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HYMNE DU VERS

Esthètes soucieux de la forme du vers, Sertissant les joyaux de notre fantaisie En le cercle d'or pur des poèmes divers, Le regard ébloui par les cieux grands ouverts Où rayonne l'éclat de la forme choisie, Nous sommes tes fervents, ô sainte poésie.

SEXTIXES 93

Oui, tes fervents, oui, tes élus, ô poésie ! Nous qui voulons unir dans le culte du vers Le rythme curieux et la rime choisie Pour que, vers l'idéal l'auguste fantaisie S'épanouisse, irradiant les vols ouverts Des sons harmonisés sur des mètres divers.

Qu'importent les mépris ou les rires divers De cette plèbe hostile à toute poésie ? Elle ne saura pas, en nos livres ouverts, Deviner la beauté dont se nimbe le vers ! Qu'importe ! Nous avons la seule fantaisie De marcher fièrement dans la route choisie.

Libres, nous y marchons, car nous l'avons choisie, Loin des lucres banals de vos métiers divers. La route triomphale où toute fantaisie, Sous le soleil de ton azur, ô poésie, S'élance insoucieuse, éternellement vers L'attrait mystérieux des horizons ouverts.

Tète haute, les yeux levés, les bras ouverts. Fascinés aux rayons de l'étoile choisie, Nous rêvons de fixer sa clarté sur nos vers !

Pour cet unique amour fidèles et divers, Nous ferons transparaître en notre poésie Les idéals épars au ciel de fantaisie.

Et, soumise et vibrante à notre fantaisie, Eparpillant sur nous ses sourires ouverts. Elle splendit, la merveilleuse poésie !

Etant la souveraine et l'amante choisie, Elle se livre au gré de nos rêves divers Dans l'augurale apothéose des grands vers.

Et vous, nos vers, chantez, fils de la fantaisie, L'hymne divers des cœurs plus largement ouverts, L'ode choisie où régnera la poésie !

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La Légende des Etoiles

C'était un soir des temps dont parle la Genèse ; Un demi jour régnait mystérieusement.

Et le premier soleil jailli de la fournaise Où bouillonnait encor l'effroyable synthèse, Tout rouge, s'effarait au bord du firmament.

Hors du mouvant linceul où s'agitaient les tonnes. Des angles surgissaient parfois ou des contours, Et c'étaient des glaciers, des vais, des monts énormes Dont les profils, sortant de l'ombre où sont les Normes, Rayaient le ciel encor chargé de brouillards lourds.

Un grand souffle courait sur les cimes ; la Terre, Dans Péchevellement des arbres et des rieurs, Ne semblait qu'à regret s'éveiller du Mystère, Et le miroir des Eaux, gardien d'un rêve austère, Troublait le demi jour de ses flasques pâleurs.

Or. tandis qu'il montait de la nature neuve Comme un jeune frisson d"amour et comme un chant Qui chantait le triomphe au sortir de l'épreuve, Et remplissait l'espace et voguait comme un fleuve Vers le rouge soleil noyé dans le couchant,

Le créateur roulant en lui les Destinées, Contemplait l'Œuvre encore incomplète et songeait Et par delà les jours, par delà les années, Suivait jusque parmi les races éloignées Un rêve douloureux dont l'Homme était l'objet.

Et c'était un désert qui hantait sa prunelle, Où, trainés sous le ciel implacablement bleu Par l'ange des douleurs les fouettant de son aile, Les Hommes expiaient la faute originelle En marchant nuit et jour dans le désert en feu.

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