‹ Les houlesChapitre 37 sur 40 · VERS QUELLES RADES · texte numérisé non relu

VERS QUELLES RADES

Mon aine est un trois mâts cherchant son Icaiic. Charles Baudelaire.

Ce matin. L'âme déchirée Par la souffrance qui me mord, A l'heure où monte la marée Je suis descendu vers le port.

La jetée où la mer se brise Par les tempêtes de noroît S'allongeait sans fin, comme prise Dans l'eau fixe d'un miroir droit.

iS-J LES HOULES

La lumière inondait les choses, Et sur les flots sans clapotis Les voiles semblaient des vols roses De grands oiseaux anéantis.

Pas un souffle ; une mer étale Dont les goélands querelleurs Sillaient la nappe horizontale Dans les rayons et les couleurs.

Et mon regard naviguait, triste, Vers les lointains du large en leu Où des dentelles d'améthyste Frangeaient la robe du ciel bleu

Opins, vos pieds baignaient dans la fraîcheur des mousses. Et fiers vous balanciez vos cimes dans le ciel A l'heure vespérale et chère aux âmes douces Où le printemps fleurait comme une odeur de miel.

Les lointains se drapaient de mousselines roses ; Et, dans ce soir de fin de mars où le printemps Faisait s'épanouir le cœur troublé des choses Et renaître à l'amour les hommes haletants,

Dans ce soir argenté pâli de brumes bleues, Il semblait que là bas, pour un retour d'exil, Claire et vibrante encor malgré les longues lieues, Résonnât la chanson de marche de l'avril.

C'était comme un réveil partout ; les jeunes pousses Tremblaient divinement parmi la brise, au bord Des branches où pendaient encor des feuilles rousses, Et de nouveau la Vie avait vaincu la Mort.

O pins, j'étais assis sous vos larges ramures

Que berçait d'un frisson léger le vent du soir,

Et j'écoutais là haut bruire vos murmures,

Graves comme un adieu, lointains comme un espoir.

O pins, vos profondeurs s'étaient à peine ouvertes Pour y laisser fleurir les roses du couchant, Et vous rouliez parmi l'azur en houles vertes, Au rythme monotone et lent de votre chant.

Alors, comme la nuit tombait en nappe grise, A.près que le soleil eut lui l'horizon d'or, Votre murmure, ô pins, s'élargit dans la brise ; Le chant vogua plus loin, monta plus haut encor...

Maintenant la clameur pleurait, plus désolée ; Le vent courbait de plus en plus vos troncs altiers Au dessus d'une triste et solitaire allée, Et je compris, ô pins, que vous vous lamentiez

En ce soir de printemps, de grâce, de jeunesse Et d'amour, de rester éternellement verts, De ne vous sentir point de sève qui renaisse Aux doux mois, et malgré l'opprobre des hivers,

Vous retrouvant à chaque soir, à chaque aurore, Tout aussi verts que vous étiez la veille, ô pins, D'ignorer qu'un printemps, qu'un été vient d'éclore... Et de toute mon âme alors je vous ai plaints !

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Cras amet, qui nunquam amavit Quique amavit, cras amet.

Pervigilium Yeneris.

Un vaste emportement d'aimer dans l'herbe verte., Victor Hugo.

Heureux, heureux ceux qui feront l'amour ce soir ! La chanson du printemps s'éveille sous les branches, Et le cœur sans amour songe des femmes blanches Qui s'en viendront parmi les lilas blancs s'asseoir. Aimez vous avant que votre âme ne soit lasse ; Aimez vous, chaque fleur, vers le printemps qui passe, Balance les parfums de son riche encensoir.

Aimez vous ; il n'est rien de meilleur sur la terre Que, dans l'entraînement des sens inapaisés, De lier l'idéal aux grelots des baisers ; Etanchez dans l'amour la soif qui vous altère D'astres nouveaux au fond d'un nouveau firmament Aimez vous, au jardin de l'amour seulement On peut cueillir la rieur de l'éternel mystère.

Aimez vous ; un désir s'envole des buissons ;

Aux souffles chauds sur leurs pétales blancs et lisses

Les fleurs, lourdes d'amour, ont ouvert leurs calices.

Les parfums, les couleurs, les formes et les sons

Vous vêtent d'un manteau de brume fraternelle ;

Aimez vous, le soir bleu vous frôle de son aile

Et jette autour de vous comme un bruit de chansons.

Aimez vous ; l'amour seul est la raison de vivre ;

L'idéal tant rêvé ne luit pas autre part

Pour tous ceux qui, hantés de quelque grand départ,

Rythmèrent leur désir sur les pages d'un livre ;

Et, dans le spasme fou que l'amour a béni,

O rêveurs, sachez bien que c'est tout l'infini,

Toute la terre et tout le ciel dont on s'enivre.

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Aimez vous ; unissez le rire et les sanglots. Faites que votre amour chante à la fois et pleure, Sans chercher à savoir par quel merveilleux leurre Le seuil s'entr'ouvre ainsi des grands paradis clos ; Vibrants, faites éperdument vibrer vos moelles, Et que, s'élargissant toujours jusqu'aux étoiles, Vos râles de plaisir emplissent les échos.

Aimez vous ; oubliez le temps comme l'espace Dans un baiser, dans un frisson, dans un soupir ; Xe sachez plus si vous vivez, croyez mourir ! Soyez rêve, soyez jeunesse, soyez grâce, Et, dressant sur un fond de songe radieux Votre amour, méprisez, étant devenus dieux, L'humanité qui meurt et le monde qui passe.

Aimez vous ; enlacez vos corps jeunes ; il sourd

On ne sait quel frisson voluptueux et triste

De cette extase universelle qui persiste,

Enveloppant le trouble ému des fins de jour ;

Aimez vous, yeux fermés, voix dans le spasme éteintes,

Jusqu'à ce que vos corps étant rompus d'étreintes,

Vous ne soyez plus bons au rythme de l'amour.

Aimez vous ; absorbez en vous toutes ces choses Dont se pare l'orgueil des jardins lumineux ; Faites fleurir en vous ce qui fleurit en eux, Et fièrement croyez à des métamorphoses Où, formés de parfums et vêtus de couleurs, Vous vaguerez parmi des parcs ensorceleurs, Mangeant la chair des lys, buvant le sang des roses !

Aimez vous ; moi, je sais des âmes sans amour

Où demeure l'ennui de vivre et que dévore,

Ce soir, le mal de se sentir seules encore.

Plus que jamais elles s'attristent au retour

Du printemps, et, de voir fleurir les asphodèles

Et revenir par vols joyeux les hirondelles,

Leur mal est plus tenace et leur ennui plus lourd.

Aimez vous ; moi, je sais des âmes douloureuses Qu'un rêve encor, ce soir, va consumer en vain Dans l'espoir renaissant de quelque amour divin. Oh ! Quand vous aurez fait pâmer les tubéreuses En troublant leur sommeil du bruit de vos baisers, Quand vous serez repus, quand vous serez grisés, O vous les amoureux et vous les amoureuses ;

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Quand vous aurez connu l'ineffable douceur

De se perdre dans des chevelures profondes ;

Quand vous aurez vécu la gloire des chairs blondes ;

Quand, d'un mot de l'amant à l'amante : a Ma sœur,

Vous aurez apaisé la tempête charnelle,

Et lorsque, lèvre à lèvre et prunelle à prunelle,

Vous aurez assouvi le désir obsesseur,

Avez, après l'amour, à cette heure si tendre

Où l'âme s'agrandit dans le calme des sens,

Ayez un souvenir, ô beaux adolescents,

Pour des larmes que nul de vous ne voit répandre,

Et, sortant de l'extase où vous serez plongés,

Avec une pitié vague et triste songez

Aux âmes sans amour qui se meurent d'attendre.

Viviane', la fille ondule use aux crins d'or Jean Lorrain.

Blonde et diaphane Comme Viviane, Par ton charme exquis Tu m'as conquis,

Et, de lys coiffée, Ainsi que la fée

Fit de Merlin.

ICO LES HOULES

Sous les neiges fines Des fleurs d'aubépines Tu m'as enfermé Au mois de mai.

J'avais mis ma tête Où bat la tempête De mes désirs fous Sur tes genoux ;

Sous les feuilles vertes, Aux strophes ouvertes Des vers que tu sais, Tu me berçais ;

Avec des bruits d'ailes Les strophes fidèles Enivraient mon cœur D'une langueur ;

Te penchant, câline, Comme un lys s'incline, Au fond des forêts Tu me narrais

La légende ancienne De la magicienne Au geste félin Et de Merlin !

Et depuis, je t'aime

Pour la lueur blême

De tes yeux pervers

Où je me perds.

Je ne sais plus lire Que dans ton sourire ; Je ne suis joyeux Que par tes yeux.

Ma vie est la tienne ; Rien qui m'appartienne Ne /..meure en moi Si ce n'est toi,

Et mon âme sombre Ne se plait qu'à l'ombre De tes cheveux blonds Follement longs.

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Blonde et diaphane Comme Viviane, Par ton charme exquis Tu m'as conquis,

Et. de lys coiffée, Ainsi que la fée Au geste félin Fit de Merlin,

Sous les neiges fines Des fleurs d'aubépines Tu m'as enfermé Au mois de mai !

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Les yeux bleus de l'aimée enferment tout le ciel Et ses bras amoureux ont clos toute la terre.

Louis TlERCELIN.

Le jour où tu seras aimé, poète triste Qui souffres de ne l'être pas, Quand le premier baiser auquel nul ne résiste Aura chanté sur ton front las ;

Quand tu verras éclore en ton âme inquiète Le songe qui te fut si cher,

Et que la bien aimée apaisera, poète,

Le mal dont languissait ta chair.

Choisis, pour y cacher le bonheur de ton rêve, Loin de la rumeur des vivants,

Quelque maison petite et basse sur la g: Dans un port à l'abri des vents ;

Dans un port entouré de maisonnettes blanches.

Aux volets verts et jamais clos, Où, par les frais matins de printemps, des pervenches

Ouvriront leurs yeux près des flots ;

Dans un doux port tranquille et sillonné de voiles

Toutes blanches sur l'horizon, Où. la nuit, la chanson divine des étoiles

T'arrivera dans un frisson !

Et là, dans le logis choisi selon ta guise,

Avec l'aimée enferme toi, Et que l'amour, et que la solitude exquise

Soient tes seuls hôtes sous ce toit !

Sois heureux d'être aimé, car l'amour c'est la vie, Et le ciel n'est ouvert qu'à ceux

Qui surent trouver la chimère poursuivie

Entre deux bras et dans deux yeux.

Qu'au bruit des flots chanteurs que laboure l'étrave

Monte quelque chose d'amer Dans ton amour ; qu'il soit silencieux et grave,

Quand tu contempleras la mer.

Souviens toi que l'amour joyeux passe et s'envole

Comme passe le temps des fleurs, Et mêle à tes enlacements de chair frivole

Un peu de ce qui fait les pleurs.

Et, le soir, quand l'amour enfleurira ton âme,

Et que s'étoilera le ciel, Pense à tous ceux dont le malheur d'amour réclame

Un souvenir essentiel ;

Et tous les deux, l'aimée et toi, penchés vers l'onde,

Priez chaque soir désormais Pour ceux qui ne sont pas aimés d'une Enfant Blonde,

Et qui ne le seront jamais !

O belle jeune fille blonde Dont le regard pur, clair et bleu.

Si vague entre le ciel et l'onde, Avait l'air de mourir un peu,

Toi dont la sveltesse d'Anglaise, Sous ton casque de cheveux d'or, Comme les pins de la falaise Ondulait au souffle du Nord,

O jeune fille en qui mon rêve Reconnut la chère âme sœur A l'heure où là bas, sur la grève, Le soir tombait plein de douceur,

Tes yeux avec indifférence Vinrent au devant de mes yeux.

Sans te douter de la souffrance Qu'alors tu faisais naître en eux !

Près de moi tu t'étais assise, O jeune fille, sans savoir...

Nous rêvions et sur la mer grise S'épandait le charme du soir ;

La mer s'enlinceulait de brume ; Tu frissonnais sous ton manteau ; Autour de nous, une amertume Tombait du ciel, montait de l'eau.

Ft, de ce moment là, ma vie

S'est faite ta vie, à jamais,

Et le souvenir me confie

Que depuis longtemps je t'aimais.

Je ne sais rien de toi, pas même Ton nom, Nelly, Maud ou Svbil ; Mais, vois tu, depuis que je t'aime, Mon âme n'est plus en exil.

Je t'aime, ô jeune fille blonde, Et dans mon rêve j'aperçois Ta chevelure vagabonde, Si loin maintenant que tu sois !

Si loin, si loin, pense à moi, pense A celui qui, l'air abattu,

Te contemplait avec souffrance, Et peut-être comprendras tu !

Demain c'est la Christmas, la fête Des grandes touffes de gui vert ; Dans ta demeure où l'on s'apprête, Chaque mur en est recouvert.

Demain, tu seras rose et blanche Sous toutes ces touffes de gui ; Que leur chevelure se penche Vers ton beau sourire alangui !

Pour moi, je serai seul et triste, Comme on est triste vers le soir, Lorsque le vieil ennui persiste Et que rame s'emplit de noir.

Mais toi, du milieu de ta joie, Vers mon cœur laisse s'en venir.

Comme une rieur que l'on envoie, Un peu de ton cher souvenir.

Une angoisse est dans ma pensée Comme un portrait dans mon regard Pour que tu sois ma fiancée, O jeune fille, est il trop tard ?

-HBh-

A celle qui doit être blonde

Speak to me ! I bave wander'd o'er the earth, And never found thy Kketiess. Speak to me ! Byrox (Manfred).

Toi qui dois être blonde, écoute Si je savais un horizon D'où l'on vît rubanner la route Qui mène jusqu'à ta maison.

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