VERS ARTHUR ET VERS MERLIN' I
O cloches de Saint Pol, de Kemper et de Vannes, Et vous les cloches d'Is, blanches et diaphanes, Quand donc mènerez vous, cloches d'Armor, au vol
De vos sonores caravanes.
Le triomphe des ducs revenant sur leur sol ?
Hélas ! le souvenir de tes ducs, race forte, S'en est allé comme un cadavre qu'on emporte Et qu'on délaisse après l'avoir mis au linceul !
Où sont Hoèl et Barbe Torte ?
Ou donc est Jean le Sage, où donc Arthur, l'aïeul ?
Hélas ! Hélas ! O fils du Nord, venus des brumes, Vous perdez tous les jours l'esprit de vos coutumes ! Jeunes gens qui ne vêtez plus l'habit des vieux,
Qu'avez vous fait de vos costumes ?
Qu'avez vous fait des cheveux longs de vos aieux ?
O vous tous qu'on envoie aux casernes de France, Loin des mères et de l'Armor, vers la souffrance, Trécorrois, Vannetais, sonneurs de binious,
Léonards aux yeux d'espérance, Pillawers, mendiants lui marchez à genoux,
Fils des pilleurs d'épaves, fils noirs des légendes, Fils des bardes, nés sur la côte ou sur les landes, Paysans durs, Iliens d'Ouessant ou de Batz,
Vous tous dont les âmes sont grandes, Fils des Celtes, porteurs de faulx ou de pen bas,
Combien de vous, suivant la route simple et vraie, Gardent comme au vieux temps les guêtres et la braie Et sur leurs chapeaux ronds le ruban de velours ?
O mes frères, cela m'effraie De voir monter en vous l'oubli des anciens jours !
Combien parlent encor la langue des ancêtres ? Combien qui, tout enfants, l'apprenaient de leurs prêtres. Et qui, plus tard, émus d'un langage nouveau,
En revenant de chez les maîtres, N'en savent plus assez pour dire : kenavo ?
Hélas ! Hélas : gens de l'Armor, gardez de grâce Que le char de FAnkou devant chez vous ne passe ! Bretagne, lève toi dans un suprême effort;
Sinon, aide à clouer la châsse Où tu disparaîtras sur le char de la mort !