‹ Les Hôpitaux de QuimperChapitre 22 sur 40 · AUMÔNIER · texte numérisé non relu

AUMÔNIER

A l'origine, le prieur cumulait son emploi avec celui d’aumônier. Après la réforme de 1547, la ville nomma un chapelain qu'elle logea et nourrit dans l'hôpital.

Mais cet état de chose ne dura qu’un temps, jusqu’à la démolition de Sainte-Catherine pendant la Ligue. L’évêque, en effet, ne voyait pas sans indignation le bureau nommer un aumônier de son choix, portant ainsi une atteinte grave à ses droits. Après querelles sur querelles, on adopta un compromis : la guerre civile terminée, l'office d’aumônier de l'hôpital sera confié au recteur de la paroisse du Saint-Esprit, sur le territoire de laquelle s'élevait l’établissement. Jusqu’à la Révolution, les évêques refuseront tous de

laisser la ville empiéter sur ce domaine.

Si la plus large part était donnée, en ces temps de foi, aux préoccupations spirituelles, en quoi consistaient les distractions des pauvres malades ? Menaientils, eux aussi, comme nos Vieux d'aujourd'hui, cette petite vie morne, sans horizon, douloureusement quotidienne ? Traînaient-ils leur ennui, leurs colères puériles et leurs enthousiasmes d'enfants, tout au long d’une journée identique à la veille et au lendemain ? Attendaient-ils, comme « les nôtres », ces jalons précieux du jeudi et du dimanche, jours de

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liesse où ils vont dépenser leur maigre prêt et qui se termineront dans une titubante hébétude, voire dans un pugilat avec la «sœur des vieillards » ?

Quoi qu’il en fût, ils avaient des fêtes (1) nombreuses. Toutes les grandes solennités religieuses, bien entendu, et d’autres encore ; mais la plus grande, la plus solennelle, « leur » fête propre, c'était la Sainte-Catherine.

À cette occasion, la charité publique se donnait libre cours ; eau-de-vie, vins d’Aulnis, vins de Gascogne débordaient dans les écuelles ; les tables s’ornaient des victuailles les plus variées ; les troncs des pauvres étaient vidés et leur produit réparti entre les malheureux. La chapelle s’ornait de magnifiques décorations ; les « chantres de Monsieur Saint-Corentin » donnaient un récital — moyennant vingt pintes de vin — et les escholiers de la ville chantaïent, à la gloire de la sainte, « un hymne nouveau » de leur composition.

Et le soir, au couvre-feu, les pauvres regagnaient leur asile et s’endormaient lourdement dans leurs charlits à étages, en songeant qu’ils avaient entrevu, à coup sûr, l’antichambre du paradis.

1. C’est Jean Richepin, sauf erreur, qui fit revivre à Quimper « la fête des Gueux », qui se célébrait chaque année sur une plage de la Baie de Kerogan.

an

2° Hôpital Saint-Antoine.

FoNDATION.

Il n’est fait mention de l'hôpital Saint-Antoine qu’en 1431, dans un document dont nous avons déjà parlé. 6

Nous n’avons aucun renseignement sur ses origines si ce n'est que cet hôpital était de fondation laïque : aucune contestation ne s’élèvera jamais sur ce point.

Sa dédicace à saint Antoine est sans doute en rapport avec la fameuse « peste noire» qui ravagea l’Europe au milieu du xrv® siècle, — bien que certains auteurs pensent que le terme de « feu de saint Antoine» s’appliquait à l’érysipèle, et d’autres encore au zona (1). Quimper se rappelle particulièrement les deux épidémies effroyables de 1349 et de 1412.

Comme nous l’avons dit, l'hôpital s’élevait sur la place Mesgloaguen, dite alors du Mez Gloaguen, au voisinage dantesque et nauséabond de l’abattoir, d’où s’exhalait l’odeur infecte des débris animaux que seules les fortes pluies, après les chiens du quartier, drainaient jusqu’à la rivière du Steir, par les rues Saint-Nicolas et des Gentilshommes : bouillons de

culture particulièrement riches, «cloaque le plus mal-

1. 11 s’agit, bien entendu, du saint anachorète d'Egypte, grand guérisseur de nombreux maux et célèbre par son cochon et non de saint Antoine de Padoue, spécialisé dans les objets perdus.

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sain, le plus infectant, capable selon les meilleurs autheurs en médecine de causer la peste dans les chaleurs d’un été» (1). Il faudra attendre 1806 pour voir bâtir les nouveaux abattoirs sur la rive du Steir.

ADMINISTRATION

Saint-Antoine fut toujours géré par un seul administrateur, sans que la période de sa gestion fût limitée à trois ans comme dans le cas de Sainte- Catherine ; certains le dirigèrent durant six années.

Le recrutement de ces gouverneurs devait être le même : bourgeois, gens de bien, nommés par la communauté de ville. Mais le principe d’éviction de la noblesse semble se relâcher vers le xvur® siècle : nous verrons alors figurer parmi les administrateurs des noms de grandes familles tels que, Le Goazre de Pénisquin, De Longray de Lécluse, de Kermorial, Duleuré de la Roque, Desdeserts Danguy, etc... Un autre nom intéressant à relever : celui de Michel-Marie-Alexandre Laennec (1752), grand-père de notre illustre compatriote qui naîtra vingt-neuf ans plus tard (2).

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