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LES SERINGATS

La nuit, dans les jardins d'été que hante l'ombre,

L'ombre laisse jaillir parfois de tels parfums,

Au roulis frissonnant de la ramure sombre,

Que le rêveur dont tous les amours sont défunts

Sent monter un désir où tout son être sombre :

Un désir inouï, fiévreux et torturant,

D'une torture folle où tout l'être se prend,

Se prend pour fuir un peu le mal exaspérant

De vivre et le regret de ses tendresses vaines

Là bas, vers un nouvel amour si beau, si grand.

Que tout le sang du monde inondera ses veines !

O vous qui souffrez par le rêve et par l'amour,

Le rêve de l'amour fleurit dans les allées.

Fleurit et fleure sous les voûtes étoilées,

Aux pétales naissant avec la mort du jour,

Aux pétales des seringats ! Senteur étrange,

Senteur d'amour, divine et perverse pourtant,

Si divine qu'il semble à lame qu'un vol d'ange

S'est abattu sur les buissons et qu'on entend

Dans l'air calme, très loin, traîner sa robe à frange ;

Si perverse qu'il semble aussi rôder dans l'air,

En un tourbillon noir dont l'âme s'épouvante,

Eperdûment, l'essaim des démons de la chair.

O voici par les nuits de chaleur énervante.

Les nuits de juin, les nuits de lune et de baisers,

Voici chanter un chœur sur des rvthmes brisés

l')6 LES HOULES

La grande inquiétude et l'angoisse vivante Des anciens désirs toujours inapaisés ; Voici venir sur les ailes de la nuit chaude L'insatiable et dévorant désir qui rôde, Qui rôde, ainsi qu'un papillon parmi les fleurs, Les fleurs d'ombre, les fleurs des seringats troubleurs Et va chercher au fond des calices nocturnes, Mystérieux et blancs, ouverts comme des urnes Où les astres ont fait descendre leurs pâleurs, Des philtres inconnus pour les cœurs taciturnes ! Et c'est l'obsession dont la chasteté meurt, L'anéantissement dans le songe endormeur Qui fait les chastes, au réveil des sens, si tristes, Quand le bonheur a fui vers l'ombre et qu'ils sont seuls. Connaissant désormais la science des mystes, Dans les jardins où se pâmèrent des glaïeuls !

Sois sage, 6 ma Douleur, et tiens toi plus tranquille Tu réclamais le soir, il descend ; le voici : Une atmosphère obscure enveloppe la ville, ^iux uns portant la paix, aux autres le souci.

Charles Baudelaire.

L'automne agonisant avec lenteur épanche Sa tristesse et, du ciel uniformément gris, Sur la ville qui dort dans la paix du dimanche Il descend un silence où se meurent les cris.

Comme le ciel la ville est grise et porte en elle Le deuil provincial des choses sans espoir, Et rien ne vient troubler cette paix solennelle Que parfois des frissons de cloches dans le soir.

Ainsi s'enveloppant de ses mélancolies La vieille ville semble un immense couvent Dont les moines ayant dit vêpres et complies, Xe songent plus qu'au ciel dans leur rêve fervent.

Recueille toi de même en ce moment, et tâche, Mon âme, d'être bonne et sainte sans détour ; Assez vite, demain, tu redeviendras lâche, Quand les mauvais désirs naîtront avec le jour.

Cloître toi dans le soir en te vêtant d'automne ; Abdique l'orgueil vain d'un incomplet savoir : Pour les âmes en proie à l'ennui monotone Rien ne vaut la douceur de l'automne et du soir.

Au bord d'un balcon, sous la lune blanche Dont les jardins clairs boivent les pâleurs, Une femme blonde est là qui se penche, Ecoutant monter la chanson des rieurs.

Ses vagues regards épris d'un mirage, Naviguent sans but sur la nuit d'été.

Aux confins du ciel, là bas, un orage Darde des éclairs dans l'obscurité.

Elle a dégrafé son corsage rouge Et tend sa poitrine aux baisers du vent... L'arbre se balance et la feuille bouge, Le jardin palpite et semble vivant.

Ses lourds cheveux blonds font un bruit de houle

En s'éparpillant au vent de la nuit.

A quoi rève-t-elle ? au flot qui s'écoule,

A la nuit qui pleure, au vent qui bruit ?

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Le Soir, l'Amour, la Mort !

0 calme soir qui bais la lie et lui résistes, Quel long fleuve de paix léthargique et d'oubli Coule dans les cheveux profonds des brunes tristes

Catulle Mendès.

Chère, voici le soir qui vient, mes pieds sont las D'avoir pèlerine vers de fugaces grèves ; Chère, voici le soir qui vient, j'entends des glas Tinter la fin de mon histoire et de mes rêves.

Chère, voici le soir qui vient, dis moi tout bas Des mots troublants avec des inflexions brèves : Chère, voici le soir qui vient, sous les lilas Traîne un parfum qu:avec ta robe tu soulèves.

LE SOIR, L'AMOUR, LA MORT ! l6l

Chère, voici le soir qui vient, ne veux tu pas M 'être le pur ciboire où je boirai des trêves ? Chère, voici le soir qui vient, ouvre tes bras, Que j'entende chanter la chanson de tes sèves !

Chère, voici l'amour qui vient, dans tes cheveux Comme en un bois hanté de charmes je me couche ; Chère, voici l'amour qui vient, chère, je veux Que la bonne tempête aujourd'hui soit farouche.

Chère, voici l'amour qui vient, donne tes veux. Que pour les clore un peu d'un baiser je les touche ; Chère, voici l'amour qui vient, victorieux, Chère, voici le grand frisson, donne ta bouche!

Chère, voici la mort qui vient, étreignons nous, Que nous nous en allions ensemble dans l'aurore ; Chère, voici la mort qui vient, l'amour est doux, Mais la mort dans l'amour sera plus douce encore.

La chair est triste, bêlas I et j'ai lu tous h

Stéphane Mallarmé.

O vagabonds du rêve, ô poètes, ô fous Que le Divin Désir effleura de son aile, Nous sommes les voyants d'une extase éternelle Où nous tombons devant la Femme à deux genoux.

Alors la Blanche Illusion descend en nous :

Et c'est tout l'idéal rêvé que garde en elle

La Femme et c'est le ciel qui dort dans sa prunelle

Et le soleil qui flambe emmi ses cheveux roux.

Mais dans la volupté que l'étreinte fait naître,

O pauvres, nous mettons ce qui n'y peut pas être,

Et, le spasme fini, l'extase disparait.

C'est pourquoi, comme après l'étreinte il ne subsiste Au corps que lassitude, à l'âme que regret, Le réveil d'une nuit d'amour est toujours triste.

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Etre heureux, ma pauvre, comment l'être Quelle porte ouvrir pour voir là bas Seulement un peu d'aube apparaître ?

Je ne sais pas...

Oh ! dis moi, sais tu ce qu'il faut faire Pour qu'un peu de bonheur vienne à nous ? Dis vite : tu vois que je suis, chère. A tes genoux.

Tu ne dis rien, ma pauvre, tu pleures ! Alors, vrai, tu ne sais pas non plus, Et tous nos désirs d'aubes meilleures Sont superflus.

LES HOULES i£;

Oh ! qu'il y a de lugubres choses Eparses autour de nous. Voici Que des méchants vont tuer les roses Dans ce soir ci.

Nous n'eûmes jamais l'âme si triste !

Trouves tu pas que c'est trop souffrir i

Puisque plus d'espoir ne nous assiste,

Veux tu mourir ?

^^•f S^*f N^** ^^^ ^^^ N^** N^** Né^"* N^** ^à^?

Attentes

. uniment, Seigneur, le meilleur témoignage Que nous puissions donner de notre dignité Que cet ardent sanglot qui roule d'âge en âge,

:t mourir au bord de votre éternité. Charles Baudelaire.

Las ! Consumer la vie en de mornes attentes ! Attendre quoi ? Le soir, la nuit, l'aube, le jour Attendre quoi ? Le flot montant de quelque amour, Pour y baigner enfin nos fièvres haletantes.

Attendre quoi ? Pourquoi recommencer encor A tourner dans le cercle où se meuvent nos peines, Si nous avons appris que les larmes sont vaines, Qui pleurent l'idéal enfui des âges d'or ?

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