CHAPITRE XI
Réunion à l’Hôtel-Dieu de la Maladrerie de Saint-Gilles.
• Vente de la Maison-Dieu
Suppression de l’Hôpital des quatre Maisons de santé
La lèpre ayant depuis longtemps déjà cessé de sévir en France (1), Louis XIV, par un édit de 1664, réunit tout d’abord toutes les maladreries et léproseries à l’ordre de Saint-Lazare du Mont-Carmel et en fit des commanderies qu’il donna aux chevaliers de cet ordre.
La maladrerie de Saint-Gilles fut donc érigée en commanderie. Les archives nous ont conservé de cette époque les documents suivants :
1665. Bail de la ferme de la Geneste, à Tréon, par le fondé de pouvoir du procureur général de MM. les commandeur et chevaliers de Notre-Dame de Saint-Lazare de Jérusalem, propriétaires de la maladrerie de Saint-Lin et de Saint-Gilles de la ville de Dreux (2), moyennant 75 livres.
1667. Bail, par le fondé de pouvoir du prieuré de Saint-Gilles à Henri Collette, sieur de la Grue, demeurant à Chamseru, paroisse d’Allainville, de la terre de Laumonnette, consistant en 120 ar-
(1) Même de nos jours, malgré les progrès de l’hygiène, la France n’est pas totalement affranchie de cette maladie, mais celle-ci n’existe plus qu’à l’état sporadique. Chaque année, des jeunes gens passant devant les conseils de révision sont déclarés lépreuxet dispensés du service militaire. D’après la statistique publiée par M. l urquan, dans la période décennale 1878-1888, la proportion des conscrits reconnus lépreux a été de 13 pour 100,000 examinés; elle n’a plus été que de 7,7 pendant la période 1888-1898; soit au total 242 cas de lèpre. Parmi les départements les plus marqués parla lèpre on distingue les Landes, les Côtes-du-Nord, la Vendée, les Basses-Alpes et le Tarn. Aucun cas n’a été pendant ces dix années constaté dans 37 départements. Un sanatorium pour lépreux a été établi récemment à Neufchâteau (Vosges). Dans la Prusse Orientale, il a été créé une léproserie, dans laquelle tous les lépreux sont internés d’office.
(2) Cette maladrerie se trouvait donc érigée en commanderie dès l’année 16G5, et c’est par erreur que Donnant rapporte que « Louis XIV l’érigea en commanderie de Saint-Lazare en 1083, en faveur Marc-Antoine Le Roy, chevalier, pour le récompenser de ses services. »
pents de terre ou environ, près le village de Châtaincourt, moyennant 135 livres par an.
1682. Cession par Charles Margas au commandeur de la commanderie de Saint- Gilles de Dreux d’une maison et de 32 arpents de terre aux Grès, dépendant du fief de Chaignes, paroisse d 'Abondant.
1685. Transaction par laquelle le commandeur de Saint-Gilles cède et abandonne « une maison sise au hameau des Grais, paroisse d’ Abondant, à la charge de six livres de cens envers la commanderie ».
1685. Bail par le même d’une maison, de bâtiments et d’un demi-arpent de terre à la Bergerie, paroisse d’ Abondant, moyennant 1 livre 10 sols de rente par an.
1688. Bail parle même d’un arpent 5 perches de terre, où il y a deux creux de maison, assis aux Grez, paroisse d’ Abondant, moyennant 7 livres 10 sols de rente par an, au profit de Néron, laboureur à Cocherel.
Par une déclaration de 1693, Louis XIV réunit aux hôpitaux, pour le soulagement des pauvres malades, les biens et revenus de toutes les maladreries.
En conséquence, un arrêt du Conseil d’Etat de 1696 réunit à l’Hôtel-Dieu de Dreux la maladrerie et léproserie de Saint- Gilles. En voici la teneur :
« Louis, par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre, à tous présens et à venir salut. Nos bien aimés les administrateurs de l’Hostel-Dieu de la ville de Dreux Nous ont fait remonstrer que, par nos édit et déclaration des mois de mars, avril et aoust M. V'. quatre-vingt-treize. Nous aurions desuny de l’ordre de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare les maladreries et léproseries qui y avoient esté jointes et incorporées par autre notre édit du mois de décembre M. V“. soixante-douze... eticelles réunies aux hôpitaux desquels elles avoient esté désunies, ce qui a donné lieu à l’arrest rendu en notre Conseil le seizième décembre dernier, portant union audit Hostel-Dieu de la ville de Dreux des biens et revenus de la maladrerie de Saint-Gilles de ladite ville, et qu'à cet effet toutes lettres nécessaires en seroient expédiées, les-
quelles ils Nous ont très humblement fait supplier leur faire accorder. A ces causes... avons joint, réuny et incorporé, et, par ces présentes signées de notre main, joignons, réunissonset incorporons audit Hostel-Dieu de la ville de Dreux lesbiens et revenus de la maladrerie de Saint-Gilles, pour en jouir du premier juillet dernier, et estre les dits revenus employés à la nourriture et entretien des pauvres malades dudit Hostel-Dieu, à la charge de satisfaire aux prières et services de fondation dont peut estre tenue la dite maladrerie, et de recevoir les pauvres malades des paroisses de Tréon et d’ Abondant à proportion des revenus des biens de la dite maladrerie scitués ès dittes paroisses...
« Donné à Versailles, au mois de juin, l’an de grâce M. V®. quatre-vingt-seize, et de notre règne le cinquante-quatriesme. »
« Signé : Louis. »
Et sur le repli :
(■ Par le Roy : Phelippeaux. »
La maladrerie avec tous ses biens fut dès lors administrée par les bourgeois de Dreux, suivant l'ordonnance de François P® de l’an 1539.
Ces biens comprenaient 200 arpents environ de terre labourable, sis sur les paroisses d’Abondant, Châtaincourt, Tréon et Mézières ; ils font encore partie actuellement du patrimoine de l’hôpital.
A la suite de cette réunion, dit de la Plane, la princesse de Carignan, engagiste du comté de Dreux, intenta un procès à r Hôtel-Dieu, relativement aux droits des foires de Saint Gilles et de Saint-Denis (1) qui appartenaient à la maladrerie au moment de sa disparition. Elle prétendait que les comtes de Dreux, n’étant qu’apanagistes, ne pouvaient disposer d’aucun des biens de leurs apanages, qui appartenaient à elle en sa qualité d’engagiste ; mais elle fut déboutée de sa demande.
(1) L’inventaire des registres, titres et papiers de l’Hôtel-de-Ville de Dreux fait en l’année 1765 par Laurent Desjardins, greffier du dit Hotel-de-Ville, mentionnait « un tarif imprimé des droits de l’Hôtel-Dieu à percevoir tous les ans aux foires Saint-Gilles et Saint-Denis ».