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CHAPITRE XIV

Réunion à l’Hôtel-Dieu de la Maison de l’Ecole chrétienne et de la Maison des Orphelines.

Lorsque les sœurs de Saint-Maurice (1) furent introduites à l’Hôtel-Dieu, il y avait déjà une année que quelques-unes d’entre elles étaient établies à Dreux, où elles s’étaient attiré la sympa-

(1) Cette communauté avait été fondée à Levéville-la-Chenard, en 1700, par .M. l’abbé Chauvet, curé de cette paroisse, « pour avoir soin des pauvres et particulièrement des malades et pour instruire gratuitement les jeunes filles. » lin quelques années, l’installation devint insuffisante. Le 7 juillet 1708. par acte passé devant M* Goussard, notaire à Chartres, Ms'' Godet des Marais acheta au faubourg Saint-Maurice, près Chartres, une maison où la communauté fut immédiatement transférée ; il la plaça sous le vocable de l’apôtre des Nations dont lui-mème portait le nom. Le siège de la communauté resta jusqu’à la Révolution à Saint-Maurice-lez-Chartres. Ce fut ce nom qu’on donnait alors aux sœurs, et non celui de sœurs de Saint-Paul ; on les désignait vulgairement sous celui de sœurs grises, à cause de la couleur de leur vêtement.

thie de tous. Voici dans quelles circonstances elles avaient été appelées dans cette ville :

En 1679, Mesdames Geneviève Bureau, Marie Cousin, veuve d’honorable homme M® Claude Rotrou, maire de la ville de Dreux (1 ), Marie Kogeard et plusieurs autres femmes et filles s’étaient assemblées pour vivre en communauté. Après avoir occupé plusieurs maisons, elles s’étaient fixées dans un immeuble de la rue au Lait (2). En 1691, elles obtinrent de M*"' Godet des Marais la permission d’édifier une chapelle sur l’emplacement de la tuerie de Jehan Lalongue, rue aux Bouchers.

Deux ans après, par acte passé le 31 mai 1693, devant Charles Brisseau, greffier des arbitrages et tabellion royal juré à Dreux, M*"® Charles Lecomte, prêtre chanoine de Saint-Etienne de Dreux, achetait la maison occupée par cette première communauté et en faisait donation à l’év'êque de Chartres. Voici un extrait de cet acte :

« Messire Paul Godet des Marais, évêque de Chartres, de présent à Dreux, acceptant pour lui et pour ses successeurs, les évêques de Chartres, le dit Charles Lecomte fait donation perpétuelle et irrévocable entre les mains dudit évêque de la propriété de deux maisons jointes en une qu'occupent présentement et où demeurent quelques filles dévotes qui vivent ensemble depuis le mois d’octobre, veille de sainte Ursule, de l'année 1679, dont une servoit autrefois de jeu de paulme de M. Séraphin Camion, président au grenier à sel à Mantes, les deux maisons .sises rue au Lait et acquises par le dit Charles Lecomte; ileni d’un jardinet chambre à cheminée assise au-delà du pont du faubourg Saint-Martin ; item de son lieu dit le Petit Comteville, proche la maison du sieur de Majainville appelée le Grand Comteville ; item d'une maison et lieu assis en la susdite rue au Lait, proche les deux ci-dessus spécifiées ; item de tous les ornements d'église qui

(1) Claude Rotrou, receveur pour le roi au magasin à sel de la ville de Dreux, était maire de cette ville en 1G50, alors que Jean Rotrou était lieutenant général au bailliage ; il mourut quelques jours avant ce dernier.

1^2) Appelée depuis 1836 rue Rotrou. La maison de la communauté sc trouvait sur l’emplacement actuel de la place Rotrou et formait l’encoignure de la rue au Lait et de la rue des Bouchers (aujourd hui rue d’Orléans).

jsont actuellement dans la susdite maison et où se dit depuis plus de deux ans la sainte messe par la permission de mondit seigneur; pour estre les dites maisons occupées à l’advenir par les maîtresses d’escole qui seront establies en ladite ville de Dreux par l’autorité de nos seigneurs les évêques ou par une communauté qui sera chargée de l'instruction des jeunes filles de ladite ville ; désirant le sieur Lecomte que la présente dimission et donation ait lieu de ce jourd’huy et de son vivant ; sans par lui de tous les biens et choses spécifiées en rien excepter ny retenir, attendu qu’il déclare ne les tenir que de la Providence divine et qu’ils sont le patrimoine des pauvres... Et, s’il arrivait que lesdites filles vinssent à se séparer pour quelque cause imprévue, ledit bien sera destiné à l’instruction des pauvres suivant l’intention dudit sieur Lecomte et par la destination de mondit seigneur l’évêque de Chartres ou de ses successeurs, à la plus grande gloire de Dieu et de l’utilité de la ville de Dreux, ainsi qu’ils aviseront bon être (1). »

M*'' Godet des Marais installa aussitôt dans la maison de la rue au Lait une communauté de sœurs Ursulines, désignées sous le nom de Filles de la Doctrine Chrétienne ou sœurs grises.

Il faisait droit ainsi à une requête (2) qui lui avait été présentée quelque temps auparavant et dont voici le résumé :

« La mère sœur Jeanne de la Mère de Dieu, religieuse et supérieure des religieuses Ursulines de Melun, supplie humblement M . l’évêque de Chartres qu’il lui plaise de ses grâces permettre à elle suppliante et à ses religieuses de faire établir une maison de leur ordre en la ville de Dreux, pour y instruire la jeunesse et y faire toutes fonctions de leur religion. Elle est sollicitée depuis quelques années et demandée par beaucoup des principaux bourgeois et habitans de Dreux et de noblesses circonvoisines. Elles

(1) Comme on le voit par cet acte, ce ne fut pas à M*"”‘ Bureau, Rotrou et Rogeard que le chanoine Lecomte fit donation de la maison de la rue au Lait, ainsi que le racontent nos historiens, mais bien à l’évêché de Chartres. Aucun d'eux ne fait mention de l’installation d'une communauté de sœurs Ursulines et n’apprend comment les sœurs de Saint-Maurice y furent ensuite appelées.

(2) Ue la Plane dit avoir trouvé cette requête dans les papiers de l’Evéché.

amèneront avec elles quelques filles séculières, qui apporteront leur dot pour être religieuses dans la nouvelle maison ; et elles, religieuses de Melun, apporteront, pour commencer et faciliter cet établissement, la somme de six mille livres, tous les meubles et ustensiles nécessaires pour la maison. »

« La piété des Ursulines et leur application a l'instruction des jeunes filles, lisons nous dans un document conservé aux Archives de l'Hotel Dieu, leur attirèrent bientôt l'estime générale de tous les habitants Chacun se fit un plaisir de porter au loin la bonne odeur de leur vie. M"’° la duchesse de Nemours, comtesse de Dreux, les fit employer sur ses Etats pour 100 livres par an. Les principaux bourgeois, par reconnaissance de leurs bons soins, s'empressèrent à l’envi de leur fournir les sommes nécessaires (plus de 400 livres) pour pa3^er au Chapitre de Dreux les indemnités des biens qu'on leur avait donnés. »

En 1711, lisons-nous dans le même document, les s(L’;as Ursulines ajmnt commencé à diminuer sans que personne les remplaçât, M"''de Mérin ville jugea à propos de les remplacer, à mesure qu’elles mouroient, par des sœurs de Saint-Maurice lès- Chartres, pour travailler, comme les anciennes, à l’instruction de la jeunesse. Celles-ci soutinrent parfaitement la bonne réputation que s'étoient acquise les soeurs Ursulines, et la steur Maréchal, la dernière de toutes, étant morte, la sceur Candide Manceau fut élue supérieure des nouvelles sœurs par M. David, chanoine et chévecier (i) de la cathédrale de Chartres, leur supérieur. »

Ce fut le 2 juin 1713 (d'après le registre paroissial de Dreux i que les s(Kurs de Saint-Maurice, au nombre de cinq, furent mises en possession et jouissance des biens appartenant à leurs devancières

La ville de Dreux n’avait pas eu jusqu’alors de maison d’asile uniquement réservée aux petites filles privées de leurs parents. En 1731, une demoiselle Cagnié des Nos conçut le projet d’y re-

(1) Le chévecier avait la direction de la sacristie et l’intendance sur les sacristains.

Les Vieux Batiments de l’Hôtel Dieu (Vue du côté de la rivière).

médier, en réunissant ces enfants dans un établissement spécial sous la direction des sœurs de Saint-Maurice.

M**" de Mérinville, heureux de seconder une œuvre aussi intéressante, mit à la disposition de la généreuse bienfaitrice riiôtel qu’il possédait rue Évêché (J). Deux sœurs y furent installées, et Mademoiselle Cagnié alloua à chacune 40 livres par an, outre la nourriture.

Cet asile fut transféré en 1736 dans un immeuble de la rue du Bourg-Clos (grenier à sel) que M*'’ de Mérinville avait acheté dans ce but à Jean Masson, curé de Saint-Georges-Motel. La chapelle Saint Vincent (2j, qui se trouvait tout à côté, s’étant écroulée en 1747, l’évêque de Chartres, par acte du U mars 1749, ordonna que son emplacement fût converti en jardin, lequel fut réuni à la maison des Orphelines.

Dans le dénombrement de la population de la ville de Dreux fait en 1764 (3), le plus ancien dont les archives nous aient gardé le souvenir, nous voyons que la communauté des sœurs de Saint- Maurice avait à ce moment neuf sœurs à Dreux, savoir : cinq à l'Hôtel-Dieu, quatre à l’école chrétienne et une à la maison des orphelines.

Vingt-cinq ans plus tard commençait la grande Révolution.

Dès la fin de 1790, toutes les maisons religieuses de Dreux avaient été fermées. Leurs biens furent vendus comme biens nationaux dans le courant du premier semestre de 1791.

Seules, la communauté de l’Ecole chrétienne et la maison des Orphelines furent d abord épargnées. C’est qu’elles instruisaient les enfants du peuple et que celui-ci avait conservé pour les sœurs de Saint-Maurice la plus grande vénération et une profonde reconnaissance.

(1 t’arlie de la rue Godeau actuelle commençant à la rue Senarmont et finissant à la rue d’Orléans ; l’autre partie, de cette dernière rue à la rue Parisis, s’appelait rue du Puits de la Chaîne. L’hôtel de l’évèque était la maison actuellement occupée par M' Ürouets. avoué.

(2 Cette chapelle était très ancienne. Au Moyen-Age, les actes n’étaient valables que lorsqu’ils avaient été publiquement et solennellement confirmés devant le portail de Saint-Vincent. C’était dans son enceinte que se traitaient les affaires importantes de la commune.

(3) La ville de Dreux comptait alors 4,G21 habitants.

Le 29 mars 1791 (1), le conseil général de la commune déclare « qu’il ne voit pas ce qui pourrait soustraire les biens de la communauté des sieurs de Saint-Maurice au décret de vente, que cet établissement est précaire, que ses biens sont véritablement ecclésiastiques et que les secours rendus à la ville par les sœurs grises ne sont pas assez considérables pour exiger les frais d’une communauté entière. Outre les biens de cette maison, il y a encore un autre établissement sous la direction des mêmes sœurs, sous le titre d’Orphelines.

« Il faut, en conséquence, qu’il soit procédé à l’adjudication des objets dépendant de la ci-devant communauté et qui seront mis en vente d'après le décret d’aliénation que l’Assemblée nationale nous a concédé ; de plus, que l’instruction dont les dites sœurs sont chargées soit transférée dans la maison des Orphelines, afin de pouvoir procéder à la vente même de la maison principale dont la municipalité a fait réserve jusqu’à ce qu’il soit statué sur le sort desdites sœurs. »

Les choses restèrent néanmoins en l’état jusqu en février 1792. Par un arrêté du 24 de ce mois, les deux maisons, avec leurs biens et revenus, furent réunies à l'Hôtel-Dieu.

La maison de l’école chrétienne possédait : 1“ la maison de la communauté, évaluée 4,800 livres ; 2° deux maisons rue Saint- Denis, évaluées la première 1,200 livres et la seconde 864 livres ; H® 96 perches de pré aux Fontaines (évaluation non indiquée) ; 4° deux pièces de terre à Dreux, champtier de Saint-Gilles, évaluées 264 livres ; 5® quatre arpents de terre à Goussainville, évalués 748 livres; 6’ deux arpents de pré à Vernouillet, évalués 2.899 livres ; 8" et quatorze rentes annuelles sur des particuliers et sur le clergé, dont l'évaluation fut fixée à la somme de 2,655 livres 8 sols.

La maison des Orphelines possédait : 1° la maison de la rue du

(1) Le 2 juillet de la présente année, Mer Nicolas Bonnet, qui avait été nom. mé le 13 février précédent évêque constitutionnel du département d’Eureet-Loir, vint faire une visite à l’Hôtel-Dieu de Dreux. Nicolas Bonnet, né à Bitréau, commune de Tréon, le 25 mars 1721, mourut à Chartres le 10 novembre 1793. — Lire le récit de sa visite pastorale à Dreux dans l’intéressant ouvrage de M. Georges Champagne. . -

LES nOPITALX DE HREEX

lui)

Bourg-Clos; 2" et environ 18 arpents de terre sur Fontaine-Jes- Ribouts et Marville-Moùtiers Brûlé (évaluation non indiquée).

L’Hôtel-Dieu loua d’abord à des particuliers les maisons de la rue au Lait et du Bourg-Clos.

Fn 1801, en vertu d’un arrêté préfectoral du 6 février, la chapelle et une partie des bâtiments de la communauté furent démolis, de sorte qu’il ne resta plus que « deux corps de logis, l’un sur la rue et l'autre sur le derrière, ayant trois portes d’entrée dont deux sur la rue au Lait et l’autre sur la rue aux Bouchers. » Conformément au décret du d2 novembre 1805, les bâtiments restants furent appropriés pour y placer le tribunal civil et la maison d’arrêt, et, le L" février 1806, les administrateurs de l’hospice « consentirent à cet effet un bail de 18 années en faveur de la ville de Dreux ».

En 1831, l’hospice vendit l’immeuble à la ville, qui fit raser les bâtiments et sur tout l’emplacement créa une place que l'on appela d’abord La Fayette, puis Rotrou, nom qu’elle porte encore actuellement

Quant à l’immeuble occupé par les orphelines, l’hospice le loua, le 14 prairial an V (24 mai 1798), moyennant 300 livres par an, à la municipalité de Dreux, pour servir de caserne à la gendarmerie (i).

(1) La gendarmerie actuelle a été instituée en J791 par l’Assemblée constituante, sous le nom de gendarmerie départementale ; elle a remplacé l’ancienne maréchaussée, et ses attributions ont été fixées par la loi du 28 germinal an VI {17 avril 1798). — Une brigade de maréchaussée existait à Dreux, n pour maintenir le bon ordre public et la sécurité générale des habitants. » Nous avons trouvé dans les archives de la ville une lettre de JVJ. de Sauvignj, intendant de la généralité de Paris, du 20 janvier 1753, invitant le conseil de ville à faire délivrer une gratification de 2u0 livres aux cavaliers de la maréchaussé, à prendre sur les revenus de la ville. Le 27 janvier, un mandement de la dite somme fut délivré, par MM. les maire et échevins, à M. Antoine Clément, receveur des deniers patrimoniaux et octrois de la ville. M. de Sauvigny écrivit au commandant de la brigade « de recommander à ses cavaliers de continuer avec le même zèle à remplir les fonctions que leur état leur prescrivait ».

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