‹ Les hôpitaux de DreuxChapitre 5 sur 47 · CHAPITRE II Fondation de l’Hôtel-Dieu · texte numérisé non relu

CHAPITRE II Fondation de l’Hôtel-Dieu

Louis VI, roi de France et comte de Dreux (1), qui déjà en 1108 ou 1120 avait fait de grandes largesses aux pauvres de Dreux (misellis Drocaruni), leur fit en 1132 une donation dont la charte latine est aux archives de l’hôpital avec une traduction française ; en voici la teneur :

<v Au nom de la sainte et indivisible Trinité, ainsi soit-il.

« Je, Louis, par la grâce de Dieu roi des Français, faisons savoir tant à ceux à venir qu’aux présens, que pour le soulagement des âmes de mon père et de ma mère, et de nos ancêtres, et de Philippe, notre fils, déjà défunt, nous donnons aux pauvres de Dreux, à perpétuité, du consentement de Louis notre fils et de la reine Adélaïde, et leur concédons ce droit dans nos moulins, qu’ils y moulent le blé pour leur nourriture, et ce, de sorte qu’il ne soit point prélevé, ni exigé d’eux de mouture de leur blé, ni pour les moulins, ni pour les meuniers. Nous voulons en outre qu'ils moulent leur blé sans aucun délai, de préférence à celui qui se trouvera dans les moulins. Pour que ceci ne puisse être aboli par oubli, nous l’avons fait mettre par écrit ; et, pour qu’il ne puisse être détruit par ceux qui viendront après nous, nous l’avons confirmé ci-dessous par l’autorité de notre sceau et par le monogramme de notre nom, l’an de l’Incarnation du Verbe 1132 ; de notre règne le25"'“ ; Louis, notre fils, étant élevé à la dignité royale; assistans dans notre palais (2) ceux dont les noms et les titres sont dessous ainsi que les marques : seing deGuillaume,bouteiller; seing de Hugues, chambrier ; seing de Hugues, connétable.

« Donné parla main d’Etienne, chancelier (3). »

(1) Le comté de Dreux était dans l’apanage royal lors de l’avènement au trône de Louis VI. En 1137, Louis Vil, son successeur, donna à Robert, son frère puîné, la ville et le comté de Dreux, « pour lui demeurer propres à lui et à ses enfants mâles de son côté et ligne ».

(2) Le château de Dreux ou le palais de Fermaincourt.

1.3) In nominesancteetindividueTrinitatis, Amen. Ego Ludovicus, Dei gra-

[Monogramme servant de signature . Les lettres entrelacées expriment le mot Ludovicus).

La construction de l’Hôtel-Dieu dans la Grande-Rue fut commencée par Louis VI (1). Robert I®'', son fils, comte de Dreux, la fit terminer entièrement.

Suivant le manuscrit de la Plane (2), mais les archives n’en font aucune mention, Jean de Salisbury (3), évêque de Chartres, aurait, en 1170, consacré la chapelle, qu’il aurait dédiée à son patron, saint Jean-Baptiste ; il y aurait établi un prêtre titulaire, chargé d’administrer les sacrements aux malades.

Robert confia l’administration de l’Hôtel-Dieu à des frères hospitaliers, sous la direction d’un prêtre, religieux comme eux, qu’on appelait le maître ; ils dépendaient des chanoines de la collégiale Saint-Etienne (4), auxquels, par une singulière convention,

tia Francorum rex: Notum facimus tara futuris quam et instantibus quatenùs, pro remedio animarum patris et matris mee, et antecessorum nostrorum et Philippi filii nostri jam defuncti, misellis Drocarum damus in perpetuum et concedimus, Ludovico fîlio nostro et Adelaide regina annuentibus, id juris in molendinis nostris ut annonam pro victu suo ibi molant. Ita scilicet quod de eorum annonà nichil molture nec molendinis nec molendinariis prebeant, nec ab eis requirant. Preterea volumus ut eorum annonam sine ulla dilatione molant, prêter eorum annonam que in molendinis invenietur. Quod ne valeat oblivione deleri, scripto commendavimus, et ne possit a posteris infringi, sigilli nostri actoritate et nominis nostri karactere subterfirmavimus. Anno incarnati Verbi M°C°XXX° 11°, regni nostri XX° V°, Ludovico fîlio nostro in regem sublimato, astantibus in palatio nostro quorum nomina subtitulata sunt et signa. S. Gvillermi buticularii. S. Hvgonis camerarii. S. Hvgonis'constabularii. Datum per manum Stephani cancellarii. (Original en parchemin, sceau plaqué sur le repli, perdu.)

(1) Dans le même* temps, la reine Adélaïde, femme de Louis VI, de concert avec le sénéchal Guillaume de Garlande, fondait à Paris l’hôpital Saint- Lazare.

(2) Jean de la Plane, chanoine de la collégiale Saint-Etienne et principa du collège de Dreux, nous a laissé une Histoire de Dreux manuscrite, portant la date de 1718 ; elle se trouve actuellement à la bibliothèque de la ville.

(8) Jean de Salisbury fut un des prélats les plus distingués du XII” siècle ; il était aussi illustre par sa science que par sa piété ; il s’intitulait évêque de Chartres ou plutôt «humble ministre de l’église de Chartres, par la miséricorde divine et les mérites de saint Thomas, martyr » ; il avait été l’ami intime de saint Thomas de Cantorbéry.

(1) D’après M. Lefèvre, la collégiale Saint-Etienne, commencée sous Louis V, en 986, avec les ressources de ses chanoines, fut continuée sous Louis VI et Louis VI], par les aumônes des rois et des fidèles, et fut ter-

ils étaient obligés de donner à déjeuner le jour de l’Ascension.

Des femmes charitables de la ville avaient la mission « d’administrer les vivres aux pauvres « et de les soigner au besoin dans leurs maladies légères. Dans un certain nombre de titres de l’Hôtel-Dieu, le premier portant la date de 1295, elles sont désignées sous le nom de Sœurs^ bien qu’elles ne tussent pas des religieuses; c’étaient les sœurs du pauvre par la foi et par l’humanité (1).

Les vieilles chroniques nous apprennent que Robert pour . assurer des revenus à l’Hôtel-Dieu, lui fit de nombreuses libéralités, mais elles ne nous en ont pas laissé le détail.

Les archives ne possèdent à cet égard qu’une seule charte de Robert, proclamée publiquement à Fermaincourt en 1178 et dont voici un extrait :

« .... Je, Robert, par la bonté de Dieu comte de Dreux et de Braine, et Agnès, ma respectable épouse, nous confions à la mémoire des hommes présents et à venir, par les traits durables des lettres, qu’étant émus de compassion envers les pauvres de la Maison-Dieu de Dreux, nous avons concédé auxdits pauvres de ladite Maison-Dieu deux muids de blé à prendre tous les ans dans nos moulins, et nous les leur concédons encore pour les posséder à perpétuité, et lesdits pauvres dudit Hôtel-Dieu auront l’un des

minée en 1142 par Robert I"'', comte de Ilreux. Ce fut sur ses ruines, on le sait, que la duchesse douairière d’Orléans fit bâtir en 1816 la chapelle Saint- Louis, qui fut agrandie et achevée par le roi Louré-Philippe.

(Il 11 en était ainsi dans d’autres endroits. Nous en trouvons un exemple dans les Mémoires du Comité archéologique de Sentis (Oise), où nous lisons ce qui suit :

« La confrérie de la Charité de la .paroisse de Saint-Luc-d’Esserent avait pour but le soin corporel et spirituel des souffrants. L’œuvre de la charité était pratiquée par des Dames ou Sœurs, les registres désignent ainsi ces servantes du Christ, lesquelles « doivent, chacune leur mois, servir les malades et faire la qucste. » Parmi ces sœurs, l’élection « à la plus forte VOIX » établissait des officiers, savoir : une supérieure, une trésorière et une garde-meubles. Voici les noms de quelques-unes de ces officiers (de 1665 à 170t) . Madame Thibault, femme de Louis Thibault, procureur fiscal ;

arlotte Germain, veuve de Bdlthazar Lescalopier, conseiller au Parlement de Pui is; Marguerite Coulon, femme de F rançois Vigneron, receveur du prieuré , .\nne Tartanson, femme de Philippe Leroux, marinier ; Mad.

a vocat. femme de Louis Ladvocat, maître des comptes ; Jeanne de Bonnestrayne, maîtresse d’eschole des filles, etc.

deux muids de blé susdits à Pâques, et l’autre à la fête de Saint- Remi. Outre cela, nous avons concédé aux mêmes pauvres, pour établir une foire de trois jours à la nativité de saint Jean-Baptiste, tous nos revenus de Dreux pendant trois jours entiers, pour les avoir à perpétuité ; à l’exception des revenus des fours et moulins.... Sont témoins de cette donation : Gilles, prêtre; Houdouin, prêtre ; maître Rainauld, diacre ; Gelon, diacre ; Barthelemi le Velu; Germond de Dreux; Simon de Saint-Fargeau ; Foulques, précepteur ; Paret ; Geoffroy Morel; Pierre Morel; Guillaume, fils de Raoul ; Guillaume Bisel et Robert, son fils. Proclamé publiquement à Fermaincourt l’an de l’Incarnation de Notre-Seigneur 1178. Donné par la main de Renard, clerc du comte. »

Dans les archives de l’Hôtel-Dieu nous avons découvert le résumé d’un précieux document, daté de 1177, qui fait connaître les biens que I Hôtel-Dieu possédait à ce moment.

C’est une bulle du pape Alexandre III, par laquelle ce Souverain Pontife « déclare mettre l’Hôtel -Dieu de la ville de Dreux sous la protection de saint Pierre et la sienne, et vouloir que tous les biens que la dite maison possède et pourra avoir à l’avenir’ tant par la libéralité des princes et des rois que par l’offrande des fidèles ou autres moyens légitimes, demeurent stables et inviolables, déclarant par leurs propres noms ceux ci-après, savoir : La chapelle Saint Jean-Baptiste, les trois maisons qui sont dans le verger d’Herman, la place qui est entre l’hôpital et les dites maisons, les droits de foire de trois jours avec tous les revenus qui appartiennent au comtede Dreux, la dixme des moulins, de Foulgras, la terre de Beauvilliers, la terre du bois de Bu, la terre de Marolles avec sa maison, la grange qui est dessus avec ses dépendances, la vigne de Beauvilliers , la vigne de Montdrouard, la vigne qui est près la croix de buis, la vigne du Bois- Inard, les habitants du Valgelé et les habitants de la rue Parisis, la dixme du four à ban, le pré de Mézières et la maison de Foulgras, de Beauvilliers à la porte d’Orisson ; — défend en outre qu’aucun ne puisse tirer n’y exiger de l'Flôtel-Dîeu aucun droit pour la nourriture des bestiaux, et que qui que ce soit ose

LES llOPITAUX DE DREUX

inquiéter ladite maison, s’emparer de ce qu’elle possède ou retenir ce qu’on en aurait pris, ou l’incommoder en quelque façon que ce soit, mais au contraire de conserver les droits de ceux pour l’entretien desquels ils ont été donnés, sans préjudice de l’autorité du Saint-Siège et de l’Ordinaire, sous les peines y portées. »

Il y a lieu de supposer qu’une partie seulement des biens énumérés dans cette bulle (1) provenait des libéralités de Louis VI et de Robert I®% et que le reste avait été, au cours des siècles précédents, donné à la Maison-Dieu primitive.

Nobles et bourgeois se firent honneur et gloire d’augmenter par leurs libéralités les revenus de l’Hôtel-Dieu.

La plus ancienne de ces donations qui soit mentionnée dans les archives est un titre de 1186. Les seigneurs Otran de la Huchette. Payen d’Orléans et Roger, fils du dit Otran, avaient donné à l’Hôtel-Dieu tout ce qu’ils possédaient sur le territoire de Gougerval, paroisse de Germainville (2j.

Robert II, comte de Dreux, sanctionna cette donation par une charte datée de Fermaincourt et dont voici un extrait :

« Je, Robert, seigneur de Dreux, fils du comte de Dreux, veux qu’il soit notoire à tous, tant présents qu’à venir, que les sei gneurs Otran de la Huchette, Payen d’Orléans et Roger, fils dudit Otran, ont, pour la rémission de leurs péchés et ceux deleurs ancêtres, donné, avec le consentement deleurs femmes et de leurs héritiers, et de Fromond, maire du territoire de Gougerval, et de ses héritiers, aux pauvres de l’Aumône de Dreux, tout le territoire qui leur appartenait audit Gougerval, pour en jouir en .totalité, et sans trouble, le cultiver ou y bâtir de toute autre manière ; sous la condition que les frères de lad. maiçon occuperont et posséderont pour leurs hôstes trois arpents de terre francs et

(1) Le résumé de cette bulle, que nous avons reproduit textuellement, se trouve dans l’inventaire des titres de l’Hôtel-Dieu fait en 1777 par François- Théodore Bigaux, notaire royal à Dreux. Il existait alors dans les archives un double original de cette bulle, l’un en latin et l’autre en français. Ces deux pièces ont disparu depuis et ne figurent plus dans le dernier classement confié à M. Merlet, archiviste du département, par délibération du 6 octobre 1882, et terminé le 10 juin 1886.

(2) Le domaine de Gougerval fait encore partie actuellement du patrimoine de l’hôpital.

Page 1