle, le sieur Cheddé, de Dreux, régisseur des biens du chevalier de Nonant, commandeur, y fit élever une chapelle ». Donnant, d’ailleurs, constate que le dit Cheddé « fit seulement réparer cette chapelle ».

au milieu d’une petite avenue plantée d’ormes ». Cette croix, on l'a vu dans la charte de Robert I®^ existait déjà en 1179.

La chapelle Saint-Denis, avec les terres en dépendant (1), fut vendue comme bien national, le 28 germinal an fil, moyennant 8,300 livres, au citoyen Pierre Moreau, qui la convertit en grange ; elle fut complètement détruite au mois de juillet 1801.

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