LA LEGENDE DES ETOILES
Pèlerins et martyrs du temps et de l'espace, Troupeau perdu dans le désert illimité.
Tristement ils allaient, dos courbé, tête basse, Sans que l'ange farouche un instant leur fit grâce D'une heure de repos dans cette immensité.
Au fond de leurs regards s'allumait un feu sombre ; Ils avaient faim, ils avaient soif, ils étaient las ; Sur eux planait un vol de tortures sans nombre, Et toujours ils marchaient sans jamais avoir d'ombre Que celle qui dansait devant eux, de leurs pas.
Parfois une clameur disant le mal de vivre Et la haine amassée en eux contre le sort, De ce troupeau que la fatigue rendait ivre, Formidable, montait vers la mort qui délivre. Et le ciel s'emplissait de ces cris à la mort.
Puis la clameur mourait dans le désert immense ;
Les Hommes, plus défaits à chaque nouveau pas,
Se disaient : « Couchons nous, c'est la mort qui commence !
Mais ce cri vain n'était qu'un cri de leur démence,
Et tous se relevaient, la mort ne venant pas.
Dans une vision éperdûment lointaine, L'œuvre du Créateur n'étant qu'à la moitié. Telle se déroulait la caravane humaine ; Et des larmes hantant sa prunelle sereine, Dieu fut alors saisi d'un désir de pitié.
Et, songeant que bientôt il jetterait sur terre,
Dans les rayons, dans les parfums, dans les couleurs.
L'Homme qu'il désignait pour devenir le Père
D'une race promise au mal héréditaire,
Dieu, triste, maintenant laissait couler ses pleurs.
O prodige ! Ces pleurs tombant par gouttes fines Cristallisaient leur eau limpide en plein essor, Ainsi que la rosée au penchant des ravines, Et chacune aussitôt de ces larmes divines, Au milieu de l'éther se changeait en fleur d'or.
Et c'est ainsi qu'à l'heure où l'ombre tend ses toiles, Au soir mystérieux du quatrième jour, Quand la Création s'endormait sous ses voiles, Miraculeusement naquirent les Etoiles, Filles de la Pitié Céleste et de l'Amour.