‹ Les Huguenots d'IssoudunChapitre 3 sur 43 · UN COURS D HISTOIRE LOCALE ENTRE LA POIRE ET LE FROMAGE · texte numérisé non relu

UN COURS D HISTOIRE LOCALE ENTRE LA POIRE ET LE FROMAGE

Dans la soirée du 20 juillet 1562, le digne propriétaire et régisseur de l'auberge de la Pommede-Pin, àlssoudun, maître Pierre Bureau, se tenait majestueusement appuyé sur le montant de sa porte, prêt à accueillir de son meilleur sourire, de ses plus doux compliments, le grand concours de chalands attirés dans la ville par les deux circonstances réunies du marché du jour et de la foire du lendemain, veille de Sainte-Marie-Magdeleine.

Depuis quelques instants, son regard perçant,

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fixé dans la direction du pont, épiait avec sollicitude la marche d'un cavalier qui venait de déboucher dans le faubourg Saint-Patier *, le caressant tant qu'il se maintenait dans la droite ligne, s'assombrissant au moindre crochet qui semblait devoir l'éloigner de la maison et de la bonne voie.

A mesure que le cavalier approchait, la figure rubiconde de maître Pierre s'animait visiblement et passait par toutes les nuances d'incertitude, d'espoir et de joie qui accueillent d'ordinaire une visite désirée et inespérée.

Enfin, quand le doute ne fut plus possible, quand la jument blonde du voyageur eut frappé du nez dans la porte de l'écurie, comme une vieille connaissance sûre de l'accueil et du gîte , le brave aubergiste sortit de sa pose contemplative, décroisa ses bras pour les lever au ciel en guise d'action de grâces, ouvrit démesurément ses petits yeux gris et s'écria avec épanouissement :

« Est-ce possible, monsieur Pinault, vous à Issoudun ?

— Moi-même, père Bureau, moi-même.

— Par la messe ! je vous tenais pour mort depuis

un an.

— Pas encore, grâce au ciel.

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