‹ Les Hôpitaux de QuimperChapitre 13 sur 40 · HONTE RER · texte numérisé non relu

HONTE RER

L'hôpital Sainte-Catherine fut plusieurs fois détruit et reconstruit, toujours sur le même emplacement.

On trouve mention d’une de ces reconstructions en 1530, sous la gestion du prieur Alain Golyas : c'était, nous dit un rapport, «un beau logement, tout de pierres de taille, qui avait... une tourelle, une lucarne élégammentornée, une chapelle, un colombier, un jardinassez étendu, un courtil et un cimetière où étaient inhumés les pauvres qui décédaient à l’établissement ».

Cet édifice fut détruit par un incendie quelques années plus tard, en 1594, au cours d'une attaque de la ville par les armées du Roi: la Ligue, en effet, avait des partisans farouches parmi les Quimpérois frondeurs volontiers révolutionnaires et qui se flattent de prendre toujours leur part des idées « avancées ». Un compte du gestionnaire nous dit que « lorsque le dict feu Marhic entra en charge, qui fust le jour de Nouel mil cinq cents quatre vingtzet quatorze, la guerre estoit si grande spécialement en ce quartier, que pour ce que la dicte ville fust menacée d’estre assiégée par les armeys du Roy, les capitaines et soldats de la garnison ruinèrent l’église et maison du dict hospital, de la forme que l’on voit à présent en mars ou avril suivant, disantz qu’il nuisoit à la dicte ville pour ce qu’il estoit sittué contre l’une des portes en dehors d’icelle, et fust le dict Marhic tellement offenzé et excédé par les dicts soldats qu'il tomba maladeet mourut incontinent après, sans pouvoir mestre ordre de recepvoir les rantes et revenus du dict hospital ».

Ce n’est pas le seul aspect que nous donnent ces

chroniques des effroyables ravages apportés par les guerres de religion. « La ville de Quimper — dit Faty — est dans une agitation continuelle, les royaux et les ligueurs sont à chaque instant sur le point d’en venir aux Mains».

Les habitants avaient préparé, pendant tout l’été de 1594, la résistance de leur ville à l’armée royale, en abattant nombre d’édifices (tels que la Vieille-Cohue, marché couvert de l’actuelle place Terre-au-Duc) qui pouvaient cacher l’assaillant aux regards des Quimpérois ; de sorte que, le 9 octobre, Quimper pourra tenir en échec l’armée du vieux Maréchal d’Aumont.

Dans cette aventure, l'hôpital Sainte-Catherine voit disparaître la plus grande partie de ses revenus, en particulier, les quêtes faites pour son compte dans la presqu'île de Crozon, laquelle est occupée par un quartier de quinze cents soldats, puis « tenue par l'Espagnol et assiégée par l’armée du Roy » de sorte qu’elle se trouve finalement « chargée et toute ruinée de gens de guerre de toutes nations ».

Un autre comptable, Denys Le Stang, nous dresse un tableau aussi lamentable de la situation : « Quand il eut les garants, il lui fut impossible de les recevoir, estant le tems si misérable, obstant la guerre, il n’y avoit que grans ravaiges, pillage, mortalité de la peste et de faim et de fièvres pestilentieuses et autres lamentations ; mesme le constable avoit sa maison si plaigne de soldats qu’il n’avoit qu’une seule chambre, la porte de laquelle lui feust rompeue en faict de nuit par les dicts soldats qui entrèrent sur sa femme et

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enfans, et fust en danger de sa wie et perdit lemeilleur de ses biens meubles qu'il avoit » (Compte de 1598 à 1596).

Un peu plus tard, Quimper devra se défendre contre l'attaque massive du bandit La Fontenelle (30 mai 1997), attaque repoussée par le courage et la science stratégique du seigneur Jégado de Kerollain.

La cité n’entreverra la fin de ses discordes et de ses malheurs que quelque quinze années plus tard, après un quart de siècle de désastres ; elle vivra alors une période de prospérité et de sécurité qui se reflète dans la bonne tenue des comptes de l'hôpital, dans un total impressionnant de ses recettes et dans la reconstruction de l'édifice.

Il fut question, en 1615, de le rebâtir un peu plus loin, près du pont tournant de Loc-Maria, en face de

.J’actuel « Cap Horn », pour éviter de voisinage dangereux de l'enceinte fortifiée.

Mais ce projet n’eut pas de suite et le nouvel établissement fut reconstruit au même endroit. Les comptes donnent le détail précis des frais de constructions, des sommes perçues par les quêtes, ventes, dons, etc. ; l'architecte s'appelait (Charles Turmel, maître-maçon ; les pierres provenaient des carrières de Plomelin et furent amenées par eau à pied-d’œuvre.

Le cimetière était rétabli en 1618, la chapelle en 1626. Enfin, de 9 novembre 1631, l'établissement hospitalier était solennellement béni et ouvert aux ma- Jades.

Cet hôpital «moderne » laissera cependant à dési-

J. H. Libéral a

LEE de RUE rer ; il a, dira-t-on plus tard (1767), l’inconvénient « d’être situé à proximité de lafrivière, d’être exposé aux brouillards et aux inondations, à l’époque des grandes marées. Lorsque les eaux montent, elles

arrivent jusque dans une des salles du rez-de-chaus-

sée et parfois elles pénètrent dans le couvent par la porte qui sert aux religieuses pour communiquer avec les malades » (1).

Aussi les officiers du Présidial demanderont-ils, cette année 1767, la démolition de Sainte-Catherine et que « sur son emplacement on bâtisse un présidial, des greffes, des prisons et un hôtel de ville. Ce projet, approuvé par la communauté de Quimper, ne fut suivi d'aucune exécution » (2). On se contentera de ravaler quelque peu les murs qui, par endroits, menacent ruine déjà et Sainte-Catherine restera hôpital jusqu’à la Révolution.

ADMINISTRATION

A l’origine, la gestion et l'administration de Sainte- Catherine étaient, sous le contrôle de l'évêque, confiées — ou plutôt laissées — à un bénéficier, toujours ecclésiastique : le prieur.

Le contrôle était peu sévère et la charge intéressante pour son bénéficiaire, lequel ne pouvait pas, pratiquement, être révoqué ; « de là, chez ce fonctionnaire, souvent, une tiédeur et une négligence qui

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