A BON CHAT HOX RAT
r Donne vite ; par notre saint père Pic IV, serait-il temps encore ?
— Voyez.
— Vertu Dieu ! reprit le soudard bondissant de joie, voilà qui est bien.
— Qu'est-ce à dire, capitaine ?
— Ah ! à notre tour, nous allons rire. Faites cercle vous autres, et montez-moi sur le perron. Je veux parler à ces drôles. A moi ma vieille rhétori- .que de cordelier, la belle voix et les grands gestes de frère Toussaint. »
En une seconde il se trouva hissé, installé sur le perron, comme dans une chaire véritable, et d'une voix de Stentor :
« A nous, maintenant, dit-il. Un oiseau en appelle un autre, un plaidoyer veut une réplique, un prêche provoque un sermon. Braves gens, mes frères en Dieu, en notre sainte mère l'Église catholique, apostolique et romaine, vous venez d'entendre ce vieil huguenot huguenotisant, ce hibou décrépit, prophète de ruines et de malheurs, et vous vous êtes cru perdus, vous avez senti dans votre poche la main des parpaillots, dans votre dos le sabre des hérétiques, à votre cou la corde de d'Yvoi, mais patience ; si le diable, quœrens quem devoret, lâche autour du troupeau un loup ravissant, le berger saisit sa fronde et détache son chien. Ce que le
berger fait pour les agneaux, Dieu ne pouvait manquer de le faire pour vous. Vous allez en juger. Ah! messieurs les huguenots, vous nous annoncez que Paul de Hangest, ce d'Yvoi satanique, qui a transformé Bourges en Sodome, s'approche d'Issoudun, que, dans une heure peut-être, il entrera dans nos murs. Apprenez donc à votre tour ce que le ciel nous envoie. Car nous aussi, nous avons une lettre, signée d'une main loyale, scellée d'un cachet sans tache. La voici ; écoutez, bons et mauvais, orthodoxes et mécréants, écoutez :
« Fidèles catholiques d'Issoudun, » Conformément à l'ordonnance du roi de » Navarre, lieutenant-général pour le Roi, qui me » nomme gouverneur d'Issoudun, sur la première » nouvelle de la marche de d'Yvoi, je suis monté » à cheval et j'accours pour sauver la religion de » ses griffes. En même temps, je mande à M. le » maréchal de Saint-André, qui revient du Midi » avec ses bandes, de passer par ici et de nous » prêter main-forte. Confiée à mon fidèle Gaucher, » cette lettre n'aura que peu d'avance sur moi ; » qu'elle soit répandue par la ville pour encourager « les indécis et maintenir les résolus. Avant la nuit » je serai avec vous ; deux coups de canon annon- » ceront ma venue. Jusque-là, tenez vos portes » bien closes et tâchez de brider les parpaillots.