‹ Les houlesChapitre 34 sur 40 · SYMPHONIE VESPÉRALE · texte numérisé non relu

SYMPHONIE VESPÉRALE

L'âme des violons et l'âme des soleils. Alors, Elle, dont l'âme était lasse du leurre, Voulant savoir encor si la chanson meilleure Sommeillait sous l'ivoire aux languides sommeils. Parmi l'écho de sa musique intérieure, Devant l'Erard, pale et fragile, vint s'asseoir. Et ses doigts s'attardant sur les touches fanées, Avec les violons frissonnant dans le soir Dirent les soleils morts et les jeunes années :

Autrefois, j'ai su des éphèbes blonds Qui priaient la Vierge avec des mains blanches, Et mêlaient leur âme, aux soirs des dimanches, A l'âme de l'orgue et des violons.

Ils marchaient, nimbés d'extase fleurie, Beaux comme l'aurore et comme les lys ; Leurs fronts étaient ceints de volubilis, Et leurs regards bleus pleins de rêverie.

De leur âme, ainsi que d'un encensoir, Vers la chevelure aux torsades rousses De Jésus, l'ami des âmes très douces, Voguaient les parfums du rêve et du soir.

Autrefois, j'ai su des communiantes Dont les yeux anciens, pareils au cristal, Reflétaient l'azur du fleuve natal Parmi les jasmins et les ménianthes.

Des hampes de lys adornaient leurs mains, Tiges de candeur hors des mousselines, Et c'était l'éveil des voix cristallines, Adorablement, au bord des chemins.

Elles s'en allaient, blanche théorie, Effeuillant leur âme en pieux élans, Et toutes disaient des cantiques blancs A la gloire de la Vierge Marie.

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Autrefois, j'ai su de chastes baisers, Des baisers d'enfants, des baisers sans fièvres ; Nuls désirs mauvais passant par les lèvres. Sur ces calmes fronts ne s'étaient posés.

J'ai su des lacs bleus, fermés de presqu'îles, Vers qui s'en venaient, aux soleils couchants, A deux, les esquifs frêles et penchants, Au fil enchanteur des ondes tranquilles.

J'ai su les jolis Edens puérils Où ne croissait pas l'arbre des défenses ; J'ai su les soleils des blondes enfances, J'ai su, mais hélas ! où sont les Avrils ? ^

Et ses larmes tombant sur les touches fanées Pleuraient les soleils morts et les jeunes années.

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Q 50/V /r<j;'/;e là bas sa robe de velours. Léon Dierx.

Onuit de juin, pourquoi t'es tu faite si belle Avec ta lune claire et tes astres en fleurs ? Est ce donc qu'un amant, ô nuit de juin, t'appelle Tout bas, avec des mots d'amour ensorceleurs, Que tu te pares de rayons et de couleurs, Et que l'azur embaume ainsi qu'une chapelle Où fume et monte en de frissonnantes pâleurs Le nuptial encens qui fait pâmer les vierges ? O nuit, pourquoi tant de parfums et tant de cierges ? Les fleuves sont tout bleus, toutes blanches les berges, Et languide et lointaine et comme en s'endormant, La chanson verte des roseaux pleure à la lune Quelque plainte d'amour triste onduleusement, Et l'on voit s'égoutter la chevelure brune Des saules attendris qui pleurent à la lune !

Pourquoi t'es tu faite si belle, ô nuit de juin !

L'odeur blonde, l'odeur des prés, l'odeur de foin,

L'odeur folle, l'odeur d'amour, l'odeur qui grise,

Rôde confusément comme une fièvre, au loin,

Et s'éparpille et se balance avec la brise

Aux cimes d'arbres qu'un rayon de lune irise !

Pourquoi t'es tu faite si belle, ô nuit de juin ?

Est ce donc qu'un amant, ô nuit de juin, t'appelle,

Que ton azur embaume ainsi qu'une chapelle,

Et que tu es avec tes yeux d'astres, si belle ?

Ecoute, ô nuit, voici venir par les chemins,

Au vent d'amour, de belles jeunes femmes blondes

Couronnant avec des roses et des jasmins

Les éphèbes promis aux ivresses profondes :

Et de les voir ainsi, moi, je me tords les mains,

Et je maudis, ô nuit qui t'es faite si belle,

Je maudis ta splendeur impudente et cruelle

Où s'éclaire la grande extase de l'amour,

Et qui luit aussi bien sur ceux là que l'on aime

Et dont les bras sont prêts pour l'étreinte suprême,

Que sur les autres, mes pareils, que le vautour

Insatiable du désir lentement ronge,

Et qui sentent, perdus dans un douloureux songe,

Leur pauvre âme mourir en eux du mal d'amour !

Les Seringats.

Tes \eux creux sont peuplés de visions nocturnes. Charles Baudelaire.

Dans les jardins hantés par la stupeur lunaire, Quand la nuit se penchant sur le monde qui dort, Qui dort sous un grand catafalque aux larmes d'or, Refait pieusement sa veille millénaire, Et que la lune, tel un blême luminaire Dont quelque main de femme affaiblit les clartés Pour ne pas éblouir des yeux de poitrinaire, Luit douloureusement sur les jardins hantés ;

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