‹ Les Huguenots d'IssoudunChapitre 13 sur 43 · L AUDITOIRE DE JUSTICE · texte numérisé non relu

L AUDITOIRE DE JUSTICE

Le lendemain, il y avait grand émoi dans la ville et surtout aux environs de l'auditoire de justice. Dès le milieu de la nuit, il s'était formé aux deux côtés de l'escalier des groupes de gens, qui, désireux d'assister aux débats, s'efforçaient de prendre rang et de conquérir une place à la force des reins et du poing.

Vers le matin, la foule augmenta et, d'heure en heure, devint si compacte, que tout Issouclun semblait s'être donné rendez-vous. En effet, on eût vainement cherché le moissonneur aux champs, le vigneron aux vignes, le maraîcher à son jardin ; chacun, mû par la passion et la curiosité, s'était empressé d'accourir et de renforcer les rangs de son parti.

Enfin, sur les neuf heures, la foule cessa de grossir, faute d'aliments. La ville, les faubourgs, la campagne étaient vides et morts, tandis que la vie semblait s'être retirée aux abords et sur la place

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de l'Auditoire. Mais quelle vie!... C'était la fièvre du sang qui envahit le cerveau et fait craindre l'apoplexie.

Quand tout ce monde se trouva réuni, entassé, mêlé, enchevêtré clans cet étroit espace, il s'opéra un grand mouvement, qui semblait avoir pour but d'élargir l'enceinte inflexible des murs et des maisons. Chacun employant tous ses efforts à rejoindre les siens, il s'établit de terribles courants en sens inverses, qui firent onduler et tournoyer cette multitude, comme les flots de la mer torturés par la trombe.

Des clameurs, des menaces, des plaintes, des imprécations s'élevaient de tous côtés. Hommes, femmes, enfants, vieillards, criant, pleurant, maugréant et frappant, mettaient en œuvre vigueur, ruse ou prière pour se retrouver dans cette immense mêlée et s'installer le moins durement possible.

Comme bien on peut croire, cela ne se fit pas sans peine, et plus d'un dut payer ce spectacle par la maladie ou de cruelles blessures; mais quelles que fussent ses souffrances et ses fatigues, personne ne voulut quitter son poste avant d'avoir sacrifié à la curiosité, à sa cause et à son fanatisme.

Pourtant, lorsqu'après des efforts inouïs, chacun fut parvenu à emboîter son coude dans les côtes de son voisin, a s'encaisser de son mieux dans les

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