HOULES DE BRETAGNE
Des soirs tombaient dans la langueur des fins d'été, Sur la plaine et sur la montagne,
Des soirs couleur de rêve et d'automne attristé.
Comme il n'en tombe qu'en Bretagne...
&t*vi**i*
A Brizeux
Ce fut par une très dolente aube d'automne Que j'entrai dans ton cher pays, ô doux Brizeux Tes vers me fleurissaient aux lèvres et mes yeux Contemplaient gravement la campagne bretonne.
Dans le gris d'un décor calme où rien ne détonne, La pluie avait perlé ses pleurs silencieux Au bout de chaque branche errante sous les deux, Et le vent me berçait de son chant monotone.
Je vis ainsi le Scorff, l'Isole et la Laita,
Fleuves aux noms chantants au bord desquels chanta
Ton enfance, d amour et de rêve inquiète ;
Et de ton âme un peu mon âme fut la sœur,
A l'heure où pour te mieux comprendre j'eus, poète,
Ton pays dans les yeux et tes vers dans le cœur.
Il,
Pour la Bretagne
Pour A. Le Braz
Frère, m'avez vous dit, la Bretagne se meurt, Et voici que s'étend sur les Montagnes Xoires Un deuil, et qu'on perçoit la suprême rumeur Des peuples qui s'en vont au gouffre des histoires.
La Bretagne se meurt, frère, résignons nous, Et si la Vieille Femme encore peut survivre. Quand nous aurons prié pour elle, à deux genoux, Ce ne sera que par des sônes, dans un livre !
L'avenir lui fait peur ; elle est pareille aux vieux Dont le rêve s'enclôt dans les choses passées ; Elle a trop regardé là bas, vers les aïeux, Et tenu trop longtemps ses paupières baissées.
Or les siècles hautains, tout droit, vers l'avenir Se hâtent sans souci des choses ni des êtres, Et tant pis pour ceux là qui veulent revenir, Parmi les temps nouveaux, à l'esprit des ancêtres.
Et les gens de l'Armor, frère, sont de ceux là Qui, songeant aux aïeux, restèrent en arrière, Et dont le rêve triste et doux s'enlinceula Dans le passé fleuri d'extase et de prière.
Et moi, je vous réponds : Frère, il est temps encor Que les gens de la plaine et ceux de la montagne Appellent à leur aide Arthur sonneur de cor, Dans la grande agonie où s'éteint la Bretagne !
Ne désespérons pas en face de la mort ; Si le siècle est mauvais, notre âme est fière et haute S'il arrivait un jour que succombât l'Armor, Nous aurions à pleurer nous mêmes notre faute.