‹ Les Huguenots d'IssoudunChapitre 19 sur 43 · A BON CHAT DON" RAT · texte numérisé non relu

A BON CHAT DON" RAT

tique, de l'espèce de blocus où ils se trouvaient avec les accusés.

En effet, la grande porte s'ouvrit tout à coup, et un huissier s'écria de sa voix glapissante :

« Au nom du Roi et cle la loi, place aux magistrats. »

Aussitôt, on vit paraître, au milieu d'une haie de gens d'armes, les officiers de justice, confondus avec les avocats du siège, immédiatement suivis des accusés et des principaux chefs de la multitude. Le sabre au poing, les soldats indiquaient clairement par leurs gestes et leur attitude énergique qu'ils avaient sous la main des otages dont la tête répondait de la moindre agression.

La foule sembla comprendre, et, soit par crainte, soit dans l'intérêt même d'une partie qui, en résumé n'était que remise, presque tous les assistants gardèrent le silence et une contenance passive.

Cette prudence commandée par l'espoir ou le doute, ne fut oubliée que sur un point, par le groupe où se trouvaient les quatre chefs vignerons, frère Toussaint, l'aubergiste et maître Pinault. Au grand émoi de ce dernier, une forte clameur fut poussée a l'oreille des magistrats, lorsqu'ils défilèrent, clameur qui eut pour effet d'éveiller de suite le sentiment du devoir et de la défense.

Sur l'ordre unanime des officiers et tirs avocats,

128 CES HUGUENOTS D'iSSOUDUN.

la force armée se précipita pour saisir les plus turbulents, tandis que, par un mouvement instinctif, la foule ouvrit son sein pour les recevoir et se referma immédiatement, dérobant ainsi à la justice les coupables et le délit.

Tout préoccupé de calmer par ses supplications et ses grands gestes l'effervescence imprudente de ses amis, maître Pinault fut le seul qui ne songea pas à profiter de cette porte de salut. Fort de sa conscience, heureux peut-être de sortir d'un milieu aussi compromettant, il resta en place, continuant ses exhortations pacifiques qui, mal interprétées dans tout ce bruit, le firent passer pour un des meneurs les plus violents, dont il importait de s'assurer incontinent.

Aussi, quelle ne fut pas la stupeur du pauvre homme, lorsqu'il se vit saisi, garrotté, au milieu d'une forêt de hallebardes, jeté parmi les accusés comme un malfaiteur! Dire ses prières, son désespoir, ses larmes, ses imprécations contre Issoudun et cette méchante pensée de quitter Châteauroux, serait chose impossible. Il est des douleurs qu'il faut renoncer à raconter, des effets d'orage, des cataclysmes naturels devant lesquels reculent la plume ou le pinceau.

A notre grand regret, nous sommes donc forcés d'abandonner le triste drapier à son sort immé-

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