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CHAPITRE XV

Remplacement des Sœurs de Saint-Maurice à l’Hôtel-Dieu.

Les sœurs de Saint-Maurice furent maintenues plus longtemps encore à l’Hôtel-Dieu , où leur dévoùment pour les pauvres malades était de plus en plus apprécié, en ces temps difficiles, partons les habitants.

Ce ne fut que le 18 octobre 1792, lorsque les révolutionnaires furent maîtres de l’administration de la ville, qu’elles furent invitées à se retirer.

Depuis plus de six mois leur situation était des plus précaire. Ne recevant plus de secours de leur maison-mère de Chartres, elles ne pouvaient parvenir avec leurs 75 livres par an (1) d'appointements, par suite du renchérissement excessif de toutes les marchandises, à subvenir aux dépenses que nécessitait leur entretien. Emue de cette détresse, la commission de l’Hotel-Dieu avait, dans sa séance du 20 juillet, accordé à chacune d’elles un secours annuel de 25 livres.

AÛ moment de quitter l’Hôtel-Dieu les sœurs adressèrent une pétition à la commission pour obtenir la remise des meubles et effets de la chambre qu’elles occupaient.

« La Commission, considérant que les meubles et effets dudit Hôtel-Dieu sont le patrimoine des pauvres, que les pétitionnaires n’ont de droit que sur les meubles et effets de la ci-devant communauté de Saint-Maurice-les- Chartres dont elles faisaient partie, arrêta que cette pétition serait envoyée au citoyen administrateur du département, avec invitation de sa part de prendre en considération que la charité desdites pétitionnaires envers les

(1) Dans sa réunion du G novembre 1789, le bureau avait fixé à 90 livres par an les honoraires de la sœur supérieure, à 75 livres ceux des autres soeurs et à 200 livres ceux du médecin et du pharmacien.

pauvres malades, bien loin de les exclure des avantages de la loi, ëtoit un motif de plus pour leur donner de la préférence sur les autres. »

La citoyenne Catherine Guilbert , ancienne supérieure des sœurs de l’Hôtel-Dieu, fut alors nommée directrice de l’Hôtel- Dieu et préposée à l’administration intérieure de la maison ; elle s'adjoignit comme collaboratrice la citoyenne Bernier, une de ses consœurs, et quatre domestiques furent placées sous leurs ordres.

Bientôt ces dernières, qui trouvaient leurs gages trop minimes, montrèrent si peu de zèle que la directrice dût s’en plaindre à la commission ; elle ajouta que, « si on leur accordait une petite gratification, peut-être feraient-elles mieux leur service ». La commission décida qu’il serait donné à chacune un assignat de 5 livres.

Le 13 mars suivant, les citoyennes Guilbert et Bernier, dont le traitement avait été fixé à 90 livres par an pour la première et à 75 livres pour la seconde, demandèrent qu’il fût porté pour chacune à la somme de 200 livres, et ce depuis le 1“'' janvier dernier.

Le corps municipal assemblé pour délibérer des afïaires de l’Hôtel-Dieu, « considérant d’un côté l’augmentation du prix de toutes les marchandises depuis la fixation du traitement de la citoyenne Guilbert à 90 livres et de la citoyenne Bernier à 75 livres, de l’autre l’obligation où elles étaient d'être mises et entretenues décemment, ce qui nécessitait une dépense plus considérable que celle qu’entraînait leur habillement de communauté, arrêta de déclarer qu’il était d'avis qu’il conviendrait de fixer, mais pour l’avenir seulement et à partir du 1®'’ avril prochain, savoir : le traitement de la citoyenne Guilbert à 1‘20 livres et celui de la citoyenne Bernier à 100 livres par an. »

Dans le courant du mois d’avril, les citoyennes Guilbert et Bernier, voyant qu’il leur était impossible de subvenir à leur entretien avec des appointements aussi minimes, acceptèrent les offres que leur faisait l’Hôtel-Dieu de Mantes pour aller diriger cette maison. Le 22, elles informèrent l’administration de l’en-

gagement qu’elles venaient de signer, ajoutant qu'elles emmèneraient avec elles leurs quatre domestiques et que leur départ aurait lieu le mardi 80.

La commission se trouva dans le plus grand embarras, et une réunion eut lieu d’urgence.

Un membre proposa, pour remplacer la citoyenne Guilbert, la citoyenne Geneviève Le Simple, ex-supérieure de la communauté des sœurs de l'Ecole chrétienne, qui était restée cinq ans à l'Hotel-Dieu et y avait « fait preuve de bonne conduite, d'intelligence, de zèle et de charité envers les malades » ; elle pourrait, ajoutait-il, procurer à la maison une de ses ci-devant consœurs, également habituée au gouvernement des malades, pour remplacer la citoyenne Bernier.

Un sergent de ville(l), de service au bureau, alla séance tenante chercher la cito3œnne Le Simple, qui accepta et fut nommée aussitôt directrice. 11 fut arrêté qu elle recevrait 300 livres par an, que sa collaboratrice en aurait 201) et ses quatre domestiques 80 chacune. En outre, une somme de 80 livres serait mise chaque année à la disposition de la directrice « pour être distribuée comme elle le jugerait à propos entre ses domestiques, suivant qu’elles auraient plus ou moins mérité par leur zèle et leurs bons services. »

Lès le 17 juin, la citoyenne Le Simple donnait sa démission et était remplacée par la citoyenne Benoît, sa collaboratrice.

Le 6 pluviôse an II (25 janvier 170i), cette dernière déclarait que les embarras qu’elle rencontrait sans cesse et les charges multipliées de jour en jour dans la place qui lui était confiée ne lui permettaient pas de la garder plus longtemps et qu'en conséquence elle préférait s’en démettre.

L’administration désigna, pour la remplacer, la citoyenne Michel Pelletier, directrice de l’Hôtel-Dieu de Nonancourt ; mais celle-ci répondit par un refus, « ne pouvant se résoudre, écrivit-

(1) Avant la Révolution, le Maire n’assistait jamais à aucune assemblée ou cérémonie « sans estre précédé des quatre sergents préposés par lui à l’exécution de ses sentences, et qui étaient revêtus de casaques mi-parties de jaune et de bleu, symbole des armoiries de la ville ».

Entuee de la Cpiapelle de l’Hôtel-dieu

elle, à quitter la place où elle était depuis nombre d’années. »

Faute de mieux, la citoyenne Marie-Françoise Landry fut nommée directrice le 19 pluviôse (7 février), mais à titre provisoire.

Un mois après, l'administration constatait que « le service des salles était tombé dans un relâchement préjudiciable au bien des malades, que la tenue des fournitures de toute espèce y était extrêmement négligée, et que la consommation journalière n’y était ni assez surveillée ni assez économisée. »

Le 26 ventôse (16 mars), la commission, « considérant qu’il y avait urgence à remédier à cet état de choses, en choisissant comme directrice une personne joignant à une grande habitude dans cette partie toute l’activité, la surveillance, l’économie et la fermeté en affaires, » arrêta « que la citoyenne Catherine Guilbert, actuellement à la tête de la maison de secours de Mantes, serait invitée à venir en la maison de santé de Dreux en qualité de directrice, pour y régir et gouverner en chef tout ce qui avait rapport à l’administration intérieure de cette maison, sous l’autorité du conseil municipal; que la dite citoyenne jouirait d’un traitement annuel de 400 livres, payable par trimestre à raison de 100 livres ».

La citoyenne Guilbert n’accepta pas cette nomination, préférant conserver son poste de directrice à la maison de secours de Mantes.

La commission se vit donc forcée de garder, mais toujours à titre provisoire, la citoyenne Landry. Comme il arrive souvent, ce provisoire dura fort longtemps. Cependant les choses n’allèrent pas mieux.

Le 5 fructidor an III, le conseil général de la commune, voulant mettre enfin un terme au désordre qui régnait dans la maison, prit la détermination d’apporter un changement dans son organisation intérieure. D'après le plan qui fut soumis à l’assemblée, l’administration devait être confiée à un économe, qui répondrait de sa gestion et serait chargé de rétablir un régime d'ordre des plus sérieux.

« La municipalité et le district, est-il dit- dans le rapport,

viennent de faire le dépouillement de la gestion de la citoyenne Landry. Examen fait de la consommation journalière avec le cahier des visites des officiers de santé, il en est résulté qu’il paraît qu’en i25 jours il y a eu un excédent de consommation de pain considérable et qu’un pareil abus existe dans les autres ■parties. Il est donc de toute nécessité de remettre l’ordre dans cette maison. »

Le conseil général adopta ce rapport séance tenante et procéda au choix d’un économe provisoire. Le citoyen Gaudet, secrétaire de l’administration du district, fut nommé par douze voix, aux applaudissements de l’assemblée.

Le lendemain, le conseil général, considérant « qu’il y avait urgence de réprimer les abus qui existaient dans l’administration de la maison de secours », arrêtait « que les citoyens Leroux et Pressou, officiers municipaux, Voyenne et Demonge, notables, seraient invités à se rendre à l’instant à la séance et qu’ils procéderaient de suite à l’installation du citoyen Gaudet en qualité d’économe ».

Quatre jours après, les déclarations du bureau municipal concernant l’inventaire fait à la maison ds secours étaient envoyées au district, lequel, après en avoir pris connaissance, les retournait à la municipalité, en la requérant, « attendu qu’il résulte de ces déclarations qu’il est constant qu’il a existé un grand désordre, même des abus de confiance, de la part de la citoyenne Landry, qui avait à sa disposition tout ce qui convenait à l’administration de la maison de secours, de transmettre lesdites déclarations au juge de paix, pour par lui en informer, s’il y avait lieu ».

Le bureau municipal, faisant droit au réquisitoire du procureur de la commune, arrêta que « les déclarations faites contre la citoyenne Landry seraient transmises au juge de paix ».

Le citoyen Gaudet fut quelque temps après nommé à titre définitif économe de l'hospice et garda ce poste pendant dix ans, à la satisfaction de tous (1).

(1) Il fut remplacé lel""' frimaire an XIII par M. Jacques Egasse, percepteur à vie des impositions de la ville de Dreux.

-lin

D’après un nouveau règlement intérieur adopté par la commission dans sa séance du 13 brumaire an V, la direction entière de l’hospice était confiée à l’économe.

C'est lui qui avait la police sur toutes les employées ; il pouvait pour des motifs plausibles les renvoyer et en prendre d’autres; il n'était tenu que d’en donner avis à la commission. Le nombre de ces employées fut fixé à six, savoir : une pour la cuisine, deux pour la salle des hommes, une pour celle des femmes malades, une pour celle des femmes en couches et une pour celle des orphelines (1).

L’économe avait la recette de tous les dossiers. Il était chargé de veiller à l’entretien des bâtiments et autres biens dépendant du dit hospice. Il était aussi chargé de tous les achats nécessaires à la subsistance journalière de la maison. Il tenait en outre les registres d’entrée et de sortie des malades civils et militaires et il était enfin chargé, conjointement avec le secrétaire de la rédaction, de tous les états demandés par les autorités compétentes.

Lorsque, dans sa séance du 5 fructidor an III, la commission avait choisi comme économe le citoyen Gaudet, elle n’avait négligé qu’un point, cependant assez important : c’était de fixer son traitement, ainsi que celui de sa femme qui devait l’aider dans son travail.

Pendant près de deux ans, le citoyen Gaudet lui adressa en vain réclamations sur réclamations.

Ce ne fut que le 2 floréal an V que la commission se décida à y faire droit et prit la délibération suivante ;

« La Commission, considérant qu’il est à sa connaissance que

(1) Le () frimaire an V, la commission prit en considération la demande du citoyen Gaudet de prendre un homme à gages « fort et robuste, qui saurait le jardinage et serait employé aux gros travaux de la maison, lesquels demandent journellement l’emploi d’un homme de peine ; cet homme serait d’abord occupé du jardinage, du soin de la cave, de rentrer et casser le bois et de battre du ciment ; il aiderait ensuite l'infirmière de la salle des hommes à lever et coucher les malades, et s'occuperait généralement de tous les travaux qui ne peuvent être confiés à la faiblesse d’une femme. » Par arrêté du 29 nivôse, la municipalité autorisa cette innovation.

le citoyen Gaudet, depuis son installation, bien loin de pouvoir toucher le traitement qu’il réclame aujourd’hui, était toujours en avance sur ses comptes de l’an IV ;

« Considérant que le dit citoyen Gaudet a effectivement réclamé plusieurs fois la fixation de son traitement sans avoir pu l’obtenir, rapport aux différents changements qui ont eu lieu dans l’administration ;

« Considérant qu'il est juste de l’indemniser, lui et sa femme, des peines et soins qu’ils se donnent pour alimenter cette maison et veiller à sa bonne régie tant intérieure qu’extérieure ;

« Estime qu’il doit être accordé audit citoyen Gaudet et à sa femme un traitement pour l’an IV de 400 livres en numéraire, savoir : 200 pour lui et autant pour sa femme;

« Mais, attendu que le citoyen Gaudet a conservé sa place de secrétaire du district jusqu’à sa suppression et qu’il en a touché le traitement jusqu’au I"'' pluviôse an IV ;

« Estime qu’il doit lui être fait déduction sur la somme de 200 livres à lui revenant : 1° celle de 06 livres 10 sols 4 deniers formant le tiers à déduire sur l’an IV de son traitement ; 2° et celle de 49 livres qu’il a touchée dans le cours de la dite année ; et qu’il lui soit expédié un mandat de 84 livres 0 sols 8 deniers pour le surplus de son traitement, et à sa femme un autre mandat de 212 livres 15 sols 7 deniers pour un an et 28 jours à partir du 7 fructidor. »

Nous retrouverons plus loin le citoyen Gaudet au milieu des embarras financiers que l’hospice eut à traverser pendant plusieurs années.

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