‹ Les hôpitaux de DreuxChapitre 27 sur 47 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

La Boîte des Pauvres et la Confrérie des Dames de la Charité.

A l’origine, les hôpitaux avaient été fondés dans un double but : secourir les pauvres dans leur misère et les soigner dans leurs maladies.

Un grand nombre d’établissements qui se créèrent dans la suite n’adoptèrent que la deuxième de ces obligations, comme cela se fait de nos jours.

L’Hôtel-Dieu de Dreux observa Tune et l’autre jusqu’à la Révolution.

Aussitôt après sa fondation au XII® siècle, ainsi que nous l’avons rapporté plus haut, une confrérie de dames charitables avait dû se former avec la mission « d’administrer les vivres aux pauvres » et de soigner ceux-ci dans leurs maladies légères. Elles sont désignées dans plusieurs actes (le premier portant la date de 1295) sous le nom de Sœurs de V Hôtel-Dieu ou de la Maison-Dieu ; elles n’étaient pas liées cependant par des vœux religieux ; laïques, elles continuaient à vivre libres dans le monde, obligées seulement à obéir à un règlement, comme le font aujourd’hui tous les membres de toute association.

Nous avons vu, dans une sentence du 30 août 1558, qu’une information avait été faite contre les femmes « chargées d’administrer les vivres aux pauvres », lesquelles s’acquittaient mal de leurs devoirs.

Lorsque la réformation de l’Hôtel-Dieu fut opérée, ces femmes prirent-elles dès ce moment le nom de Dames de la Charité, imitant en cela leurs pères et leurs époux qui huit ans auparavant avaient fondé la confrérie des frères de la Charité (1) ?

(1) Par acte passé le 15 février 1550 devant James de l’Epine, notaire à Dreux, des hommes avaient fondé une Confrérie de la. Charité, que Louis Guillard, évêque de Chartres, avait agréée et instituée le 19 mars suivant. Sa mission était d’ensevelir les morts. Tous les notables habitants de Dreux

Nous ne le pensons pas. Il est à présumer que la nouvelle confrérie ne s’établit qu’après la fondation à Paris, en 1634, par saint Vincent de Paul, de l’œuvre des Dames de la Charité (1). Et ce qui nous paraît donner du poids à cette opinion, c’est que nous trouvons pour la première fois cette dénomination dans un procès-verbal de 1643.

Ce fut sans doute au moment de la réforme que la partie de l’administration relative au soulagement des pauvres prit le nom de Boîte des Pauvres (2).

La caisse de cette boîte était alimentée par les allocations de l’Hôtel-Dieu et par les dons des particuliers (3).

Nous avons sous les yeux un compte de gestion (4) présenté le

se firent honneur de faire partie de la confrérie et d’v servir. Celle-ci avait son siège dans l’église Saint-Jean, et plus tard, en 1739. elle obtint la concession dans l’église Saint-Pierre d’une chapelle, qui prit alors le nom de Chapelle de la Charité ou des Morts. De nombreuses libéralités furent faites en faveur de cette confrérie, qui fut supprimée par la loi du 18 août 1792.

(1) Dès 1617, saint Vincent de Paul avait établi à Châtillon-les-Doubles la première confrérie des Dames de la Charité. En lü20, il fit un premier essai d’une confrérie d’hommes destinée, à s’occuper des pauvres valides de l’un et de l’autre sexe, en même temps que la confrérie des femmes soignerait les pauvres malades. Mais les confréries d’hommes réussirent peu; celles des femmes, au contraire, eurent un très grand succès et se répandirent par toute la France et dans plusieurs pays étrangers.

(2) Dans le même temps fut institué à Chartres le Bureau des Pauvres, mais qui ne dépendait pas de l’Hôtel-Dieu. 11 fut créé le 11 mars 1556, et le règlement fut approuvé par lettres patentes du Roi en date du 19 juillet suivant. L’administration en était confiée à quatorze notables : trois d'église, deux delà justice ordinaire, un de l’élection, deux de l’échevinage, deux du barreau et quatre de la bourgeoisie. Pour l’entretien de l’œuvre, une taxe annuelle était établie sur les habitants, sans préjudice des dons volontaires.

(3) Jadis, dans les grandes et solennelles circonstances de la vie (mariages, baptêmes, sépultures), il était d’usage chez nos ancêtres de faire des dons manuels aux pauvres de l’Hôtel-Dieu. — Un arrêt du Conseil du Roi^ en date du 25 juin 1677, signé Colbert, mentionne une requête par laquelle le sieur Cagnyé, maire de Dreux, demande qu’il soit ordonné faire défense aux sieurs Jacques Lespine, l’un des pairs de ladite ville de Dreux, Jean Le Veillard et consorts, habitants de la ville de Dreux, de troubler les assemblées convoquées publiquement dans l’Hôtel-de-Ville et de lever à l’avenir aucuns deniers sur les habitants.... à peine de punitions corporelles et d’être procédé contre eux extraordinairement, et pour l’avoir fait, être condamnés par corps à 200 livres d’amende solidairement, applicables aux pauvres de l’Hôtel-Dieu de Dreux.

(4) Ce document se trouve actuellement dans la collection de M. Georges Champagne, qui a bien Voulu nous le communiquer.

11 septembre 1671 aux administrateurs de l’tlôtel-Dieu par Yves ûupray, ci-devant commissaire de cette maison, en présence de M. François Absolut, maire, de sœur Marguerite des Trappes, gouvernante des pauvres, et du procureur du Roi ; lequel Yves Dupray, entré le 1“’' octobre 1669 et sorti le dernier jour de septembre 1670, rend compte de la «. tottalle charge, gouvernement et administration qu’il a eue ou deub avoir tant du revenu temporel dud. hostel et Maison-Dieu dud. Dreux que de la direction et de la nourriture des pauvres d’icelui Rostel-Dieu. »

Nous extrayons de ce compte les articles relatifs au service des pauvres :

Chappistre de Receptes.

Se charge et tient compte le dit comptable de la fourniture faite par Thibault Bernage , fermier du revenu temporel du prieuré de St-Léonard, de trois poinçons quarente pots de vin dont le dict prieuré s’est chargé annuellement envers le dict Hostel-Dieu, et ce pour une année d’icelle redevance escheüe au jour de feste de St Martin d’hivert 1669... lequel vin a été consommé en lad. maison aux pauvres et distribué depuis le 25 janvier 1670 jusqu’à pareil jour du mois de may suivant.

lient. Se charge et tient compte ledit comptable du nombre et quantité de 780 minotz de bled provenus du loier et fermage du moulin de l’Aumosne, pour cinquante-deux sepmaines à raison de quinze minotz pour chacune d’icelles, et sur lequel nombre a esté consommé pour la subsistance des pauvres dud. Hostel- Dieu le nombre et quantité de 152 minotz, ainsy qu’il est certiffié par le meusnier d’iceluy moulin, qui en a fait la mousture.

Chappistre de Despences.

Dit le d. Dupray rendant compte qu’il a paié et fait despence, tant pour la nourriture et subsistance des pauvres dud. Hostel- Dieu qu'autres affaires d’icelui, depuis le l"" jour d’octobre 1669 jusque et compris le septiesme mars 1670, la somme de 465 livres 11 solz 9 deniers.

LES HOIMTAUX DE DREUXj 475

llem. Aussy pareillement fait despence par le dit rendant compte, pour le dict Hostel-Dieu, tant comme dit est pour la subsistance des pauvres qu’autres choses dépendant dudit Hostel-Dieu, depuis le lundi dixiesme mars 1670 jusque et compris le lundy XXIX® septembre 1670, la somme de 277 livres 16 solz 1 denier.

Item. Payé par le dit rendant compte , pour la despence et subsistance des pauvres dud. Hostel-Dieu qu’autres affaires d’iceluy, depuis le dernier septembre 1670 jusque au dernier octobre aud. an 1670, la somme de 8 livres 4 solz 6 deniers.

llem. Paié aussy Madame des Trappes, religieuse et gouvernante des pauvres, la somme de 200 livres pour son année de pension escheue au jour de St Remy dernier 1670.

llem. Payé à Jean Carassou, M® chirurgien à Dreux, pour sa pension et assistance qu’il rend aux pauvres aud. Hostel-Dieu, la somme de 30 livres, pour une année de sa charge escheue au aud. jour St Remy 1670.

Nous trouvons dans les titres de l’Hôtel-Dieu des donations ou legs de rentes perpétuelles en faveur, soit de la boîte des pauvres, soit des Dames de la Charité. Le duc de Penthièvre, dernier comte de Dreux, accordait tous les trois mois un don de 120 à 150 livres à la boîte des pauvres ; il ne cessa que le 14 décembre 1792.

Le dévoùment des Dames delà Charité dut avoir tout particulièrement à s’exercer pendant les deux terribles calamités qui vinrent frapper la ville de Dreux à la fin du XVH® siècle et au cours duXVHI®, et dont les archives nous ont gardé le souvenir.

Ce fut d’abord pendant le terrible hiver de 1693-1694.

La récolte ayant été nulle par suite de la stérilité de la terre, la cherté du pain, de la viande et des autres aliments devint si grande que l’on fut forcé de pourvoir à la nécessité et au soulagement des pauvres, dont le nombre alla en s’accroissant. Une taxe fut établie à Dreux par les gens du Roi, le maire de la ville, les marguilliers de l'église Saint-Pierre et les principaux habitants. On commença à quêter par la ville et les faubourgs

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