‹ Les hôpitaux de DreuxChapitre 31 sur 47 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Rétablissement du Culte à l’Hospice.

La Convention publiait, le 3 ventôse an IH, un décret accordant la liberté des cultes. Aussitôt, pour faire droit aux réclamations qui lui furent adressées, la commission de l’hospice autorisa le citoyen Sortais (2), ci-devant ministre du culte catholique de l’église Saint-Pierre, à venir donner aux malades et aux mourants les secours de la religion, mais à titre gracieux

et sans aucune rémunération.

Le 5 messidor an V, le citoyen Sortais adressait à la commis-

(1) Le recensement fait en la dite année donnait à la ville de Dreux une population de 5,4.37 habitants.

(2) Sortais (Jean-Louis), après avoir été vicaire à Saint-Saturnin, à Chartres, en 1776, et curé de Marchezais en 1785, avait été appelé à la cure de Saint-Pierre de Dreux en 1789. Quand les églises furent rendues au culte, il reprit sa cure ; il mourut en 1814, à l’àge de 63 ans.

LES nopri AUx de dreux

sion une pétition « tendant à obtenir une portion du traitement qui était accordé au ci-devant chapelain de l’hospice, en exerçant les fonctions depuis deux ans ».

Celle-ci, « considérant que le corps législatif s’occupait en ce moment de nouvelles lois sur la liberté des cultes, qu'il pourrait se faire que le service des hospices fût compris dans ces lois », ajourna la demande du citoyen Sortais jusqu’à la promulgation d’icelles, tout en .invitant néanmoins celui-ci « à vouloir bien continuer ses soins auprès des malades comme il l’avait fait jusqu’alors ».

Le 8 thermidor an X la commission se réunit extraordinairement pour entendre la proposition suivante que lui fit le citoyen Desvaux (1), un de ses membres :

« Citoyens,

« Le rétablissement du culte va nécessairement occasionner celui d’un chapelain pour porter de suite aux pauvres malades les consolations dont ils peuvent avoir besoin à l’article de la mort.

« Si la commission n’avait en vue aucune personne, au cas où elle adhérerait au rétablissement de la chapelle, pour remplir la dite place, je me proposerais comme prêtre de la remplir gratuitement. En conséquence, je vous engage à en écrire à M. l’Evêque de Versailles, en l’invitant à vouloir bien autoriser l’ouverture de la chapelle et à solliciter auprès de lui la nomination à la place de chapelain en ma 'faveur. »

La commission, « prenant en considération la demande du citoyen Desvaux et y adhérant, arrêta qu’il serait écrit à M. l’évêque ».

Cette proposition fut-elle acceptée par celui-ci, même à titre provisoire ? Les archives n’en font pas mention.

Ce qui est officiel, c’est qu’un an plus tard M. l’Evêque nomma

(1) Le citoyen Desvaux était en 1789, sous le nom de père Agapit, le supérieur ou gardien du couvent dès Capucins ; après la fermeture de ce couvent, il s’était fixé à Dreux dans une maison de la ruelle dite des Capucins, qui réunissait la rue de ce nom avec le faubourg Saint-Jean et qui devint plus tard la rue Agapit.

à la place de chapelain de l’hospice M. Lacroix, premier vicaire de la paroisse, et que le 4 messidor an XI (22 juin 1803) la commission prit l'arrêté suivant :

« La Commission,

« Considérant qu’il est instant de procurer aux malades les secours spirituels dont ils peuvent avoir besoin ; qu’il est nécessaire que le chapelain soit logé dans l’intérieur de cet hospice pour pouvoir être à même à toute heure de nuit de donner ses soins près des malades :

« Considérant qu’il est urgent de rétablir le culte qui s’exercait dans la chapelle de cet hospice, mais que, les moyens de l’administration ne lui permettant pas pour le moment de rétablir la chapelle telle qu’elle était avant la Révolution, il doity être pourvu d’une autre manière ;

« Arrête ce qui suit :

« Article — Le chapelain sera logé dans l’intérieur de l’hospice ; il sera fait à cet effet toutes les dispositions nécessaires. ^

« Article 2. — Il jouira d’un traitement annuel de 10 hectolitres (six sacs) de blé froment, laquelle quantité lui sera versée de deux en deux mois à partir du jour de son installation.

« Articles. — Il sera traité de gré à gré avec le citoyen Huet, tapissier à Dreux, pour le prix d’une petite chapelle qui sera placée dans l’intérieur de la salle des hommes

« Article 4. — L’heure où le service divin sera célébré sera fixée entre l’administration et le chapelain.

« Article 5. — Le présent arrâté sera adressé au sous-préfet pour être par lui approuvé avant sa mise à exécution. »

Nous relaterons ici, en passant, un fait qui montrera le revirement qui se produisait peu à peu dans les esprits, au point de vue religieux.

Quelque temps après, ainsi cj[ue nous l'avons rapporté plus haut, la commission de l’hospice louait à l’Etat, pour y établir le tribunal civil et la maison d’arrêt, la maison de la ci-devant

communauté, sise rue au Lait et elle consentait à la construction d’un nouveau bâtiment.

Dans la séance du 28 pluviôse, elle approuva le devis et les plans que le préfet lui avait soumis, mais elle fit suivre sa délibération de l’observation suivante :

« Tout en concourant, vu leur indispensable utilité, à la construction de ces deux établissements par tous les moyens qui sont en son pouvoir, la commission aurait désiré voir dans le devis et les plans qui lui ont été mis sous les yeux l’emplacement d’une petite chapelle, ne fùt-elle que de deux mètres en quarré, de façon que les prisonniers, soit des cours, soit de leurs fenêtres, puissent y entendre la messe, avantage que la prison de Dreux a eu de tout temps. Un membre de la commission, qui est prêtre, s’otïred’y dire la messe gratuitement tous les dimanches et fêtes, et espère qu’après lui il y aura toujours à Dreux quelques prêtres qui voudront bien continuer aux prisonniers ce bienfait de la Religion. »

Cette digression faite, revenons à notre sujet.

La chapelle de l’hospice fut restaurée aussitôt et rendue au culte quelques mois après (1).

Dans sa séance du 24 avril 1810, la commission, « considérant que les fonctions de M. Lacroix, chapelain, étaient extrêmement laborieuses et qu’il les remplissait avec le plus grand zèle, fixa son traitement à 100 francs par an, payables en argent ».

Au cours de la dite année, sur la proposition de M. Amédée de Senarmont (2), l’un des administrateurs, le svelte et élégant

(1) Au mois de pluviôse an XII, une violente tempête qui sévit sur la ville causa de grands donsmages à la toiture de la chapelle. Le 20 dudit mois, la commission ordonna de faire d’urgence les réparations nécessaires. Les travaux furent évalués à 152 francs pour la charpente et à 210 francs pour les ardoises.

(2) M. Amédée Bureau de Senarmont, né à Dreux en 1775, fut d’abord officier d’artillerie ; ayant donné sa démission, il fut élu membre du conseil général d’Eure-et-Loir, dont il fut nommé président ; il mourut en son château de Badonville, près Broué, le 20 juin 1852, à l’âge de 77 ans. Son père* le général Alexandre-François Bureau de Senarmont, naquit à Chartres le 20 juin 1732 et mourut en sa propriété de Voisins, près Morancey, le 25 septembre 1805. Son frère, le général Alexandre-Antoine Bureau de Senarmont, naquit à Strasbourg le 21 avril 1769 et fut tué au siège de Cadix le 26 octobre

clocher qui surmontait la chapelle et menaçait de s’écrouler par suite de vétusté fut démoli et remplacé par le lourd campanile que nous avons encore aujourd'hui. Le travail, évalué d’après le devis à 901 francs 85 centimes, fut adjugé à M. Joseph Brossier, maître charpentier, qui le termina dans un délai de deux mois.

En même temps, on fit un traité avec M. Rosier, fondeur à Chartres, pour la fourniture d’une cloche du poids de 150 kilos, en pur métal, devant remplacer celle qui existait depuis longtemps et qui était beaucoup plus petite.

Cette cloche (2) fut fondue à la Chaussée-d’Ivry, où le sieur Rosier était occupé à la fonte d'une cloche pour l’église de cette commune On y grava l’inscription suivante :

« L’an 1810, j’ai été bénite et nommée Louise par M. Jacques « Noël La Croix, prêtre chapelain de l’Hospice de Dreux, et Maie dame Louise-Elisabeth d’Havre deTourzel ; MM. Louis-Claude « Rotrou, maire, président, Jean-Thomas Mariette, Louis-Ni- « colas Rogeard, Jacques-Alexandre Giroult des Brosses, Pierre- « Joseph Le Mercier- Vaujour, Amédée Hureau de Senarmont, « administrateurs de l’Hospice. »

1810, à l’àge de 40 ans. Les deux généraux qui illustrèrent ce nom ne sont donc nés ni l’un ni l’autre à Dreux, comme le racontent nos histoires. Mais, si le hasard des garnisons a fait naître à Strasbourg le général Alexandre- Antoine de Senarmont, celui-ci aima toujours comme sa patrie la ville de Dreux que sa famille habitait depuis le commencement du Vlll” siècle et où il avait été élevé dans la maison de son père (rue Porte-Neuve, actuellement de Senarmont, maison Laval); le 9 janvier 1809, décrivait de Madrid à son frère Amédée : « L’Empereur m'a nommé général de division, de luimème et seul. C’est le résultat de l’attaque de Madrid, où mon artillerie a fait merveille. Ce serait une occasion de voguer à pleines voiles sur la mer de l’ambition. Mais rien ne me tente que les choses de Dreux et de Voisins. » (2) Elle a été cassée accidentellement en 1902 et remplacée par une nouvelle dont nous donnerons plus loin l’inscription.

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t.ES HOPITAUX DE DREUX

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