‹ Les hôpitaux de DreuxChapitre 15 sur 47 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Administration de l’Hôtel-Dieu parla Ville. — Résistance énergique des Bourgeois aux lettres royales.

Toutes les affaires relatives à l’administration temporelle de l’Hôtel-Dieu étaient depuis de longues années déjà « régies judiciairement par les maire, échevins, principaux manants et habitants de Dreux, sur les ordres des lieutenants généraux et particuliers et du substitut du procureur du Roi au dit Dreux ».

Ce droit, « auquel nos ancêtres étaient singulièrement attachés, » faillit leur être enlevé par les lettres de provision dudit Hôtel-Dieu que le roi Louis XllI expédia à la sœur Geneviève de Guillon (1) et dont voici à peu près la teneur :

M Louis, par la grâce de Dieu roy de France et de Navarre , à tous présents et à venir salut. Etant averti que l’Hostel-Dieu de Dreux, diocèse de Chartres, dont la nomination nous appartient, est à présent vacant et destitué de légitime administrateur, et désirant y pourvoir de personne capable, pour dignement et fidèlement administrer les revenus d’icelui, les biens et fruits, comme il appartient ; nous confiant entièrement en la personne de bien aimée sœur Geneviève de Guillon, religieuse professe en l’abbaye de M..., ordre de Sainct Benoist, diocèse de Boissons ; icelle, pour ces causes, commettons, ordonnons et députons au régime, gou-

(1) Geneviève de Guillon était la fille de Jacques de Guillon, seigneur de Marmousse, qui se porta caution pour elle et s’engagea à lui servir chaque année une pension de 250 livres.

LtS HOPITAUX DE DREUX

vernement et administration des fruits, profits et revenus et émo • luments y appartenant, et iceux régir, gouverner et administrer, comme un bon administrateur doit et est tenu de faire, nourrir et alimenter les pauvres qui sont et seront dans ledit Hostel-Dieu, soutenir et défendre les procès pour raison des droits et revenus dudit Hostel Dieu, y faire dire et célébrer le divin service dû et accoutumé, à la charge de rendre compte de ladite administration devant notre grand Aumônier. A ces fins, nous vous mandons et enjoignons par ces présentes que ladite Geneviève de Guillon vous ayez à mettre en possession, de par Nous, et saisine dudit Hostel-Dieu de Dreux, pour par elle en user et jouir selon la forme et manière ci-dessus dites...

« Donné à Saint-Germain-en-Laye, le 18® jour d’avril 1641 .

« Signé : Louis. »

Le mardi 30 juillet, Geneviève de Guillon prit possession de sa charge dans le sens de ses lettres de provision, par Michel leFlament, prêtre prieur de Saint-Martin de Garnay, demeurant à Paris.

Peu de jours après, elle présentait à Anne de Montafié, comtesse de Soissons et de Dreux, et à Léonor d’Estampes, évêque de Chartres, un projet d'établissement d’une communauté de religieuses dans l’Hütel-Dieu.

Le 18 août suivant, une réunion était, convoquée à l’Hôtel-de- Villepar Charles Dubois, conseiller du roi, lieutenant en la maîtrise des eaux et forêts, et maire de Dreux. Etaient présents : Louis Coulon, escuyer, conseiller du Roy, président, lieutenant général au bailliage de Dreux, M. Pierre Chaillou, ci-devant maire de Dreux et premier eschevin et du conseil de la dite ville, avec Nicolas Menestrel, l’un des Quarante (1).

L’assemblée fut d’avis que « l’établissement de quelques sœurs

Cl) Les quarante pairs composaient le corps de ville; ils étaient élus tous les ans par 120 habitants des plus notables, choisis de telle sorte qu’il y en eut de chaque rue ou faubourg ; après avoir prêté serment « de fidellement servir le Roy et la ville », ils élisaient à leur tour, en les prenant parmi eux, le maire et ses échevins, le procureur syndic et les autres officiers municipaux. 11 en était ainsi depuis 1274.

hospitalières avec ladite sœur de Guillon dans le dit Hostel-Dieu, pour avoir soin des pauvres malades et pour les panser, nourrir et médicamenter, tant spirituellement que corporellement, ne pouvait apporter aucune incommodité à la ville de Dreux, mais au contraire un bien et utilité pour les pauvres, pourvu toutefois qu’elles se fondent de revenu suffisant pour satisfaire et subvenir tant à leur nourriture que entretien et celui des pauvres ; en renonçant de faire aucune demande sur le surplus du revenu dudit Hostel-Dieu, lequel sera régi et distribué comme il a accoutumé d’estre, ny même sur les habitants de ladite ville et faubourgs, pour quelque cause, prétexte ou occasion que ce soit.. . Comme aussi qu’elles seront tenues d’instruire gratuitement les filles de la ville et paroisse de Dreux, de quelques conditions qu’elles leur seront envoyées, soit pauvres ou autres. .»

Dans le procès verbal de leur consentement, que les membres de cette réunion adressèrent àAnne de Montafié,ils la suppliaient « de trouver bon que la dicte sœur de Guillon ne puisse posséder autre qualité que dereligieuse, mèregouvernante des pauvres, et qu’elle ne puisse prétendre autre plus grande pension que celle qui avoit esté accordée à la cy-devant gouvernante par M''® de la Chambre de la Charité chrétienne. »

Geneviève de Guillon respecta pendant deux ans les privilèges de la ville et ne donna pas suite à son projet. Mais, en 1643, ayant résolu de le mettre en exécution, elle passa, le 13 juillet, un contrat avec les religieuses hospitalières de la Roquette, et en même temps elle revendiqua les droits d’administration que lui avaient conférés les lettres de Louis XIII.

Le maire et leséchevins, en ayant été informés, écrivirent, le 3 août suivant, à la comtesse de Dreux, que, « s’ils avoient consenti à l’établissement d’une communauté de religieuses àl’Hostel-Dieu, ils n’avoient pas entendu leur en céder l’administration temporelle ; qu’en conséquence ils la supplioient de trouver bon qu’ils ne souffrissent point que la sœur Geneviève de Guillon pût se revêtir d’un autre titre que celui de mère gouvernante des pauvres, ni toucher une plus forte pension que ses devancières, ni exercer les fonctions d’administrateur des biens de l’Hostel-

Dieu. » De plus, il révoquaient le consentement qu’ils avaient accordé à rétablissement de cette communauté, bien que les religieuses fussent arrivées à Dreux depuis le 27 juillet (1).

Quelques jours après (le 8 août), Anne d’Autriche, régente de France, leur écrivait la lettre suivante :

« De par la Reine régente, mère du Roy.

« Chers et bien aimez, sur l’avis qui Nous a esté donné à l’empeschement qu’aucun des habitants de la ville de Dreux forment à l’establissement d’une maison de charité semblable à celle des Hospitalières, proche laplaceRoyalede nostre villede Paris, Nous vous faisons celle-ci pour vous dire que Nous désirons et entendons pour bonnes raisons et pieuses considérations qui regardent plus le bien et soulagement de nostre ville que la commodité des religieuses qui se sont portées à cet establissement dans l’hôpital vulgairement appelé l’Hostel-Dieu de la ville de Dreux, vous assurant que vous Nous ferés plaisir de donner à ces bonnes filles en cette occasion le consentement qu’elles désirent de vous. Que, si vous avés quelques raisons à Nous représenter sur ce sujet, Nous serons bien contente de les entendre et considérer autant qu’elles pourront.... et que vous le pourrez espérer de Nous, qui prions Dieu vous avoir, chers et bien aimez, en sa saincte garde.

<v Donné à Paris le huitième jour d’aoust 1643.

« Signé : Anne. >>

Le maire et les échevins ne se laissèrent pas fléchir par cette gracieuse invitation de leur souveraine. Ils firent opposition à l’enregistrement des lettres obtenues du Conseil du roi et des lettres de cachet de la reine mère pour l’établissement des religieuses hospitalières.

Les pauvres eux-mêmes, d’ailleurs, ne furent pas favorables à Geneviève de Guillon. Un procès-verbal du 27 novembre 1643 contient les plaintes des malades de l’Hostel-Dieu. Un autre pro-

(1) Ces religieuses étaient au nombre de six. Au moment de leur départ de Paris, sœur-Françoise de la Croix, prieure de la Roquette, avait obtenu de Jean-François de Gondj, premier archevêque de Paris, la permission de les conduire à Dreux et de rester dans cette ville autant de temps qu’elle jugerait être nécessaire pour leur installation.

Page 1