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L AUDIENCE

Au bout d'une heure, M. Denis du Jon rentra et annonça que, dépassant leurs vœux, son ami, M. Claude de Laubespine, avait non-seulement obtenu l'audience désirée, mais encore, en sa qualité de secrétaire d'État, avait trouvé l'occasion d'entretenir la reine mère de son objet et de sa gravité ; qu'en conséquence il fallait se préparer à comparaître devant leurs Majestés, après la messe basse qu'on devait célébrer en la chapelle de l'hôtel pour le repos des catholiques morts durant le siège, au service du trône et de la religion.

A l'heure dite, M. de Lavarennes, M. du Jon et sa fille se présentèrent, munis d'une céclule de réception, à la grande maison de Jacques-Cœur, le célèbre argentier de Charles VII, l'opulent marchand qui couvrait le monde de ses comptoirs, la mer de ses galères, se faisait en Orient le rival de Venise, de Pise et de Gènes, et dont les éminents

services furent si mal reconnus par l'ingratitude royale.

C'est qu'en effet, à la vue de ce splendide palais, tout couvert d'emblèmes, d'armoiries et de sculptures, proclamant la personnalité de Jacques- Cœur, en lisant cette fière devise dans laquelle se berçait son orgueil : A Vaillans Cuers rien impossible, on comprendra facilement que le démon de la jalousie se soit glissé dans l'âme du souverain, et que le pauvre roi de Bourges ait voulu humilier cette richesse bourgeoise qui insultait à sa misère.

Mais l'histoire ne saurait enregistrer sans le flétrir le procès inique qui, sous prétexte de justice, déshonora et spolia le génie couronné par la fortune1.

i. Quand sa perte eut été consentie par le roi, Jacques-Cœur fut accusé de mauvaise administration dans les finances de l'Etat, d'envoi de lingots et de monnaies à l'étranger, d'avoir organisé une sorte de presse de matelots, d'avoir fait de riches présents au Soudan de Babylone, enfin d'une foule de griefs mensongers, ou de faits trèslicites nécessités par son commerce. Il eut beau protester que toute sa vie il avait servi le Roi fidèlement, sans lui avoir fait aucune faute ou pris larcineusement aucun de ses deniers; mais qu'il s'était avancé dans la marchandise, ou il avait gagné son vaillant, il n'en fut pas moins condamné à voir tous ses biens confisqués et à monter sur un échafaud, en la grande place de Poitiers, pour y faire amende honorable, nu-tête, sans chaperon ni ceinture, une torche de dix livres au poing. Plus tard, s'étant échappé de sa prison, on ne sait comment , il passa en Italie où il mourut, dit-on, investi d'une

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Louise se sentit prise d'un violent battement de cœur, quand elle entra dans cette demeure toute vivante encore du souvenir de son premier maître.

Sans penser à les interroger même du regard, elle parcourut les cours, les corridors, les escaliers, récitant une prière intime et s'efïbrçant de mettre en ordre ses idées effarouchées.

Son émotion redoubla lorsque, soulevant une riche portière, un page aux couleurs royales jeta d'une voix claire son nom aux voûtes de la salle d'audience.

Sa vue s'obscurcit, ses oreilles tintèrent, ses genoux fléchirent, et ce fut seulement sur une interrogation brève et hautaine, faite par une voix de femme, qu'elle osa lever les yeux et contempler la réunion imposante où elle était admise.

En face d'elle, sur une estrade couverte d'un baldaquin fleurdelisé, siégeait la reine mère, veuve du roi Henri II, si malheureusement tué dans un tournoi par Montgommery, et dont les trois fils, François, Charles et Henri régnèrent sur la France.

Catherine de Médicis était une femme appro-

haute mission par le pape Calixte III et en exposant sa personne à V encontre des ennemis de la foy catholique. (Voyez r Histoire du Berri, par M. Raynal. t. III, pages 51 et suivantes.)

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chant de l'âge mûr, dont l'aspect dur et glacé aurait pu passer pour vulgaire, si une attention plus soutenue n'eût découvert dans les profondeurs de son regard une pensée et une volonté immuable.

Elle était entièrement vêtue de noir, couleur qu'elle adopta et conserva toujours depuis la mort de son royal époux; une large fraise empesée, sortant d'un corsage sévèrement fermé, encadrait son visage ; un collier de jais à gros grains, terminé par une croix et pouvant servir de chapelet, descendait sur sa poitrine. Sa chevelure, relevée en rouleau sur le front et les tempes, était rehaussée par cette élégante coiffure du temps, que sa bru, la malheureuse Marie Stuart, a rendue si célèbre.

A ses côtés se tenait le jeune roi Charles IX qui, depuis deux années, avait remplacé sur le trône son frère aîné, François II.

C'était un enfant de constitution frêle et chétive ; sa figure pâle et maladive, son œil gris, qui semblait n'oser rien fixer, avaient une singulière expression d'hésitation et d'inquiétude. .

Ses cheveux, d'un blond faux, étaient couverts d'une petite toque flanquée d'une plume blanche ; il portait un costume de satin gris perle, sans armoiries ni dorures, orné seulement de quelques passementeries et de bandes de velours noir.

Sur la dernière marche du trône étaient assis

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deux autres enfants, les ducs d'Anjou et d'Alençon, frères' du Roi, que, dans sa virile maternité, Catherine de Médicis ne manquait jamais de traîner à sa suite clans les camps et dans les conseils, pour les initier de bonne heure aux rudes pratiques de la guerre ou de la politique.

Autour de la famille royale, parmi les principaux seigneurs de la cour, les grands dignitaires et les chefs de l'armée, se voyaient le roi de Navarre, Antoine de Bourbon qui venait de sacrifier sa religion à ses hautes fonctions de lieutenant-général du royaume, les membres du Tiïumvirat, François de Lorraine, duc de Guise, père du Balafré, le connétable Anne de Montmorency et maréchal de Saint-André, tous trois directeurs exaltés de cette faction catholique, plus royaliste que le Roi, et qui plus tard devait enfanter la Ligue ; puis le duc de Nemours, Philippe, comte Rheingrave, messieurs Descepteaux, Claude de Laubespine, secrétaire d'État, Philibert de Marcilly, seigneur de Cipierre, précepteur du Roi, le sieur de Monterud, le prince de la Roche-sur-Yon auquel venait d'être confié le gouvernement de la province, et enfin les personnages les plus importants delà ville de Bourges, jaloux de complimenter leurs Majestés, de solliciter une faveur ou un pardon.

Parmi ces derniers, on pouvait remarquer un

homme d'environ quarante ans, d'aspect grave et réfléchi, dont la barbe démesurée tombait à flots sur une simarre professorale.

C'était Jacques Gujas, l'immortel jurisconsulte qui, continuant l'œuvre d'Alciat et de Duaren, devait leur amener l'université de Bourges à l'apogée de gloire.

Pourtant il gardait une attitude réservée et s'efforçait de cacher sa célébrité dans les rangs de la foule ; car si, plus heureux que ses confrères, Hugues Donneau et Antoine Leconte, il n'avait pas cherché clans la fuite un abri contre la réaction, il avait au moins à faire oublier ses récentes sympathies pour Spifame et les velléités de réforme, ' dans lesquelles l'université se laissait volontiers entraîner par ses études théoriques.

« Eh bien ! Mademoiselle, qu'avez-vous à nous demander, répéta Catherine de Médicis d'un ton plus doux, en lisant sur les traits de mademoiselle du Jon ce désordre respectueux, qui ne manque jamais de chatouiller l'orgueil des grands?

— Grâce, répondit Louise d'une voix tremblante, grâce pour des malheureux égarés, pour l'honneur de notre famille.

— Remettez-vous, mon enfant, et ne balbutiez pas ainsi, si vous voulez qu'on écoute votre supplique.

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— Que votre Majesté pardonne le trouble qu'elle inspire, elle qui tient sur ses lèvres notre salut ou notre perte.

- Voyons, monsieur le secrétaire d'État, venez en aide à l'émotion de mademoiselle, et reditesnous l'objet de sa requête, afin que le Roi et ses conseillers puissent se prononcer en connaissance de cause. »

Interpellé par la reine, Claude de Laubespine fit en peu de mots l'historique des troubles d'Issoudun et du rôle qu'y avaient joué les condamnés. Il expliqua par quels liens de parenté ils étaient unis à M. du Jon et à M. de Lavarennes, deux loyaux sujets de Sa Majesté, dont la constante fidélité méritait récompense.

Invoquant ensuite des considérations plus générales, il s'efforça de prouver qu'après la victoire la clémence était de bonne et saine politique, et qu'on désarmait bien mieux les colères en pardonnant à propos, qu'en frappant impitoyablement.

« Enfin, ajouta-t-il, pour peu que les semences d'honneur germent encore dans leur âme, que pourront faire ces hommes égarés, lorsque la grâce royale sera descendue sur leur tête, sinon se repentir, devenir des sujets soumis, ou au moins renoncer pour toujours à leurs criminels projets?

— Erreur, monsieur le secrétaire d'État, inter-

rompit François de Lorraine, duc de Guise, vous jugez selon la droiture de votre cœur et non selon les passions de ces fanatiques. Pour eux le pardon est un encouragement ; ils prennent la magnanimité pour de la peur et l'oubli pour une nouvelle humiliation.

— Monsieur le duc, vous méconnaissez les plus nobles sentiments placés par Dieu au cœur de l'homme ; en écartant le bienfait, vous détruisez la reconnaissance.

— Croyez-moi, je suis un homme pratique ; ces tempéraments sont dangereux et hors de saison pour les graves circonstances où nous sommes ; un exemple sévère, l'ait sur les chefs, sera plus salutaire cent fois que votre commisération. Et je ne dis pas cela par cruauté ou par vengeance, Dieu m'en préserve ; c'est au contraire l'humanité qui me conseille. En frappant quatre grands coupables, vous épargnez cent innocents.

— Oh ! Monsieur, murmura Louise tout en larmes, pouvez-vous aggraver par l'autorité de vos paroles une position déjà si cruelle ?

— Mademoiselle, reprit le duc, il m'en coûte de marcher contre vos vœux. Je suis touché de votre douleur, soyez-en certaine ; mais je considère en premier lieu le salut du royaume, devant lequel doivent disparaître les considérations secondaires.

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— Je partage cette opinion, fît à son tour le maréchal de Saint-André, en cette circonstance plus qu'en toute autre. Il y a moins d'un mois, pendant mon séjour à Issoudun, j'ai été à portée de connaître le détestable esprit qui y règne, l'audace sans seconde du parti protestant, et notamment la pernicieuse influence des trois ministres dont on sollicite la grâce.

— Je me rendrais volontiers à l'avis de M. le duc et de M. le Maréchal, observa Denis du Jon, si l'un des coupables au moins ne tenait à une familte entièrement dévouée à leurs Majestés. Sans parler des services que j'ai pu rendre, des épreuves que j'ai subies autrefois pour une si bonne cause, voici M. Jugand de Lavarennes qui, toute sa vie, s'est montré le plus ardent défenseur de la religion et du trône, qui a perdu à ce jeu son repos et sa fortune. Lui ravirez-vous encore l'honneur, le seul bien qui lui reste ? Nous sommes frère et beau-frère de ce Gaspard que vous livrez au supplice, oncles de ce jeune homme que vous^ envoyez en exil ; je le dis sans colère et sans menace, voudrez-vous, par une sévérité d'une opportunité douteuse, désaffectionner et flétrir une famille prête à donner son sang.

— En effet, Messieurs, fit la Reine, ceci méritr quelque réflexion.

— N'est-il pas vrai, Madame, s'écria Louise oubliant tout, l'étiquette et sa timidité ; n'est-il pas vrai que mon père a parlé juste, qu'il a touché votre cœur? car vous êtes bonne, vous êtes femme, vous êtes mère. Vous savez ce qu'il en coûte à chaque lien brisé. Vous ne voudrez pas nous enlever par une mort ignominieuse, horrible, nos parents, nos amis ; vous aurez pitié de nos larmes. Et vous, Sire, qui, si jeune encore, portez cette belle conronne de France, vous voudrez préluder par la clémence à la vie longue et glorieuse que le ciel vous ménage. C'est si facile, si simple, si doux de laisser tomber de vos lèvres le mot : pardon... Et vous enfin, Messieurs, qui, agissant dans les hautes régions, croyez devoir, au nom du salut public, rester étrangers à l'humanité, redevenez hommes pour un instant. Vous êtes forts, et vous n'avez pas remis au fourreau vos loyales épées, pour invoquer la hache ou la corde du bourreau.

— Madame, ma mère, dit enfin le jeune Roi tout ému, laisserons-nous pleurer si longtemps cette pauvre demoiselle ? Vous oubliez qu'on nous attend pour faire une battue dans la forêt, et que je dois essayer la belle petite haquenée blanche que m'ont donnée les bons bourgeois de la ville.

— Oui, ajouta d'un ton mutin le petit duc d'An-

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j'ou, ne prendrons-nous pas un peu de loisir, depuis le temps que nous faisons la guerre ?

— Allons, Messieurs, repritCatherine cleMédicis, je crois qu'il nous convient d'être indulgents encore une fois. C'est un nouvel essai auquel j'ai confiance. Vous le savez, je ne puis renoncer au désir bien légitime de calmer les .haines qui troublent le royaume et d'accommoder les deux religions. »

Comme on le voit, à cette époque, la Reine vivait d'illusions ; ce n'était pas encore cette terrible Catherine qui, dix ans plus tard, la croix d'une main, l'épée de l'autre, se levait comme l'ange exterminateur pour extirper l'hérésie et ordonner la Saint- Barthélémy, horrible forfait qui devait trouver des apologistes dans toute l'Europe et que le bronze devait perpétuer '.

« J'ai mis ma conscience à l'abri, dit François de Guise, je m'en lave les mains et ne veux pas combattre davantage d'honnêtes espérances, que le colloque de Poissy et les événements de chaque jour auraient dû pourtant mettre à néant...

— Que voulez-vous, monsienr le duc, la sagesse ne vient pas du premier coup et sans expérience.

1. M. le capitaine Pays m'a communiqué une médaille représentant sur. la face le pape Grégoire XIII et au revers l'ange de la religion, armé de la croix et du glaive, foulant aux pieds le cadavre de Coligny, avec cette inscription .- Ugonotorvm Stragrs 157?.

Si j'en suis mal récompensée, à la prochaine occasion je serai de votre avis. Relevez-vous donc, mon enfant, essuyez vos beaux yeux ; le Roi a pardonné, à la condition toutefois que les trois ministres s'éloigneront d'Issoudun pendant quelque temps, pour laisser passer l'orage. Quant à votre jeune parent, qui semble moins dangereux, je m'en rapporte à votre prudence pour lui donner le conseil plus conforme à l'intérêt public et à sa propre sûreté.

— Merci, Madame, répondit Louise souriant à travers les pleurs, merci mille fois, Sire, que Dieu vous protège et vous conserve à la France...

— Maintenant vous comprendrez, Mademoiselle, et vous, Messieurs, que cette grâce royale est mise sous votre garantie, et qu'il ne faut pas nous en faire repentir. Vous devrez persuader aux coupables qu'en l'acceptant ils déposent les armes.

— J'y emploierai tous mes efforts, répondit M. de Lavarennes qui, sachant l'orgueil de son frère, n'osa s'engager davantage.

— Et moi, j'en réponds, ajouta Denis du Jon plus confiant ou plus ignorant du caractère de Gaspard.

— Maintenant que la chose est décidée, reprit le maréchal de Saint-André, je dois appeler votre attention sur l'effet qu'elle produira et sur son exécution. Je l'ai déjà dit, la ville d'Issoudun est un

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foyer de passions incandescentes ; h l'audace des réformés, les catholiques répondent par une grande irritation. Enivrés du triomphe, ces derniers célèbrent leur joie d'une façon un peu bruyante. Il y a deux jours, ils brûlaient le temple de Villatte ; comment accepteront-ils cette indulgence extraordinaire, quand ils attendent avec impatience un exemple qu'ils croient légitime ?

— • Ils devront avant tout se conformer et se taire, bien heureux encore si l'on ne recherche par les incendiaires ; car, alors que les personnes de toute religion et leurs propriétés sont sauvegardées à Bourges, nous ne saurions permettre qu'on brûle et qu'on pille à Issoudun. D'ailleurs nous comptons y envoyer un de nos ofticiers pour exprimer et faire respecter notre bon plaisir. Et tenez, voici M. du Jon, lieutenant de la maréchaussée, qui se chargera de l'affaire.

— Bien volontiers, Madame, outre l'honneur qui m'en reviendra, j'y trouverai l'occasion de sermonner Gaspard et ses adhérents...

— Pensez-vous, observa timidement Louise, à votre position critique dans notre pays, aux rancunes soulevées contre vous ?

— Tout cela est ou doit être oublié.

— Ne vous y fiez pas ; au temps où nous sommes, les haines sont vivaces.

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— Par le ciel ! dit la Reine, il ferait beau voir qu'on s'oubliât à ce point de méconnaître un messager de paix, porteur de notre volonté souveraine.

— Que votre Majesté n'en prenne aucun souci, reprit M. du Jon ; je suis habitué à faire respecter les ordres royaux ; j'en ai vu bien d'autres... Quand on a arrêté frère Toussaint, on peut tenter toutes les aventures.

— Eh ! mais, interrompit M. de Lavarennes, pour votre rentrée il vous faudra peut-être recommencer la même besogne.

— Gomment l'entendez-vous, Claude ?

— Ignorez-vous que frère Toussaint en personne est revenu à Issoudun, où il fait comme par le passé la pluie et le beau temps dans les faubourgs ?

— Frère Toussaint à Issoudun?.. vous voulez rire?..

— Dieu m'en préserve, car je n'ai guère le cœur à la joie... C'est l'exacte et trop fâcheuse vérité, nous vous conterons cela, Denis.

— Eh bienjl raison de plus; il ne sera pas dit que j'aurai reculé devant un méchant moine que j'ai autrefois maté à la barbe de toute la population ; et puis, n'allant pas le chercher, il est probable qu'il ne viendra pas se jeter dans mes jambes... D'ailleurs, du moment où sa Majesté veut bien m'hono-

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rer d'une mission et de sa confiance, je n'ai pas à réfléchir, je n'ai qu'à m'incliner et à remercier.

— Nous le savons, Monsieur, reprit Catherine de Médicis, vous êtes un vaillant gentilhomme, un loyal serviteur. »

Denis s'avança vers le trône et baisa la main de la Reine.

« Allez donc, Messieurs, fit celle-ci en se levant, retournez dans votre ville, faites-y connaître nos intentions de pacifier le royaume et de le remettre sous l'empire des lois. Avant de partir, M. de Laubespine vous délivrera la grâce royale régulièrement signée et scellée de notre sceau, afin que personne n'en ignore et ne songe à réclamer. Et vous, Mademoiselle, bénissez le ciel de vous avoir prêté ces accents et ce regard qui touchent le cœur. »

Sur ce, après avoir balbutié à la hâte de nouvelles protestations et actions de grâce, Louise prit congé de la Reine, ivre de bonheur et ne songeant plus qu'à regagner Issoudun.

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