‹ Les hôpitaux de DreuxChapitre 30 sur 47 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Situation difficile de l’Hôtel-Dieu pendant la Révolution.

Pendant toute la période révolutionnaire, la situation financière de l’Hôtel-Dieu fut des plus pénibles. La suppression des redevances et des ci-devant droits féodaux avait fait d’abord une brèche assez sensible dans ses revenus. Mais, lorsque le décret du 23 messidor an II vint lui enlever ses biens et ses rentes, ce fut presque la misère, et la maison ne parvint à se soutenir que par des expédients, en sollicitant des secours auprès de la municipalité, du département et du ministre de l’intérieur.

Le 22 janvier 1792, le conseil général de la commune se réunissait à l’Hôtel-Dieu pour procéder à l’élection du bureau administratif de cet établissement. Il fut décidé d’abord que le nombre des administrateurs serait de huit et que les officiers de santé seraient admissibles, mais qu’ils n’auraient pas voix délibérative en ce qui leur serait personnel. Le scrutin fut alors ouvert et donna le résultat suivant ; MM. Leprince, médecin, Baunier, Desjardins, maître de pension, Laplanche, Cornu, Voyenne, Lemenestrel, ancien maire, et Chamseru. Les personnes ayant obtenu ensuite le plus de suffrages et pouvant remplacer celles qui refuseraient étaient MM. Brisset père (1), Lamontagne, Bertrou père et Dalvimare (2).

(1) La famille Brisset est une des plus anciennes de Dreux ; son nom apparaît à chaque instant dans nos archives communales; elle est représentée aujourd’hui par M. Henri Tellot, notre vénérable archéologue, dont la belle collection fait l’admiration de tous les connaisseurs.

(2) Nos archives mentionnent pour la première fois ce nom dans un acte du juillet 1644. En 1769, Pierre Dalvimare de Brion, avocat en Parlement, était receveur des gabelles à Dreux. Son fils, Martin-Pierre d’Alvimare, fut un compositeur de musique distingué. M. Charles d’Alvimare de Feuquières, le fils de ce dernier, décédé en 1894, a laissé parmi nous un fidèle souvenir par sa charité inépuisable et ses nobles sentiments. Cette famille est rçprésentée aujourd’hui par M. Piprre d’Alvimare de Fcuquières.

Les administrateurs élus furent installés le l®"" février suivant et promirent d’apporter « toute leur bonne volonté pour concourir avec le bureau municipal à établir le bon ordre et à contribuer à l’économie du dit Hôtel-Dieu >.

Le 17 février, l’assemblée décida quelle se réunirait tous les quinze jours, suivant l’ancien usage. MM. A^oyenne et Cornu furent chargés de surveiller les dépenses journalières de la maison, et MM. Baunier et Laplanche, de rassembler les pièces nécessaires pour former les états de journées des soldats malades au compte de la nation et d’en poursuivre le paiement auprès du ministre de la guerre.

Du rapport que déposèrent aussitôt MM. Voyenne et Cornu, il résulta qu'il existait à ce moment à l’Hôtel-Dieu : 4 poinçons de vin de la récolte de la présente année des vignes appartenant au dit Hôtel-Dieu, 19 poinçons de vin d’achat de la même année, 3 poinçons de vin vieux de 1790, 3 poinçons de boisson claire de 1791, 8 cordes de bois dans les bûchers de la maison et 12 cordes de bois placées dans la cour, et 72 livres de savon pour le blanchissage.

Dans la séance du 30 mars, un membre fit observer que jusqu’alors l’Hôtel-Dieu avait été obligé de pourvoir à la subsistance des prisonniers sains ou malades, que, malgré la suppression des droits féodaux, le bureau avait continué par humanité à venir au secours des prisonniers malades mais qu’aujourd’hui, vu le grand nombre des prisonniers qui pouvaient tomber malades dans les prisons, vu la réduction des revenus du dit Hôtel- Dieu provenant de la déduction du 5® à faire suivant l’esprit de la loi sur les rentes, qui auparavant suffisaient à peine à ses charges, il lui était impossible de le faire

En conséquence, l’assemblée arrêta « que l’on prierait MM. composant le directoire du district de Dreux de pourvoir à la dépense que pouvaient exiger les prisonniers malades, le dit Hôtel-Dieu étant, à cause des raisons ci-dessus énoncées, dans l’impossibilité de continuer cet acte de bienfaisance. »

Le 18 mai, l'administration, convoquée extraordinairement, décida que l’on enverrait aussitôt à Paris les titres contenant

les rentes sur le ci-devant clergé de B’rance, la ville de Paris et les Etats de Languedoc, et au district les pièces relatives aux redevances dues par le ci-devant prieuré de Saint-Léonard et le ci-devant chapitre de Saint-Etienne, et que l’on ferait les démarches nécessaires pour que ces rentes et redevances fussent reconnues comme étant à la charge de la nation.

Dans la séance du 2 novembre, il fut donné lecture au bureau d’une pétition du bedeau de la paroisse Saint-Pierre. « expositive qu’il faisait faire au cimetière les fosses pour les pauvres qui décédaient àl’Hütel-Dieu, qu’il lui en coûtait 5 sols pour chacune et que jusqu’à ce jour il ne lui en avait été tenu aucun compte » ; il demandait en conséquence à l'administration « de lui accorder une gratification pour le passé et d’arrêter qu’il serait remboursé par la suite des frais qu’il pourrait avoir à ce sujet ».

Le bureau autorisa le trésorier à lui donner 6 livres une fois pa3'^és et arrêta que chaque fosse lui serait payée par la suite à raison de 8 sols.

Dans un état dressé à la fin de 1792 nous lisons ce qui suit : « La suppression des redevances, dixmes et droits seigneuriaux, les impositions que l’on fait payer maintenant à l’Hôtel-Dieu et l’entretien de deux enfants abandonnés causent à la maison, en la présente année, une perte de 3,451 livres. Le bureau espère que, pour la dédommager, l’Etat voudra bien lui accorder chaque année une somme de 1,000 livres sur le trésor public ; autrement, il ne pourrait trouver moyen de suffire aux dépenses sans faire un emprunt. D’un autre côté, il est dû par la Nation le remboursement des redevances que lui faisaient le chapitre de Dreux et le prieuré de Saint- Léonard. »

Pendant les quatorze mois que dura la Terreur, on se tira d’affaire comme on put. La municipalité et l’administration de I hospice adressèrent bien des réclamations au gouvernement pour obtenir des secours, mais timidement et sans trop insister. C’est qu’à ce moment plus de 150 pères de famille, appartenant tant à la bourgeoisie qu’à la classe ouvrière, étaient enfermés dans les prisons de la ville. Un des administrateurs de la maison de secours, le citoyen Louis Marquis (qui cependant, pour ne

pas être traité de suspect et faire preuve de civisme, avait abjuré solennellement ses noms pour prendre ceux de Jacques Lalüi) fut lui-même incarcéré pendant de longs mois.

Quand arriva le 9 thermidor, les courages se relevèrent. Trois jours après, le Conseil général de la commune de Dreux faisait parvenir à la Convention l’adresse suivante :

« Citoyens représentants,

« Jusqu’à quand serons-nous donc trompés par des hommes qui, affectant une conscience pure, usurpent le beau nom de patriotes et profitent de leur influence pour conjurer contre la Patrie avec d’autant plus d’audace qu’ils se croient à l’abri du soupçon ?

« Des triumvirs, à l’abri de leur réputation, forment des complots horribles et, afin de s’emparer des pouvoirs, égarent les citoyens pour factionner une lutte contre la Convention.

« Législateurs, vous pénétrez leurs desseins, vous faites connaître les traîtres. A l’instant de vrais républicains vous entourent et les conspirateurs mis hors la loi expient leurs forfaits sur l’échafaud.

« Nous avons fait le serment de vivre libres ou mourir. Nous tiendrons notre promesse, et la Convention ne peut périr que lorsqu’il ne restera plus un républicain pour la servir. »

Après que l’assemblée eut voté cette adresse et arrêté qu’elle serait envoyée le jour même à la Convention, l’agent national prit la parole et s’exprima ainsi :

« Citoyens,

« L’ Hôtel-Dieu, présentement connu sous le nom de Maison de Secours, était anciennement destiné aux malades de la commune et à d’autres en raison d’établissement de lits. Au moment de la Révolution, cet hospice avait des fonds d’avance. Depuis, il est devenu l’asile de nos frères d’armes blessés ou malades, dont les passages sont ici très fréquents. Par suite de la sup- , pression des droits féodaux et autres redevances, ses revenus sont beaucoup diminués. Les recettes annuelles, les fonds

d’avance qui étaient en caisse et les coupes de bois tant ordinaires qu’extraordinaires ont procuré jusqu’à présent des moyens de soutenir cette maison. On ne peut disconvenir cependant que le mobilier en linge aurait besoin d’un fort remplacement. Il vient d’être proposé à la commission des secours publics d’augmenter cet établissement et de le destiner à y faire un hôpital civil et militaire en état de soulager les autres hôpitaux qui se trouvent engorgés. »

Le Conseil chargea aussitôt les citoyens Voyenne et Demonge de se faire présenter les titres, baux et papiers concernant la maison de secours, déposés à la municipalité, ainsi que les registres servant aux délibérations de cet établissement.

Le 14 nivôse an III, la citoyenne Lenoble, concierge de la maison de justice, adressait à la commission de la maison de secours une pétition dans laquelle, rappelant que de tout temps cette maison avait accordé en faveur des détenus une somme de 15 livres poiir le chauffage, elle faisait savoir que cette somme lui était due pour 1793 et demandait qu’elle fût augmentée, étant’ insuffisante aujourd’hui, si toutefois l’administration avait l’intention de continuer à faire cette charité aux prévenus. La commission accorda 15 livres pour 1793 et décida qu’elle en référerait au district pour savoir s’il y avait lieu de continuer.

Dans la séance du 18 prairial suivant, il fut donné lecture au Conseil général de la commune d’un rapport sur un projet de nouvelle distribution des services. Voici le résumé de ce document :

« Avant la Révolution, des dons de bienfaisance avaient formé un hospice pour les pauvres malades de cette commune et de quelques autres environnantes qui avaient des lits fondés. Les revenus, qui étaient de 14 à 15,000 livres, suffisaient à ses dépenses, et, par un heureux résultat de la bonne administration de ceux qui en étaient chargés, il existait en caisse, au

moment de la Révolution, une somme assez considérable

Des circonstances impérieuses ont transformé les premières attributions de l’hospice, qui est devenu, par le passage fréquent des armées, un hôpital militaire. Les administrateurs se sont

estimés heureux d’avoir assez de fonds d’avance pour, avec les revenus annuels, satisfaire aux dépenses que nécessitaient l'admission et le soulagement de nos frères d’armes Le dépar-

tement de la guerre avait promis de rembourser ces frais ; des

états ont été fournis, mais leur envoi est resté sans réponse

En attendant qu’un nouveau mode d’administration intervienne, nous vous proposons un nouveau plan de distribution intérieure des services, etc., qui permettrait de faire plus de bien avec moins de dépenses, en augmentant même de dix le nombre des lits, dont les pauvres pourraient profiter, car ils ont droit aux bienfaits de la nation, puisque celle-ci jouit de leurs propriétés. >>

« Sur ce plan, dit en terminant le rapporteur, vous vous êtes sans doute aperçus que dans la dépense les officiers de santé sont compris pour 100 livres chacun par mois ; ce qui fait 1,200 livres par an, tandis qu'anciennement le médecin et le chirurgien n’avaient chacun qu’un traitement annuel de 200 livres. Vous ne devez pas être surpris de l’augmentation qu’ils vous demandent et vous le trouverez sans doute juste. »

Le Conseil général adopta les dispositions du plan piésenté tant des distributions nouvelles que des dépenses fixées par mois à 19,965 livres ; il invita le directoire du district à procurer les fonds nécessaires, « en faisant observer que les fournisseurs étaient à la veille de cesser leurs fournitures, vu le surhaussement journalier des denrées et la perte qu'ils éprouvaient sur les valeurs qui leur étaient données en paiement et sur la nécessité de remplacer à un prix énorme Jes marchandises qu'ils fournissaient journellement. »

« 19.965 livres de dépenses par mois ! » Ce chiffre énorme n’étonne pas quand on lit le rapport que. le l®' fructidor an III, le procureur de la commune de Dreux présentait à l'assemblée sur les dépenses et charges locales.

Le rapporteur s’exprime ainsi :

« C'est toujours avec un sentiment de douleur que le bureau municipal se trouve contraint de vous proposer de nouvelles charges à imposer sur les administrés. Le surhaussement excessif de tous les objets de consommation, occasionné par l’a-

giotage, n’est point de son fait, mais la commune en est la victime et les magistrats du peuple ne peuvent administrer si la commune ne pourvoit pas aux dépenses indispensables de l’administration. Toutes les denrées se vendent 20 fois plus cher qu'en 1790. Le reste est à l’avenant. Ainsi, un registre qui coûtait 25 livres est actuellement de 150 livres. Pour le corps de garde éclairé toute la nuit au dedans et au dehors, la municipalité paie 4,500 livres pour l’huile, 7,000 livres pour le chauffage et 400 livres pour fournitures diverses, soit au total 11,900 livres. Pour les frais de bureau, en sus des traitements fixes des employés dont on a été obligé d’augmenter le nombre, la dépense annuelle s’élève à 8,850 livres. »

Après la lecture de ce rapport, l’assemblée prit une délibération dont voici les principaux considérants :

« Considérant que depuis la Révolution la commune de Dreux s’est épuisée en sacrifices de tous genres ; qu’il lui est dû par la République 132,000 livres environ pour son seizième dans l’aliénation des biens nationaux qui lui avait été faite, et 36,000 livres pour les anciens offices municipaux dont elle avait fait l’acquisition et dont les titres ont été remis à la liquidation et ne lui ont pas été remboursés ; «

« Considérant encore que depuis la Révolution la commune de Dreux n’a reçu aucun secours de la République ; que ses biens patrimoniaux ont été déclarés propriétés nationales, ce qui la prive de toutes les ressources qu’elle aurait pu se procurer à la décharge de ses administrés, etc., etc. »

Le 11 fructidor suivant, l’administration de la maison de secours protestait contre l’entretien qu’on lui imposait des enfants abandonnés (1). « Rien , dit un de ses membres, n’est plus difficile pour les administrateurs que d’avoir à exécuter des lois provisoires. La loi du 23 thermidor, en vertu de laquelle le receveur des domaines nationaux s’est emparé de tous les revenus des

(1) Quand naissait un enfant naturel ou tout autre enfant légitime dont la mère ne voulait ou ne pouvait s’occuper, celle-ci le portait à la municipalité, qui le faisait remettre à la maison de secours, d’où on l'envoyait chez une nourrice.

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maisons de secours et hôpitaux, n’a prescrit aucun mode pour pourvoir aux dépenses journalières de ces maisons, et il en est résulté de grands embarras. »

Le 1"' jour complémentaire (fête sans-culottide de la Vertu), le commandant de gendarmerie venait réclamer à la municipalité neuf paires de draps pour ses hommes. Le bureau municipal, « considérant que la maison de secours était au compte de la République, qui s’était emparée de ses revenus, et que les gendarmes étaient aussi au compte de la République, demanda au directoire du district de faire prêter ces draps par la maison de secours ».

Le surhaussement de toutes les fournitures et des traitements ne cessait de se produire. Aussi, le 16 brumaire an IV, le bureau municipal était-il forcé de reconnaître la justesse de la demande du citoyen Gaudet, économe de la maison de secours, lequel déclarait que sans une somme de 50,000 livres il ne pourrait acheter le bois et les boissons des malades et des employés, paj^er les officiers de santé, le pharmacien Bertrou et les fournisseurs ; en outre, les infirmières, payées 300 livres, en exigeaient 500. Le bureau municipal émit un avis favorable et envoya cette demande au district.

Un mois après, c’étaient les nourrices des enfants abandonnés qui voulaient être payées 5 à 600 livres par mois, sans y comprendre les farines indispensables aux besoins de ces enfants. Le bureau municipal, dans sa séance du 27 frimaire, refusa de prendre sur lui de leur accorder une aussi forte somme. Le suppléant de la commune fut chargé d’inviter le département « à consentira la proposition de l’économe tendant à réunir ces enfants dans une chambre de la maison de secours pour y être soignés par une femme intelligente sous la surveillance de l’économe, ce moyen étant du plus grand intérêt pour économiser les dépenses de la République ».

La pénurie ne fit qu’augmenter et les dépenses allèrent en s’accroissant. Le ministre de l’intérieur envoya, le 19 prairial, une somme fixe de 6,000 livres, mais il entendait « qu’elle devait suffire avec les revenus qui avaient été conservés ».

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Le 21 ventôse an V, la commission de l’hospice prenait la délibération suivante :

« Vu l’article L"" de la loi du 29 pluviôse dernier qui détermine le mode d’exécution de celle du K) vendémiaire relative aux créances et dettes des hospices civils, portant qu’à l’égard de toutes les dettes exigibles postérieures au 28 messidor an II jusqu’au 16 vendémiaire aussi dernier, elles seront acquittées sur les fonds particuliers qui y seront destinés ;

« La Commission arrête qu’à compter de ce jour il ne sera fait aucun paiement des dettes antérieures au 16 vendémiaire dernier et qu’à cet effet expédition du présent sera délivrée au receveur pour s’y conformer. »

Dans sa séance du 19 messidor, la commission, ayant examiné les avances par elle faites pour la nourriture et les médicaments des militaires malades et des enfants abandonnés, reconnaît que, si ces avances étaient remboursées, elle serait à même de satisfaire au paiement de ses créanciers et même de pourvoir aux approvisionnements en tous genres qui manquaient ; elle arrête, en conséquence, que le jour même le citoyen éconorr^e dressera des états de ces avances et qu'on y joindra des pétitions aux ministres de la guerre et de l’intérieur dans lesquelles il sera fait mention de l’état de pénurie où se trouve l'hospice, avec invitation à venir à son secours en lui accordant le paiement des dites avances.

Le 21 fructidor, le citoyen Gaudet informe la commission que 4,500 hommes de troupes doivent séjourner jusqu’à nouvel ordre dans la commune, qu’il y aura forcément un certain nombre de malades et qu’il n’a aucuns fonds pour acheter les approvisionnements les plus essentiels. La commission, <« considérant que le ministre de l’intérieur lui a accordé une somme de 3,000 fr., mais qu’elle n’en a encore rien reçu, arrête qu’une réclamation sera faite au payeur général du département pour obtenir, sinon la totalité de cette somme, tout au moins un fort acompte ».

L’année suivante fan VI), la détresse de l’hospice devint si grande que, le 8 floréal, la commission se vit dans la pénible obligation d’adopter provisoirement les mesures ci-après :

«1° A partir de ce jour, il ne sera admis aucun malade, soit civil, soit militaire, qui ne soit atteint de maladies ou de blessures graves.

« 2° La viande ne sera distribuée que de deux jours l’un ; le bouillon sera réservé pour les plus malades; les autres jours, les malades se nourriront de lentilles ou autres légumes ; la portion en vin sera également diminuée de moitié et les convalescents n’auront que du cidre.

« 3° L-es plus âgés des enfants abandonnés qui sont en nourrice seront repris et réunis dans une même salle.

« 4® Le bouillon et les autres médicaments continueront à être fournis aux prisonniers malades, mais l’état des dépenses sera présenté chaque mois aux autorités pour en obtenir le remboursement.

« 5“ Les commissaires chargés de l’inspection des salles des malades s’y transporteront le plus souvent possible et porteront à ceux-ci des paroles de consolation, en les assurant qu’aussitôt que les moyens de la maison le permettront ils recevront leur nourriture comme par le passé. »

Le d5 germinal an VII, la commission votait des remerciements au citoyen Godard, représentant du peuple, lequel par ses instances avait obtenu plusieurs fois du ministre de l’intérieur des sommes assez importantes pour les pressants besoins de l’hospice, et il l’invitait à vouloir bien continuer d’être son appui auprès du même ministre pour obtenir de nouveaux secours, dont le besoin se faisait de plus en plus sentir.

Un an après, le 29 ventôse an VIII (19 mars 1800), le ministre de l’intérieur adressait une lettre à l’administration municipale pour lui indiquer les moyens de pourvoir aux frais de l’hospice et des enfants abandonnés et l’inviter à recourir à des octrois spéciaux.

Le bureau ayant été convoqué le 11 germinal, le commissaire du gouvernement requit « que l’administration délibérât dans le plus bref délai, attendu l’urgence et les besoins de l’hospice de cette commune pour subvenir à l’entretien des enfants abandonnés, sur la formation du tarif demandé, In désignation des den-

rées et marchandises qui devaient y être assujetties, la désignation des bureaux et des préposés à cette recette des octrois à Dreux ».

Le tout fut étudié, adopté et arrêté aussitôt, mais l’exécution en fut ajournée jusqu’à la nomination du maire et de ses adjoints.

La détresse de l’hospice arriva à son paroxysme dans les années 1804 et 1805. Nous y reviendrons à son temps.

Le 9 fructidor an VIII (1), la commission de l’hospice, considérant qu’il était instant de mettre à exécution la loi du 16 messidor an VII, portant « que tout marché pour fournitures d’aliments ou autres objets nécessaires aux hospices civils doit être adjugé au rabais, en séance publique, après affiches mises un mois d’avance à peine de nullité », arrêta que le 2 complémentaire suivant (fête sans-culottide du Génie, il serait procédé publiquement à l'adjudication au rabais des fournitures de boulangerie, boucherie et chauffage, et ce pour l’an IX seulement.

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