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CHAPITRE IX

Reconstruction de la Chapelle de rHôtel-Dieu. Réparations aux Bâtiments.

La chapelle primitive de l’Hôtel-Dieu. lisons- nous dans un acte de 1525, « était construite en murs de grès sur le pied et murs de briques, couverte en ardoises, voûtée en bardeau et carrelée ; elle avait 60 pieds de long en dedans, sur 40 pieds de largeur. » Elle était, comme nous l’avons déjà dit, placée sous le vocable de saint Jean-Baptiste.

En 1460, Alain d’Albret, comte de Dreux, l’avait fait complètement réparer (1).

Un incendie la détruisit en partie en 1550, et l’administration de l’Hôtel-Dieu négligea de la faire reconstruire.

Quelques années après, un événement considérable se produisait : par arrêt du Parlement de Paris rendu en 1556, le comté de Dreux, qui depuis 175 ans appartenait à la Maison d’Albret, fit retour à la couronne. Henri II, roi de France, devint donc comte de Dreux, et à sa mort, en 1559, la jouissance de ce comté fut dévolue à Catherine de Médicis, sa veuve, comme partie de son douaire. '

Au mois de février suivant, les administrateurs de l’Hôtel-Dieu, ayant résolu de faire rebâtir la chapelle et réparer les bâtiments, s’adressèrent à la nouvelle comtesse de Dreux pour obtenir son généreux concours (2).

(1) L’inventaire de 1777, déjà cité, mentionnait « une assi j^nation donnée en 14S»0au maître de l’Hôtel-Dieu, à la requête des chanoines de Saint-Etienne, pour faire ôter et dépendre la cloche de la chapelle dudit Hôtel-Dieu, le chapitre se prétendant en possession d’empêcher d’élever et de pendre des cloches au pignon des églises de la ville sans sa permission ».

(2) Dans le même temps, Diane de Poitiers, l’ennemie de Catherine, conçut le projet de fonder sur de nouvelles bases un Hôtel-Dieu à Anet «Plus veulx, écrit-elle dans son testament (1564), que l’Hostel-Dieu que je commence à Ennet, soit achevé et fondé de troys cens francs et que mes deux filles s’accordent à cela, et qu’il soit payé par moictyé desfrais qui se feront pour l’achever, et ce mettent les XllI pauvres femmes et cinq filles que l’on

Celle-ci leur fit délivrer aussitôt les lettres patentes dont la teneur suit :

« Caterine, par la grâce de Dieu Royne de France, mere du Roy,contesse de Dreux. A notre amé et féal conseiller et général de nos finances, M''® Charles Lepreuost, sieur de Grantville, salut et dilection. Comme après avoir entendu les remonstrances qui nous ont esté faictes de la part de nos chers et bien amez Jehan Moynet et Jehan Bard3’^a, demeurants à Dreux, commissaires commis à l’administration et gouvernement de l’Hostel-Dieu de ladicte ville, sur ce que les chapelle, maison et autres édifices dudict Hostel-Dieu tombent en ruine et décadence s’il n’y est promptement pourveu, et que à ceste cause nostre bon plaisir fust leur en donner quelques moiens. Savoir vous faisons que, nous inclinant libérallement à lad. supplication et requeste et pour le désir que nous avons a une cause si pieuse, avons aux dicts deux commissaires oudit nom faict et faisons don par ces présentes de tout le bois merrain équarri et non équarri qui est de présent abattu dedans les routes delà forestde Crotais (1), dont avait esté faict préparatif pour la construction d'une Muette (2) en la dicte forêt, qui a esté discontinuée, et ce pour employer aux dessus dictes réparations de l’Hostel-Dieu de Dreux et non ailleurs, à charge de payer par les dicts commissaires à l’entrepreneur du bâtiment de la Muette, des deniers du revenu d’icelui Hostel Dieu, la somme de centdix livres tournois ; pour quoi lui avons ordonné pour aucunement le relever des pertes par lui supportées au marché qu’il en avoit faict, ensemble de sa peine voyages et vacquations et paiement

meclia pour aprendi c, ot demeureront jusques à dix ans, et que ce soien les pluspauvres de mes terres que l’on trouvera qui n’auront ni père ni mère. Et après dix ans, on leur baillera dix francs pour les marier et mectre à rentes jusqu’à ce quelles trouvent mary, et quand on les mectra à l’Hostel- Dieu, elles auront sept ans, et comme elles deviendront grandes, l’on les sortira d’an en an . »

(1) Aujourd’hui forêt de Dreux,

2) D'après Puretière, on appelait autrefois Muette « une maison bâtie dans une capitainerie de chasse, tant pour y tenir la juridiction concernant les chasses que pour y loger le capitaine, ou quelques officiers, ou même les chiens et l’équipage de chasse. » Plus tard, dit Bécherelle, « on donna ce nom à des pavillons et même à des édifices considérables servant de rendez-vous de chasse ».

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des ouvriers qu’il 3’' a voit faict employer. Si voulons et vous mandons que, en faisant iceux Moynet et Bardya, oud. nom de commissaires, joyr et user de nos présents don et octroy, vous leur faictes bailler et délivrer par ceux de nos officiers en notre dict comté de Dreux, que besoin sera, tout ledict bois merrain équarri et non équarri et qui est de présent abattu selon et ainsi qu’il est dict cy dessus, et par l’approbation des présentes signées de nostre main et recognaissance desd. commissaires sur ce suffisantes, non voulons nostre receveur ordinaire en nostredict comté et tous autres à qui ce pourra toucher en estre tenuz quiectes et deschargez partout où il appartiendra et besoing,sera sans aucune difficulté, car tel est nostre plaisir. Donné à Fontainebleau, le 1” jour de mars de l’an de grâce mil cinq cent soixante ».

« Caterine » (1).

La situation financière de l’Hôtel-Dieu et les troubles religieux qui existaient à ce moment dans la contrée ne permirent pas de faire aussitôt usage de cette donation ; il fallut plus tard la faire renouveler par les fils de la Reine, le duc d’Alençon et le duc d’Anjou.

Ce qui restait de la chapelle s’étant entièrement écroulé le 29 juin 1562(2), les commissaires décidèrent alors de faire relever cet édifice et chargèrent de ce travail l’architecte Jouvelin, natif de Dreux.

La construction fut bien commencée dans l’année même, mais, par suite sans doute de nouvelles difficultés, elle fut interrompue plusieurs fois et, à la mort de Jouvelin en 1588, elle n’était faite qu’en partie (3).

(1) A ce parchemin est annexée l’autorisation donnée par M. Charles Leprevost aux commissaires de l’Hotel-Dieu de prendre possession du bois que la Reine a bien voulu leur concéder.

(2) Ce fut en la dite année que fut terminée ia construction delà chapelle du collège, i< laquelle chapelle auroit été ordonnée être parachevée par ordonnance laite en assise de la ville tenue le même jour d’octobre au dit an 1561 ».

(3) Un acte fait en la dite année indique les principales dimensions de la chapelle de l'Ilôtel-Dieu et contient le procès-verbal du toisé, qui fut confié « à Jehan Mclhezeau, architecte, demeurant à Dreux, comine étant le plus

Au mois de mars 1580, « M* Jacques Giguet (4), chappelain et administrateur de la chappelle et Maison-Dieu, et les commissaires establiz par justice au régime et gouvernement de lad. Maison-Dieu, » adressaient une requête à Pierre Joulet, lieutenant général civil au baillage, par laquelle ils lui remontraient « que depuis trois ou quatre ans en çà la chappelle et tous les bastiments de lad icte Maison-Dieu seroient tombez en ruyne tant par l’antiquité desdicts bastiments que faulte d’entretennement d’iceulx et a esté de nécessité de rebastir tout de neuf, ce qui a esté faict au reste de la chappelle qui n’est pas encore couverte, et depuis icelluy temps de trois ou quatre ans, ledict chappellain a esté contrainct de faire dire le service qu’il est tenu de faire dire par chacune sepmaine en l’église monsieur Sainct-Pierre de Dreux, tellement que, à cause de ce l’on ne visitte plus le lieu dudict Hostel Dieu, ainsy que l’on avoit acoustumé de tout temps, de quoy est diminué de beaucoup le revenu de ladicte Maison-Dieu et qu’il ne s’y faict plus d’aulmosnes ; tellement que, sy Ion y faisoit le service comme l’on avoit acoustumé, le peuple recommenceroit à visiter la dicte Maison-Dieu, lequel service, s’il plaisoit à monsieur l’évesquede Chartres ou à son vice gèrent permettre y estre faict, il y a une fort belle, grande, claire et ample salle, assize au bout de la chappelle, que l’on a commencé à bastir, en laquelle il y a hostel et ymages bien proprement acoustrés, de sorte que le lieu est bien beau et commode pour faire ledict service. »

Par lettres du 30 mars, dont la teneur suit, Nicolas de Thou, évêque de Chartres, accorda la permission demandée :

« .... Veue la requeste à nous présentée par Jacques Giguet, chappellain de la chappelle de Saint-Jehan-Baptiste à laquelle la Maison-Dieu de Dreux est annexée, et par les commissaires ordonnez par justice au régime et gouvernement du revenu temporel

ad ce cognoissant ». Jean Métézeau, né à Dreux vers 1528 et mort en 1600, était le grand-oncle du célèbre Clément Métézeau, qui a immortalisé son nom par la digue de la Rochelle, œuvre gigantesque commencée le 2 décembre 1627 et achevée au mois d’octobre de l’année suivante.

(1) Le frère de Jacques Giguet, « honorable homme maistre Jehan Giguet, était licencié ès loix, et procureur du Roy nostre syre et de Mgr le duc d’Alenson, comte de Dreux. » (Acte du 24 janvier 1570.)

de ladicte Maison-Dieu, Nous leur permettons, pour les causes contenues en ladicte requeste, faire dire la messe sur l’autel qui pour ce faire a esté construit au bout de ladicte sale de la Maison Dieu (pourvu que ce soit sur autel portatif et benist), et en ycelle sale faire chanter et célébrer le service divin jusques à ce que la chappelle de lad. Maison -Dieu soit remise en estât (1). Et sera le peuple de ladicte ville de Dreux et des lieux circonvoisins exhorté par leur curé ou vicaire de visiter ladicte Maison-Dieu aux jours ordinaires et accoustumez, et en icelle faire aulmosnes pour la réparation de ladicte chappelle, aux bienfaiteurs de laquelle nous donnons en la faveur de l’église par chacun an quarante jours de relaschedes pénitences à eulx enjointes en y prians Dieu avec dévotion et humilité. A Chartres, ce trentiesme jour de mars l’an mil cinq cens quatre vingtz. «

« Signé : Estienne. »

La couverture de la chapelle n’était pas encore terminée en 1595 ; le bâtiment avait été recouvert provisoirement « en chaulme et terre. »

Le sieur Pierre Cornet, à qui avait été adjugée sept ans auparavant l’entreprise de ce travail, ne l’avait pas encore commencée et voulait se faire décharger de ses obligations, « sur le fonde- , ment que, lors du siège de Dreux, lesdits bois avoient été pris et avoient servi aux canonniers à faire des affûts de canon pour battre la ville, d Mais les commissaires de l’ Hôtel-Dieu lui intentèrent un procès et adressèrent à ce sujet la requête suivante au bailli de Dreux :

« Supplient humblement Gilles Masson et Pierre Barrois, commissaires de l’Hostel et Maison-Dieu de ceste ville de Dreux, disant que dès l’an mil cinq cent quatre-vingt-huit vente et ad-

(1 Le 10 novembre 1593, Gilles Masson, commissaire de l’Hotel et Maison- Dieu de Dreux, fit l’achat, « moyennant la somme de trente-cinq solz, d’un calice d’estain sonnant neuf, lequel on a fait venir de prefférance de Chartres, pour dire et célébrer les messes de ladicte Maison-Dieu, d'autant qu'il n’y en avoit poinct pour dire les dictes messes ». La quittance est encore dans les Archives (série E, n° 1011.

judication auroit esté faicte à Pierre Cornet de deux arpens de bois dehaulte futaye assise à la forêt de Crothays-laicz-Dreux, à Ja dicte Maison-Dieu, ausmonnée par Monseigneur le duc filz de France, frère unicque du Roy, comte dudict Dreux, à la charge entre autres choses de fournir par ledict Cornet le bois nécessaire pour la construction de la charpenterye qu’il convient mettre et apposer à la couverture de la chapelle, clocher ou clochetton d’icelle, et icelle charpenterye randre assize sur la plateforme de la massonnerye. . que ledict Cornet et consors auroient vendu et faict leur profit des bois debittez, et pour prendre leurs mesures de ladicte charpenterye auroient découvert la plateforme de la massonnerye de ladicte chapelle qui estoit couverte de chaulme et de terre, de sorte que la gelée ne autres injures de l’yver ne la pouvoit oflfencer, et néantmoings depuis ce temps jusques à présent, qui est de six à sept ans et plus, n’auroient faict aucune diligence de faire assoir et placer ladicte charpenterye, ains s’en veullent faire descharger, dont y a procès... En raison de laquelle descouverture ladicte muraille et pierres de taille de ladicte plateforme ont esté gelléeset tombent enruyneet pourroient escroulef et tomber en plus grands, au grand préjudice et dommage et intéretz de ladicte Maison-Dieu. Ce considéré, mondict sieur, il vous plaise, lesdicts Cornet et consors appelés et deue- ■ ment intymés, permettre auxdicts suppliants de faire veoir et visiter par massons et notables bourgeois de ladicte ville ladicte massonnerie pour en estre par eux faict, dressé et affirmé rapport par escript par devant vous, pour leur servir et valloir en temps et lieu ce que de raison, et vous ferez bien et justice. »

Les archives ne nous font point connaître l’issue de ce procès et n’indiquent même pas en quelle année la chapelle fut enfin complètement achevée (1).

Quant aux bâtiments de l’Hôtel-Dieu, nous n’avons retrouvé dans les titres aucun document constatant d’une manière certaine leur reconstruction.

(1) Nous n’avons trouvé dans les archives qu’un marché ^assé par l’Hôtel-! Dieu, en 1739, avec Jean Lecomte, maçon, et Geoffroy Plumard, menuisier, pour des ouvrages à faire à ladite chapelle.

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