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VERS ARTHUR ET VERS MERLIN

Hélas ! Qui donc, un jour, beau parmi les histoires Et pareil aux héros chantant dans les mémoires. Qui donc, qui donc, pris de pitié pour ce déclin.

Descendra des Montagnes Noires, Sonner le cor d'Arthur et réveiller Merlin ?

Dans la Bruyère

Pour Lud Jan.

Lorsque, par un décret des puissances suprêmes, Le Poète apparaît en ce monde enn.

Charles Baudelaire.

Quand les mères, le soir, au berceau des poètes, Se penchent pour leur mettre un baiser sur le front, Une angoisse saisit leurs âmes inquiètes Au bruit mystérieux des vers qui chanteront, S'envolant en essaim d'oiseaux des jeunes I

. mprenant qu'une souffrance en germe sourd Dans ce chant grave et doux des musiques futures, Les mères, aux premiers frissons du rythme sourd Parmi l'aurore éparse au flot des chevelu re Ont pour l'enfant qui dort près d'elles plus d'amour.

DANS LA BRUYERE I 2 3

O poète dont nous fêtons les fiers poèmes,

Votre mère autrefois dut s'étonner souvent

Des éclairs qui flambaient sous vos paupières blêmes,

Et, sur votre berceau de tout petit enfant

Ses pleurs durent tomber ainsi que des baptêmes !

Car vous portiez, dès votre éveil au jour, le sceau Que met la Muse au front des amoureux d'étoiles, Et des strophes planaient à l'ombre du berceau, Et déjà, dans vos yeux entr'ouverts sous leurs voiles, De grands lys parfumés jaillissaient en faisceau.

Tel un mousse qui songe aux lointaines escales Où les femmes avaient d'étranges regards fous, Vous songiez, grandissant, aux phrases musicales Que les femmes du rêve incarnaient près de vous, Autrefois, avec des cadences très égales.

Votre âme traversa la gloire des décors Où vibrent pour quelque princesse occidentale Les cuivres clairs, dans la sonorité des cors, Et l'aube vierge et douce et pâle fut natale A. la fête du rythme en vous et des accords !

Vous sûtes la langueur du soir triste et sévère, Dans le silence roux des grèves et des champs. Par les chemins fleurant en mai la primevère ; Et les harpes du soir accompagnaient vos chants, Quand vous interrogiez l'énigme d'un calvaire.

Vous sûtes la blancheur des astres inconnus Que la nuit devant Dieu litanise en guirlandes, Et les oiseaux de mer par les espaces nus Evoquèrent en vous qui rêviez sur les landes, Le regret des Pavs d'où nous sommes venus.

Vous sûtes la splendeur et la force des choses Dans les combats obscurs d'où l'homme sort vaincu Et votre âme, mêlée à l'âme des soirs roses, Souffrit avec ceux là qui, jadis, ont vécu, Sans voir jamais s'ouvrir le seuil des Portes Closes !

L'infini vous leurra d'un nostalgique espoir,

Et le noble désir vous vint d'une galère

Qui, partant de la vie et s'enfuyant du noir,

Naviguerait sur une mer crépusculaire,

Vers des îles de pourpre émergeant dans le soir.

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