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votre faiblesse; de là commencera votre déclin. Vous avez délaissé l'âme de votre pays, son âme divine, pour vous convertir à la religion de races étrangères promptes à riiallucinalion, au fanatisme — peuplades d'enfants crédules, friands' de miracles et de merveilles.
— Vous niez donc les miracles accomplis par le Divin Maître pour attester la mission du Christianisme.
— Le miracle serait un trouble aux Lois de la vie, organisées par Dieu lui-même. Or, nous pensons que la vie est, par elle-même, éternel miracle. La Création apparaît, sous vos yeux, resplendissante divinement... « Divinement », oui... Le divin est ici-bas. Pourquoi le cherchez-vous « là-haut ».
— Le ciell dit Prétextai, extasié. — Oui, je' crois au Paradis, à l'Être surnaturel qui, terminée cette existence de misères, nous recevra bienheureux dans son sein. Je crois qu'en attendant ce jour béni, il envoie son Esprit sur Terre. Je crois que son Fils, par la Transsubstantiation, vient habiter nos hosties consacrées, de même qu'il vint dans l'ineffable Mystère de l'Incarnation.
— La descente du Divin sur terre?... oui... oui... je sais... Nous croyons, nous, à la Vie ascendante, par les sèves, parla pensée, par la conscience de jour en jour devenue plus claire. »
Un philosophe qui aurait écouté ces interlocuteurs les eût bien surpris tous deux, affirmant qu'ils étaient, sans le savoir, d'accord.
€ Venue sur la Terre », « Élévation » : termes identiques d'un même problème.
C'est l'Échelle symbolique, que vit en songe Jacoub, où les kérubims montaient, descendaient...
L'évêque restait muet, sentant l'impossibilité de catéchiser semblable infidèle.
Un travail sourd s'accomplissait en lui, apaisait son irritation.
Ils firent ensemble quelques pas. Hedwech reprit la parole.
— « Le Christianisme fut-il vraiment révélation, Évangile nouveau? N'y voyez-vous pas, comme moi, les apports étrangers, similitudes, adaptations? Les Égyptiens proclamèrent avant vous la Trinité (Osiris, Isis, Horus)... Votre mythe de la Vierge Mère n'est-il pas vieux comme Babylone? Ne demeure-il pas visible que vous avez adopté et adapté le très antique Dogme de l'Enfantement parthénogénésique? Notre Freïa répond à la môme idée vénérable... Les cultes de Byblos avaient aussi leur jeune dieu qui mourut au printemps et ressuscita aux jours de Pascalité. La Déité solsticiale qui naquit à Noël avec le nouvel essor du soleil, cela constitue fonds commun pour toutes jcosmogonies... Et, tenez (il hésita)... Connaissez-vous l'étrange concordance par laquelle nous aussi avons un dieu qui s'appelait <r Hiesos », « Hésus »? C'est lui qui introduisit le Druidisme dans la Gaule. Et, par ce « Hésus » le Druidisme personnifie l'Essence supérieure qui repousse toujours. »
Prétextât ne releva point cette homonymie au moins étrange. Le druide continua :
— « Les cultes celtiques et védiques sont de notre race, s'affirmentinhérentsà l'âme nationale :ilsne constituent point des pensées externes. L'esprit n'a nullement à s'y plier, à s'y convertir par prédications intensives, prosélytisme opiniâtre. Et c'est pourquoi le Pays nous
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reviendra, tôt ou tard,aussitôt que faibliront les missionnaires, propagandistes,- zélateurs, catéchistes, apôtres. Le prince Mérowig, par exemple, en ses nouvelles tendances, n'est ni apostat, ni renégat. C'est un sincère qui retrouve la foi de ses pères... »
Cette allusion directe à l'événement qui avait bouleversé l'existence de son cher Mérowig, mit l'évêque tout à coup hors de lui. Perdant le sang-froid dans lequel il s'était jusqu'ici à grand'peine maintenu, il s'exclama :
— « Ainsi donc, misérable païen, tu te vantes d'avoir médité et perpétré ce crime! C'est par toi que le descendant de Clotilde perdra sa part de vie éternelle, par toi qu'il a compromis le salut de son âme. Ton a.veu brave ma colère. Mais je me reproche'déjà ma faiblesse envers toi et tes séides. Disparaissez î fuyez ma présence, malfaiteurs que vous êtes! Brunehild vous a voué une haine indélébile; elle punira votre forfait. »
Lentement, Hedwech s'éloigna... Et il pensait :
« Ces chrétiens ont la vertu agissante et agressive, « la force vive des choses « à l'étal naissant ». Ils pos^ « sèdent l'égoïsme convaincu, l'intolérante vision de « tout néophyte. L'illuminisme donne à leurs idées la « force plastique. Ils vont jusqu'au sacrifice, jusqu'à « la mort, sans hésitation ni retour. Irrésistibles, ils « nous vaincront... Résignons-nous... Ils représentent « le torrent envahisseur qui apporte au monde une « agitation nouvelle, un jeune flux de vie. Devant ces <c énergies nées d'hier, baissons la tête comme font les « herbes sous la bourrasque d'occident. Ainsi que les « ronces et les églantines, inclinons nos fronts vers « le sol : baignons-nous le chef dans, la rosée... Les « énergies de l'univers sont, vis-à-vis de nous, à l'état « de rythme descendant : c'est actuellement, pour
c nos âmes, l'hiver, l'hibernation. Le printemps c reviendra, avec sa fertilité, sa reviviscence.
« ...Et, puisqu'ils vont dominer le monde, ceux-ci, «c c'est qu'ils répondent aux nécessités cardinales... « Toute création comporte des ruines, des mises à « mort. Mais les malheurs que déchaînent ces adeptes « ont une fin divine. Je pressens des convulsions, péril sécutions, massacres, luttes confessionnelles... qu'il « en soit ainsi...
€ ...Mais pourquoi s'est-il courroucé, ce prêtre, <r quand je lui ai dit que toute race s'assimile mal « la pensée de l'étranger. Rigoureusement vrai, pour- « tant. Inoculer la doctrine asiatique aux nations « d'Europe, n'est-ce pas tenter épreuve périlleuse? « Les proches seuls peuvent communiquer, de façon « durable, leur àme aux parents. Pour discipliner « telle famille à l'idée, à l'idéal, d'une autre, il convient (( que ces deux familles soient, sinon tout à fait adé- « quates, au moins pas trop distantes et que le comput <c des degrés ne crée pas entre elles Véloignement. c Quand elle est trop dissemblable au tronc, une greffe « Fuse vite ou le rend chancreux... »
Le Druide eut un soupir... sa respiration devint pénible, comme oppressée... Enfin, avec effort, il articula:
« Que l'inexorable s'accomplisse... Cybèle va donc « voiler sa Face! C'est par ordre de Thot, le Dieu « suprême... Mais... par ordre de Thot, aussi, l'au- « guste Figure reparaîtra, pour illuminer le Monde... »
Il s'arrêta... et murmura ces mots, encore...
« Ils sont l'erreur, pourtant! Ils seront néfastes : « mais j'accepte que l'erreur, et ses conséquences ju- « gées funestes, exercent, sur le destin des hommes, « action divine... Et, du reste, le Mal, qu'est-ce ? Un