CHAPITRE XV
Une heure après, M. de Lavarennes arrêtait son cheval dans la cour du domaine ou plutôt de ce qu'on appelait le domaine de Lizeray ; car un grand changement s'était fait dans ces lieux naguère si heureux et si vivants.
Au lieu du bourdonnement joyeux qui préside aux travaux de la campagne, au lieu clés cris de la ménagère, du mugissement des bestiaux, du caquetage des volailles, partout le silence et la solitude.
Nulle famée ne s'échappait du toit; les étables étaient vicies, la charrue, la herse, les attelages pourrissaient sous les herbes; les portes défoncées livraient passage à tous les vents.
Sur un banc délabré, grelottait an soleil un pauvre homme rongé de misère et de fièvre, fixant devant lui un regard idiot.
C'était un vieux pâtre, seule croature humaine dans cette scène de désolation. Le maître, la maî-
tresse, les domestiques avaient fui devant la .guerre et ses horreurs. Après avoir longtemps erré, lui seul était revenu au logis, poussé par son instinct, décidé à mourir sous le toit qui l'avait abrité.
Depuis lors, il vivait machinalement dans ce désert, courant les champs et les bois, cherchant la trace de ses bœufs, visitant ses prés, se nourrissant de fruits sauvages, s'abreuvant à l'ornière du chemin, véritable esprit des ruines, dont il ne pouvait s'éloigner.
A l'arrivée du cavalier, il jeta autour de lui un coup d'oeil inquiet et se dressa à moitié sur ses jambes, comme s'il eût cherché une issue.
« Eh bien! Goujeon, fit M. de Lavarennes, qu'avons-nous donc ? Je ne suis pas un mécréant , que je sache.
— Ah 1 c'est vous, monsieur Claude, répondit le pauvre diable, médiocrement rassuré, il y a bien longtemps qu'on ne vous a vu dans ces parages.
— C'est pour cela, mon ami, que je viens aujourd'hui.
— Et qu'y a-t-il pour votre service ?
— Je voudrais dire deux mots au métayer ou à sa femme.
— Oui-dà, vous pouvez les appeler longtemps avant qu'ils ne répondent.
— Bah ! que sont-ils devenus?
— Demandez-le aux gens du capitaine d'Yvoi ou du maréchal de Saint-André, aux parpaillots ou aux papistes, comme on dit, à Dieu ou au Diable.
— Leur serait-il arrivé malheur ?
— Sur ce point, c'est incontestable. Dailleurs, voyez vous-même, ajouta le bouvier en montrant le délabrement de la maison.
— Mort de ma vie, quelle désolation !
— Oui, voilà les beaux effets de vos guerres.
— Comment, il n'y a donc personne ici ?
— Personne, si ce n'est moi, misérable créature qui ne compte pour rien.
— Pourtant, ajouta M. Claude à voix basse, on m'avait assuré que, depuis deux jours, mon frère et son fils s'étaient réfugiés au domaine.
— Jésus, Maria... d'où tenez-vous cela, mon cher Monsieur?
— Je le tiens, de leurs amis eux-mêmes, qui veulent les servir.
— Dites plutôt de leurs ennemis, qui voudraient les mettre dans l'embarras. C'est un mensonge, un odieux mensonge.
— Ne t'emporte pas, mon bon Goujeon, ce que j'en dis est au contraire dans l'intérêt de sa propre sûreté. Ne suis-je pas son frère ?
— .l'entends bien, j'entends bien; mais aujour-
d'hui y a-t-il encore des frères?.. Tenez, si vous lui voulez réellement du bien, retournez en ville, criez bien haut qu'il n'est pas ici, qu'il n'y est jamais venu et qu'il se gardera bien d'y revenir.
— Au moins, dit M. de Lavarennea se ravisant, n'a-t-il pas mandé un de ses fidèles, un autre luimême, prêt à répondre pour lui.
— Qui donc?
— Maître Mathieu Désages.
— Chut ! fit le vieillard avec mystère, parlez plus bas et répétez... Quel nom avez-vous prononcé ?
— Celui de Mathieu Désages.
— Quoi, vous sauriez, vous connaîtriez ?..,
— Tu le vois, je suis bien véritablement un ami. — 'C'est juste... pourtant... enfin je dois obéir...
Mettez votre cheval à l'écurie, et suivez-moi jusqu'à lalocature... Encore une fois, êtes-vous bien sûr de vouloir parler à maître Mathieu honnêtement et dans son intérêt ?
— Foi de bon gentilhomme.
— Allons, venez par ici, soupira le berger en ouvrant une porte qui donnait sur les bois. »
Quand ils eurent marché pendant près d'une demi-heure à travers les sentiers perdus et les massifs, ils arrivèrent à une sorte de clairière encaissée dans la forêt, où s'élevaient deux ou trois
chôtives masures, constituant la locature de Lizeray.
Sans pénétrer dans les bâtiments, Goujeon en fit le tour et parvint à une petite planche jetée sur un ruisseau et donnant accès dans le jardin.
-( Attendez là, dit-il, je vais chercher notre homme et annoncer votre venue. »
Puis écartant des pieds et des mains les ronces qui obstruaient l'entrée, il s'enfonça sous une épaisse charmille, et se mit à appeler discrètement :
« Maître Mathieu, maître Mathieu.
— Que me veut-on, répondit une voix qui fit tressaillir M. de Lavarennes ?
— Je vous amène quelqu'un se disant votre ami et voulant vous entretenir.
— Déjà !... A qui veut-on ou croit-on parler ? — ■ A vous-même en personne.
— Qui, moi ?
— Pardieu, à maître Mathieu Désages, ni plus ni moins.
— ■ C'est bien, on peut venir.
- Par ici, fit le paysan à M. de Lavarennes qui, l'âme agitée par un trouble inconnu, pénétra sous le dôme obscur de la charmille, et, suivant le doigt de son guide, aperçut une forme humaine assise près d'une table grossière sur un banc de gazon.
A mesure qu'il approchait, le digne gentilhomme sentait augmenter son angoisse, en se voyant couvert par le regard brillant qui cherchait à démêler ses traits dans la pénombre.
En effet, l'œil tendu vers l'inconnu, fixant d'une main les feuillets de sa bible ouverte sur ses genoux, et de l'autre pressant la détente d'un long pistolet posé près de lui, Gaspard Jugand restait immobile dans une attitude menaçante.
Arrivé à quelques pas, Claude s'arrêta devant l'expression de rage et de fanatisme qui enflamma soudain le visage du sauvage huguenot.
« Homme, que veux-tu ? s'écria celui-ci se dressant sur ses pieds et dirigeant vers son frère le canon de son pistolet ; que viens-tu faire ? me trahir sans cloute; mais patience, je te tiens, à mon tour.
— Frappe, répondit M. de Lavarennes, retrouvant son sang-froid et son orgueil, je suis sans armes.
— Tes armes sont l'hypocrisie et la méchanceté qui ne te quittent jamais.
— Insulte, je suis sans fiel et sans colère.
— Par Calvin, la victoire t'a donc bien changé ? — ■ La victoire et le malheur.
— Le malheur ! répéta Gaspard en riant d'un rire amer, le malheur ! quand tes souhaits les plus
chers sont accomplis, quand tes ennemis sont frappés, ta famille chassée, ta religion triomphante. Mensonge ! Vous êtes heureux, monsieur mon frère, ou vous êtes bien rebelle au bonheur !.. Au fait, que venez-vous chercher ?
— Te sauver, toi et ton fils.
— Me sauver, suis-je donc en danger ?
— Tes ennemis connaissent ta retraite.
— Je le vois bien, puisque tu es ici. Et que fautil faire pour les désarmer ?
— Fuir au plus vite.
— Oui, déserter la patrie, après avoir été chassé du logis. Voilà votre charité, messieurs les papistes ; mais je n'y suis pas plus sensible qu'à vos conseils.
— C'est braver la captivité, la mort peut-être ; tu ignores donc l'édit de M. de Sarzay.
— Je le connais ; mais, Dieu merci, je n'ai pas l'habitude de courber le front devant la menace. Je saurai tenir tête au danger.
— Insensé, tu voudrais lutter ?
— Tant que je marcherai dans la voie du Seigneur, je n'ai rien à craindre.
— Pour toi c'est possible ; mais pour ton fils.
— Homme de peu de foi, oses-tu bien me parler au nom de mon (ils que lu as proscrit comme moi. Oses-tu invoquer les sentiments de famille que tu as reniés, foulés aux pieds ?
25G LES HUGUENOTS D'iSSOUDUN.
— Hélas ! j'en suis sévèrement puni... La main du sort s'est appesantie sur moi.
— Ah ! reprit Gaspard avec une amère curiosité ; le châtiment serait-il déjà venu?
— Trop prompt et trop cruel.
— C'est la loi du Seigneur.
— ■ Je veux le croire. Mais sa colère a été terrible. Écoute Gaspard, dussé-je exciter ton mépris, je veux confesser devant toi ma douleur et mon repentir. Repousse mes prières, couvre-moi de tes dédains, je les accepte en expiation de mes fautes, de mes crimes... Mon cœur s'est ouvert; que le tien s'ouvre cle même... Depuis que notre mère est morte au spectacle de nos haines, toutes les misères on fondu sur nous. Te voilà proscrit, sans patrie, sans asile, en proie au démon de la vengeance, qui va te dévorer ainsi que ton fils; quant à moi, je ne suis pas mieux partagé ; j'ai perdu la paix du cœur, ma maison est désolée, ma fille se meurt.
— Ursule !
— Hélas ! ces affreuses discordes l'ont tuée. Elle n'a pu supporter cette mort, cette séparation.
— A qui la faute ?
— Chaque jour elle vous cherche, elle vous appelle en me maudissant.
— • Maudit par sa mère, maudit par sa fille,
maudit par son frère. Israël, ta justice est grande.
— Pitié pour moi! pitié pour elle!
— As-tu pris Julien en pitié?
— N'imite pas ma faute.
— Homme, la folie égare ton cerveau ; la peur avilit ton âme ; quand je le voudrais, que pourraisje faire?
— Comme je te l'ai déjà dit, partir et attendre loin d'ici des temps meilleurs.
— Partir ! quand l'heure va sonner, quand le danger est proche, quand la dernière épreuve se prépare, quand la voix du Très-Haut m'appelle.
— Que veux-tu dire ?
— Ecoute, et dût la trahison se cacher sous ton repentir, puisque tu as imploré ma compassion reçois à ton tour ce conseil. Tu parles de fuite et de prudence, tu as raison ; mais c'est à toi d'y pourvoir.
— A moi ?
— A toi et aux tiens... Insensés, qui menacez et foulez aux pieds vos ennemis, sans voir l'épée suspendue sur votre tête.
— Tu t'exaltes... et que signifient ces menaces?
— Tu le sauras ce soir.
— Un complot, sans doute ? Malheureux, songe à Robert Barbier.
— Oui, il a été trahi, je le sais; tu peux à ton
258 LES HUGUENOTS D ISSOUDUX
Lour réclamer le prix du sang, comme Judas, vendre au poids de l'or ce conseil donné en échange du tien.
— Trêve à ces misérables insultes. Je ne m'abaisserai pas à les relever, quand je veux éviter de nouvelles imprudences.
— Et moi de nouveaux conseils. Cet entretien a déjà trop duré ; il est temps d'en finir, pour ton honneur et pour le mien.
— Pour mon honneur et le tien ?
— Oui, car je me prends à rougir de ton abaissement devant mon dédain et mon inébranlable volonté.
— Encore un mot.
■ — Inutile ; désormais que peut-il y avoir de commun entre nous? Une malédiction nous sépare.
— Tu veux donc la rendre irrévocable.
— Dieu prononcera.
— Fanatique !
— Allons, d'autres devoirs m'appellent. La prière et la solitude me réclament.
— Je comprends, tu me chasses.
— Gomme tu m'as chassé. Je suis en mon domaine de Lizeray, et, tout proscrit que je sois, je veux être maître ici, comme toi en cette demeure dont tu m'as défendu le seuil.
— C'est ton droit.
— J'en use.
— Que la fatalité s'accomplisse.
— C'est mon désir.
— Adieu donc, et que le poids de nos malheurs retombe sur toi, homme impitoyable.
— J'en accepte le fardeau... Adieu. »
Le cœur navré, M. de Lavarennes reprit le chemin d'Issoudun, commentant avec découragement les amères paroles de son frère et l'humiliation qu'il avait subie.
Pourtant son orgueil n'en était point irrité, car la raison avait éclairé son âme, car il voyait dans ces dures représailles une juste expiation de ses violences passées et de son impiété fraternelle. Pour lui, il s'inclinait volontiers devant la rigueur du sort avec une sorte de religion ; mais il se demandait avec anxiété comment il pourrait faire accepter par ses filles le cruel châtiment dont il les rendait solidaires.
Il cheminait donc lentement, se fiant à l'instinct de son cheval, lorsqu'il fut tiré de ses pensées par une voix dont l'accent lamentable le fit tressaillir.
En relevant la tête, il aperçut à quelques pas devant lui une pauvre femme tout en larmes, tenant par la bride un maigre baudet, sur lequel étaient placés deux petits enfants, au milieu de
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quelques ustensiles de ménage ; par derrière suivait un homme dans la force de l'âge, dont le visage crispé, le regard brûlant, annonçaient l'irritation et la douleur.
« Que demandez-vous, ma bonne femme, fit M. de Lavarennes ?
— Le chemin de Lizeray, mon cher monsieur ?
— Pardieu, j'en arrive moi-même, suivez cette traîne jusqu'à une grande croix, et tournez à droite. Mais qu'allez-vous faire à Lizeray ?
— Exécuter l'ordre de M. de Sarzay.
— Quel ordre ?
— Celui qui nous chasse de nos maisons et de la patrie, reprit l'homme d'un ton strident.
— Ah ! vous êtes des gens de la religion réformée.
— Je vous plains.
— Plaignez nos corps, mais glorifiez nos âmes.
— C'est affaire d'opinion, que je ne puis discuter ici. Mais pourquoi prendre ce chemin; il n'y a personne à Lizeray, le savez-vous?
— C'est précisément pour cela que nous y allons.
— Je ne comprends pas.
— Puisqu'on nous chasse d'entre nos semblables, il nous faut bien chercher les lieux inhabités. Les déserts nous seront plus secourables que ces
Sodômes, où, plus cruel que la brute, l'homme dévore ses semblables.
— Vous paraissez irrité, mon ami... La colère est mauvaise conseillère.
— Vous en parlez à votre aise, monsieur, vous qui retournez paisiblement à votre foyer, où vous retrouverez vos enfants, vos amis... tandis que nous, nous allons Dieu sait où, loin du pays, sans ressources, sans espoir. . . C'est une véritable pitié. .; mais pourquoi se plaindre ? Continuez votre route, vous en verrez bien d'autres.
— Est-ce que tous les vôtres quittent la ville dès ce soir?
— Tous, sans exception, femmes, vieillards, enfants, sous peine de la prison et de la corde, jusqu'à ce pauvre M. Jean Arthuys.
— Le père du procureur du Roi ?
— Hélas! oui, un homme de quatre-vingts ans, un pauvre vieux qui comptait finir dans son pays, sous son toit, au coin de son feu. Point. Il lui a fallu, malgré ses infirmités, monter à cheval et prendre la fuite.
— Et son fils, François Arthuys?
— Comme vous le savez peut-être, il vivait depuis un mois, caché et nourri par les catholiques eux-mêmes ; car, il laut bien le reconnaître, il s'en trouve encore quelques-uns de bons par-ci
par-là ; mais, bah ! à cette heure, il est sans cloute errant comme les autres.
— Où veut-il se retirer ?
— Qui le sait? Chacun tire de son côté, à la grâce du ciel.
— Et vous, que comptez-vous faire ?
— C'est un secret que j'ignore moi-même... Je m'en rapporte au Seigneur, me tenant prêt à tout événement, les sandales aux pieds, la ceinture au corps.
— Vous le voyez bien, vous croyez encore.
— Sans cloute, sinon au bonheur du moins à la vengeance.
— Mauvais espoir !
— Le seul qui nous reste.
— Prenez ceci, en mémoire de moi, fit M. Claude en lui présentant sa bourse.
— Merci, monsieur, gardez votre argent, il nous est inutile et ce serait un lien.
— Comment, vous vous dites sans ressources, et vous refusez ?
— Oui, car je ne veux pas amollir mon courage, ni endormir la fatalité ; j'attends tout de l'excès du mal... J'ai eu tort de me plaindre, car je ne plaindrais pas mon ennemi abattu.
— Insensé !
— Adieu, monsieur.
— Que Dieu vous éclaire et soulage votre peine.
— Priez pour vous, adieu. »
Puis, passant une main sur son front, comme s'il eût voulu en chasser ses pensées, l'homme donna le signal, et la triste famille s'éloigna.
Gomme on le lui avait annoncé, M. de Lavarennes ne tarda pas à rencontrer de nouveaux groupes. Les uns mornes et farouches passaient près de lui, sans mot dire, en lui jetant un sombre regard ; d'autres s'arrêtaient pour l'interroger, et, chose étrange, presque tous demandaient le chemin de Lizeray.
Cette particularité, jointe aux dernières paroles de Gaspard, avait une singulière signification, surtout si l'on examinait avec soin ces hommes, dont la plupart étaient armés et paraissaient en proie à une vive exaltation plutôt qu'à l'abattement.
A mesure que l'on approchait des murailles, les bandes devenaient de plus en plus nombreuses et prenaient les proportions d'une véritable émigration poursuivie par l'ennemie.
Le milieu de la route et les bas côtés étaient littéralement jonchés d'hommes, de femmes et d'animaux, se pressant les uns sur les autres, harcelés par la terreur. Mais c'était surtout à l'intérieur des faubourgs qu'il fallait contempler cette scène lamentable dans sa hideuse et navrante réalité.
Au milieu des menaces et des cris, les réformés de tout âge et de tout sexe, sortaient précipitamment de leurs maisons, rassemblant au plus vite quelques hardes et quelques vivres. Ceux-ci, soutenus par une sauvage résignation, partaient fiers et silencieux pour ne pas réjouir leurs ennemis de la vue de leur peine ; ceux-là au contraire, en proie au désespoir, ne pouvaient s'éloigner et se laissaient arracher de leur demeure, dont ils embrassaient la porte et les murs.
« De là, dit Théodore de Bèze, s'ensuivit un » misérable spectacle, sortant parmy les autres » plusieurs femmes avec leurs petits enfants au » col, en pleurs et en larmes, joint qu'estant sortis, » tout estoit destroussé et pillé, jusques aux sou- » liers et jusques aux drapeaux de leurs petits » enfants '. »
1. A en croire Théodore de Bèze, M. de Sarzay aurait été le promoteur et l'exécuteur de ces persécutions ; mais ce serait méconnaître l'esprit de parti et les erreurs qu'il enfante, que d'accepter ces accusations passionnées comme l'expression entière de la vérité. M> Raynal en fait la sage observation, et voici comment M. Pérémé s'exprime à ce sujet dans ses Études archéologiques :
« ... On sait trop combien est suspect le témoignage des écrivains » dans les guerres d'opinion et en particulier celui de l'historien des » Églises réformées. On sait aussi que, dans les temps de révolution, » il est difficile de juger sainement les hommes et les faits ; les ca- » ractères les plus doux se laissent parfois emporter aux dernières » violences, et les plus sages savent rarement s'arrêter sur la pente
Se sentant impuissant à consoler tant de misères, pliant sous le poids de ses chagrins, détestant plus que jamais les discordes civiles, M. de Lavarennes détourna les yeux, se fit sourd à ces plaintes, traversa à la hâte les rues désolées et, la mort dans l'âme, vint frapper à la porte de sa maison.
» des réactions. Si Charles de^ Barbançois fut, aux yeux des protes- » tants, un Tibère et un Néron, il fut pour son parti un sauveur et » presque un demi-dieu, à en juger par les monuments de recon- » naissance publique qui témoignent en sa faveur.
» L'orsqu'on releva les fortifications, ruinées par le canon des pro- » testants, une tour qui s'était écroulée fut reconstruite et reçut le » nom de Tour de Sarzay, expression non équivoque des sentiments » de la population. Mais nous voyons, six ans plus tard, cette sym- » pathie des habitants bien plus formellement exprimée dans un acte » conservé à la mairie d'Issoudun, et que nous rapportons ci-dessous » comme un tableau curieux de la situation des choses et des esprits » à cette époque. »
Suit une longue requête adressée au Roi par les catholiques d'Issoudun, à l'effet de conserver comme gouverneur M. de Sarzay, en raison des services importants rendus k la ville et à la religion, pendant et depuis le siège de d'Yvoi. En marge sont consignés le consentement du Roi et ses réponses aux différents paragraphes.
Cette pièce curieuse est également reproduite dans l'histoire de M. Raynal, tome i, page 521.