‹ Les hôpitaux de DreuxChapitre 26 sur 47 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Fermeture de la Chapelle de l’Hôtel-Dieu.

Un arrêté du 23 avril 1791 ordonnait que la célébration du service divin ne serait plus faite désormais que dans les églises paroissiales Saint-Pierre et Saint-Jean. En conséquence, la collégiale Saint-Etienne, les chapelles de l’Hôtel-Dieu, du Collège (2)

(1) Par deux délibérations des 18 février et 21 octobre 1876„la commission administrative de l’hôpital, interprétant l’article 7 de l’arrêté préfectoral dans un autre sens qu'on ne l’avait fait jusqu’alors, avait décidé « que la commune de Crécy seule aurait droit aux deux lits et que les sept autres communes pourraient envoyer leurs malades à l’hôpital, mais en payant ». I.e 28 octobre 1879, M. le préfet d’Eure-et-Loir prit un arrêté rapportant l’article 7 de l’arrêté ci-dessus et le remplaçant par la disposition suivante : « Les biens de l’hôpital de Crécy ayant été réunis à celui de Dreux, les communes autrefois desservies par l’hôpital supprimé auront un droit collectif à deux lits. »

(2) Le Collège lui-même fut fermé en 1794 (4 ventôse an II). Il avait été fondé en 1536, rue Chènevotte, là où se trouve actuellement l’institution de M”* Riberou ; on n’y donnait que l’enseignement classique et on n’y recevait

et autres furent aussitôt fermées et leurs clés remises aux officiers municipaux.

Le 30 avril suivant, M. l’abbé Sortais, curé de Saint-Pierre, et M. l’abbé Durand, curé de Saint-Jean, représentaient à la municipalité « que, l’usage dans leurs paroisses étant défaire des processions les dimanches et fêtes dans le temps pascal, lesquelles se faisaient ordinairement dans les chapelles de la ville, ils désiraient que les clés des dites chapelles, qui depuis la fermeture de celles-ci avaient été déposées au secrétariat de la municipalité en conformité du département d’Eure-et-Loir, leur fussent confiées à cet effet. »

Le corps municipal en ayant délibéré, il fut convenu avec MM. les curés « que les dites processions auraient lieu dans les chapelles de l’Hôtel-Dieu, du Collège et des dames du Saint- Sacrement (1), que les clé.s des dites chapelles seraient remises les jours des dites processions à chacun de MM. les curés, à la charge par eux de veiller à ce que les dites chapelles ne restassent ouvertes que pendant le temps des dites processions et que les clés fussent remises au secrétariat de la municipalité à l’issue d’icelles ».

Le 10 octobre 1792, les citoyens Galeron et Château, officiers municipaux, procédaient, en vertu d’un arrêté pris la veille parle Conseil général de la commune, « à la confection de l’état exact et détaillé de tous les meubles, effets et ustensiles en or et en ar-

que des externes (30 à 40 de la ville et 15 à 20 des pensions libres) ; la gratuité absolue des études y exista jusqu’en 1737; en cette année, on jugea indispensable la création d’une chaire de rhétorique, mais, comme il n'y avait pas de fonds pour y faire face, le bureau d’administration décida, le 8 octobre, que « chaque écollier, fils d’officiers, "de bourgeois et marchands, paierait chacun la somme de dix-huit livres par an, à commencer en la présente année, et que chaque écollier, fils d’artisan, paierait moitié des dix-huit livres. » Au 1'' octobre 1767, il y avait 2 élèves en rhétorique, 3 en seconde. 8 en troisième, 9 en quatrième, 7 en cinquième et 18 en sixième. En 1768, le taux unique de la rétribution fut abaissé à 12 livres par an; il fut relevé à 15 livres en 1779.

(1) Le couvent des religieuses bénédictines de l’Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement était situé rue Parisis, sur l’emplacement qu’occupent actuellement les maisons Caplet, Peigné, Tellot et autres. Fermé en 1790, il fut vendu l’année suivante comme bien national.

LKS HOPITAl'X DE DREUX

gent se trouvant dans la chapelle de l’Hotel-Dieu, en exceptant les soleils, ciboires, calices et autres vases sacrés seulement, aux termes de l’article 9 de la loi du lü septembre précédent >y. Le lendemain, « les objets inventoriés étaient remis au directoire du district avec une copie de l’inventaire rédigé par les commissaires susnommés ».

Le 7 novembre 1793, la Convention ayant décrété l’abolition du culte catholique, les objets sacrés qui avaient été laissés dans la chapelle furent enlevés et envoyés à Paris.

Quelques jours après, le Conseil général de la commune de Dreux prenait l’arrêté suivant :

« Considérant que les cloches et clochers qui existent dans cette commune rappelleraient toujours des idées de fanatisme et de superstition contraires à l’esprit de liberté, qu’ils entretiendraient chez certaines gens le coupable espoir du retour de l’ancien ordre de choses; que d’ailleurs les clochers, en défigurant les bâtiments d'une manière ridicule^ seraient une source perpétuelle de dépenses en réparations annuelles ; qu’enfin, pour détruire toute idée de rétablissement du fanatisme, il est convenable de dé-truire les clochers ;

« Le Conseil général révolutionnaire arrête que les cloches et clochers dans l’étendue de cette commune, autres que le clocher et la cloche du beffroi de la maison commune qui doit servir aux avertissements et à la convocation des assemblées, seront supprimés et descendus. »

Le Directoire du District annula cet arrêté en ce qui concernait les clochers, mais il fut ordonné que toutes les cloches (1) des églises et des chapelles fussent aussitôt descendues et transportées dans les fonderies les plus voisines pour y être fondues en canons.

(1) Il y avait à Dreux, au moment où commença la Révolution, vingttrois cloches, savoir: sept à la collégiale Saint-Etienne, sept à l’église Saint- Pierre, trois à l’église Saint-Jean, deux au couvent des capucins, une au couvent des filles du Saint-Sacrement, une à la communauté de l’Instruction, une à la chapelle de I Hotel-Dieu, enfin celle du beffroi de l’Hutel-de-Ville, lesquelles furent toutes sonnées en branle, le 7 février 1790, pour célébrer l’élection de M. Lemenestrel, premier maire de la ville élu directement par les citoyens actifs des deux paroisses.

Seules, une des sept cloches de l’église Saint-Pierre, une des trois de l’église Saint-Jean et celle de la chapelle de l’Hôtel-Dieu furent conservées, « pour servir à appeler les citoyens aux réunions populaires (1) ».

Après la désaffectation de la chapelle de l’Hôtel-Dieu, le chapelain, M® François-Guillaume Pinel Lamontagne, fut néanmoins maintenu dans la maison pour donner aux malades les secours religieux (2). Mais ce ne fut pas pour longtemps.

Le 19 pluviôse an II, l’administration, « considérant qu’il convenait d’éviter tout ce qui pouvait rappeler des idées de fanatisme et provoquer l’avilissement des citoyens indigents », avait arrêté que « l’établissement nommé ci-devant Hôtel-Dieu serait désormais appelé Maison de secours ».

Six jours après, ladite administration, *( considérant que, grâce aux progrès des lumières et de la raison, l’office de chapelain de la Maison de secours était devenu autant ridicule qu’inutile, arrêtait que ledit office serait supprimé à partir du 12 nivôse dernier (l®'" janvier 1794, vieux style), et que son traitement n’aurait cours que jusqu’à cette époque ».

(1) De ces trois cloches, la première fut remplacée en 1853 par les trois existant aujourd’hui ; la deuxième fut descendue et vendue en 1796 lors de la vente de l’église Saint-Jean comme bien national ; et la troisième, ainsi qu’on le verra plus loin, fut refondue en 1810.

(2) Par délibérations des 17 juillet et 6 novembre 1789, homologuées au Parlement, le bureau de l’Hôtel-Dieu s’était engagé à lui donner comme logement, aussitôt le bail en cours terminé, la maison dite de la Chasse Royale. Mais, le 2 novembre 1792, on l’invita et il consentit à renoncer à ces promesses et à se contenter d’un autre logement qu’on lui avait préparé, « moyennant qu’on lui donnerait la jouissance d’un petit jardin en face et dont l’entrée serait interdite aux malades. •

M. Champagne possède dans sa collection la copie d'un acte passé le 19 mars 1789 devant M* Maugars, notaire royal à Dreux, et par lequel M' Pinel Lamontagne, prêtre chapelain de l’Hôtel-Dieu, donne pouvoir à M' Léger, chanoine de la Collégiale, de « pour lui et son nom comparoir à l’assemblée générale des trois Etats du baillage de Montfort-l’Amaury, qui doit être tenue le 16 du présent mois ; de concourir à l’élection des députés de son ordre qui seront envoyés aux Etats généraux ; de leur donner tous pouvoirs généraux et suffisants pour proposer, remontrer, aviser et consentir tout ce qui peut concerner les besoins de l’Etat, la réforme des abus, l’établissement d’un ordre fixe et durable dans toutes les parties de l’administration, la prospérité générale du Royaume et le bien de tous et de chacun des sujets de Sa Majesté. »

LES HOPITAUX DE DRr.UX

Nous voyons dans les archives de rfiôtel-de-Ville que la chapelle de l’Hotel-Dieu fut convertie, après sa fermeture, en magasin pour remiser les grains.

Ce fut là que le 15 novembre 1793 on déposa, en attendant leur envoi à la Convention, les plombs et cuivres, plaques et cœurs d'argent, galons d’or et d’argent, provenant des cercueils de la famille de Penthièvre que l’on avait enlevés de la collégiale Saint- Etienne.

La chapelle fut un instant assignée au commandant de la garde nationale pour y convoquer l’état-major des deux bataillons.

Puis elle servit de nouveau comme magasin des subsistances.

Le 10 avril 1794, une émeute populaire s’y produisit. On y avait amené 109 quintaux de blé et farine qu'on avait enlevés au moulin des Trois-Moulines. Un grand nombre de citoyens se rendirent au magasin pour s’assurer que le tout y était bien entré, sous le prétexte qu’on trompait le peuple et qu’on détournait les grains pour le forcer à manger des pois ; la pénurie était alors si grande qu’on était obligé de mélanger de la farine de pois (un quart) avec de la farine de blé. Les femmes, qui étaient encore plus exaltées que les hommes, décidèrent qu’il fallait se partager le blé et la farine; plusieurs d’entre elles en emportèrent aussitôt dans leur tablier.

Le bureau municipal, « craignant que la conduite de ces femmes ne les portât à de plus grands excès et que les suites en devinssent fâcheuses pour la tranquillité publique, attendu qu'il n’y avait pas lieu de douter de l’inutilité de requérir la garde nationale et de l’insuffisance de la gendarmerie, puisqu’aucun citoyen n’était comparu au moment où le tocsin avait été sonné », arrêta « que la municipalité allait se rendre au magasin, afin de dissiper le plus grand nombre et de mettre à l’abri de toute incursion les blés et farines ».

« A l’instant, les citoyens Duru, Brisset etPrevoteau, officiers municipaux, et Bouquillard, notable, se rendirent au magasin; là, ils firent voir au peuple assemblé l’égarement dans lequel il se laissait entraîner, le rappelèrent au respect dû aux propriétés et lui déclarèrent qu’aucun ne toucherait à ces blés et grains sans

que préalablement l’administration du district ait décidé ce qu’il en serait fait ; puis ils cherchèrent à calmer les inquiétudes de tous et engagèrent chacun à se retirer du magasin. »

La multitude obéit à cet ordre et se dissipa, mais « en déclarant hautement qu’il ne sortirait pas un grain de la commune, qu’elle ne voulait pas mourir de faim auprès des subsistances, qu’on lui en avait déjà enlevé furtivement, mais qu’elle ne souffrirait pas que cela se produisît encore et qu’elle veillerait à ce que les quantités de blé et farine déposées au magasin fussent distribuées aux boulangers.

Le 12 germinal an V, la ci-devant chapelle fut louée aux enchères, moyennant 150 livres par an, au citoyen André, officier de santé.

Le prix était stipulé payable en numéraire métallique ou en grains représentant cette valeur, au choix de l’administration.

Il était interdit à l’adjudicataire « de faire dans ledit local aucuns états tels que ceux de cabaretier, limonadier, batteur en grange, menuisier, charpentier, serrurier et généralement tout autre à marteaux ou qui soit sujet à faire du bruit ».

Celui-ci était tenu, « à la première réquisition de l’administration, d’établir une palissade séparant la cour d’avec le surplus de ladite maison, ladite palissade à prendre à dix pieds de distance de la porte de la chapelle en dedans de la cour et de faciliter l’entrée dans la cour de la maison pour le passage d’une voiture ».

Pendant quelque temps, le bureau municipal tint ses séances dans une des chambres de l’Hôtel-Dieu, laquelle fut occupée ensuite par le bureau de conciliation. Le 23 septembre 1794, le bureau municipal accorda cette même salle à la Société populaire pour les opérations du comité d’épuration ; il décida que le bureau de conciliation tiendrait ses séances dans la matinée et que le comité d’épuration tiendrait les siennes depuis trois heures de l’après-midi jusqu’à cinq et six heures.

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