‹ Les houlesChapitre 24 sur 40 · DANS LA BRUYI'RE · texte numérisé non relu

DANS LA BRUYI'RE

Et c'est pourquoi, victorieux des âpres luttes Où la pensée ardente et folle échappe aux mots, Dans un bruit triomphal de hautbois et de flûtes, Vous avez encerclé de rimes, purs joyaux, La Seule Éternité des Choses que vous sûtes !

Il est par nos sentiers d'Armor, sous ce ciel gris D'où tombe une douceur si chère aux rêves celtes. Dans les fossés, près des vieux chênes rabougris, Et sur les monts où croissent des pins sveltes,

Il est de roses fleurs qui font, dans le lointain , Comme un rose tapis au pied des genêts jaunes, Et qui naissent aussi nombreuses, le matin,

Que sur les lèvres des chanteurs, les sônes.

Elle naît cette fleur, même sur le granit. Et les gens de la plaine et ceux de la montagne L'aiment, et chacun d'eux au fond du cœur bénit La fleur la plus vivace de Bretagne.

Ceux qui sont possédés par le doux mal d'amour En cueillent des bouquets qu'ils donnent à leurs a douces Et sur les grands trois mâts, loin des clochers â jour, Elle fleurit dans la chanson des mousses.

Dans la Bruyère vous avez rêvé souvent ; Votre esprit, attentif à la rumeur des choses. Comprit le bruit des mers à la chanson du vent, Quand vous étiez couché dans les fleurs roses.

Et, grave, en écoutant le Corn Boud vespéral Chanter comme un appel mystique sur les landes, En regardant passer le lent vol augurai

Des grands courlis tristes qui vont par bandes.

En respirant cet air vivifiant des monts, Parmi les souvenirs où se perdent nos âmes Des choses d'autrefois que toujours nous aimons Et des pays où, Celtes, nous passâmes,

Au milieu des parfums, des formes, des couleurs Que priait votre rêve en muettes prières, Vous effeuilliez avec vos doigts d'enfant les fleurs, Les roses fleurs frêles de nos bruyères !

Chant Royal de « l'Hermine »

Ainsi qu'aux jours anciens d'espérance et de gloire, Où, fctant l'union des hommes au cœur fort, S'alliaient pour chanter les mêmes airs et boire, A leurs frères gallois les bretons de l'Armor ; Ainsi, n'oubliant pas l'exemple de nos pères, Comme eux féaux du rêve et servants des chimères. Comme eux gardiens fervents aux Marches d'Idéal, Nous avons réveillé l'orgueil national.

En ce siècle mauvais dont le cours se termine, Et nous sommes venus fêter d'un cœur égal Le merveilleux étendard blanc semé d'hermine.

Du Levant au Ponant de notre territoire,

Des marais de Braspartz jusqu'aux landes du Nord,

Des côtes du Léon jusqu'aux bords de la Loire,

Et du pays rennais jusqu'à Beg'ar C'hador,

Le bruit s'est répandu que nos coutumes chères

Par VEistewodd nouveau redeviendraient prospères ;

Et, pour sceller ici dans un pacte amical

Notre union de fils pieux du sol natal,

Voici chaque Breton d'Armor qui s'achemine

Vers YEisteivodd. en brandissant d'un bras loyal

Le merveilleux étendard blanc semé d'hermine.

Le passé glorieux emplit notre mémoire :

Arthur va revenir et Merlin vit encor,

Ht c'est notre bonheur de rêver ei de croire,

Car rien de l'âme celte en nos âmes n'est mort.

Nos landes, nos forêts ont gardé leurs mystères

Comme en nous sont encore les Fois héréditaires,

Et, chevaliers du Rêve ainsi que Perceval,

Nous menons, nous aussi, la Queste du Saint Graal.

Vers quelque fabuleux Montsalvat que domine

Hautainement, sous le baptême sidéral,

Le merveilleux étendard blanc semé d'hermine.

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