‹ Les Huguenots dans le diocèse de Rieux;Chapitre 11 sur 49 · BIBLIOTHECA · texte numérisé non relu

BIBLIOTHECA

La preuve dud. exercice est concluante.

Tous lesquels actes sont suffisans pour prouver que led. exercice a esté fait aud. Saverdun, esd. années, comme réel et non par privilège des fiefs. Et par les sinodes tenus à Puylaurens et à Millau, en 1598 et 1599, appert de la continuation dud. exercice en lad. ville en ce que Dupuis, ministre, y a compareu pour lad. église de Saverdun, comme il fit aussy en lad. qualité à l'assemblée tenue à Pamiers, en 1598, avec les consuls de lad. ville. Et les baptesmes administrés en lad. année confirment que led. M. Dupuits estoit ministre dud. Saverdun puisque lesd. baptesmes ont esté administrés par luy. — Et par la quittance faite par led. M. Dupuits, ministre de l'église de Saverdun, au s"" Falot, commis au maniement des deniers de la bénéficence de la portion de Saverdun, suivant le département fait au colloque de Montauban, le m'' mars 1601, résulte que led. exercice estoit aud. lieu pour lesd. liabitans puisque le ministre de Saverdun estoit payé des deniers accordés aux autres ministres des communautés. — Et par les actes et délibérations du consistoire de lad. année 1601, cella se justifie encore, comme aussy qu'il y avoit un temple, par le compoids produit des années 1605 et 1614, qui donnent pour confront led. temple aux maisons joignans.

Cet exercice n'a jamais esté contesté ausd. liabitans, au contraire le feu roy Louis XIIP les a confirmés à ce droit par sa réponse au second article du cayer que les depputés de lad. ville luy présentèrent le xxiv^ mars 1629, qui fut registrée au parlement de Toloze, le ii® may suivant, ouy le procureur du Roy, ce qui n'auroit pas esté accordé, ny registre, si led. exercice eût procédé du droit de fief.

Et par le verbal de M''^ de Rabaudy et Descorbiac, conseillers et commissaires exécuteurs de la déclaration de Sa Majesté, de 1632, pour faire les consulats my partis aux villes et lieux oii l'exercice de la R. P. R. se faisoit, rézulte d'icelluy en lad. ville, puis qu'ils en font mention en procédant à leur commission, et la procédure desd. s"^ commissaires a esté expressément confirmée par Sa Majesté, le xxvi*^ febvrier 1653, comme appert de la réponce faite par sad. Majesté en faveur desd. liabitans, sur autre cayer de pleintes qu'ils luy présentèrent, et par ce moyen led.

exercice ne leur peut estre contesté en aucune manière au prétexte que led. exercice y a esté fait et continué en conséquence de l'exercice personnel qui fut accordé, par l'article cinquième de l'édict de 1570, à la dame Jeanne, reyne de Navarre. — Et par le brevet donné en suite par le roy Charles IX^, le xxvi*^ aoust de lad. année, par les raisons suivantes :

La première, que l'extrait du susd. brevet remis par led. sindic ne peut faire foy, pour avoir esté tiré d'autre extrait non signé, et sans aucune formalité, par des notaires sans commission expresse.

— La seconde, que led. sindic ne fait pas veoir le registre dud. brevet, au contraire par le verbal du s'^ de Lahille, commissaire pour l'exécution d'icelluy en 1571, remis par led. sindic, appert que sur l'opposition formée devant luy par les habitans dud. Saverdun, il fit renvoy de sa commission au Roy, et ainsy led. brevet ny lesd. patentes n'ont pas esté exécutés. — La troisième, que lesd. habitans ne s'establirent aud. exercice que deux ans apprès la mort de lad. Reyne, comme rézulte des actes remis par lesd. habitans et par les historiens rapportés par lesd. habitans.

— La quatrième, qu'estans certains que lad. dame mourut en 1572, que lesd. habitans ne s'establirent aud. exercice qu'en 1574 et 1575, led. exercice a esté toujours fait jusques à présent dans lad. ville, dans un temple de la communauté et non dans une maison, ny cbasteau que lad. dame y eût, estans soutenu par lesd. habitans de la R. P. R., qu'elle n'y a jamais eu aucune maizon pour y faire led. exercice. Et ne nous apparoissant pas que l'exercice aye esté fait par privilège de fiefs, il faut conclure qui ayant été fait par pluzieurs et diverses fois ez années 1577, 1596 et 1597, qui est un véritable exercice desd. habitans.

De tout ce dessus et par les actes produits par lesd. habitans de Saverdun, qui sont sufiisans et en bonne forme, apparoissant que led. exercice de la R. P. R. est bien estably dans lad. ville, fondé sur le ix*^ article de l'édict de Nantes, confirmé par le roy Louis le Juste, et attendeu que led. exercice a esté fait aud. Saverdun aux années de l'édict, avant les années de l'édict et apprès, et que led. droit est réel et non personnel comme est justiâié par les susd. actes, nous dizons et sommes d'avis, sans avoir esgard à la requeste et incistance dud. sindic à luy donnés

des fins d'icelle, qu'il y a lieu de maintenir lesd. habitans de la R. P. R. dud. Saverdun, au droit et faculté de faire et continuer à lad. ville led. exercice, avec deifences aud. sindic et autres qu'il appartiendra de leur donner aucun trouble ny empeschement, sur les peines [portées] par les édicts.

Fait à Montpellier, le 27*^ jour d'octobre 1667.

Signé: Bezons et de Peyremales.

CoUationné : Tournier.

(Archiv. de la Haute-Garonne : Evêché de Rieux.)

L'exercice de la R. P. R. doit-il être continué A Sabarat ?

Enquête et procès-verbal du même genre que le précédent faits par les mêmes commissaires.

Savarat. — Les commissaires députés par le Roy pour C exécution de Védit de Nantes en la province de Languedoc et pays de Foix.

Entre le scindic du clergé du diocèze de Rieux, demandeur à ce qu'il soit faict défences aux habitans de la religion prétendue réformée du lieu de Savarat d'y ftiire à l'advenir aucun exercice de leur religion, et qu'à cet effet le temple qui y est construit soit démoly, d'une part;

Et les habitants de la R. P. R. dudit lieu, assignés et defifendeurs, d'autre.

Veu Vexploict d'assignation donné aux fins susdites auxd. defi'endeurs, le 3® aoust dernier. — Quittances soubs seings privés des sommes payées par ceux de la R. P. R. de Savarat au ministre, es années 1572, 96, 97, 1601 et 1609. — Extrait d'une transaction passée en 1577 entre les habitans de la R. P. R. de Savarat et autres lieux et le nommé Prat. — Copie des conventions, passées le dernier aoust 1583, entre les habitans des Bordes et ceux de Savarat, par lesquelles il est, entre autres choses, porté que le ministre dud. lieu des Bordes iroict prescher et faire les autres

fonctions de son ministère pour un quatrième d'année. — Extrait d'un registre informe contenant les baptesmes, mariages, faits aud. Savarat es années 1585, 86 et suivantes, 96, 97 et autres jusques eu 1656. — Extrait d'un contrat d'achapt, fait en 1588, duquel résulte que Jean Scon est qualifié ministre dud. Savarat. — Lettres missives escrites aux consuls et anciens de Savarat, en 1591, par ceux de Saverdun, portant remerciement de l'envoi dud. Scon. — Extrait des lettres de bénéficence de l'année 1592, desquelles résulte que M*^ Scon y est compris pour Camarade et Savarat, — Exploict des criées des années 1596 et 1597, desquelles résulte que les inquantz mentionnés en iceux avoient esté faits devant le temple, à l'issue du presche. — Testemens de 2 juin 1593 et 6*^ mars 1597, desquels résultent des legs faits par les testateurs aux pauvres, distribuables par les anciens de lad. R. P. R. de Savarat. — Extrait des actes de colloque tena à Pamiès, en 1594, duquel résulte que Savarat avait esté taxé trois livres dix sols, dont Gabré en payeroit cinq livres dix sols pour les causes y contenues. — Quittances fiiites par les anciens dud. Savarat d'un légat fait aux pauvres du 6*^ apvril 1597. — Extrait de l'acte de V assemblée mixte tenue à Pamiés, le xii"^ mars 1598, duquel résulte que Savarat avoit esté cottisé deux livres dans le tarif qui avoit esté fait. — Requeste remonstrative du demandeur et la production des deffendeurs, et tout ce que les parties out remis et produit par devers nous.

Tout considéré :

Nous uous sommes trouvés partagés en opinions, sçavoir : Nous, de Bezons, commissaire catholique, disons que les habitaus de la R. P. R. dudit Savarat ne rapportent aucuns actes des années de l'édict, justificatives du droit d'exercice de leur religion, et que, quand mesme ils en prouveroient l'establissement par de bons titres, il suffit, pour faire interdire l'exercice de lad. religion prétendue réformée, dans ces lieux scitués dans la comté de Foix, de prouver qu'il a esté pris par la force des armes de Sa Majesté, ce qui arriva au mois d'aoust de l'année 1625, que monsieur le maréchal de Thémines aiant posé le siège devant la place, et les habitans s'estans longtemps deffendus, s'enfuirent pendant la nuit au Mas d'Azilz après avoir mis le feu audit lieu de Savarat. Cette fuite des subjets rebelles et bruslement de leur lieu est un aban-

donnemeut qu'ils en out fait et une renontiation à tous les droits

et privilèges qu'ils pourroieut avoir et par conséquent au droit

d'exercice.

L'on justifie la prise et bruslement de ce lieu par VHistoire, de Charles Beruardi, pages 477 et 478. Ceux de Savarat, dit cet auteur, mirent le feu cliés eux comme n'espérant plus y retourner. Et cela se prouve encore par le Mercure français, dans le XP tome, page 906; par Jacques de Lascazes, qui a fait VHistoire particulière du pays de Foix, pages 191 et 192 ; par Barthélémy Gramont, qui a fait VHistoire de France depuis la mort d'Henry II, f° 618, et par Scipion Duplex, dans VHistoire de Lowjs le Juste, page 267.

Et quoique par l'article quatrième de VÉdict de grâce de 1629, le feu Roy ait pardonné et aboli tous les crimes des rébellions commises par ses subjets de la R. P. R., et qu'il les ait déchargés de tous actes d'hostilité et levée d'armes, et qu'il n'en puisse estre fait aucune recherche, cela ne doibt estre entendu que pour la peine que méritoit leur rébellion et non pas une restitution de tous leurs droits et privilèges, n'en estant faite aucune mention dans cet article, et il est à remarquer que l'article xxii de cet édit restraint les personnes à qui le Roy faisoit grâce, et qu'il n'a conservé dans leurs privilèges que ceux qui estoient encore en armes et en estât de faire résistance, ce qui ne peut estre appliqué à ceux qui avoient esté pris par force et qui avoient esté vaincus. Aussi Sa Majesté ayant, en suite de l'édit de grâce de 1629, nommé des commissaires pour l'exécution d'iceluy, pas un des lieux pris par force n'a demandé le restablissemenifc de l'exercice et en sont toujours demeurés privés, qui est une vérité si constante qu'elle n'a pu estre révoquée en doubte Ihors du jugement du procès. Et de fait M. de Machaud, qui estoit pour Ihors intendant dans la province de Languedoc et commissaire pour l'exécution dudit édit, non seullement en reffusa l'establissement, mais mesme fit chastier les ministres qui entreprirent de le vouloir faire, et donna une ordonnance contre Le Pouzin, en Vivarès, de laquelle jamais ceux de la R. P. R. n'ont réclamé, ni eu la hardiesse de prétendre qu'un lieu pris par force pût espérer d'avoir le droit d'exercice, et ce seroit vouloir récompenser le crime et couronner la rébellion; l'édit de 1629 n'estant fait qu'en

faveur de ceux de la R. P. R. qui tenoieut alors les places et qui les remirent à l'obéissance du Roy, ce qui est si véritable que le feu Roy ayant esté informé, estant à Valence, lorsque Sa Majesté alloit à Perpignan, que ceux de Soissons avoient voulu restablir l'exercice, elle leur en fit faire de deifences. La mort du feu Roy estant arrivée eu 1643, la déclaration du mois de juilhet donnée en faveur de ceux de la R. P. R. laissa les choses au mesme estât qu'elles estoient Ihors du décès du feu Roy, et l'on refusa de respondre les reqnestes qui avoient esté pour Ihors présentées pour oster l'exercice de beaucoup de lieux où il avoit esté establi, Sa Majesté ayant creu, par l'advis de la Reine régente sa mère, que le moyen de maintenir la quiétude dans sou royaume estoit de laisser les choses au mesme estât que la prudence du feu Roy, son père, les avoit mises, et ceux de la R, P. R, mesme, dans le cayer qu'ils présentèrent, ne demandèrent autre chose que d'estre maintenus en la continuation des exercices qu'ils avoient. Et de ftiit, le feu s^" évesque de Castres ayant demandé au conseil que l'exercice de ceux de la R. P. R. fût osté des lieux de Castelnau de Brassac, Lamiate et le Teilh, par arrest contradictoire, on réduisit pour Ihors l'instance à justifier si l'exercice s'y faisoit Ihors de la mort du feu Roy ou non, si bien que ceux dudit Savarat et autres lieux pris par force n'ont point fait l'exercice de ladite R. P. R. depuis qu'ils ont esté pris jusques en 1653, qu'ils ne l'ont jamais demandé en exécution de l'édict, et que si dans quelqu'un de ces lieux on s'est émancipé de le vouloir faire, cette action a esté regardée comme un attamptat commis par des gens qui n'ont eu de la bonté du feu Roy que la vie et les biens, quelqu'uns même d'entre eux ayant esté punis de leur rébellion.

Les choses sont demeurées en cet estât jusques à la mort du feu Roy. En suite de la déclaration donnée au commencement de la régence rien n'a deu estre innové, de sorte que le titre de ceux dudit lieu de Savarat, et autres pris par force, n'est autre sinon l'entreprise qu'ils ont faite, pendant les mouvemeus en 1652, de s'establir au préjudice de la loi que le vainqueur leur avoict donnée, de l'édict de 1629, de la volonté du feu Roy et de l'édit de 1643. Que si l'on dit que la foy de ces historiens n'est pas suffisante pour dire qu'ils ont esté pris par force, on respond que

ce seroit à eux de rapporter leur capitulation, ainsi que tous les autres qui en ont eu eu justifient, et que le scindic du clergé a offert de prouver la manière que cette place a esté prise, par témoins, ce qui auroict peu se faire aisément, cela n'excédant point la mémoire des hommes et y en ayant beaucoup qui y ont esté présens et dont il ne faut point d'autre preuve sinon qu'ayant fait l'exercice auparavant, ils l'ont cessé depuis ce temps-là, sans entrer aux synodes, colloques et autres assemblées de ceux de ladite R. P. R., et qu'il seroit d'une périlheuse conséquence si, estans décheus de leur droit par leurs crimes, ils croyent si restablir par un nouvel attamptat.

Et nous de Peyremalès, commissaire de ladite R. P. R., disons que par les actes remis, appert que l'exercice de lad. religion a esté fait audit lieu de Savarat avant les années de l'édit, aux années de l'édit et après, car par la quittance faite par Duciol (?) au collecteur de l'église de Savarat, de la somme y contenue pour la portion de lad. église des sommes imposées sur les églises de la R. P. R. pour le payement des estrangers, il appert qu'en l'année 1572 ladite église de Savarat est appelée église, ce qui indique nécessairement un exercice de religion. Et par la Transaction du mois de décembre 1577, passée entre le nommé Prat et les consuls dud. Savarat, pour le fait y énoncé, il resuite que led. Savarat fut aussi qualifié du titre d'église et que, conjointement avec celles de Mazères et Saverdun, qui ont esté toujours au rang des véritables églises, elles auroient député ledit Prat à Montauban pour leurs affaires communes; et les conventions faites entre les consuls dud. Savarat et ceux des Bordes, le dernier aoust 1583, font voir clairement que ledit exercice a esté fait en ce lieu, en ce qu'à faute d'un ministre affecté, le s"^ Austry, ministre, debvoit communiquer audit Savarat le quart de son ministère sur le lieu, à condition que lesdits habitans contribueront pour un quart de ses gages et fraix de synode et colloques, ce qui ne peut estre contredit, quoique l'acte rapporté ne soit signé d'aucun, puisqu'il se trouve paraffé et non contesté, et produit en bonne et deue forme au procès des Bordes par le scindic. Et il faut inférer de cet a-cte que ledit exercice y estoit puisque le quart du service y fut accordé.

Lesdites conventions sont encore censées fortifiées et ledit exercice prouvé par le contract de vente faite à M^ Scon, ministre dud. Savarat, le 16 may 1588. Or, estant nommé ministre, il faut conclure qu'il y avoict exercice ordinaire de lad. religion. Et par Vextrait des mariages et baptesmes administrés à ladite église de Savarat, tant par M"" Scon que M"" Austry, ministre, depuis 1585 jusques en 1656, il appert dud'. exercice, et particulièrement des années de l'édict, lesquels actes d'exercice ne se faisoient pour lors sans prédication publique, suivant l'arresté du synode tenu à Lyon en l'année 1563. De la lettre du xx mars 1591 résulte que led. lieu de Savarat avoict un ministre et un concistoire réglé, d'autant que les consuls et anciens de Saverdun remercient les consuls et anciens de l'église de Savarat de leur avoir donné le s*" Scon, leur ministre, pour servir leur église, [en] son quartier, et le rendent suivante

L'arresté du colloque et Vextrait des patentes du roi Henry 4^ avec X estât dressé en suite de la bénéficence qu'il accordait aux églises et ministres servans, font voir que ledit exercice estoit fait et estably aud. Savarat en 1592, en ce que led. s'' Scon est compris aud. estât pour 200 liv., et à suivre led. estât il est dit estre ministre dud. Savarat, et ce seul acte debvroit suffire pour maintenir lesd. habitants audit exercice puisqu'il s'y faisoict suivant l'intention du Roy.

De Vextrait du testement dudit Scon, ministre de Sabarat, du deuxième juin 1593, il conste qu'il y avoict un ministre et un concistoire par le légat de dix escus qu'il y a fait aux pauvres de lad. église, distribuables par les anciens et par le département, fait au colloque tenu à Pamiès, le 15 janvier 1594, lad. église de Savarat est cottisée pour treitze livres dix sols et est par conséquent véritable église, et aux années de l'édit par la quittance faite par ledit s'' Scon, ministre dud. Savarat, aux consuls dudit lieu, le dernier octobre 1596, de la somme de 60 liv. pour le premier quartier de ses gatges qui avoient commencé le xxiiii juin audit an, il est manifeste que led. exercice y est publiquement

' Phrase obscure qui signifie, peut-être, que les honoraires de ce ministre furent inscrits désormais dans le rôle annuel des dépenses de la communauté de Saverdun, à moins qu'on ne doive lire « servant ».

fait. Et les exploits de saisie et inquantz rerais, faits es années 1596, 97 et 1598, à l'issue du presche du matin, au devant la porte du temple, sont des marques certaines et incontestables que led. exercice y estoit establi et fait publiquement par plusieurs et diverses fois audit Savarat, sans que lesdits exploits puissent être débatus en aucune manière, puisque sur iceux les cours souveraines et subalternes donnent leurs 'jugemens et interposent leurs décrets sur les biens. Et par la quittayice d'un légat pie fait par les anciens dudit Savarat, le T apvril 1597, il appert qu'il y avoit un consistoire réglé aud. lieu. Encore cela mesme est justifié par le testement du 6 mars 1597, dans lequel est faict un légat aux pauvres de lad. église, distribuable eu présence des anciens de l'église réformée dudit Savarat. Cette continuation d'exercice est pareilhement justifiée par le département fait à Pamiès, le 15 janvier 1598, par une assemblée ecclésiastique où lad. église fut cottisée, et par les deux quittances faites pour M' Austry, ministre de Savarat, en Tannée 1603, et par M* Marsolan, aussy ministre dud. Savarat en 1609, pour leurs gatges.

La rébellion prétendue alléguée ne ])eut pas oster la force de cette preuve, parce que, suivant mesme les historiens cités par le scindic, les habitans dudit Savarat quittèrent la place aux armées du Roy et se retirèrent aillieurs pour sauver leurs vies, et ainsi ladite ville ne fut point forcée puisque les gens de guerre n'y trouvèrent point de résistance. Et quand mesme il y en auroict eu, les édits de pacification qu'il a plu au roy Louis XIII, d'heureuse mémoire, d'accorder à tous ses subjets es années 1626 et 1629, les mettent à couvert de ce reproche, ne faisant aucune distinction de ceux qui avoieut esté forcés dans leurs villes par les armes du Roy d'avec ceux qui n'avoient point résisté, ny ayant point d'exception qui puisse faire perdre ledit droit, car si l'intention du Roy eust esté d'excepter de l'abolition générale les villes et lieux pris par force d'armes, il auroict fait expresse mention desd. lieux, comme il a fait de Privas à son édit de 1629, et ainsi lesd. habitans de Savarat doibvent jouir du bénéfice desd. édits par lesquels il est accordé à ceux de lad. religion prétendue réformée que l'exercice seroit rétabli et eux remis à leurs biens, et leur est remis et pardonné toutes levées d'armes, entreprises et actes d'hostilité et

en sont déchargés, ensemble de tous soulèvemens, émotions populaires et autres choses généralement contenues es articles 75 et 77 de l'édit de Nantes ; et les commissaires qui ont procédé devant nous à l'exécution de l'édit y auroient interdit l'exercice si ladite prise en eut deu })river lesd. habitans; et les ordonnances et arrêts qui pourroient estre allégués ne peuvent venir en aucune considération, ni faire préjudice auxdits habitants de Savarat, attendu que nous ne voyons pas les motifs sur lesquels ils ont esté rendus et en tant mesme qu'ils pourroient estre contraires aux édits ; eu conséquence desquels, lesdits habitans ont fait et continué led. exercice, et partant apparoissant que led. exercice y a esté fait publiquement et suivant les édits, nous disons et sommes d'advis de maintenir lesd. habitans de Savarat au droit et faculté de faire et continuer led. exercice aud. lieu de Savarat, avec deffences aud. scindic et à tous autres qu'il appartiendra de leur donner aucun trouble ni empêchement, sur les peines portées par les édits. Fait à Monpelier, le 28*^ octobre 1667.

Signé : Bezons et de Peyeamalès.

Collationné à V original: Fornier.

(Arch. de la Haute-Garonne : Evêché de Rienx.)

Les abjurations dans le diocèse de Rieux.

Il n'est pas douteux que la révocation de l'Edit de Nantes (oct. 1685) n'ait provoqué, dans les milieux huguenots du diocèse de Rieux, comme ailleurs, des abjurations et des conversions peu sincères. Les récriminations de plusieurs recteurs de pai'oisses rivoises ne garantissent que trop la réalité de ce fâcheux résultat. On se tromperait cependant si on attribuait à la révocation du fameux Edit l'unique cause des conversions au catholicisme. Un mouvement partiel de retour s'était manifesté auparavant, alors que les moyens de répression violente et les sanctions pénales n'avaient pas encore été inventés et mis en œuvre. La persuasion douce et lente, qui aurait dû seule être employée et dont les effets auraient été stables et de bon aloi, aboutit à des conversions dès les premières années du dix-septième siècle. Voici pour le diocèse de Rieux la nomenclature des abjurations, assurément incomplète, telle que nos documents nous ont permis de la dresser.

1630, 3 avril. — Abjuration de Pierre Pérès, du Caria, en

présence du P. Alexandre Domayron, religieux de l'ordre de Saint- François, prédicateur à Lézat, et de M^^ François Tissier, chanoine de Rieux.

1630, 7 avril. — Abjuration de Suzanne Cazadieu, fille d'Arnaud Cazadieu et de Guillaume Bordenave, du Caria. Témoins : MM. Pnjol, recteur du Fossat; Diibourg, recteur de Cuq, et Ramond Maurin, prêtre.

1634, 2 juillet. — Abjuration de Jacques Rouch, du lieu de Clermont, accomplie en l'église Saint-Paul de Clermont et reçue par M® Nicolas Decamps, bachelier en théologie, recteur de Campaigne, commissaire député par Jean-Louis de Bertier, évêque de Rieux. Témoins : Anthoine Tolza, recteur de Clermont ; les consuls du lieu, noble Pierre d'Hautpoulh d'Ausillon, s*' de Lamothe ; Pierre de Casteras, s'' de Lagrausse ; Pierre Rouais, notaire de Rimont, etc., etc.

1645, 18 avril. — Pierre Duvila, tisserand, natif de Sabarat, habitant de Montesquieu-Volvestre en 1645, abjure à Rieux, entre les mains de son évêque.

1647, 25 septembre. — Abjuration de Jean Bruguières, dit Cadaichou, du Caria, faite à Rieux, devant l'évêque.

1648, 25 juin. — Magdelaine Ribaute, native de Canalès, juridiction du Caria, préalablement instruite « des points de la c( religion catholique, appostolique et romaine », abjure dans l'église Saint-Étienne d'Esplas. Témoins : M'^' Etienne Dajac, recteur de cette paroisse, et Arnaud Courtade, recteur de Martignac.

1648, 20 juillet. — Pierre Barthe, du Caria, abjure à Rieux, entre les mains de son évoque.

1648, 14 septembre. — Abjuration de Jean Esmalh, du lieu de Camarade, mais fixé depuis un an à Bajou. Cérémonie accomplie en l'église de Bajou, après vêpres. Témoins : M''- Jean Missaut, bachelier en théologie, recteur de Bajou; Martin Delmas, recteur d'Artigat, et Pierre Tourré, recteur de Lanoux.

1648, 13 octobre. — Rachel d'Abraham abjure, à Noé, entre les mains d'Antoine de Fargues, vicaire du lieu, et est ensuite renvoyée à Saverdun, sa paroisse : « pour estre davantage instruite en « la croyance de l'Eglise catholique, apostolique et romaine, selon

« son désir, et à celle fin qu'elle fasse la confession auriculaire et « communion en sa paroisse, par le ministère de son propre « pasteur... »

1649, 30 mars. — Le P. Jean-François Pandelé, prieur des Jacobins de Limoux, prêchant le carême à Saint-Ybars, déclare que Jeanne Savignol, fille de Mauri Savignol, meunier, logée à Canens, a fait abjuration de l'hérésie dans l'église de Saint- Ybars. Était recteur de cette paroisse : Pierre Paredé. — Etaient chanoines de la collégiale de Saint-Ybars : Pierre Rivalz et Pierre Francazal.

1651, 16 avril. — Daniel Renom « tisseur de razes du lieu de « Tonnenx au diocèze d'Ageu », abjure à Montesquieu- Vol vestre, en présence du curé, des consuls, etc.

1652, 16 mai. — Eu l'église de Daumasan, Mathieu Béret, Magdeleiue Lamothe, sa femme, et Guilhaume Béret, son fils, abjurent l'hérésie entre les mains de M'''' Bernard Boussac, bachelier eu théologie et recteur du lieu. — Témoins : Arnaud Aressy et Etienne de La Roche, vicaires de Daumasan ; Bernard Estaque, prêtre, etc.

1657, 6 mai. — Dans la chapelle de Larouzet, annexe de Gensac, au diocèse de Rieux, Anne de Puifarre, « natifve de « Nérac, au diocèse de Condom », abjure entre les mains du P. Valérian Anouilh, religieux de l'Observance de Saint-François, du couvent de Rieux. — Témoins : Jean Boffartigue, recteur de Gensac; Anne de Puifarre; Cazaulx, vicaire; Descavaignous, Sentaigne, notaire.

1662, 26 octobre. — Dans le palais épiscopal de Rieux et en présence de M""" Guilhaume de Mulatier, prêtre, docteur en théologie, prieur d'Aurignacen Comminges, vicaire général de Rieux, comparaît Jean Faure, s' de Pailhès, natif de Varilhes au diocèse de Pamiers, lequel déclare : c( Qu'il y a environ sept ans qu'estant « chirurgien major au régiment de son Altesse de Caudale, à « Mesle, dans le Haut-Poytou, il se seroit laissé persuader par « grande lascheté et peu de fermeté dans la religion catholique, « apostolique et romaine, d'aller au concistoire, et là, faire c( promesse, en 2)résence des ministres et autres personnes de la « R. P. R., de vivre à l'advenir dans lad. R. P. R. et de signer

« dans un mois la profession de foy huguenote, ce que néanmoins « il n'auroit pas exécuté, et de tant que du despuis il a plusieurs c( fois considéré le grand malheur dans lequel il s'estoit laissé € aller par complaisance et Testât de perdition auquel il s'estoit « engagé, il se présente aud. s'" vicaire général pour demander c( pardon à Dieu et à l'Esglise de son péché, détestant son apos- « tasie et protestant de vouloir vivre et mourir en la religion c( chrestienne, catholique, apostolique et romaine, suppliant led. « s*' vicaire général le recepvoir et luy vouloir despartir le bénéfice « d'absolution et le remettre dans le sein de l'Eglise, laquelle « déclaration ayant esté acceptée par led. s'' vicaire général et c( acquiesçant à lad. supplication, il auroit à l'instant absous led. « Faure de sou crime et péché, ce faisant remis dans le sein de la « sainte Église catholique et romaine suivant sou désir, dont a esté « dressé cet acte. . . , etc. » — Présents : M''' Jean-Christophe Despezels, prêtre, docteur en théologie, vicaire du Fousseret; Jacques Palenc, de Rieux, etc.

1663, 30 mai. — A Saint-Martin-Doydes, abjuration de Paul Faurous, natif de la juridiction du Mas-d'Azil.

1667, 26 janvier. — En l'église des religieuses de Sainte- Ursule, de la ville de Carcassonne, et devant M'"'' Simon de Ribeyran \ prêtre, docteur en théologie, archidiacre en l'église cathédrale de Comminges, commissaire de l'évêque de Rieux, comparaissent noble Pierre de Castet, s"" de la Bolvène, habitant du Caria, âgé de cinquante-cinq ans environ, et Daniel Daram, tisserand de Saverdun, âgé de trente-six ans : « Lesquels estant « à genoux, teste descouverte, devant l'autel maige de lad. esglize, « ont dict que despuis quelque temps, par inspiration divine, aiant « recogneu les hérézies et faucetté de leur religion, désirant de « quitter icelle et faire le salut de leur âme... ont faict et font « abjuration perpétuelle à leur religion... ayant protesté estre « marris d'avoir vescu sy longues années dans ceste fauce religion a et demandé très instamment d'estre admis en la religion catho-

' Voy. au sujet de Simoifde Ribeyran, qui devint vicaire général de l'évêque de Comminges, Gilbert de Choiseul du Plessis-Praslin : Approhations comniinr/eoises des a Pensées de [Pascal », dans la Revue de Gascogne, 1899, p. 421, et Le Testament de Jean de Ribeyran {Ibid., 1903, p. 29).

c( lique, apostolique, romaine, eu laquelle ilz ont protesté vouloir « vivre et mourir et observer ponctuellement les reigles d'icelle,. « et après qu'il leur a esté représenté les hérésies de leur religion c( et les vérittés de la Sainte Escriture, de l'Évangille et des « sacremans, ont tous deux à l'instant, avec ferveur faict confes- « sion de foy en lad. relligion catholique... avec protestation de « vivre et mourir en icelle... mesme d'exposer leurs biens et leurs « vies pour le soustieu des vérittés de lad. relligion, et de donner c( bon exemple à ceux quy leur sont soubzmis et ainsin l'ont « promis et juré, leurs mains mizes sur les S**^ Evangiles de c( N''^ Seigneur, et après avoir faict leur acte de contrition et receu « l'absolution et bénédiction dud. messire de Kibeyran... » — Témoins : M''° Pierre Reboutier, docteur en théologie, procureur fiscal de l'évêque de Rieux; Guillaume Frémon, de Rieux, etc., Jean Born, notaire de Carcassonne.

1667, 19 février. — Dans le même lieu et en présence des mêmes personnages que ci-dessus, abjuration de Jean de Castet* écuyer, fils de noble Pierre de Castet, qui abjura le 26 janvier précédent.

1677, 21 août. — Françoise {alias Jeanne) de Granier, fille de Jacques de Granier, s"" du Claux, habitante de Rieutalhol ^, après avoir été instruite dans la foi catholique par M'''^ Jean-Bernard Pons, recteur de Gabre, abjure en ce lieu, en présence de M''*' Jacques Labrunie, recteur de Camarade « et vicaire forain de la congrégation^ de Daumazan ». — Acte notarié d'abjuration dressé le 7 septembre ^.

' Juridiction de Gabre.

^ Vicaire forain du district ecclésiastique de Daumazan.

^ Les procès-verbaux relatant les cérémonies d'abjuration dans le diocèse de Rieux contrastent avec la description en st\-le théâtral de ce que l'on a appelé une grande scène cVahjuration. Je demande à mes lecteurs la permission de leur citer un fragment de cette littérature assurément plus colorée que mes sèches énumérations :

(( On prépara une grande scène d'abjuration [après la révocation de l'Edit de « Nantes]. Elle eut lieu sous la halle du Mas-d'Azil... C'est sous ce mercadal « couvert, décoré, pour la circonstance, de draperies et de verdure comme un « vaste reposoir (à côté du marché aux volailles, aux moutons et aux porcs), que « devait avoir lieu la foire des âmes, le bazar des consciences. L'évêque Berthier « vint de Rieux, l'intendant arriva de Perpignan, avec eux force noblesse du « pays de Foix. Les dragons cernaient la place. C'était une solennité moitié

1677. — État de ceux; qui ont fait abjuration de la R. P. R. dans le diocèse de Rieux, depuis le :/'"'■ janvier 1677 , la plus part chefs de familles : Daniel et Marie Vintrou, Daniel et Marie Soulier, Bertraude Pécliaude, Pierre Brouchaiid, Françoise de Digue, Germaine de Cazaing, Daniel et Marie Marty, Daniel, Bernard et Pierre Abadie, Etienne, Pierre et Jacques Rous, Jacques Gros, Marie Decamps, David Loze, Paul et Bernard Verger, noble Michel de Bruguière, s' de Cabanac, Françoise de Grenier, Racliel Langlade, Jean Pons, Macliicot, sa femme et ses enfants.

lÀEstat des familles catholiques et de la Religion prétendue réformée qwj sont dans la paroisse de Camarade ^.. 1683, mentionne certaines autres abjurations :

« Hercules Vergé et sa femme Jeanne Gros, qui ont fait <( abjuration, le mary depuy six semmaines et la femme depuis

(ï religieuse, moitié militaire. Les hérauts, à son de trompe, convoquèrent les (( nouveaux convertis. Ils arrivèrent, les nobles en tête. Leurs pères, soixante « ans auparavant, délibéraient sur cette même place, en hauts de chausse et « en pourpoint de buffle, appuyés sur leurs grandes épées, leurs faces fières et « martiales, les fronts tondus comme des consuls romains. On vit venir des « petits hommes généralement obèses, noyés dans des flots de dentelles et « d'immenses perruques, coiffés de petits feutres triangulaires avec des rabats « de procureurs et des rapières horizontales : fausses chevelures, fausses épées, (( fausses consciences. Sentenac, l'ancien de l'église [réformée] secrètement « acheté, fut l'orateur. Il harangua l'évêque et l'intendant et leur dit que les « habitants du Mas-d'Azil s'empressaient d'abjurer l'hérésie de Calvin pour « rentrer dans le giron de la sainte Eglise romaine et dans la communion du « plus grand monarque. Et là-dessus, l'évêque les introduisit dans l'église du « Mas-d'Azil où ces étranges néophytes entendirent leur première messe et les « fanfares vengeresses d'un Te Deum.

« Le malheureux pasteur Bourdin vit apostasier (su-) un grand nombre de ses « parents : Salomon Dusson, juge mage du comté de Foix, représentant ses « frères alors à la cour ou dans les armées, Falentin de Saintenac, ancien de « l'église du Mas-d'Azil, les Miramont, les d'Escach, les d'Ulliet, les du Gabé, « les du Pac de Marsolies. Du Gabé descendait d'un ministre de Camarade, et « d'Ulliet de l'héroïque pasteur du siège [du Mas-d'Azil]. Une avalanche de ft faveurs fondit sur les Dusson. Samuel fut fait marquis de Bonnac, Bonrepaux, « conseiller d'Etat, intendant de la marine, ambassadeur... Toutes ces grâces et ce pensions sont de l'année 1685; l'année de la révocation, comme on peut le voir « dans Moreri, à l'article des Dusson. » — Voy. Histoire du protestantisme français, t. I", pp. 64-65. — Cfr. Bulletin du protestantisme français, 1878.

' D'après ce document, il y avait à Camarade, en 1683, 89 familles de la R. P. R. comprenant 432 personnes, et 65 familles catholiques comprenant 327 personnes.

« deux aus ou environ, ont un garçon, Jean, aagé de 24 ans, quy a « fait aussy abjuration de la R. P. E... »

t( Paul Pons et Jeanne Durieu, mariés, ont plusieurs enfants ; « mais n'en y a qu'un garçon catholique quy est Pierre Pons, << aagé de 3 ans, parce que mary et femme ont fait abjuration de « la R. P. R. depuis peu et les enfants qu'ils avoient désià sont « en leur rang de huguenots. »

« Marie Vergé, veuve, qui a fait abjuration depuis deux ans... »

« Jean Dupont Brabet et Catherine Machicot ont fait abju- « ration... »

c( Marguerite Comenge, veuve de Raymond Guichou, a fait « abjuration... »

Dans V Estât des familles catholiques de la paroisse de Sabarat ^.. 1683, on relève les abjurations suivantes :

« Estienne Bernné et sa femme qui a abjuré l'hérésie depuis « trois ans... »

« Jacques Daguaiu qui abjura l'hérézie il y a quatre ans ou a environ... »

Pierre Faur, sa femme et sa fille aînée « ont abjuré l'hérézie il « y a quatre ans ».

Un Estât semblable aux précédents, dressé, en 1683, pour la paroisse des Bordes mentionne : ^

' Cet Etat indique 24 familles comptant 160 personnes catholiques à Sabarat, en 1683, et 80 familles comptant 360 personnes de la R. P. R. — L'Estaf des faiiiilles catholiques et de la R. P. R. quy sont dans la ixtroisse de Mauvezin en 1683 note 218 catholiques (33 familles) et 84 huguenots (17 familles), sans indication d'abjurations. — Eu 1683, Montfa, annexe de Camarade, a 260 catholiques (49 familles) et 31 huguenots (5 familles). — A la même date nous trouvons Saverdun avec 835 religionnaires et 539 catholiques. (Cfr., pour Saverdun, le Dénombrement des nouveaux convertis de cette paroisse en 1699, ihid,^ L 46). A Sainte-Colombe les catholiques sont au nombre de 158 en 1683, il y a 141 huguenots. — La statistique des Bordes, en 1683, fixe à 151 le chiffre des catholiques et à 672 celui des protestants. Au Mas d'Azil on compte 1608 réformés et 528 catholiques. Dans la paroisse Saint-Félix des Salenques on mentionne 107 catholiques et 130 huguenots. — (Voy. ces Etats aux Arch. de la Haute-Garonne, évêché de Rieux, L. Religionnaires).

A noter, dans VExtrait du nombre des catholiques et de ceux de la R. P. R. qui sont dans la juridiction du Caria, cette particularité qui intéresse la famille du célèbre Pierre Bayle, originaire du Caria : « Le sieur Baylé, ministre, a trois « garçons dont les deux sont hors du royaume, l'autre est aussi ministre et « marié, ont un valet âgé de douze ans et une servante. »

Paul Soulié et Anne Barguière qui « ont abjuré Thérésie depuis Cl un mois ».

A partir du mois d'octobre 1685, date de la révocation de l'Edit de Nantes, on constate' une progression énorme dans les abjurations. La nomenclature des noms conduirait trop loin, contentonsnous de relever les chiifres. Du 11 octobre de cette année au 12 novembre de Tannée suivante :

La paroisse de Saverduu compte 903 abjurations.

Celle du Caria 674 —

Celle de Bajou 22 —

Celle du Mas-d'Azil 744 —

Celle des Bordes 504 —

Celle de Camarade, avec Mauvezin et Montfa. 259 —

Celle de Sabarat 196 —

Soit un total de 3.302 abjurations

en un an.

En joignant à ce chiffre le nombre approximatif des enfants âgés de moins de seize ans qui sont censés avoir abjuré avec leurs parents, on dira, &a 1700, que les nouveaux convertis du diocèse de Rieux atteignent le nombre de 4.359. Il faut convenir que c'était la conversion en masse. Mais que valait ce compelle intrare? On ne tarda pas à s'en apercevoir. A défaut d'autres sources de renseignements, il serait permis d'eu juger par les plaintes du clergé, signalées au cours du présent travail, et par les mesures répressives prises contre les nouveaux mal convertis. Mais nous avons, en outre, pour élucider la question, un cahier bien instructif intitulé : Estât du nombre de Jamilhes de nouveaux catholiques du lieu de Sabarat... comme aussi/ des chefs desdites familhes, depuis Vannée 1685 jusques à prézant [1690]. Ce document fut envoyé à l'évêque de Rieux par M'"'' E. de La Roche, recteur de Sabarat. Une missive accompagnait le relevé : en voici le texte, il forme un éloquent commentaire au cahier précité et éclaire avec sincérité la question des abjurations dans le diocèse de Rieux, cinq années après la révocation de l'Edit :

-|- A Monseigneur, Monseigneur V Illustrissime et Révérendissime ecesque de Rieux, à Rieux.

« Monseigneur, affln d'obéyr à l'ordre que Vostre Grandeur « m'avoit prescrit de vous envoyer le roolle que vous me marqués c( de vous le mettre en main, sans faute, mardy prochain, et ce à <.<; bon matin, je [j'ai] vouleu aujourd'huy vous le faire porter par « cest exprès. J'ay taiclié de le dresser conformément aux termes « de vostre lettre, que s'il n'est pas au point qu'il faut, vous n'avés c( qu'à me le faire cognoistre.

c( Je suis marry de ce que je suis sy malheureux que d'avoir de « paroissiens sy obstinés en leurs erreurs après la clémence et la « douceur que Sa Majesté et Yostre Grandeur avés exercé en leur « endroit. J'en ay un regret extrême, dans mon cœur, voyant que « je travailhe en vain et que je presche aux sourds. Toute ma (( consolation est de ce que je fais tout mon possible à faire le « deub de ma charge en les exortant à quitter leurs erreurs et « embrasser la vérité. Attendant l'honneur de vostre réponse et de c( vos ordres, sy tant est que led. roUe ne soit pas dressé comme « il feut, je suis avec un très profond respect. Monseigneur, vostre « très humble et très obéissant prebstre et serviteur.

« E. de La Roche, recteur de Sabarat.

« A Sabarat, ce 9 juillet 1690. »

D'où provenait le découragement du recteur de Sabarat? En 1683 sa paroisse comptait trois cent soixante huguenots. Du mois d'octobre 1685 au mois de novembre 1690, il s'y produisit cent quatre-vingt-seize abjurations; mais, à la vérité, fort équivoques. En effet, sur quatre-vingt-quatre familles de nouveaux convertis passées en revue dans le cahier de 1690, quatre-vingt-deux familles sont caractérisées par une des observations suivantes : Ladite familhe fait mal le devoir de catholique. — Ne se jirêsentent pas à Pasques. — Font rarement leur devoir de catholiques. — Une ancienne huguenote, soi-disant convertie, /a^'i^ sy mal le devoir de catholique qu'elle n'a pas esté trois foix à P église pour entendre la messe. — Les meilleurs convertis viennent parfois entendre la messe, mais aucun ne remplit le devoir pascal. Quelques-uns même manifestent leur attachement à l'erreur et se montrent

mutins. La famille de Jean Bourianne est des plus obstinées dans l'hérésie. — Simon Rousse ne mérite pas le titre de nouveau catholique, veu qu'il est le plus obstiné dans son erreur. — La veuve de Vincens Roujas, nommée Sarah Villa, ses deux filles et son fils composent à Sabarat la familhe la plus obstinée à Vhérézie, veu qu'elle ne vient pas du tout à l'esglise... Que reste-t-il de fidèle parmi les nouveaux convertis? Quelques écoliers que leur maître catholique amène à l'église et à confesse, et deux familles de nouveaux réunis sur quatre-vingt-quatre, je dis mal : un homme de soixantequinze ans, Etienne Roujas, qui ne manque jamais d'aller à la messe quand il est sur le lieu, tandis que les siens ne font que rarement le devoir de catholiques, et la famille François Rouaix, dont les membres ont confessé, mais le fils, âgé de dix ans, a seul communié.

De pareilles constatations font toucher du doigt une des graves conséquences de la révocation de l'édit de Nantes dans une des paroisses mi-parties du diocèse de Rieux. En 1700, cependant, M. Rousselet, recteur du Mas-d'Azil, écrivant à son évêque, se montrait plus optimiste que son collègue de Sabarat :

« Les deux derniers dimanches, dit-il, il y a eu une si grande c( foule de peuple dans mon église que plusieurs furent obligés de « s'en retourner pour ne pouvoir pas y entrer ; il est vrai qu'il y c( eut très peu des principaux bourgeois, mais ils viennent les jours « ouvriers au sermon du soir, et mardi dernier l'église n'était « pleine que des messieurs et des demoiselles de la ville. ):>

Resterait à savoir si « une recrudescence de la persécution, « dont les assemblées présidées par le prédicant Gardel, dans les « bois de Grabre, avaient été le point de départ^ », ne contribuait pas au zèle des nouveaux convertis du Mas-d'Azil.

Des Etats périodiques, semblables à celui de Sabarat, analysé plus haut, furent demandés aux évèques des diocèses plus ou moins huguenots, après la révocation de l'Edit ^ A la lecture de

' Voy. Histoire du protestantisme français.

- Au mois de mai 1699, l'évêque de Rieux recevait à ce sujet une invitation significative : « Monsieur. — L'attention que le Roy donne tous les jours, à la « parfaite conversion de ses sujets, nouveaux convertis, et le zèle avec lequel il « tâche de les ramener autant qu'il peut, par les voyes de douceur, ont déter- « miné Sa Majesté, par Elle-même et sans aucune impression étrangère, à donner

ces documents, le pouvoir royal vit la posture ridicule où les religionnaires le plaçaient. Tandis que les évêques, effrayés du danger de sacrilège auquel on exposait les nouveaux réunis, hérétiques dissimulés, si on les poussait à la participation aux sacrements, oscillaient, zélés et incertains, le Roi et son conseil crurent trancher toutes difficultés à coup de sanctions pénales rigoureuses... Ce système permit aux religionnaires d'allonger de quelques noms et de quelques épithètes la liste des héros de leur martyrologe; mais les anxiétés d'une situation redoutable ne

diminuèrent pas d'un degré.

J'ignore quel chiffre atteignirent les abjurations dans le diocèse de Rieux, au cours du xviii*' siècle. Pour en établir le nombre, il faudrait parcourir avec les États, les registres paroissiaux dans lesquels les recteurs et vicaires avaient l'habitude de consigner ces sortes de cérémonies. Voici, du moins, celles qu'il a été possi- ])le de relever parmi les papiers de l'évêché de Rieux :

1735, 29 novembre. — Abjuration de Jean-Pierre Sol, négociant de Saverdun. — Cérémonie accomplie dans l'église de cette paroisse.

« la déclaration et Vinstriiction que je vous ay cy devant envoyé par ses ordres, « et comme Elle désire d'être particulièrement informée des mesures que vous « avez prises pour leur exécution, Elle m'a commandé de vous écrire de prendre (( la peine de me le faire sçavoir pour luy en rendre compte et de me marquer, « au moins de trois mois en trois mois, le ivogrez que vous ferez dans votre diocèze, « n'ayant rien si fort à cœur que de voir tous ses sujets réunis dans le giron de « l'Église.

« Je vous assure, Monsieur, que vous ne pouvez mieux faire votre cour à Sa « Majesté, ny mériter sa protection et ses grâces, qu'en vous conformant exacd tement à tout ce qu'EUe vous a prescrit, et j'auray beaucoup de plaisir de « contribuer à ce qui me donnera lieu de vous faire connaître que je suis véri- « tablement, Monsieur, vostre très humble et très affectionné serviteur. (( Chasteauneuf. — A Marly, le 16 may 1699. — M'' l'Évesque de Rieux. »

Antoine-François de Bertier, destinataire de la précédente missive, avait reçu, en 1689, cet autre billet : « Monsieur, le Roy désirant être informé de la <.(. conduitte que tiennent les nouveaux convertis auxquels il a été accordé des «pensions; je vous prie de vouloir bien me faire sçavoir si le s"" de Courbaut, « qui est de votre diocèze, remplit tous les devoirs de la religion qu'il a « embrassée, afin que je puisse être en état d'en rendre compte incessamment (( sur l'avis que vous m'en donnerés. Il me semble que luy ni sa famille ne font «rien qui vaille. — Je suis, etc.. De la Berchère. — A Montauban, ce « 28 avril 1689. » — (Arch. de la Haute-Garonne : Evêché de Rieux.)

1736, 7 octobre. — Dans l'église de Martignac, juridiction du Caria, abjuration de Marie Freicbe, de Canalès, juridiction dudit Caria, fille de Bernard Freiche et de Anne Ribaute.

1740, 13 mars. — Dans l'église de Niau, annexe de Nogarède, abjuration de Magdeleine Missaut, en présence du recteur M'"° Grély et du peuple assemblé pour entendre la messe.

1740, 25 juillet. — Pierre Loude, fils de Jean Loude et de Marie Forgues, du lieu de Camarade, abjure en l'église de Mauvesin. — Témoins : M""® Decamps, vicaire de Mauvesin ; Coutanceau, recteur de Contrazy, etc.

1742, 21 janvier. — Marie Labail, fille d'Elie Labail et de Nanon Cottes, abjure en l'église du Mas-d'Azil, en présence du recteur M'''^ Géraud Lapeyre.

1743, 2 janvier. — En l'église du Mas-d'Azil, Marie Fustier, fille de Bernard Fustier et de Jeanne Peyré, réitère l'abjuration faite par elle, le 30 décembre 1742, en l'église de Sabarat, devant M'® Jacques Rufi'at, recteur de Sabarrat.

1744, 21 juin. — Etienne Itité, chirurgien du Fossat, abjure en présence de son curé M""^ Jacques Lafont et d'autres témoins.

1744, 15 novembre. — Bernard Rouch, fils de Jean Roucli et de Françoise Commenge, abjure en l'église du Mas-d'Azil, en présence de M" Géraud Lapeyre, curé du Mas.

Formule d^ abjuration usitée dans le diocèse de Rieux :

c( Jou N... d'un cor contrit et humiliât reconesqui et confessi « devant la Très Sancto Trinitat et touto la cour célesto, et vous (( autres quetz aïsi témoings, d'avé grandement peccat en crésen c( atz hérétiques et à lours diiférentos hérésios, principalement à « las de Calvin et Luter, mes aros que per la gracio de Diu, iou « me reconesqui, jou abiurri, execri et anathématisi librement, ce volontarioment et sicerement, toutos las susdites hérésios et « toutos autres, de quel nom et sorte que se sion. De plus jou « consenti en toutos causes dambé la Sancto Glèiso de Rome et « confessi de cor et bouce et prometti de garda toutiour sincèrece ment d'aïsi en devant aquella fé que la Glèiso de Rome tén,

c( gardo et predico et toutes aquellos susdites causes jeu prométi c( et juri de fa.

c( Plassie à Diu de m'y aïuda et aquestis Sanctis Evangelis (( que soun sius ! »

(Arch. de la Haute-Garonne : Evêché de Rieux.)

Tentative d'assassinat contre Jean Demportes,

HUGUENOT converti.

Cette tentative d'assassinat eut lieu, en pleine foire, sur le pont de la ville des Bordes, en haine de l'abjuration du protestantisme, dans les circonstances suivantes :

Extrait des Registres du Conseil privé du Roy.

Sur la requeste présentée au Roy, en son Conseil, par le sindic du clergé du diocèse de Rieux, contenant que bien que le point principal de la commission donnée par Sa Majesté, dans les provinces, aux commissaires exécuteurs de l'édit de Nantes, soit de restablir la liberté de l'exercice de la religion catholique, apostolique et romaine dans tous les lieux où il avoit esté interrompu pendant les guerres, et aux sujets de Sa Majesté de la R. P. R. de se convertir à la religion catholique quand Dieu leur inspire un si pieux dessein, il estoit vray néantmoins de dire que les catholiques des lieux des montagnes de Foix, au diocèse de Rieux, où les huguenots sont en plus grand nombre, n'avoient encore pu jouir parfaitement de cette liberté d'exercice, ny ceux parmi les huguenots que Dieu inspire de changer de religion, de la seureté de leur vie, au cas qu'ils suivent un sy pieux mouvement. Que cela avoit donné lieu au suppliant de porter diverses plaintes sur les insultes qui sont commises journellement, par les huguenots, contre les églises, les personnes des ecclésiastiques et des nouveaux convertis, principalement aux lieux du Mas-d'Azils et des Bordes dont {sic^ par le support que les huguenots trouvent en la chambre mi-partie séante, de Castelnaudary, et leur

esloignement des personnes à qui Sad. Majesté commet son authorité dans les provinces, les ayant rendus plus insoleus, ils seroient venus jusques à ce point de meschanceté que d'entreprendre de faire un chastiment exemplaire d'un pauvre homme nommé Jean Demportes, qui s'estoit converti dans la ville du Mas-d'Azils, qu'ils avoient assassiné le 29^ octobre dernier, au lieu des Bordes, pour empescher, par l'exemple de ceste punition, un grand nombre de personnes qu'on sçait estre dans les dispositions de se convertir dans lad. ville du Mas-d'Azils où ils n'out encore souffert d'habiter qu'à trois ou quatre familles des pauvres catholiques de leur dépendance, affin qu'ils assistent par forme aux conseils de la ville, ce qui auroit donné lieu au s'' de Bezons, commissaire député par arrest du conseil, du 16 février 1671, qui auroit eu connaissance d'une infinité d'excès commis par lesd. huguenots, de faire informer de ce dernier par M° Jean Lannes, magistrat royal en la judicature de Rieux.

Et comme il luy eust paru, par lad. information et plainte dud. Jean d'Emportés, que venant de faire son abjuration à Rieux, il auroit esté maltraicté par les s''* de Gottes, du Mas-d'Azils, en hayne de sa conversion, et peu de jours après il auroit esté attaqué et assassiné en pleine foire et sur le pont de lad. ville des Bordes, le 29^ octobre dernier, par François et David Cave, père et fils, dud. Mas-d'Azil; Pierre et Jean Dupias, de lad. ville des Bordes, anciens et principaux huguenots desd. villes, et autres en nombre soixante. Lesquels armés d'espées et bastons l'auroient sy fort blessé, en divers endroicts, qu'il fust laissé mourant sur la place, et frère Rivet, religieux bénédictin dud. Mas d'Azil, qui s'y rencontra, leur voulant remonstrer leur faute, exceddé de plusieurs coups, criant à haute voix contre led. d'Emportés : Au révolté ! Au révolté ! pour avoir pris une religion qui ne valoit rien^ ny ceux qui la soustenoient, et autres paroles séditieuses et injures deffendues par les édits sur peine de la vie. »

La connaissance de ce fait avait été confiée par M'' de Bezons au s'" Lannes, mais les intéressés recoururent à la Chambre de l'édit, de Castelnaudary. Le Roi évoqua ensuite le tout à son conseil, pour statuer ce que de droit.

(Arch. de la Haute-Garonne : Evêché de Rieux).

Les Huguenots du Mas-d'Azil et les Ecoles catholiques.

En réponse à une requête du syndic du diocèse de Eieux et de M""" Bertrand Salin, recteur du Mas-d'Azil, M. de Foucault, commissaire royal en la généralité de Montauban, avait rendu, le 29 juin 1677, une ordonnance obligeant indistinctement les habitants du Mas à contribuer à la construction d'une maison curiale et à l'entretien d'un régent catholique, aux gages de 150 livres par an. Les consuls huguenots du Mas-d'Azil se pourvurent contre cette ordonnance (renouvelée d'ailleurs, le 26 mai 1678), et adressèrent requête à MM. de Foucault et de Bar, seigneur et baron de Villemade, députés royaux pour l'exécution des édits et déclarations « concernant le « faict de la religion ». Ils soutenaient qu'en vertu de l'édit de Nantes et de l'article 36 de la déclaration de 1669, réformant l'article 59 de la déclaration de 1666, « obtenue par surprise par le « clergé de France », les religionnaires étaient dispensés des contributions qu'on voulait leur imposer au Mas-d'Azil. Ils ajoutaient : « Les supplians payent, en leur propre et privé nom, leurs régents, « et ne prétendent point que les catholiques y contribuent en rien. » Cette pièce fut communiquée aux consuls catholiques du Mas-d'Azil. Malgré la bonne volonté et les ordonnances des commissaires, l'affaire traîna en longueur, et en 1680 les catholiques du Mas-d'Azil étaient encore privés de leurs « petites écoles ».

Les documents qu'on va lire nous mettent au courant des négociations engagées à ce sujet.

1. — Requête du syndic du clergé de Rieux pour l'établissement d'une école catholique au Mas-d'Azil (1677).

A Af'J'' Foucault, chevalier, conseiller du Roy en ses conseils... et commissaire départy par S. M. pour l'exécution de ses ordres en la généralité de Montauban.

Supplie humblement le scindic du clergé de Rieux disant qu'eu la ville du Mas d'Asils, eu Foix, qui est dans led. diocèse de Rieux, les habitans faisant profession de lad. R. P. R. se trouvant en plus grand nombre que les catholiques ont empêché jusques à présent Pestablissement d'un régent catholique pour l'instruction de la jeunesse, et de tant, M^', qu'il est important de corriger cet abus et d'y pourvoir par l'establissement d'un régent catholique, conformément aux déclarations du Roy, arrests de son conseil, l'usage universel et vos précédentes ordonnances, attendu que toutes les communautés sont censées catholiques dans ce royaume,

plaira à voz grâces, M^'", ordonner que par tout le jour après la sio-nification, les consulz modernes dud. Mas d'Asil assembleront la communauté pour deslibérer sur le foudz nécessaire et annuel aux fins du paiement de la somme de 150 livres pour les gages d'un régent catholique qui sera nommé ou approuvé par M^"" l'évêque de Rieux, lequel régent faira son séjour et résidance en lad. ville du Mas d'Asil, et en defFaut, lesd. consuls seront constraiuts à peine de 100 livres d'amande en leur propre et privé nom, et ferés justice.

Page 1